Les matinales radio du 22 mai

PARTENAIRES SOCIAUX

Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force ouvrière RMC Info, Bourdin 2012 – 08h35

JEAN-JACQUES BOURDIN

On parle beaucoup et c’est une crainte que j’entends ici ou là, de plans sociaux. Et de plans sociaux dans de grands secteurs de l’économie française. Je vais en donner quelques-uns : les banques, l’automobile, les transports, la téléphonie mobile, la grande distribution, la sécurité, la nucléaire. Vous êtes inquiet ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, bien entendu. Bien entendu, mais c’est lié à plusieurs choses d’ailleurs, même si selon les secteurs, ça peut être des raisons différentes. Mais à la fois, parce que quand on est en croissance zéro, au premier trimestre, on est en croissance zéro, ça veut dire que l’activité économique se casse la figure, ça c’est que ça veut dire. Donc par définition, ça touche, les entreprises. Il y a des secteurs comme la téléphonie mobile, où là, c’est notamment lié à l’octroie, condition, d’une quatrième licence à FREE, dans des conditions qui ne sont pas bonnes. Donc ça va percuter l’emploi, l’investissement et les recettes fiscales de l’Etat. Donc effectivement, on a des inquiétudes. Dans la grande distribution par exemple, c’est aussi lié à une chute de la consommation, développement de l’e-commerce etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Quelles sont les informations qui remontent jusqu’à vous ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ce qui remonte, ce qui remonte, c’est à la fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN

De vos militants, de vos syndiqués ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, dans la grande distribution, c’est de dire par exemple, que l’on craint, autour de 10 000 suppressions d’emplois. Je ne dis pas du jour au lendemain, dans l’ensemble de la grande distribution. Dans le secteur de la métallurgie, c’est à la fois… mais c’est aussi, le nucléaire. Il y a des craintes, même si on…

JEAN-JACQUES BOURDIN

AREVA, par exemple, qui supprimerait plusieurs milliers d’emplois. AIR FRANCE, c’est confirmé ou pas ? 5000 emplois, que savez-vous ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

AIR FRANCE, non pour le moment les renseignements que j’ai, c’est sorti, il y a effectivement, des difficultés financières sur AIR FRANCE. In fine, qu’est-ce qu’il y aura, il y a 2500 qui ne seraient pas remplacés ? Est-ce qu’il y aurait des départs volontaires ? Il n’y a pas assez d’information pour le moment. Il y a des craintes mais c’est encore trop tôt pour dire les choses. Donc ça signifie qu’effectivement, alors on n’a pas de calendrier précis, mais il y a toute une série de plans qui risque d’arriver…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, donc on n’a encore rien vu, on n’a encore rien vu ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

C’est le risque, parce que si ces grosses entreprises et dans des grosses entreprises sont touchées, après il va y avoir la cascade sur les sous-traitants.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien sûr ! Les sous-traitants bien sûr !

JEAN-CLAUDE MAILLY

Donc il y a à la fois, rebooster l’activité économique, ça c’est la croissance, comme on dit, mais ça, c’est indispensable, et en même temps, il y aura des décisions à prendre, on a commencé à en discuter hier, avec le ministre de l’Industrie, qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, vous l’avez rencontré.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, hier après-midi. Parce qu’il y a toute une série de dossiers qui risquent… déjà les dossiers qui étaient là, avant les élections, qui continuent, à être là. Il y a Florange…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que certains plans sociaux, ont été repoussés après la présidentielle ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Vraisemblablement ! Vraisemblablement, mais je ne dis pas obligatoirement, pour des raisons politiques, politiciennes. Il y a aussi des entreprises qui ont dû se dire : je ne veux pas être instrumentalisé pendant une campagne électorale, et puis si on peut attendre, on attend un peu. Voilà ! Mais vraisemblablement, oui, il y en a qui ont été repoussées oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors vous avez rencontré Arnaud MONTEBOURG.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Il a plusieurs mesures dans la tête. Le gouvernement prépare plusieurs mesures, on va regarder ce qui vous plait, ce qui vous plait moins. L’interdiction de la fermeture d’un site, lorsqu’il y a un repreneur, ça, c’est une idée défendue par François HOLLANDE. Alors c’est quoi l’idée ? L’idée c’est que, on va prendre un exemple si vous le voulez bien, Jean-Claude MAILLY. Je ne sais pas, moi, Florange par exemple, tiens, Florange ça appartient, à ArcelorMittal. ArcelorMittal veut fermer mais ne veut pas vendre. Là, on obligerait ArcelorMittal, à vendre ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. On est confronté parfois à ce type de situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est-à-dire que l’Etat interviendrait ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, c’est une forme de nationalisation, d’expropriation, on appelle ça comme on

veut.

JEAN-JACQUES BOURDIN

D’expropriation…

JEAN-CLAUDE MAILLY

Au moins temporaire, quoi !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, c’est l’idée du gouvernement ça ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, mais c’est un élément…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Exproprier…

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, mais ça peut être, on arrive à ce genre de situation.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais attendez ! Attendez ! A condition que l’entreprise propriétaire fasse des bénéfices évidemment ! On est bien d’ailleurs, Jean-Claude MAILLY ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, dans le cas présent, oui, mais, vous savez, en ce moment, ils en font en leur vendant des quotas de CO2 à Florange.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, je sais, je sais.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Non, mais on est parfois confronté, une entreprise qui rachète une entreprise, et qui la ferme ensuite. En fait, on rachète pour tuer un concurrent. Ca existe ce type de situation. Donc il faut se trouver des outils, nouveaux, ça peut en faire partie, on va en discuter…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ou on ferme un site, pour ne pas vendre à un concurrent.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ou on ferme un site pour ne pas vendre à un concurrent…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors qu’on fait du bénéfice !

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, bien sûr ! Mais on tue un concurrent, c’est la logique de marché qui l’emporte. Donc ça c’est des cas qui peuvent être utilisés. Nous, on n’a rien contre, sur le fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Que demandez-vous ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ca, on va en discuter.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous êtes favorable ou pas ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

On peut discuter de ce genre de chose. Y compris que l’Etat intervienne à un moment donné, temporairement, dans, on appelle ça une nationalisation partielle, peu importe, les mots. Ecoutez, sur les chantiers navals, Saint-Nazaire, c’est le dernier chantier naval important, qui reste. Est-ce qu’à un moment donné, l’Etat ne doit pas intervenir plus dans le capital ? Il est déjà intervenu. Voilà, c’est des questions que l’on pose, je ne dis pas qu’il faut tout nationaliser. On ne dit pas qu’il faut tout nationaliser, on n’est pas dans ce genre d’économie. Mais en tous les cas, ça peut se justifier, non pas parce que les entreprises sont condamnées, mais dans ce cas de figure, ça peut justifier effectivement, une intervention de l’Etat.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors une autre idée : renchérir le coût des licenciements collectifs pour les entreprises qui versent des dividendes, ou rachètent leurs propres actions ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, ça c’est quelque chose que nous demandons également. On peut le faire de différentes manières. On peut le faire aussi, en accroissant le coût des revitalisations par exemple. Quand une entreprise fait des plans de restructuration, on peut être obligé dans certaines conditions, de revitaliser l’endroit où elle est, le bassin etc. il y en a qui y échappe. On peut, vous savez une entreprise, à un moment donné, ils font des choix de rentabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, c’est normal ! Aussi, il faut qu’elle soit rentable Jean-Claude MAILLY.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, mais justement, si on peut alourdir certains coûts sociaux, à un moment donné, ils feront leur choix différemment. Voilà, ça peut jouer. Donc par exemple, des coûts de revitalisation, j’ai évoqué ça, avec le ministre hier, il est intéressé par l’idée, maintenant, je ne dis pas qu’il va la retenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et que vous dit le ministre là ? Vous le sentez déterminé ? Vous le sentez…

JEAN-CLAUDE MAILLY

Pour le moment, il a écouté, ce qui est plutôt bien. Dans le premier contact, il a écouté. Moi, ce qui m’apparait important, c’est que ce que nous demandons depuis longtemps, c’est qu’on a un ministère, alors ça s’appelle du Redressement productif, mais un ministère de l’Industrie plein et entier, qui ne dépend pas de l’économie et des finances. Voilà ! Donc c’est un ministère chargé de faire une stratégie industrielle de l’Etat, avec les outils qui existent aujourd’hui, qu’il va coordonner. Donc ça, c’est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors vous dites, on a eu deux ministres sous Nicolas SARKOZY, un bon, l’autre moins bon.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, c’est vrai, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Christian ESTROSI, bon, et moins bon, BESSON ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, oui, oui. Non, parce que je n’ai pas le sentiment qu’il était passionné par les questions industrielles monsieur BESSON. Moi, je le dis, je le redis. C’est du pragmatisme, monsieur ESTROSI, en tant que ministre de l’Industrie, il a mouillé la chemise comme on dit ! Sur les filières, sur des défenses d’entreprises etc. oui, bien sûr! J’ai d’ailleurs dit, hier à monsieur MONTEBOURG, qu’il fallait reprendre et approfondir certains travaux qui avaient été engagés du temps monsieur ESTROSI, sur les filières industrielles, sur les relations de donneurs d’ordre sous-traitants, qu’il fallait aller plus loin, etc. il a noté, on verra ce qu’il fera dans les jours et les semaines à venir.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien, Jean-Claude MAILLY vous allez rencontrer, je crois que sera organisé une grande conférence économique et sociale, c’est quand ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

En juillet.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est en juillet. Vous attendez quoi ? Vous ? De ce gouvernement ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Moi, je pense que l’un des éléments importants ça va être ce qui va se passer, au niveau européen. Dans les semaines à venir. C’est même avant, vraisemblablement,

avant le mois de juillet, parce que de ce qui sera décidé au niveau européenne, là, on n’a aucune visibilité. De ce qui sera décidé au niveau européen, est-ce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, on va parler de cela, de la Grèce et de l’euro.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Voilà ! Est-ce que à partir de là, on va se donner des marges de manœuvre en terme de croissance, ou pas ? Ou on va fermer la porte. Ça va être…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous, vous êtes partisan de la croissance, d’une relance ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, mais moi, je suis partisan d’une renégociation des traités. Pas simplement un petit ajout de croissance, une renégociation des traités sur le rôle de la Banque Centrale, notamment ! Par exemple ! C’est un des éléments. Ca, c’est un élément important. Après, il va y avoir les dossiers qui vont arriver, c’est le dossier de l’emploi, qu’on a évoqué. Il va y avoir le dossier du pouvoir d’achat, avec le coup de pouce pour le SMIC. Il va y avoir le décret, le décret sur les retraites…

JEAN-JACQUES BOURDIN

On va en parler, de suite. On va en parler des retraites.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Il va y avoir la réforme fiscale. On ne peut pas tout faire dans la conférence, il faudra cibler sur certaines choses.

 

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