Les matinales radio du 9 mai 2012

Alain JUPPE

Europe 1, L’interview politique – 08h20

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Après 5 années à l’Elysée on va guetter tout à l’heure les visages

et je suppose les ultimes formules, c’est l’alternance et l’émotion, qu’estce

qui va prédominer quand vous serez entre vous ?

ALAIN JUPPÉ

L’émotion bien sûr, une forme de tristesse, mais aussi le message

que nous adresserons tous je pense à Nicolas SARKOZY qui sera un

message de gratitude. Parce qu’il aura été un grand président, il ne faudra

pas beaucoup de temps d’ailleurs pour qu’on le reconnaisse, il aura

protégé la France et les Français dans une période exceptionnellement

difficile, il aura surtout mené à bien une série de réformes très profondes

qui ont vraiment modernisé la France et, donc, je pense que c’est un

grand merci que nous lui dirons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et combien de temps faut-il pour se remettre d’une émotion, de ce

que vous avez appelé une défaite dans l’honneur ?

ALAIN JUPPÉ

On serait très vite, vous savez Jean-Pierre ELKABBACH, on

remonte sur le cheval – c’est ce que fait l’UMP aujourd’hui – et nos 577

candidats sont déjà au travail dans toutes les circonscriptions législatives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et s’il y avait un testament politique de Nicolas SARKOZY

président de la République, quel serait-il ?

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Je crois qu’il l’a délivré, si je puis dire, dimanche soir avec

beaucoup de dignité. Je crois que ce qui restera essentiellement de ce

message c’est la nécessité pour la France de tenir son rang, d’être à la

hauteur de son histoire, d’être en initiative sur la scène internationale, et

puis c’est aussi un message adressé aux Français : rien ne se fera sans

effort, rien ne se fera sans travail, rien ne se fera sans reconnaissance du

mérite, c’était un message fort.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Est-ce que vous pensez que l’histoire dira que Nicolas SARKOZY

est en train de réussir mieux son départ que son arrivée ?

ALAIN JUPPÉ

Je ne sais pas ! Je ne suis pas l’histoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Hier, devant l’Arc de triomphe…

ALAIN JUPPÉ

En tout cas, il réussit son départ.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Les 2 combattants ont offert un moment plutôt sincère

d’apaisement et de réconciliation, comme si la France était en effet plus

grande que nous tous et qu’eux-mêmes, vous étiez là, qu’est-ce que vous

avez ressenti ?

ALAIN JUPPÉ

Bien sûr ! Eh bien vous savez la France est une démocratie solide,

avec des institutions solides. C’était effectivement très émouvant, d’abord

parce qu’à l’Arc de triomphe, sous le drapeau tricolore, devant la flamme

du Soldat inconnu, c’est toujours très émouvant et je crois que les

responsables politiques – à commencer par Nicolas SARKOZY et

François HOLLANDE – ont donné un bel exemple de respect des valeurs

républicaines.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Vous étiez là il y a 17 ans, quand il y avait MITTERRAND et

CHIRAC…

ALAIN JUPPÉ

Oui ! C’est vrai, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui.

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Eh bien j’étais un peu plus joyeux ce jour là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Le nouveau président de la République s’installe, jusqu’ici est-ce

que vous pensez qu’il a fait un sans faute et que la transition est en train

de réussir…

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Eh bien, écoutez, je considère…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

A ce stade ?

ALAIN JUPPÉ

A ce stade, c’est un peu prématuré pour parler de réussite. On est

à J + combien ? 3 ! On va voir la mise en place du gouvernement, les

premières initiatives, il ne faut pas trop se précipiter, je sais qu’il y a un

très grand enthousiasme partout pour dire que c’est extraordinaire, on

jugera aux actes, pour l’instant il n’y a pas eu beaucoup d’actes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alain JUPPE vous ne sera donc pas candidat à Bordeaux pour les

Législatives du mois de juin, sur place il parait que ça a créé un choc, si

ce n’est, ni un forfait, ni une désertion de votre part, qu’est-ce que c’est ?

ALAIN JUPPÉ

C’est un choix ! C’est un choix. J’ai bien reçu le message que les

Bordelais m’avaient d’ailleurs déjà adressé en 2007, ils souhaitent que je

me consacre à 1 mandat et pas à 2 et d’ailleurs, avec la victoire de

François HOLLANDE, c’est un peu bizarre de se présenter pour une

fonction qu’on sait qu’on ne pourra pas exercer puisqu’il y aura non cumul

des mandats, donc j’ai choisi d’emblée de me consacrer totalement à mon

mandat municipal. Je ne sais pas si vous avez vu ce petit reportage hier à

la télévision…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

J’ai vu ! J’ai vu.

ALAIN JUPPÉ

Bordeaux est aujourd’hui la ville de France la plus attractive,

notamment sur le marché immobilier, parce qu’on y a fait un travail

formidable, et j’ai bien l’intention de continuer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui ! Ce qui était intéressant dans ce reportage c’est que

Bordeaux, dans le classement, passe juste devant Nantes.

ALAIN JUPPÉ

Enfin juste devant, oui, nous sommes numéro 1. Voilà !

JEAN-PIERRE ELKABBACH

C’est peut-être un signe pour Jean-Marc AYRAULT ! Et devant

Lyon et Paris.

Au passage, si Nicolas SARKOZY avait gagné et non le Parti

Socialiste, vous seriez resté à Bordeaux ou vous auriez été candidat à la

députation ?

ALAIN JUPPÉ

Je ne sais pas ! C’est une hypothèse qui ne s’est pas vérifiée,

donc je ne peux pas vous répondre aujourd’hui, ne refaisons pas l’histoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et alors, et l’UMP que vous avez fondé en 2002, elle a besoin

apparemment qu’on s’occupe d’elle, vous avez même servi – d’après ce

qu’on nous dit – de sage, de médiateur entre Jean-François COPE et

François FILLON…

ALAIN JUPPÉ

Eh bien…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Est-ce qu’ils en sont là déjà…

ALAIN JUPPÉ

Vous savez ce n’est pas la première fois…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Ou encore ?

ALAIN JUPPÉ

Ce n’est pas la première fois que je ressens un profond décalage

entre le commentaire et la réalité – je ne parle pas de ce que vous dites,

Jean Pierre, bien sûr – mais j’étais hier, avant-hier plus exactement, lundi,

au siège de l’UMP et je n’ai absolument pas senti de menace, de fracture

et d’explosion, au contraire l’expression d’une volonté d’unité très forte et

de retour au combat, parce que, après tout, il est tout à fait possible que

nous gagnions ces élections législatives et c’est ça qui anime aujourd’hui

l’UMP autour de ses dirigeants et dans un esprit très collectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Pour Claude GUEANT, que je viens d’entendre, il serait préférable

que la majorité sortante reste la majorité pour appliquer plutôt son

programme – autrement dit la cohabitation – et vous venez d’exprimer le

même sentiment, ce n’est pas un rêve fou de la part de la majorité qui

s’en va ?

ALAIN JUPPÉ

Ce n’est jamais un rêve fou de se battre pour gagner, c’est même

le B.A BA en politique ! Et nous allons nous battre dans ces élections

législatives pour gagner, je vais, moi-même, aller soutenir un grand

nombre de candidats sur le terrain et nous sommes tous mobilisés dans

cet esprit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Mais on voit bien que le président François HOLLANDE va

réclamer – et c’est logique – pour sa propre majorité et pour appliquer son

programme une majorité absolue ou confortable, qu’est-ce qu’il resterait

de vos 310 députés ?

ALAIN JUPPÉ

Eh bien peut-être une majorité, Jean-Pierre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui ! Merci de m’appeler par mon prénom.

ALAIN JUPPÉ

Pardon ! Pardon.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alain, hein, oui.

ALAIN JUPPÉ

Pardon de cette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

François HOLLANDE est…

ALAIN JUPPÉ

Je déroge à mes habitudes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Voilà !

ALAIN JUPPÉ

C’est peut-être l’émotion vous savez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui ! Oui, oui. François HOLLANDE…

ALAIN JUPPÉ

… un peu particulière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

C’est peut-être un jour d’émotion, effectivement…

ALAIN JUPPÉ

Voilà !

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et ça se traduit comme ça.

Mais François HOLLANDE est arrivé en tête dans 333

circonscriptions, Nicolas SARKOZY dans 244, la majorité est de 289,

autrement dit avant la campagne le PS a déjà la majorité de députés ?

ALAIN JUPPÉ

Ah ! Non, non, non. Avant la campagne il n’a pas la majorité de

députés, il l’aura peut-être après la campagne, mais on ne peut pas

anticiper sur le vote et vous savez très bien que dans un vote législatif les

personnalités comptent, on ne voter plus pour HOLLANDE et SARKOZY

mais pour des candidats dans chacune des circonscriptions et ça peut

changer complètement les données des problèmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Est-ce que vous considérez…

ALAIN JUPPÉ

Je rappelle d’ailleurs que… Voilà ! 48 virgule je ne sais plus

combien, 5, ou un petit peu plus, et 51,5, donc la marge n’est pas

considérable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alain JUPPE, pour vous est-ce que François BAYROU est dans la

majorité présidentielle de François HOLLANDE ?

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Moi je suis un être simple, quand on vote pour HOLLANDE,

on est avec HOLLANDE.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Donc l’UMP va lui opposer à Bordeaux… Euh ! A Pau, à Pau, à

Pau, un bon candidat pour l’empêcher d’être élu…

ALAIN JUPPÉ

Eh bien la commission d’investiture…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Comme une punition quoi ?

ALAIN JUPPÉ

Mais pourquoi ça serait une punition ? Si c’est le cas, si c’est ce

que décide la commission d’investiture, ça sera une clarification, il y a des

moments où il faut être clair et conforme à ses déclarations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alors est-ce que vous craignez sur le plan international un rebond,

un redémarrage de la crise en Europe à cause de l’état de la Grèce, on dit

qu’elle pourrait quitter même la Zone Euro ?

ALAIN JUPPÉ

Oui ! La situation est extrêmement difficile, extrêmement tendue.

Les résultats des élections en Grèce ont montré un recul très fort des « 2

parties de gouvernement », entre guillemets, et une progression des

extrêmes, et donc c’est extrêmement préoccupant, il va falloir suivre au

jour le jour l’évolution de la Grèce. Je rappelle que l’Espagne n’est pas

tirée d’affaires non plus et que l’Italie a également des problèmes, donc la

Zone Euro est dans une situation très difficile et toute remise en cause

des traités qui ont été si difficilement négociés et signés à la fin du mois

de janvier risquerait de provoquer des turbulences difficilement

contrôlables, c’est d’ailleurs le message que la Chancelière MERKEL a

adressé dès hier, elle ne renégociera pas ce traité.

Alors je vois qu’on nous dit aujourd’hui croissance, croissance,

mais on découvre l’Amérique si je puis dire à nouveau, la croissance elle

est à l’ordre du jour depuis des mois – et d’ailleurs Monsieur VON

ROMPUY…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Mais plus seulement l’austérité ?

ALAIN JUPPÉ

Non ! Non, mais jamais seulement l’austérité. Dans le traité, je ne

veux pas revenir sur l’analyse de ce traité, dans l’un des deux traités qui a

été signés il y a un chapitre entier sur la croissance et Monsieur VON

ROMPUY vient de convoquer un conseil européen extraordinaire pour

examiner les propositions de soutien à la croissance qui ont été élaborées

par la Commission depuis plusieurs mois à la demande des 27.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Les mois de mai et de juin seront sans arrêt consacrés à

l’international… Pardon ! Quels seront les dossiers les plus brûlants et les

plus dangereux et qu’est-ce que vous allez dire bientôt, dans 5 jour, à

votre successeur au Quai d’Orsay ?

ALAIN JUPPÉ

Eh bien, écoutez, je lui transmettrai, conformément à la tradition

républicaine le flambeau et les dossiers. Pour moi, il y a 2 rendez-vous

majeurs : celui de l’OTAN à Chicago le 20 et le 21, on parlera de

l’Afghanistan et notamment du calendrier de retrait des groupes, mais

aussi de l’avenir de l’Alliance ; et puis le deuxième rendez-vous majeur,

on vient de l’évoquer, c’est évidemment le Conseil européen et l’adoption

de mesures, comme nous l’avons souhaité depuis des mois, de soutien à

la croissance, parce qu’il faut avancer sur 2 pieds, la stabilité mais aussi la

croissance .

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Mais vous lui direz bonne chance pour la France ?

BRUCE TOUSSAINT

Merci !

ALAIN JUPPÉ

Bonne chance ! Je souhaite que la France réussisse.

 

Gérard LONGUET

France Inter, L’invité d’Inter – 07h50

PASCALE CLARK

Vous étiez à l’Arc de Triomphe hier pour les cérémonies du 8 mai,

vous avez apprécié cet esprit républicain à deux têtes ?

GERARD LONGUET

Totalement et compte tenu de l’enjeu qui est la commémoration de

la capitulation nazie, il était bon que la France se retrouve et que la

République, après l’élection, soit en effet une République apaisée. Il y a

des rendez-vous internationaux majeurs pour notre pays, comme ministre

de la Défense j’en parle d’expérience, notamment l’Afghanistan et nous

avons besoin de Français qui se parlent.

PASCALE CLARK

Comment vous est apparu Nicolas SARKOZY ? Abattu ?

GERARD LONGUET

Apaisé !

PASCALE CLARK

Apaisé par la défaite alors.

GERARD LONGUET

Apaisé par le sentiment d’avoir un mandat de responsabilités où il

a donné, je le pense profondément, tout ce qu’il pouvait apporter en terme

d’énergie et en terme d’initiatives, il n’a pas été suivi par les électeurs, il

est parti d’assez bas dans les sondages, il est arrivé très haut dans les

résultats, il n’a pas eu la majorité, il n’a, à aucun moment dans cette

campagne démérité ou déçu ses partisans, votre serviteur au premier

rang.

PASCALE CLARK

A-t-il perdu, Nicolas SARKOZY, à cause de la droitisation de sa

campagne ?

GERARD LONGUET

Je ne le pense pas profondément, je pense que nous avons en

Europe de l’ouest des gouvernements en responsabilité qui affrontent une

crise considérable et cette crise les épuise. Nous avons en France une

particularité, vous l’avez évoquée d’ailleurs, trois victoires successives de

la droite, pour un électeur de moins de 40 ans, toujours un président de

droite, il y a un phénomène d’usure dont malheureusement Nicolas

SARKOZY porte en quelque sorte la facture alors qu’il n’a fait évidemment

qu’exercer ses responsabilités pendant cinq ans dans une période

extraordinairement difficile. Je crois que c’est profondément ces deux

raisons qui expliquent cela. La crise et trois victoires successives, la

quatrième était difficile.

PASCALE CLARK

Vous êtes au maximum de l’autocritique là ?

GERARD LONGUET

Le temps de l’analyse plus exactement viendra, on a un pays qui

est confronté à un rendez-vous majeur qui est celui de, comme d’ailleurs

tous les pays des 17 pays de l’euro, sauver l’euro. Nous avons à réfléchir,

moi ce qui m’intéresse c’est de me projeter dans l’avenir. Comment

sauver l’euro, comment sauver justement le 8 mai, cette formidable

réussite qu’est la construction européenne et dont l’aboutissement est une

monnaie commune, une économie commune et je le pense profondément,

une société de convergence.

PASCALE CLARK

Gérard LONGUET pas de droitisation de la campagne, pas de clin

d’oeil envoyé au Front National entre les deux tours ?

GERARD LONGUET

Mais il y a des sujets dans la société française dont le Front

National a fait évidemment ses choux gras, je pense à la sécurité en

particulier, mais ce sont des sujets que tout gouvernement a le devoir de

traiter et que tout candidat a le devoir d’évoquer. Je constate d’ailleurs

que les deux candidats ont évoqué ces sujets parce que ce sont des

sujets de la société, ce ne sont pas des propriétés de telle ou telle famille

politique, ce sont des sujets de la société.

PASCALE CLARK

C’est allé bien au-delà.

GERARD LONGUET

Non, non, vous avez de vrais sujets de société dans notre pays qui

sont liés par exemple à la place du travail par rapport à la solidarité ou à

l’assistanat. Nous avons l’ouverture de la France dans le monde, nous

avons quelles frontières accepter, le thème de la frontière qui est un

thème qui a été mis, réactualisé par Régis DEBRE, à tout seigneur tout

honneur, est un thème qui mérite d’être débattu, moi je pense que le

monde est ouvert et que s’il y a une frontière elle est aux limites de

l’Europe elle n’est certainement pas aux limites de la France.

PASCALE CLARK

Vous aviez vous-mêmes contribué Gérard LONGUET entre les

deux tours à envoyer des signaux au FN, vous regrettez cette interview

dans MINUTE ?

GERARD LONGUET

Je ne regrette pas l’interview à MINUTE pour deux raisons. La

première : d’abord il faut la lire complètement et ce que je dis sur le Front

National c’est de marquer une différence notamment sur ces thèmes

d’avenir que sont la construction européenne et la réussite de l’euro. Je

pense que Marine LE PEN a perdu ses chances en proposant de sortir de

l’Europe et en proposant de sortir de l’euro. C’était une erreur manifeste.

Mais je voudrais simplement vous dire…

PASCALE CLARK

Et vous est-ce que vous avez commis une erreur ?

GERARD LONGUET

Je pense qu’on ne commet jamais une erreur en indiquant la

réalité des faits. En revanche…

PASCALE CLARK

La réalité des faits c’est qu’elle est devenue, Marine LE PEN, une

interlocutrice.

GERARD LONGUET

Non, une interlocutrice, forcément vous l’inviterez vous-même

j’imagine à un moment ou à un autre, donc je ne vois pas pourquoi…

PASCALE CLARK

Oui mais nous nous posons des questions, en politique il y a des

éventuelles alliances…

GERARD LONGUET

On a le droit de poser des questions… non, d’alliance ce n’est pas

le sujet…

PASCALE CLARK

Jamais question ?

GERARD LONGUET

Ce n’est pas le sujet, il n’a jamais été évoqué. En revanche, quand

18% des Français expriment un vote, nous avons le devoir, à gauche

comme à droite, de nous poser les questions des raisons de ce vote. Et

se refuser de se poser les questions, c’est assurément mépriser ces

électeurs-là. Je m’interroge sur les électeurs de MELENCHON, je me

pose la question de savoir pourquoi il y a toujours deux candidats

trotskistes, je voudrais qu’on explique un jour pourquoi il y en a deux et

pourquoi pas un seul. Eh bien c’est le devoir absolu d’un citoyen de se

poser les questions sur les autres citoyens.

PASCALE CLARK

Quand même Gérard LONGUET, accorder une interview à

MINUTE entre les deux tours, c’est envoyer un signal, est-ce que Nicolas

SARKOZY était au courant ? Vous l’aviez prévenu par exemple ?

GERARD LONGUET

Pas du tout, c’est proprio motu, je considère que je suis majeur et

vacciné et si un journal me dit : je souhaite prendre position contre

François HOLLANDE, acceptez-vous de répondre à mes questions ? J’ai

pris mes responsabilités, j’ai accepté de répondre à MINUTE dont

j’ignorais d’ailleurs même l’existence parce que pour moi MINUTE c’est

les années…

PASCALE CLARK

Vous ne connaissez pas MINUTE ?

GERARD LONGUET

Attendez, MINUTE pour moi c’est les années 60, nous sommes en

2012.

PASCALE CLARK

Mais à l’époque vous connaissiez bien.

GERARD LONGUET

Oui je l’ai lu beaucoup quand j’avais 15 ans en effet madame, mais

c’était il y a 50 ans quand j’avais 15 ans.

PASCALE CLARK

Gérard LONGUET pour les législatives en cas de duel FN – PS au

second tour, que préconisez-vous ?

GERARD LONGUET

D’arriver en tête, d’être…

PASCALE CLARK

Non, non, d’accord, mais si ça se pose…

GERARD LONGUET

C’est exactement cela, d’arriver en tête parce que pourquoi voulezvous

que je m’enferme…

PASCALE CLARK

C’est une non réponse.

GERARD LONGUET

Pourquoi voulez-vous que je m’enferme dans la réponse, dans une

réponse que nous pouvons éviter si nous avons en effet, un UMP qui est

premier ou second et à ce moment-là je renverrai la question au Parti

socialiste et je suis persuadé que vous aurez à coeur de poser au Parti

socialiste la même question car je vous rappelle…

PASCALE CLARK

Donc vous ne répondez pas, vous ne choisissez pas ?

GERARD LONGUET

…j’ai une singularité, c’est qu’en 1997 j’ai été battu à la demande

de Jean-Marie LE PEN parce que j’avais dénoncé sa supercherie qui était

en 92 l’alliance socialiste et Front National pour tenir la région lorraine,

merci de le rappeler.

PASCALE CLARK

En 2012 vous ne choisissez pas ?

GERARD LONGUET

En 2012 le moment venu, je m’exprimerai. Mais le moment n’est

pas venu, le moment ce sera à la veille du deuxième tour des législatives.

PASCALE CLARK

Donc vous ne le dites pas aujourd’hui. En sortant du studio vous

allez vous dirigez vers le dernier conseil des ministres, avez-vous préparé

un message, rapidement, un geste pour Nicolas SARKOZY ?

GERARD LONGUET

De reconnaissance et de gratitude. J’ai passé quand même

ministre de la Défense, les moments les plus passionnants de mon

existence politique et je lui suis très reconnaissant de m’avoir nommé et

surtout, d’avoir dirigé les armées avec dignité, courage, de les avoir

engagés avec succès en Libye et en Côte d’Ivoire.

 

Claude GUEANT

RTL, L’invité d’RTL – 07h50

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous allez participer tout à l’heure au dernier Conseil des

ministres, présidé par Nicolas SARKOZY. Quel est votre état d’esprit ?

CLAUDE GUEANT

C’est un moment particulièrement émouvant, bien entendu, parce

que le Conseil des ministres est le lieu où se prennent les grandes

décisions, où s’arrêtent les projets de loi, par exemple, et chaque Conseil

des ministres est émaillé, de la part du président, de considérations, tout à

fait passionnantes, d’ailleurs, sur sa vision du monde de la France, et ce

sera l’occasion de se remémorer tout ce qui a été fait, qui est

considérable, parce que depuis 5 ans, il y a eu énormément de réformes,

mais le mot réforme est un peu galvaudé et je préfèrerais dire

énormément de mesures d’adaptation au monde moderne, et je pense

que l’histoire en fera crédit à Nicolas SARKOZY.

JEAN-MICHEL APHATIE

Terminer sur un échec, c’est difficile ?

CLAUDE GUEANT

Eh bien, évidemment, d’autant que j’ai un rôle particulièrement

délicat, ce matin, puisque je vais avoir la tâche douloureuse de présenter

le résultat des élections présidentielles. C’est vrai, ceci dit le président a

fait une magnifique campagne, il faut savoir que par rapport au stock de

droite qui était rassemblé a premier tour, il a gagné 21 points entre les

deux tours, je crois que ça montre la pugnacité qui a été la sienne et sa

force de persuasion à l’égard de l’opinion.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais c’est un échec, pourquoi cet échec Claude GUEANT ?

CLAUDE GUEANT

Mais c’est un échec, parce que c’est la règle démocratique comme

ça. Si vous voulez mon interprétation…

JEAN-MICHEL APHATIE

Oui, c’est ce que je veux.

CLAUDE GUEANT

C’est que… Mon interprétation, c’est que, dans la crise, et nous ne

sommes pas sortis de la crise, et les Français ont vécu la crise, quand il y

a un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, un

gouvernement sortant ne peut pas gagner les élections, et c’est ce que

nous avons observé partout en Europe.

JEAN-MICHEL APHATIE

La personnalité de Nicolas SARKOZY est en cause, on l’a décrit

comme trop clivant, on a parlé d’erreur de comportement, d’un début de

quinquennat manqué. C’est aussi dans la facture, tout cela, Claude

GUEANT ?

CLAUDE GUEANT

C’est vrai que Nicolas SARKOZY est moins aimé, ou était moins

aimé, au moment de l’élection, qu’il ne l’était au début de son

quinquennat, lorsqu’il a été élu en 2007, c’est vrai qu’il a commis quelques

erreurs, les Français restent attachés à une conception très monarchique,

très formelle, du rôle du président de la République, c’est quelqu’un qui

est profondément moderne, qui a voulu dépoussiérer l’institution, vivre

comme les autres, se comporter comme les autres, et c’était sans doute

prématuré.

JEAN-MICHEL APHATIE

Depuis la défaite de dimanche soir, vous avez sans doute eu

l’occasion de parler avec Nicolas SARKOZY.

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Qu’est-ce qui l’emporte, chez lui ? La tristesse d’avoir perdu, une

forme de peur devant l’inactivité qui l’attend…

CLAUDE GUEANT

Non, je pense…

JEAN-MICHEL APHATIE

… de soulagement, disent certains ?

CLAUDE GUEANT

Non, je n’ai pas du tout cette impression de soulagement. Bon,

c’est vrai que je sens qu’il est triste, bien qu’il n’exprime pas de sentiment

de cette nature, mais je crois qu’il a le sentiment du devoir accompli, la

conviction de s’être bien battu, d’avoir porté ses idées, et par conséquent,

c’est une vraie sérénité qui l’habite.

JEAN-MICHEL APHATIE

Pas la peur du vide ?

CLAUDE GUEANT

Elle n’est pas perceptible.

JEAN-MICHEL APHATIE

Elle peut exister.

CLAUDE GUEANT

Elle peut exister, parce que c’est quelqu’un que je connais bien, il

accepte de se reposer trois jours, mais enfin, au bout de trois jours, il

bouillonne et il a envie de faire plein de choses. Ceci dit, il n’y a pas que la

politique dans la vie, il a dit qu’il prendrait du champ par rapport à la vie

politique, qu’il resterait partie de sa famille, mais sans chercher à

conquérir un autre mandat ni à jouer un rôle actif, et je pense qu’il y a bien

d’autres choses, voyager, lire, rencontrer des gens, parler, exercer un

métier peut-être, ça occupe son homme, ainsi.

JEAN-MICHEL APHATIE

Croyez-vous à un retrait temporaire ou définitif, de l’activité

politique pour Nicolas SARKOZY ?

CLAUDE GUEANT

Il a dit clairement qu’il resterait dans la famille, c’est-à-dire qu’il

participerait à des réunions, mais pas avant la rentrée, après l’été, mais

enfin il ne jouera pas de rôle actif. Je crois qu’il est absolument déterminé

à cet égard. Je le regrette pour ma part, mais c’est ainsi.

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est-à-dire que, ce matin, Claude GUEANT, vous diriez plutôt que

Nicolas SARKOZY va se retirer à peu près définitivement de la vie

politique.

CLAUDE GUEANT

Je pense, oui, je pense.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et vous le regrettez un peu.

CLAUDE GUEANT

Et je le regrette.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et il n’y a pas de solution.

CLAUDE GUEANT

Mais non, puisque c’est sa décision à lui. Non, je pense qu’il aurait

encore beaucoup à apporter à notre famille, compte tenu de son

expérience, qui est considérable, à apporter à notre famille, à la réflexion

de la famille, parce qu’il sent bien la société française, avec toutes ses

fibres, puisqu’il a sillonné la France, rencontré des centaines de milliers de

Français au cours de ces années, mais enfin, c’est son choix. Il veut

tourner la page.

JEAN-MICHEL APHATIE

Nous sommes le 9 mai 2012, ce qui est devant nous, Claude

GUEANT, ce sont des élections législatives.

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Nicolas SARKOZY a un successeur à l’UMP, aujourd’hui ?

CLAUDE GUEANT

Eh bien, il y a un patron à l’UMP, Jean-François COPE est le

secrétaire général, Nicolas SARKOZY … était le président, mais il n’a pas

été remplacé dans son poste de président, et il va mener pour l’UMP, la

bataille aux législatives. Il y a eu un bureau politique dès lundi, il y en a un

autre jeudi matin, qui sera précédé d’un comité stratégique pour actualiser

un tout petit peu, sans doute, le programme présidentiel, et c’est sur ce

programme que nous irons à la bataille des législatives.

JEAN-MICHEL APHATIE

Dans les faits, Jean-François COPE aujourd’hui est le successeur

de Nicolas SARKOZY, on peut le dire comme ça.

CLAUDE GUEANT

Ecoutez, aujourd’hui, Jean-François COPE est à la tête de l’UMP,

personne ne lui conteste son rôle, le bureau politique qui s’est tenu lundi,

était parfaitement unitaire, nous irons, unis, sur un même programme.

JEAN-MICHEL APHATIE

Si l’UMP gagne les élections législatives, c’est Jean-François

COPE qui devient le chef du gouvernement.

CLAUDE GUEANT

Ça, je ne sais pas…

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est ça la question de la succession !

CLAUDE GUEANT

Non non mais… oui oui, enfin, je ne peux pas lire dans le marc de

café, d’autant que j’appelle l’attention sur le fait que c’est le président de la

République qui choisit le Premier ministre, même si dans un cas de

cohabitation, que vous évoquez, il faut bien sûr un dialogue entre le

président et la majorité.

JEAN-MICHEL APHATIE

Elections législatives 10/17 juin.

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Une cohabitation, c’est souhaitable pour le pays, ou pas ?

CLAUDE GUEANT

Bon, moi je pense que, institutionnellement, au regard de ce qui

fonde la Vème République, ce n’est pas logique, mais il n’empêche que,

très franchement, je crois que ce serait bien pour la France, que la

majorité sortante puisse appliquer son programme, plutôt que ce soit le

Parti socialiste qui applique son programme. Nous ne pouvons pas aller à

nouveau vers la dépense publique, vers les déficits, vers les impôts, vers

les diminutions de compétitivité.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais, cela, vous l’avez expliqué…

CLAUDE GUEANT

Donc, pour l’intérêt de la France… pour l’intérêt de la France, je

pense que ce serait bien que la majorité sortante reste à l’Assemblée

nationale, la majorité.

JEAN-MICHEL APHATIE

Cela, vous l’avez expliqué à l’occasion de l’élection présidentielle,

aux citoyens, qui ne vous ont pas suivi.

CLAUDE GUEANT

Oui, bien sûr. Mais enfin…

JEAN-MICHEL APHATIE

Donc, ce serait paradoxal qu’ils vous suivent maintenant.

CLAUDE GUEANT

Mais, écoutez, le citoyen peut changer d’avis en l’espace de

quelques semaines, nous aurons aussi, le citoyen aura l’occasion de se

faire une appréciation sur les quelques semaines de gouvernement de

monsieur HOLLANDE.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous êtes, vous-même, Claude GUEANT, candidat aux élections

législatives à Boulogne…

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et vous figurez, c’est Bruno GOLLNISCH, le numéro 2 du Front

national, qui l’a rendu public hier, sur une liste de personnalités, que le

Front national désire voir battues. Vous figurez sur cette liste parce qu’ici

même, le 24 avril, vous avez dit qu’en cas de duel aux élections

législatives, au 2ème tour, entre un candidat du Front national et un

candidat du Parti socialiste, vous ne voteriez jamais, avez-vous dit, pour le

candidat du Front national. Maintenez-vous cela, ce matin, Claude

GUEANT ?

CLAUDE GUEANT

Oui, je maintiens cela, effectivement, ce qui me permet d’ailleurs

de dire que, ce que j’ai dit, c’est exactement ce que vous venez de

rappeler, Jean-Michel APHATIE, et je n’ai pas dit que je voterais pour le

candidat socialiste non plus, hein, mais je…

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais vous avez dit « je ne voterai jamais pour un candidat du Front

national ».

CLAUDE GUEANT

Vous me permettrez de remarquer que, faire des listes, que

monsieur GOLLNISCH qualifie de « listes noires », dans une démocratie

comme la nôtre, c’est quand même quelque chose d’inquiétant.

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est pas républicain.

CLAUDE GUEANT

Je trouve que c’est inquiétant.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous êtes triste ce matin ?

CLAUDE GUEANT

Oui, bien sûr, bien sûr, oui, c’est une époque qui a été absolument

passionnante, autour de Nicolas SARKOZY nous avons tous la conviction

que nous avons fait beaucoup, pour adapter la France au XXIème siècle,

elle avait besoin de l’être, elle a besoin de l’être encore, ne serait-ce que

parce que le monde bouge très vite, il faut toujours s’adapter, donc nous

sommes tristes d’abandonner une oeuvre qui n’est pas achevée, c’est vrai.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais c’est la loi de la démocratie.

CLAUDE GUEANT

Mais c’est la loi de la démocratie.

 

Xavier BERTRAND

Canal+, La Matinale – 07h50

CAROLINE ROUX

C’est vrai, c’est votre dernier conseil des ministres, la dernière fois

que vous allez entrer vous asseoir aux côtés du président salon Murat.

Est-ce que, pour parler un peu de vous…

XAVIER BERTRAND

Jusqu’aux élections législatives.

CAROLINE ROUX

Jusqu’aux élections législatives…

XAVIER BERTRAND

Gagner aussi les élections législatives.

CAROLINE ROUX

On y viendra après si vous le voulez bien – est-ce que vous y allez

un peu avec le noeud au ventre ?

XAVIER BERTRAND

Oui, avec un sentiment particulier. Oui, c’est vrai. J’ai une histoire

un peu particulière parce que je n’ai pas le profil-type du ministre comme

on a pu le penser voilà quelques années. Je n’ai pas fait les grandes

écoles type l’ENA, je suis provincial, je n’ai jamais été dans un cabinet

ministériel et comme ça n’avait jamais dû commencer, j’ai toujours pensé

qu’un jour ça s’arrêterait. Bien, il n’empêche, il n’empêche que ce n’est

pas un matin comme les autres et, pour ne rien vous cacher, ce n’est pas

par rapport à mes fonctions. On n’est pas propriétaire de ses fonctions

ministérielles, à peine locataire mais pas propriétaire, et surtout moi j’ai

déjà quitté mes fonctions ministérielles volontairement à deux reprises.

C’est par rapport à Nicolas SARKOZY aussi, ce conseil des ministres

avec lui, avec la suite de ce résultat, de cette défaite aux élections

présidentielles, surtout par rapport à lui.

CAROLINE ROUX

Pourquoi ? Il vous fait de la peine ?

XAVIER BERTRAND

Oui. Je vois aussi la dignité, la force qui est la sienne en ce

moment et on voit bien que ça ne doit pas être intérieurement,

personnellement aussi simple. Donc il y a un sentiment un peu mêlé.

Vous l’avez dit : oui, on repart pour ces élections législatives pour les

gagner. Et puis en même temps, j’ai conscience que les Français ont

choisi, n’ont pas choisi mon candidat, et comme il y a le président qui est

là, c’est un sentiment très particulier. J’ai peut-être un peu de mal à

l’expliquer mais oui, ce n’est pas un matin comme les autres.

CAROLINE ROUX

Non, non, vous l’avez très bien expliqué. Nous assistons depuis

dimanche aux premiers pas de François HOLLANDE président de la

République élu. Alors travail, concentration, pas de jour de repos, pas

d’escapade en bateau. Est-ce que vous considérez que François

HOLLANDE a réussi son arrivée, peut-être mieux que Nicolas SARKOZY

il y a cinq ans ?

XAVIER BERTRAND

Attendez, il est très tôt pour le dire, il est trop tôt pour le dire. Par

contre, je trouve que la République française a donné une très belle

image avec François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY hier. C’est ce que

je retiens surtout, et qu’un président aussitôt soit au travail pour constituer

ses équipes, ça avait été le cas en 2007. Mais quand même, la dignité, la

dignité de cette journée je trouve, la République qui sait montrer surtout

un 8 mai qu’elle est unie, ça fait du bien et ça montre aussi à la politique

qu’elle n’est pas obligée d’être aussi violente pendant une campagne. Pas

obligée. La crise est violente, la vie des Français est difficile. Je le dis,

c’est un peu un message : on verra quelle est la tonalité de la campagne.

Oui, mais on n’est pas obligé d’être agressif, notamment je pense à tout

ce qui s’est passé ces cinq dernières années, par rapport à toutes les

outrances. Si on pouvait retenir la leçon de la soirée électorale et de cette

journée d’hier, ça ferait du bien. Combattif, on a le droit.

CAROLINE ROUX

Alors, il vous faudrait envoyer un petit message à Maryse

JOISSAINS, vous la connaissez.

XAVIER BERTRAND

Oui, je la connais.

CAROLINE ROUX

Elle est maire UMP d’Aix-en-Provence. Elle, elle conteste tout

simplement la légitimité de François HOLLANDE, président élu. Elle

trouve qu’il n’a pas la carrure, qu’il ne ressemble pas à un président, qu’il

agite ses petits bras dit-elle. Est-ce qu’elle dépasse les bornes ? Est-ce

qu’il faut qu’elle soit recadrée ?

XAVIER BERTRAND

Les Français ont choisi, les Français ont élu François HOLLANDE.

Voilà. La légitimité, elle est claire et je retiens une image de la journée

d’hier. Plus que les propos de Maryse JOISSAINS, c’est cette image de

Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE, très clairement.

CAROLINE ROUX

Oui.

XAVIER BERTRAND

C’est le président, c’est le président.

CAROLINE ROUX

Il a réussi sa sortie Nicolas SARKOZY ? C’est important de réussir

sa sortie.

XAVIER BERTRAND

Oui. Oui, oui. Mais il y a aussi la transition la semaine prochaine.

Le président nous l’a dit : il met un point d’honneur à montrer que les

choses peuvent se passer de façon apaisée. Et oui, je pense – je suis très

surpris par le nombre de personnes qui disent : « Franchement, le

discours à la Mutualité, chapeau. Cette image hier, ça grandit. Ça grandit

l’image de notre pays. » Oui, je pense que les Français…

CAROLINE ROUX

Et est-ce que ça vous donne un coup de main pour les législatives

justement, cette façon de quitter le pouvoir qu’a Nicolas SARKOZY ?

d’être un président rassembleur ? C’est peut-être ce qu’il aurait dû être

pendant la campagne, en tous cas c’est ce qu’il est au lendemain de sa

défaite. Est-ce que c’est un atout pour conduire la nouvelle bataille pour

vous qui est celle des législatives ?

XAVIER BERTRAND

Je pense que c’est surtout le regard des Français qui change – qui

change – notamment celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui, en se

disant : « Toutes les critiques n’étaient peut-être pas aussi justifiées que

ça. » Je pense que c’est surtout ça. Ensuite, une élection législative, ça

n’est pas cela. C’est François HOLLANDE est élu : est-ce qu’on veut qu’il

ait les pleins pouvoirs dans tout le pays ? Donc pas seulement pour son

programme.

CAROLINE ROUX

Est-ce qu’il faut une cohabitation ?

XAVIER BERTRAND

Je ne suis pas le seul à penser que oui.

CAROLINE ROUX

Pourquoi il faudrait une cohabitation alors qu’on est dans un

moment de crise ? On voit bien que la Grèce pourrait presque sortir de la

zone euro. Pourquoi est-ce qu’il faudrait une cohabitation ?

XAVIER BERTRAND

Parce que les Français ne veulent pas, comme on dit, mettre tous

leurs oeufs dans le même panier et, on le voit, il y a deux sondages, deuxtrois

sondages qui sont sortis qui disent : « On préfèrerait qu’il y ait une

victoire de la droite et du centre. » Pourquoi ? Parce que les Français

voient bien aussi aujourd’hui que pour la première fois depuis le Second

empire, la gauche, le Parti socialiste, aurait tous les pouvoirs en France,

du haut – la présidence de la République, le Sénat – ça serait l’Assemblée

nationale, ce serait les régions, ça serait les départements, les grandes

communes : ça serait du jamais vu. Et les Français aiment bien l’équilibre.

Moi, je demande qu’il y ait un vote d’équilibre, d’équilibre des pouvoirs.

CAROLINE ROUX

Quel est le leader naturel de la droite, Xavier BERTRAND,

aujourd’hui ? À l’heure où nous parlons ?

XAVIER BERTRAND

Aujourd’hui, ça a été dit tout à l’heure – je sais qu’il va sourire -

dans le reportage de Cyrille ELDIN, mais ça va vraiment un collectif qui va

être mis en place. François FILLON a toute sa place au premier plan.

CAROLINE ROUX

Alors donc, la réponse à c’est qui le leader naturel de la droite ?

C’est François FILLON.

XAVIER BERTRAND

Je finis ma phrase. Je finis ma phrase : il y a Alain JUPPE, Jean-

François COPE, moi-même je prendrai toute ma part dans cette

campagne des législatives en expliquant notamment ce que l’on veut faire

dans cette campagne des législatives. Hier pendant ce jour férié du 8 mai,

j’ai été surpris par le nombre de personnes qui m’ont dit : « Les heures

supplémentaires, ça va se passer comment pour des ouvriers ? » Moi je le

dis, je prends l’engagement de mettre toutes mes forces pour qu’on

puisse éviter que ces neuf millions de salariés soient punis par l’une des

premières mesures de la gauche qui consisterait à leur enlever l’avantage

fiscal et social. Ils ne volent pas cet argent, ils ne prennent le travail de

personne. Pour moi, ce sera l’un des enjeux prioritaires de protéger ces

salariés.

MAITENA BIRABEN

On va passer au j’aime/j’aime pas. Vous allez nous dire si vous

aimez ou si vous n’aimez pas les félicitations de Jacques CHIRAC à

François HOLLANDE ?

XAVIER BERTRAND

C’est républicain.

MAITENA BIRABEN

Oui.

XAVIER BERTRAND

C’est républicain.

MAITENA BIRABEN

C’est fair play.

XAVIER BERTRAND

C’est fair play.

MAITENA BIRABEN

Donc on aime.

CAROLINE ROUX

J’aime/j’aime pas la droite populaire qui défend une investiture

pour Christian VANNESTE, député UMP qui avait été… pour des propos

homophobes.

XAVIER BERTRAND

Il ne faut pas que Christian VANNESTE soit réinvesti. Il y avait une

première position de l’UMP. C’est quelqu’un qui est Gérald DARMANIN,

qui est un très bon candidat, qui sera candidat, mais il ne faut pas que

Christian VANNESTE soit réinvesti. Les choses étaient claires pour moi,

elles doivent être clarifiées de façon à ce qu’on ne parle plus de ce sujet,

de cette élection législative là-bas à Tourcoing.

MAITENA BIRABEN

Vous aimez/vous n’aimez pas Eric BESSON qui ferme son compte

Twitter ?

XAVIER BERTRAND

J’aime Eric BESSON.

MAITENA BIRABEN

Mais le compte Twitter qui ferme ?

XAVIER BERTRAND

Comme je le connais, je n’ai pas besoin d’aller voir sur Twitter pour

avoir de ses nouvelles, mais j’aime Eric BESSON.

MAITENA BIRABEN

C’est un peu genre : « Bon, c’est fini. J’arrête. »

XAVIER BERTRAND

Il tourne une page. Il tourne une page.

CAROLINE ROUX

J’aime/j’aime pas : la candidate PS qui refuse de retirer sa

candidature dans la circonscription de François BAYROU ?

XAVIER BERTRAND

Ah ! J’aime bien le cirque qui se prépare au niveau de ces

élections législatives, parce que ce n’est pas le seul endroit où ils disent :

« Non, non. Nous, on ne suivra pas les consignes. » Ça montre bien que

tout ça, ça fait quand même comme une manipulation électorale, c’est le

moins qu’on puisse dire. Il appelle à voter pour François HOLLANDE,

mais donc en contrepartie on ne lui met personne, mais il n’a pas…

CAROLINE ROUX

C’est le jeu. Vous, vous n’aviez mis personne en attendant qu’il

appelle à voter pour Nicolas SARKOZY.

XAVIER BERTRAND

Pardon ?

CAROLINE ROUX

Vous n’aviez mis personne.

XAVIER BERTRAND

Ce n’est pas la seule circonscription. Il y a d’ailleurs, cet après-midi

une commission d’investiture pour régler plusieurs dizaines de cas. Ce

n’était pas le seul.

MAITENA BIRABEN

Vous allez vous arrêter un peu ou pas ? Vous allez repartir direct ?

XAVIER BERTRAND

Il y a des élections législatives.

MAITENA BIRABEN

Ça ne m’avait pas échappé. La question était : allez-vous vous

arrêter un peu avant ou vous repartez direct ?

XAVIER BERTRAND

Non. On va prendre un petit peu plus le temps quand il y a un

week-end, des longs week-ends qui se dessinent pour profiter de la

famille, des enfants, mais la campagne des législatives reprend ses droits

tout de suite.

 

· Roselyne BACHELOT

RMC Info, Bourdin & Co – 07h40

JEAN-JACQUES BOURDIN

Dites-moi, Roselyne BACHELOT, est-il vrai – c’est une petite

information que j’ai… je ne sais plus où j’ai glané cela – que vos enfants

habiteraient dans la même résidence que celle de François HOLLANDE ?

ROSELYNE BACHELOT

Ils habitent juste à côté et justement ils… c’est-à-dire ils essaient,

parce que les gens sont un peu énervés par tout le déploiement de cars

de radios, Valérie TRIERWEILER elle-même a appelé, vous a appelés,

les journalistes, à les laisser un peu tranquilles, et les déploiements de

cars de radios, de télés, et de cars de police, en leur expliquant – mes

enfants expliquent à leurs voisins, qui sont exaspérés, que ça ne va pas

durer très longtemps et que, voilà, c’est normal que dans un changement

républicain il y ait quelques… il y a un peu quelques troubles, ça ne va

pas durer.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, ça ne va pas durer, vous pensez qu’il ne va pas pouvoir rester

là, Roselyne BACHELOT.

ROSELYNE BACHELOT

Je n’en sais rien moi… je me déploie sur des sujets quand même

un petit peu plus importants que de savoir où dort le président de la

République.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non, mais ça on est bien d’accord Roselyne BACHELOT. Tiens…

mais enfin, pour vos enfants ça… j’imagine que pour la résidence ça

change la vie quand même !

ROSELYNE BACHELOT

Ça change la vie, oui bien sûr… c’est évidemment un peu

compliqué, il faut prévoir de partir un peu plus tôt le matin, parce qu’on

risque d’être un peu embouteillé, mais enfin je ne sais pas ce que fera le

président de la République, il fera au mieux sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Belle image hier ! Tout le monde l’a dit, reconnu…

ROSELYNE BACHELOT

Ah, écoutez, j’ai été très, comme beaucoup de Français, quelle

que soit leur sensibilité politique d’ailleurs, des amis de gauche m’ont

envoyé des petits messages, des SMS, en disant « chapeau », et je crois

que ça a donné le ton de cette passation de pouvoir. Le président de la

République l’avait dit dimanche soir, il l’a redit par son attitude hier, pas de

revanche, pas d’amertume, donc je vais à ce dernier Conseil des

ministres dans une grande sérénité.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Dans une grande sérénité. Roselyne BACHELOT, votre cas

personnel, vous allez arrêter la politique ou vous allez continuer ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah non, je n’arrête pas la politique, du tout, du tout, certainement

pas. Vous savez, j’ai ça un peu dans les gènes, j’ai servi mon pays au

plus haut niveau pendant ces cinq années, d’ailleurs les Français n’en

n’ont rien à faire des sentiments d’émotion ou de nostalgie des uns et des

autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui.

ROSELYNE BACHELOT

Ce service du pays, eh bien je le continuerai d’une autre façon,

dans l’opposition politique bien entendu. Après le moment de passation de

pouvoir qui doit être respecté avec la nouvelle équipe, le combat va

reprendre. Je l’ai toujours mené, je crois, avec fairplay, sans jamais

atteindre aux personnes, à leur intimité, et je continuerai le combat

politique comme je l’ai toujours fait, en pouvant d’ailleurs aussi se

retrouver sur un certain nombre de dossiers, je n’estime pas qu’il y a le

mal d’un côté et le bien de l’autre, il y a des combats qu’il faut mener

parfois ensemble. Et, sur un certain nombre de sujets, d’ailleurs, qui

attendent notre pays, comme le retour à l’équilibre des finances publiques,

ou certains autres sujets de société, on peut se retrouver.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Roselyne BACHELOT, qui est, selon vous, le leader naturel

maintenant à l’UMP ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah mais le leader naturel c’est Jean-François COPE, qui est

secrétaire général de l’UMP, mais l’opposition à François HOLLANDE est

évidemment beaucoup plus large que l’UMP. Il y a des radicaux, des

démocrates-chrétiens, il y a la gauche moderne, et pour moi, l’homme le

plus rassembleur de cette opposition, maintenant diverse, c’est

évidemment François FILLON.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Pour vous c’est clair, le plus rassembleur c’est François FILLON ?

ROSELYNE BACHELOT

Voilà, mais chacun est dans son rôle, c’est tout à fait normal.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, non mais bien sûr. Est-ce lui qui doit prendre la tête de

l’opposition ?

ROSELYNE BACHELOT

Ecoutez, il y a deux phases. Il y a d’abord le combat des

législatives, et le combat des législatives il est mené par un collectif,

puisque nous n’allons pas passer, j’allais dire, du statut de l’organisation

d’une majorité parlementaire, d’une majorité gouvernementale, à ce statut

d’opposition, d’un seul coup d’un seul. Donc, jusqu’aux législatives, nous

menons un combat, avec nos idées, sur nos idées, avec un collectif. Puis

viendra le temps de la réorganisation de l’opposition, il est encore trop tôt

pour dire la façon dont cela va s’organiser, mais je serai, de toute façon,

aux côtés de François FILLON, dans la place qu’il voudra prendre dans ce

domaine, je serai évidemment à ses côtés.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien. Roselyne BACHELOT, j’ai deux questions à propos de cette

réorganisation. J’ai déjà lu que, par exemple, Jean-Paul GARRAUD,

député UMP, était prêt à discuter avec le Front national, Roselyne

BACHELOT. Que lui répondez-vous ?

ROSELYNE BACHELOT

S’il veut s’occuper des thèmes qui sont les thèmes, les inquiétudes

qui ont été exprimées par les électeurs du Front national, qui représentent

18% des électeurs, j’espère que tout le monde s’en occupera, et qu’en

particulier le nouveau président de la République tiendra compte des

craintes exprimées par ces personnes qui doivent être respectées. Par

contre, ouvrir des négociations avec le Front national, le président de la

République sortant l’avait d’ailleurs indiqué tout à fait clairement, s’il était

élu il n’y aurait aucune négociation avec le Front national, le Front national

n’aurait pas participé au nouveau gouvernement qu’il aurait constitué, et il

n’est pas question de négociations pour les élections législatives. Donc le

discours est parfaitement clair, et j’aurai l’occasion de le redire, et de le

dire d’ailleurs, comme je l’ai dit au dernier bureau exécutif de l’UMP lundi

dernier, donc il n’y a pas de souci.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, mais Roselyne BACHELOT, c’est ni PS, ni Front national ?

ROSELYNE BACHELOT

Mais, attendez, ni PS, ni Front national, le Parti socialiste est au

pouvoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je vous dis ça parce que hier matin j’avais Thierry MARIANI…

j’avais Thierry MARIANI hier matin qui me disait « c’est ni PS, ni Front

national. » En cas de second tour aux législatives, dans une

circonscription, c’est ni PS, ni Front national. Vous aussi Roselyne

BACHELOT ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah non, moi mes positions sont parfaitement connues, je les ai

exprimées à de nombreuses fois, mais je vous redis, Jean-Jacques

BOURDIN, que la question ne va pas se poser, on est en train d’essayer

de nous mettre dans une situation qui ne va pas se poser. Les candidats

de l’UMP…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça peut se poser dans certaines circonscriptions.

ROSELYNE BACHELOT

Les candidats de l’UMP vont se trouver en situation d’être partout

au deuxième tour, et c’est ça qui est important, nous allons pouvoir

exprimer nos idées de façon tout à fait claire, et voilà, c’est ça qu’il faut

redire maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et donc maintien au deuxième tour ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah mais absolument, maintien au deuxième tour, il n’est pas

question de négociations.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Quelles que soient les circonstances ?

ROSELYNE BACHELOT

Quelles que soient les… maintien au deuxième tour, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Roselyne BACHELOT, la cohabitation, franchement, est-ce une

chance pour la France ? S’il y a une cohabitation, ça peut arriver, est-ce

que c’est une chance pour la France ?

ROSELYNE BACHELOT

La question n’est pas celle de la cohabitation, elle est celle des

programmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

D’accord, mais enfin !

ROSELYNE BACHELOT

Et, je suis désolée…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Cohabitation avec un président…

ROSELYNE BACHELOT

Je sors d’une campagne électorale, et je l’ai dit aux côtés de

Nicolas SARKOZY, les solutions proposées par monsieur HOLLANDE ne

sont pas les bonnes solutions, ne sont pas les solutions à la hauteur du

pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce que pour la France…

ROSELYNE BACHELOT

Donc si demain il y a une victoire, ce que je souhaite, une victoire

de notre parti politique, et de notre famille politique, la droite et le Centre,

aux élections législatives, eh bien le Premier ministre gouvernera et il

gouvernera en continuant les réformes dont notre pays a besoin.

Regardez ce qui se passe en Grèce, nous voyons bien que nos sociétés

occidentales sont menacées, et nous, ce que nous voulons, c’est

continuer à préserver notre modèle social, comme nous l’avons fait

pendant ce quinquennat, tout en ramenant les finances à l’équilibre, les

finances de l’Etat, les finances de la sécurité sociale, mais bien sûr en

continuant les réformes. Voilà ce que nous voulons faire, et nous le ferons

si nous sommes… notre majorité gagne les législatives. Donc ce n’est pas

important la cohabitation, la cohabitation ça se passe toujours très bien. Il

y a eu des périodes de cohabitation, c’est le Premier ministre qui

gouverne, et voilà.

 

· Bernard ACCOYER, Président de l’Assemblée nationale

France Info, L’invité d’Info – 08h15

OLIVIER EMOND

Vous êtes président de l’Assemblée nationale, et vous êtes aussi

l’un des membres du désormais fameux comité stratégique de campagne

de l’UMP, cette direction collégiale pendant la campagne des législatives ;

comment dirige-t-on un parti à quarante personnes, on imagine que c’est

plus compliqué que d’avoir un chef et une ligne de conduite ?

BERNARD ACCOYER

Non, parce que, il y a d’abord ce qui est la continuité de la

campagne de Nicolas SARKOZY, ce qui est l’élan de cette magnifique

cérémonie commémorative du 8 mai hier, avec un grand homme d’Etat,

Nicolas SARKOZY, qui tend la main à celui que les Français ont choisi au

deuxième tour des élections présidentielles, tout ça…

OLIVIER EMOND

Vous, vous y étiez, d’ailleurs hier, vous savez ce qu’ils se sont dit ?

BERNARD ACCOYER

Je n’ai pas entendu, j’étais tout près, mais on voyait bien à leur

visage que c’était des propos tout à fait cordiaux.

OLIVIER EMOND

Bien. Alors, sur cette campagne des législatives, et cette manière

de diriger un parti en campagne avec une direction qui va comprendre

une quarantaine de personnes…

BERNARD ACCOYER

La direction, elle est simple, le programme est déjà écrit, il suffit de

l’adapter à une campagne législative, et ensuite, chacun va faire

campagne. Le fait qu’il y ait de nombreux talents à l’UMP est un atout

évident, qui permettra de démultiplier la parole. Et, croyez-moi, il n’y aura

pas de divergences entre ce qui sera avancé, d’autant plus que nous

avons dans ce comité stratégique des rencontres de travail pour régler ce

qui pourrait devoir l’être.

OLIVIER EMOND

Alors, des rencontres, des débats forcément, ensuite, il va falloir

faire des choix, qui va trancher ?

BERNARD ACCOYER

Mais c’est une direction collégiale, il n’y a aucun problème pour…

mais trancher, vous savez, c’est vite vu, les investitures ont déjà été

données, le programme est essentiellement celui de Nicolas SARKOZY,

qui devra être quelque peu ajusté, et puis, cela est sur les rails, les

candidats sont d’ailleurs déjà en campagne.

OLIVIER EMOND

Alors, vous dites, Bernard ACCOYER, que la ligne est a priori

claire et qu’il n’y a pas de divergences, tout de même, sur la stratégie par

exemple à adopter vis-à-vis du Front national, on sait qu’il y a des

opinions différentes au sein de l’UMP, que faut-il faire par exemple,

d’après vous, alliance ou pas alliance ?

BERNARD ACCOYER

Alors, il n’y a pas de divergences à l’UMP, la ligne est d’une clarté

absolue, il n’y aura pas d’accords politiques, pas d’accords électoraux,

voilà, c’est tout, la ligne, elle est claire et il n’y a aucune divergence,

aucune des personnalités du comité de campagne qui est en train de se

former n’a émis la moindre réserve vis-à-vis de cette ligne, ça suffit, après,

il n’y a plus de questions qui se posent.

OLIVIER EMOND

Mais d’autres le disent, le député UMP Jean-Paul GARRAUD par

exemple…

BERNARD ACCOYER

Il peut y avoir un individu qui émet un avis personnel…

OLIVIER EMOND

Il n’est pas contre un rapprochement, dit-il…

BERNARD ACCOYER

Ça n’engage que lui, et encore une fois, la ligne, elle est très

connue, donc nous n’allons pas… si vous voulez, cette question de

l’extrême droite, qui arrange bien la gauche, parce que, elle ne peut

gagner que grâce à l’extrême droite, et d’ailleurs, voter extrême droite,

c’est voter à gauche, cette question, je voudrais la remettre à ce qu’elle a

été dans le passé, rappelez-vous de 2002 ; 2002, l’extrême droite est au

second tour, la presse annonce 237 triangulaires, il y en a eu 9. Bon,

alors, écoutez, attendons de voir ce que les Français voteront au premier

tour, attendons de voir ce qu’ils décideront et ce qu’ils choisiront. C’est

eux qui décident…

OLIVIER EMOND

Mais quand un député UMP dit qu’il n’est pas défavorable à un

rapprochement avec le Front national, que faut-il faire, il faut le garder, il

faut l’exclure ?

BERNARD ACCOYER

Mais, écoutez, on ne va pas passer tout notre échange sur ce

point…

OLIVIER EMOND

C’est un point important…

BERNARD ACCOYER

Il y a une personne qui dit ça, et il y a 310 députés UMP…

OLIVIER EMOND

Il y a aussi Gérard LONGUET qui…

BERNARD ACCOYER

La ligne de l’UMP est très claire…

OLIVIER EMOND

Gérard LONGUET, ministre de la Défense, qui…

BERNARD ACCOYER

Oui, parlons du fond, si vous voulez bien…

OLIVIER EMOND

Qui disait que Marine LE PEN était un interlocuteur possible, c’est

du fond, c’est un problème vraiment qui se pose…

BERNARD ACCOYER

Mais je vous ai déjà répondu, mais, on peut peut-être parler aussi

des questions de fond, c’est-à-dire quelle politique va être conduite, parce

que, en réalité, la politique qui sera conduite par le gouvernement – qui

sera nommé par le président François HOLLANDE – dépend de la

majorité de l’Assemblée nationale. Et dans cette majorité, il y a des

différences, et le projet de cette majorité portera… il y a des différences

entre ce que François HOLLANDE veut et ce que la droite et le centre font

comme analyses. Nous faisons comme analyse que si – comme l’a dit

François HOLLANDE – on augmente la dépense publique, eh bien, on a

une perspective qui est tout simplement celle de la Grèce, et ça, nous

n’en voulons pas. Et donc, c’est ce que nous allons expliquer aux

Français, parce que la réalité, elle est là, nous sommes à une époque où

tout va très vite, où les déficits s’accumulent très vite, la perte de

confiance d’un pays qui dépense, j’entendais les premières mesures, eh

bien, les premières mesures de François HOLLANDE, ce sont des

mesures qui creusent les déficits, qui sont à financer avec de l’argent que

l’on n’a pas, que l’on met sur le dos de nos enfants et de nos petitsenfants

; telle est la réalité.

OLIVIER EMOND

Bernard ACCOYER, vous ne voulez pas parler du Front national,

mais le Front national…

BERNARD ACCOYER

Je vous en ai parlé, je vous dis : pas d’accord politique, pas

d’accord électoral…

OLIVIER EMOND

Le Front national parle, lui, beaucoup de vous, il déclare

littéralement la guerre à l’UMP.

BERNARD ACCOYER

Mais ça n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie de la France, un

parti, c’est un parti politique…

OLIVIER EMOND

Mais ça pourrait mettre en danger l’UMP, non, vous n’y croyez pas

du tout, ça ne vous inquiète pas ?

BERNARD ACCOYER

Mais attendez, nous, on va au combat politique pour gagner les

élections, en convainquant les électeurs, et quels que soient nos

adversaires, ils veulent évidemment nous faire trébucher, mais, et

j’observe simplement que finalement, nous sommes, la droite et le centre,

nous sommes les adversaires communs de la gauche et de l’extrême

droite.

OLIVIER EMOND

Entre un candidat FN et un candidat de gauche, vous votez pour

qui, vous, Bernard ACCOYER ?

BERNARD ACCOYER

Je vous ai déjà répondu, nous ne parlons que de ce sujet depuis

que vous m’interviewez…

OLIVIER EMOND

C’est le sujet, c’est un des sujets du jour…

BERNARD ACCOYER

Je vous ai déjà répondu…

OLIVIER EMOND

Il y a une liste noire qui circule…

BERNARD ACCOYER

Je vous ai dit : pas d’accord politique, pas d’accord électoral, c’est

tout, je n’ai rien à ajouter. Parlons du fond, si vous le voulez bien.

OLIVIER EMOND

Si on parle beaucoup de cette question, vous comprenez que c’est

aussi une conséquence de la campagne présidentielle qui vient de se

jouer, des sujets qui ont été émis.

BERNARD ACCOYER

Mais, l’avenir de la France, ça n’est pas cela. L’avenir de la

France, c’est va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire casser la réforme des

retraites, va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire emprunter pour essayer de

bloquer illusoirement le prix des carburants, ce qui coûte déjà la mesure

sur le carburant annoncée par HOLLANDE coûte la bagatelle pour trois

mois de 750 millions d’euros. L’augmentation des diverses allocations

nous conduit déjà à des déficits de plusieurs milliards avant d’avoir

commencé, un argent que nous n’avons pas, que nous empruntons.

OLIVIER EMOND

Avec les législatives, certains à l’UMP rêvent de cohabitation. Vous

pensez que c’est possible, Bernard ACCOYER ?

BERNARD ACCOYER

Encore une fois, tout est possible, c’est les Français qui décident,

mais encore une fois, ce qui est important, c’est la ligne politique, que la

majorité de l’Assemblée nationale votera. C’est-à-dire : allons-nous voter

des dépenses supplémentaires dont nous n’avons pas le financement,

c’est-à-dire : allons-nous creuser les trous, les dettes et nous diriger vers

une situation extrêmement dangereuse, telle qu’on la connaît dans

plusieurs pays d’Europe, avec le paroxysme qui est la situation de la

Grèce, c’est cette ligne que nous souhaitons, allons-nous avoir le vote des

étrangers aux élections locales, allons-nous démanteler notre excellence

nucléaire ? Ce sont les questions qu’il faudra débattre et dont j’espère que

la majorité à l’Assemblée nationale empêchera que l’on commette ces

erreurs, que la France paierait très, très longtemps.

OLIVIER EMOND

Il n’y a donc que cela qui compte pour vous, à l’heure qu’il est…

BERNARD ACCOYER

Ce qui compte…

OLIVIER EMOND

La perspective de la campagne, des élections, comment vont se

passer les duels, les triangulaires, etc., c’est secondaire ?

BERNARD ACCOYER

Mais nous allons parler du fond, et nous allons convaincre avec ce

que je suis en train d’essayer de vous expliquer dans la difficulté.

 

· Cécile DUFLOT, Secrétaire nationale d’EE-LV

RMC Info, Bourdin 2012 – 08h35

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et nous recevons ce matin, Cécile DUFLOT, ministre de

l’Environnement, des Transports et de, je ne sais pas, moi, de

l’Aménagement du territoire !

CECILE DUFLOT

Vous n’allez pas m’avoir comme ça !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Du Développement durable ! Non ?

CECILE DUFLOT

Eh non ! Cécile DUFLOT, secrétaire nationale d’Europe Ecologie

Les Verts, candidate aux législatives.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, jusqu’au 22 juin.

CECILE DUFLOT

Jusqu’au 22 juin.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Jusqu’au 22 juin. Euh… non, ministre un jour ?

CECILE DUFLOT

Peut-être et peut-être pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais, vous aimeriez ou pas ? Non, soyons sincères. Alors, c’est

François HOLLANDE qui décidera pour vous, déjà.

CECILE DUFLOT

Alors, d’abord, effectivement, dans la Vème République, c’est le

président de la République et le Premier ministre qui décident, et je pense

qu’il y a beaucoup de gens qui devraient ne pas l’oublier, parce que tout le

monde a plein d’idées…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça veut dire qui ?

CECILE DUFLOT

Chez nous, ça veut dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça veut dire quoi, Daniel COHN-BENDIT par exemple ?

CECILE DUFLOT

Oui, ou plein de gens qui se disent disponibles, etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Daniel COHN-BENDIT, qui hier l’avait un peu oublié ?

CECILE DUFLOT

Je pense que, comment dire, d’abord, il y a une chose, c’est que

moi, dans mon mouvement, j’aime bien qu’on respecte les gens, et je

trouve qu’il a eu des mots un peu durs à l’égard d’Eva JOLY, voilà, je ne

fais pas partie des gens qui avaient poussé à ce qu’elle soit candidate, je

fais partie des gens qui ont fait sa campagne avec acharnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN

« Une mauvaise campagne », il a dit.

CECILE DUFLOT

Oui, mais voilà, donc moi j’ai du respect et de l’affection pour Eva

JOLY, et je pense qu’il n’y a pas d’utilité dans la période, à être

désagréable, les uns avec les autres. Ça, c’est le premier élément. Le

deuxième élément, c’est qu’hier, les écologistes ont décidé, ont décidé

d’une chose simple, qui était de dire que, eux, ils souhaitaient passer à

l’action et participer, si les conditions étaient réunies, et surtout si comme

vous l’avez dit, le président de la République et le Premier ministre le

décidaient, à cette histoire-là. Ce n’est pas une question individuelle, et ce

n’est même pas une question de nombre, c’est une question surtout de

volonté politique, est-ce que oui ou non on veut aujourd’hui mettre en

oeuvre des politiques écologistes, parce que, qui que ce soit d’entre nous,

il ne va pas se transformer en ce qu’il n’est pas, donc ce n’est pas une

évidence, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors, nous allons regarder ce qui vous rassemble et ce qui vous

éloigne du Parti socialiste, Cécile DUFLOT, mais si on vous le propose,

est-ce que vous acceptez ?

CECILE DUFLOT

Mais, ce n’est pas… ce n’est pas binaire, mais ça dépend si on me

propose quoi, et si on propose quoi à d’autres, et qu’est-ce que ça signifie

en termes politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’oublie « à d’autres », Cécile DUFLOT.

CECILE DUFLOT

Non, eh bien vous avez tort.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’ai tort ? A bon.

CECILE DUFLOT

Vous avez tort, pour une raison simple, c’est que je ne crois pas

aujourd’hui qu’on puisse dire : chacun gère…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, mais si on vous propose un grand ministère, comme ça,

élargit, écologie, aménagement du territoire, développement durable, je

ne sais pas, moi, transports, est-ce que…

CECILE DUFLOT

Et pour faire quoi ? Et pour faire quoi, et avec qui d’autre ? Dans

quel périmètre politique, dans quel état d’esprit politique ? Franchement…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si les conditions sont réunies, est-ce que vous acceptez ?

CECILE DUFLOT

Ce n’est pas, je vais vous dire un truc qui va peut-être vous

paraitre désagréable, ça n’est pas de la langue de bois, parce que je n’ai

jamais considéré…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si.

CECILE DUFLOT

Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si.

CECILE DUFLOT

Non, pas du tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Parce que si, si les conditions sont acceptables, à vos yeux, est-ce

que vous acceptez ?

CECILE DUFLOT

Eh bien justement, la question c’est de savoir dans quel cadre,

dans quel état d’esprit. Moi, ce qui m’intéresse…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et éventuellement, vous pouvez accepter.

CECILE DUFLOT

Ce qui m’intéresse et ce qui intéresse…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eventuellement vous pouvez accepter.

CECILE DUFLOT

Ah, mais j’ai…quand on a voté hier à 84 % en faveur de la

participation gouvernementale, ça veut dire que l’on est susceptible

d’accepter, oui, sinon on aurait voté que l’on n’était pas d’accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bon, voilà.

CECILE DUFLOT

Et d’ailleurs, si on avait voté qu’on n’était pas d’accord, on aurait

expliqué qu’on était sectaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Exactement.

CECILE DUFLOT

… et que la crise était grave et qu’il fallait agir, donc la réalité c’est

celle-là. Les écologistes, ils sont assez sereins, ils disent une chose très

simple : nous avons voulu que François HOLLANDE gagne, nous avons

fait tout ce que nous pouvions pour que François HOLLANDE gagne, ça

c’est le premier point. Le deuxième point, c’est qu’on a décidé depuis

maintenant le mois de novembre, c’est comme ça que nous avons conclu

cet accord de majorité parlementaire, qu’on participerait à une majorité

avec les socialistes, et je sais que cette méthode a été beaucoup

critiquée, on a dit : « gna gna gna, les écologistes font des accords, etc.

etc. » sauf que ce que je constate, c’est que ceux qui n’avaient pas voulu

faire des accords, maintenant souhaitent y participer. Moi, je préfère que

les choses soient claires avec les électeurs. Et pourquoi on veut faire ça ?

Parce qu’il nous semble que maintenant, maintenant, là, au mois de mai

2012, c’est nécessaire d’engager un grand plan d’économies d’énergie,

de faire en sorte que les Français et en particulier les personnes âgées,

qui vivent dans des situations de précarité énergétique, c’est-à-dire qui

n’ont pas eu les moyens de se chauffer cet hiver, puissent diminuer, faire

diminuer peut-être jusqu’à les diviser par deux, leurs charges de

chauffage. Qu’il faut faire en sorte que la situation dans laquelle on se

trouve, d’une essence qui va bientôt coûter 2 € le litre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

On va en reparler.

CECILE DUFLOT

… eh bien on se mette en situation, pas seulement de bloquer le

prix de l’essence, parce que ça ne peut pas durer, à partir du moment où

le pétrole augmente…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui.

CECILE DUFLOT

Mais de se sortir d’une dépendance au pétrole qui est très

importante, c’est ça qui intéresse les écologistes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais, Cécile DUFLOT, avec 2,3 % à la présidentielle, est-ce qu’on

peut être exigeant, sincèrement ?

CECILE DUFLOT

Le problème, c’est que ce n’est pas la question de savoir, si le

score des écologistes était faible ou élevé, tout le monde le sait,

maintenant, que beaucoup de gens qui sont sensibles à ces questions-là,

avaient comme priorité numéro 1, sur leur calendrier, et je les comprends,

de se débarrasser de Nicolas SARKOZY. La bonne nouvelle, c’est qu’ils

ont les moyens de mettre en oeuvre leur priorité numéro 2, c’est-à-dire de

faire en sorte qu’à l’agenda de la politique menée par ce futur

gouvernement, il y ait l’écologie, en votant pour les candidat écologistes le

10 juin, puisqu’il y a les élections législatives, parce qu’au final, c’est

quand même la composition de la majorité, au Parlement, qui déterminera

la suite des politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors, nouvelle majorité, vous souhaitez une nouvelle majorité, au

parlement et au gouvernement. Participation au gouvernement, vous avez

dit oui. Combien de ministres ? Deux, trois ? Vous souhaiteriez quoi ?

CECILE DUFLOT

Mais justement, mais c’est désagréable de répondre à cette

question….

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous pouvez émettre des souhaits, quand même, non ? Ev…

CECILE DUFLOT

Voilà, je vais vous émettre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

… j’allais vous dire Eva JOLY.

CECILE DUFLOT

Je vais vous émettre un souhait très simple…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eva JOLY, tiens, pourrait être ministre.

CECILE DUFLOT

Oui, je l’ai déjà dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui. Bon.

CECILE DUFLOT

Et il y a beaucoup de gens qui

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors, alors, combien de ministères ? Deux, trois ?

CECILE DUFLOT

Eh bien, le truc c’est que ce n’est pas de dire « c’est combien ». Si

vous avez…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Qu’est-ce que vous souhaitez alors ?

CECILE DUFLOT

Je vais vous répondre franchement.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui.

CECILE DUFLOT

Si vous savez deux secrétariats d’Etat, où on explique qu’en vérité,

la politique qui va être menée, c’est une politique qui ressemble purement

à une politique socialiste, à l’ancienne, du XXème siècle, la place des

écologistes ça ne sera pas d’être au gouvernement. Ça peut exister de

faire ce choix-là, de faire un gouvernement purement socialiste, François

HOLLANDE il a cette possibilité-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Dans un premier temps peut-être.

CECILE DUFLOT

Eh bien on verra, à ce moment-là, ça ne sera pas la place des

écologistes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Avant les législatives.

CECILE DUFLOT

Donc c’est pour ça que je vous dis que ça ne se résume pas en,

voilà, on veut avoir deux, trois, quatre postes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais, imaginons un gouvernement purement socialiste avant les

législatives, vous diriez quoi ?

CECILE DUFLOT

Moi je pense que c’est une erreur politique, mais c’est la

responsabilité du président de la République, et si c’est ça sa volonté, eh

bien on ne sera pas dans ce gouvernement, c’est pour vous dire que les

choses ne sont pas automatiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, si c’est sa volonté, vous ne serez pas dans ce gouvernement,

ça c’est sûr, oui.

CECILE DUFLOT

Et voilà, et je pense, moi, que, c’est pour ça, ce n’est pas les

écologistes pour les écologistes, ce n’est pas parce qu’on a bonne mine

ou qu’on est sympathique, ou qu’on ne le serait pas, ou qu’on est pénible,

c’est qu’aujourd’hui on a besoin de répondre à une réalité, la réalité c’est

que ce n’est pas parce qu’on en a pas parlé pendant la campagne

électorale, que le dérèglement climatique s’arrête. La réalité c’est qu’il va y

avoir, parmi les rendez-vous internationaux, ce président de la

République, le sommet de Rio + 20, 20 ans après le sommet de Rio en

1992, qui est une échéance essentielle pour l’avenir de notre planète et

c’est beaucoup plus important pour nous, que de mesurer au trébuchet,

les ambitions personnelles de X ou Y.

JEAN-JACQUES BOURDIN

La réalité, c’est que vous faites aussi de la politique, Cécile

DUFLOT.

CECILE DUFLOT

Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Parce que oui, oui, parce que vous voulez devenir députée…

CECILE DUFLOT

Non, non !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Comment ?

CECILE DUFLOT

Je fais de la politique parce que j’ai envie de changer les choses,

monsieur BOURDIN, et j’en ai marre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, d’accord, mais vous voulez devenir députée !

CECILE DUFLOT

Non mais j’en ai marre qu’on considère que les questions

politiques, c’est simplement qui va avoir quel poste. Je considère que la

politique, c’est de savoir qu’est-ce qu’on fait changer dans cette société,

est-ce que oui ou non on va engager une vraie règlementation des loyers.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non mais on peut changer en participant à une majorité

parlementaire et en participant à un gouvernement, c’est comme ça qu’on

peut changer les choses, non ?

CECILE DUFLOT

Pour faire des choses, pas justes…

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est votre optique de la politique.

CECILE DUFLOT

Pour faire des choses, mon optique de la politique, c’est

l’écologie…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc vous voulez être députée…

CECILE DUFLOT

C’est l’écologie de l’action.

JEAN-JACQUES BOURDIN

On est d’accord.

CECILE DUFLOT

Oui, bien sûr, parce que je pense que quand il y aura…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce qu’on peut être député et ministre par exemple ? Oui,

c’est compatible ou pas ?

CECILE DUFLOT

Simultanément, ce n’est pas possible, simplement, ce que l’on sait

maintenant, c’est quand un ministre, précédemment était député, quand il

ne l’est plus, il redevient député, donc moi je suis candidate aux

législatives, parce que je veux une chose qui va faire changer la politique

en France. S’il y a un groupe écologiste, le 17 juin, à l’Assemblée

nationale, ça sera la première fois dans l’histoire de la République, pas de

la Vème République, de la République française, et ça changera beaucoup

les choses, d’ailleurs ça fera très longtemps qu’il n’y aura pas une

nouvelle formation politique qui aura émergé dans le paysage politique,

avec un groupe au Sénat et un groupe à l’Assemblée nationale. Les

débats seront différents, les amendements qui seront apportés à un

certain nombre de projets de loi seront différents.

JEAN-JACQUES BOURDIN

On est d’accord, on va en parler, d’ailleurs, d’écologie, Cécile

DUFLOT, mais je me souviens, c’était il y a 8 jours, le débat, Nicolas

SARKOZY a titillé François HOLLANDE, « j’ai dit que dans mon projet, je

ne retiendrai qu’une seule fermeture de centrale, Fessenheim. L’accord

avec Europe Ecologie Les Verts ne m’engage pas », c’est ce qu’a dit

François HOLLANDE.

CECILE DUFLOT

Et d’ailleurs, Eva JOLY, elle, a porté pendant sa campagne, le

projet des écologistes, donc c’est un accord parlementaire, c’est un

accord pour ce qui se passera à l’Assemblée nationale, et cet accord il

engage deux formations politiques, je l’ai signé en tant que secrétaire

nationale d’Europe Ecologie Les Verts et Martine AUBRY l’a signée en

tant que première secrétaire du Parti socialiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais c’est une façon de se dégager de cet accord signé avec

Europe Ecologie Les Verts.

CECILE DUFLOT

Je vais vous dire une chose qui me semble pertinente.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, allez-y.

CECILE DUFLOT

Que le président de la République préside et que le Parlement

fasse son travail législatif, ça sera une bonne nouvelle pour la démocratie,

parce que ce que Nicolas SARKOZY avait fait, de concentrer l’intégralité

des pouvoirs, d’ailleurs ça ne lui a pas porté bonheur, c’est pas une bonne

chose pour la démocratie, il faut laisser la démocratie vivre, et moi je

souhaite que les électeurs de ce pays, Françaises et Français, aient la

possibilité de voter pour les écologistes, parce que quand il y aura des

écologistes à l’Assemblée nationale, ça changera les choses. On ne peut

pas demander à François HOLLANDE de devenir écologiste, il est

socialiste. Moi, ça ne me choque pas, c’est une orientation politique, c’est

issu de son parcours, on va dire que ce sont ses convictions. Moi, ce que

je souhaite, c’est qu’il puisse écouter les écologistes, parce que je pense

que dans la période, on a des choses qui sont des choses utiles à dire,

parce qu’on pouvait dire, dans les années 70/80, « oh, les écologistes ils

nous fatiguent, avec le dérèglement climatique, avec l’épuisement des

ressources naturelles, avec les conséquences de la pollution sur la santé,

avec les dangers que peuvent représenter, le sujet est actuel sur… »

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, la température mondiale augmenterait de 2° en 40 ans.

CECILE DUFLOT

Sauf que ça c’est une réalité, ce n’est pas pour faire plaisir ou pour

embêter qui que ce soit, c’est une réalité. Donc, moi je ne me défausse

pas, moi j’aime ça, la politique, j’ai envie de faire de la politique, parce que

je pense que si on renonce à considérer qu’on peut changer les choses,

démocratiquement, c’est-à-dire avec des élus, avec les citoyens qui

décident, alors ça ne sert plus à grand-chose de pouvoir s’exprimer sur la

marche du monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien.

CECILE DUFLOT

Donc, on ne va pas se cacher, oui les écologistes font de la

politique, dans le bon sens du terme, ils veulent le pouvoir, pour avoir le

pouvoir d’agir. Et voilà, c’est comme ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Cécile DUFLOT, vous avez regardé les cérémonies du 8 mai hier ?

CECILE DUFLOT

Oui ! Oui, j’ai même vu un bout sur BFM TV.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ces deux présidents réunis sous l’Arc de triomphe pour célébrer la

République, c’était beau ?

CECILE DUFLOT

Beau, je ne sais pas, c’était… Moi je pense que c’était assez

naturel.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’était émouvant, non ?

CECILE DUFLOT

C’était assez naturel. Et la question…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que ça vous a ému ?

CECILE DUFLOT

Je ne peux pas dire que ça m’ait émue ! Je trouve ça bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah bon !

CECILE DUFLOT

Et moi je pense qu’il est important, dans un pays qui ne va pas

forcément toujours très bien, de montrer qu’il y a une forme de continuité

et surtout qu’il y a une volonté d’apaisement.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais ça ne vous a pas ému ?

CECILE DUFLOT

Il faudrait que réponde oui, là ?

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah ! Non, non, mais il ne faudrait rien du tout, je vous pose la

question moi, oui ou non ?

CECILE DUFLOT

Vous savez moi j’ai…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je…

CECILE DUFLOT

Ces cérémonies là et surtout la cérémonie du 8 mai, parce

qu’aujourd’hui c’est la Journée de l’Europe, moi j’aimerais beaucoup

maintenant qu’on puisse avoir… et d’ailleurs je crois que François

HOLLANDE l’a annoncé dans la campagne, c’est une annonce qui est

passée totalement inaperçue, en disant qu’il voulait faire du prochain 11

novembre un grand moment sur la paix en Europe, je pense que c’est

important de se souvenir de ceux qui sont effectivement morts dans des

combats…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Mais c’est important d’être capable de se souvenir qu’on a

dépassé cette période là.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que vous rejoignez Eva JOLY pour le 14 juillet, vous vous

rappelez ce qu’elle a dit ?

CECILE DUFLOT

Oui ! Je me rappelle très bien. Moi je…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous êtes d’accord avec elle ou pas ?

CECILE DUFLOT

En tout cas je trouve qu’elle a eu raison de pouvoir mettre les

pieds dans le plat…

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est-à-dire ?

CECILE DUFLOT

Parce qu’on voit souvent les choses par le petit bout de la

lorgnette. On est le seul pays en Europe…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Qui fait défiler des chars sur la plus grande avenue du monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous pensez qu’il faut cesser ?

CECILE DUFLOT

Non ! Mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Il faut cesser ?

CECILE DUFLOT

Je demande simplement qu’on se pose la question : pourquoi ça

n’existe pas dans les autres pays ? La seule autre cérémonie un peu

équivalente, mais qui n’a rien à voir, pour ceux qui la connaissent c’est

« Trooping the colour » en Grande Bretagne, c’est l’anniversaire de la

Reine, où il y a effectivement l’armée qui défile…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Et je pense que c’est bien aussi d’avoir des moments d’unité

nationale qui ne soient pas des moments exclusivement autour des forces

armées… Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc…

CECILE DUFLOT

Et donc quand elle a dit ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous voudriez…

CECILE DUFLOT

En tout cas le tollé…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Mais…

CECILE DUFLOT

Que Eva a déclenché sur cette question là était intéressant parce

qu’il montrait qu’on n’ose pas se poser la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais vous êtes d’accord avec ce qu’elle a dit ? Vous êtes d’accord

pour un nouveau 14 juillet avec un défilé qui ne serait plus militaire ?

CECILE DUFLOT

Moi je pense qu’on peut… et d’ailleurs c’est ce qu’a fait la

République quand elle a inventé le 14 juillet, ça n’existait pas avant, je

pense que l’histoire évolue, on peut aussi inventer des nouvelles histoires

et que le défilé militaire il ne date pas de la Révolution, il date de 1870…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc…

CECILE DUFLOT

Au moment…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc, Cécile DUFLOT allez jusqu’au bout.

CECILE DUFLOT

Au moment, Monsieur BOURDIN, où il fallait mobiliser tout le

monde après la défaite face à l’Allemagne pour essayer de resserrer les

rangs, ce qui a donné les millions de morts de la Première guerre

mondiale. Et on a le droit…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc, il faut aller jusqu’au bout ?

CECILE DUFLOT

Non ! Non, non, moi je veux qu’on pose ce débat là et qu’on se

dise qu’en 2012 on peut avoir… trouvé des nouveaux moments d’unité

nationale, de rassemblement, et moi j’ai bien aimé…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc un défilé du 14 juillet qui ne soit pas uniquement militaire, on

est d’accord ?

CECILE DUFLOT

Exactement ! Parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Parce que ce n’est pas obligatoire de considérer que l’unité d’un

pays se fait uniquement autour de son armée. Mais moi je respecte les

militaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais qui pourrait défiler alors ?

CECILE DUFLOT

Je respecte ceux…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Qui pourrait défiler alors, qui pourrait ?

CECILE DUFLOT

Et d’ailleurs je vais vous dire une chose intéressante, c’est que

c’est avec les militaires et avec un certain nombre de militaires que j’ai eu

les discussions les plus intéressantes, il se trouve que mon beau-père est

un ancien parachutiste qui a vraiment fait la guerre, qui a été détenu à

Dien Bien Phu, et c’est avec lui que j’ai eu des discussions très

intéressantes sur ces questions là, sur le fait que les militaires eux-mêmes

sont tout à fait capables de pouvoir penser que l’unité d’un pays ne se fait

pas exclusivement autour de l’armée. Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien ! Revenons sur votre éventuelle participation au

gouvernement. Vous souhaiteriez pour Europe Ecologie – Les Verts, vous

ou quelqu’un d’autre, un ministère qui ressemble à celui de Nathalie

KOSCIUSKO-MORIZET…

CECILE DUFLOT

Alors…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Au moins ?

CECILE DUFLOT

Je vais vous expliquer…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Au moins.

CECILE DUFLOT

Pour le coup ce que ça veut dire faire de la politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Moi je fais partie de ceux qui ont… qui étaient un petit peu

étonnés, on va dire les choses franchement, par le fait que ce soit Nicolas

SARKOZY qui lance le Grenelle de l’environnement, mais qui a un

moment…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Etonnés et ravis !

CECILE DUFLOT

Euh !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eh bien dites-le !

CECILE DUFLOT

Non ! Pas ravis, quand…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si vous êtes ravie, il faut le dire.

CECILE DUFLOT

Non ! Quand on est écologiste et qu’on voit effectivement à quel

point ça a été difficile pour Dominique VOYNET, seul ministre dans un

gouvernement de Gauche plurielle, de faire avancer un certain nombre de

choses, il y avait un petit moment de déception, oui de voir que c’était la

Droite et le président SARKOZY qui faisaient avancer des choses. Du

coup, on est passés à une autre étape…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

L’étape d’après ça été la trahison absolue, l’environnement ça

commence à bien faire, le démolissage des conclusions du Grenelle, cela

ça été très triste. En même temps on ne peut pas, maintenant, faire

marche arrière, considérer que l‘environnement c’est une question qui,

comme dans les années 80 – 90, se cantonne à part, on sait très bien

aujourd’hui que la transition écologique ça veut dire s’attaquer à beaucoup

de chantiers simultanément, et je vais vous dire une chose ça n’est pas

pour faire plaisir ou pas plaisir aux écologistes, engager la transition

écologique ça se fait dans d’autres pays européens, c’est une nécessité

par rapport à la réalité actuelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc un ministère au moins aussi large que celui de Nathalie

KOSCIUSKO MORIZET ?

CECILE DUFLOT

C’est marrant ! En fait, Monsieur BOURDIN, vous êtes vachement

plus politicien que moi finalement ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Je ne suis pas politicien, je vous pose des questions moi.

CECILE DUFLOT

Je… Je… Non ! Je dis qu’on ne peut plus reculer…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Mais, Cécile DUFLOT, vous êtes extraordinaire…

CECILE DUFLOT

Non ! Je ne…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Moi je pose des questions et, vous, vous répondez ou pas…

CECILE DUFLOT

Non ! Vous posez des questions sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous choisissez.

CECILE DUFLOT

Alors c’est vous, c’est machine, c’est truc, c’est quoi, enfin…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je vous pose la question : est-ce un ministère qui doit être aussi

large et élargi que celui de Nathalie KOSCIUSKO MORIZET ?

CECILE DUFLOT

En tout cas, ce que je vous réponds, c’est qu’on ne peut pas faire

marche arrière par rapport à ce qui a…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc, on ne peut pas faire moins ?

CECILE DUFLOT

Mais ce n’est pas pour Cécile DUFLOT ou pour je ne sais pas

qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais non ! Mais on est d’accord.

CECILE DUFLOT

C’est un point de vue politique, c’est qu’on ne…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eh bien voilà ! Alors…

CECILE DUFLOT

C’est qu’il y a eu des trahisons de la part de Nicolas SARKOZY,

mais il y avait eu de vraies avancées auparavant qui étaient de considérer

aujourd’hui qu’on ne peut pas se dégager de la réalité de la crise

écologique. Et que c’est aussi comme ça qu’on répond à la question du

chômage, que quand Eva JOLY a dit la campagne électorale, quand les

écologistes expliquent qu’engager la transition énergétique c’est créateur

d’emplois, créateur d’emplois comme en Allemagne, ce n’est pas

simplement un voeu pieu, c’est une réalité dans d’autres pays, Que quand

on va avoir un vrai programme d’isolation des logements, qu’aux

organismes d’HLM plutôt que faire – comme l’a fait Nicolas SARKOZY – de

leur piquer une partie de leur argent pour les faire rentrer dans les caisses

de l’Etat, on dit : « Maintenant, votre obligation, c’est de faire diviser par

deux les charges des locataires de tous les logements HLM », ça c’est un

vrai acte politique mais ça montre bien que la question de la transition

écologique, elle porte sur le logement. Elle ne porte pas, en l’occurrence

quand j’en parle là, elle ne porte pas sur la question de l’environnement

même s’il est extrêmement essentiel de s’intéresser par exemple à une

ressource qui est toujours menacée qui est la ressource en eau. Il se

trouve que ça fait quatre semaines qu’il pleut, donc ça c’est une bonne

chose parce que sinon, on risquait de vivre une des sécheresses les plus

graves qu’on ait connues depuis des dizaines d’années. Mais on sait

aujourd’hui que la ressource est menacée et qu’on ne peut pas vivre sans

une eau de qualité, même dans un pays aussi développé que le nôtre.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’ai une question précise. Faut-il abandonner le projet de l’aéroport

nantais de Notre-Dame-des-Landes ?

CECILE DUFLOT

Notre position sur cette question, elle est connue et vous voyez,

dans l’accord que nous avons passé avec le Parti socialiste, nous avons

constaté que nous étions en désaccord. Oui, je pense que oui : il faut…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce que vous pouvez participer à un gouvernement qui va

construire un aéroport ?

CECILE DUFLOT

Je vais vous expliquer. On a une histoire très concrète. Moi je

rends hommage aux grévistes de la faim qui ont fait plus de vingt-cinq

jours de grève de la faim, qui ont arrêté leur grève de la faim parce qu’il y

a eu un accord qui a été passé entre eux et les dirigeants des différentes

collectivités locales.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Suspension des expulsions des propriétaires, des expropriations.

CECILE DUFLOT

Sur la base des propos équilibrés et responsables de François

HOLLANDE. Et moi, je suis très heureuse qu’il ait trouvé une position qui

au moins permette de faire avancer le dialogue. Parce que la question qui

se pose sur cet aéroport, c’est dans un moment où on va devoir à la fois

faire des économies, choisir les investissements de l’Etat dont on sait que

les caisses sont quand même largement vides, est-ce que la priorité c’est

de détruire les terres agricoles pour construire un nouvel aéroport alors

qu’on peut moderniser si c’est nécessaire l’aéroport existant ? Les

écologistes ont une réponse, mais ont une réponse qui aussi va permettre

de faire avancer les choses sur le terrain de la conviction. Je suis bien

certaine, d’ailleurs la commission du Parti socialiste, la commission

agriculture du Parti socialiste du département a fait évoluer sa position.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais Cécile DUFLOT, comment pourriez-vous participer à un

gouvernement par exemple dirigé par Jean-Marc AYRAULT qui est

favorable, qui est plus que favorable à la construction de cet aéroport ?

CECILE DUFLOT

Mais je vais vous mettre tranquille. S’il fallait que les socialistes

deviennent écologistes pour qu’on puisse travailler ensemble, là je pense

qu’on pourra attendre quelques années. Donc le principe que nous avons

choisi, c’est de dire : « On ne peut pas attendre que tout le monde soit

d’accord avec les écologistes, sinon on ne fera jamais rien. » Simplement,

on veut faire en sorte de faire avancer un certain nombre de projets par à

la fois la conviction, par aussi le moment où les électeurs font le choix.

Quand les électeurs aux régionales ont voté pour les candidats

écologistes, pour les listes écologistes dont celle que je conduisais en Ilede-

France, je peux vous dire que depuis deux ans ça a fait changer les

choses dans une relative discrétion mais au quotidien. C’est-à-dire que

dans le dialogue aussi avec les socialistes et avec les autres partis de

gauche, on fait avancer certains sujets parce que je pense que les

écologistes ont de bons arguments et peuvent apporter au débat et

apporter des solutions. On prend ça sur un mode qui peut être de temps

en temps un peu brutal.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Conflictuel.

CECILE DUFLOT

Conflictuel, ce n’est pas grave, mais qui la plupart du temps est

une démarche qui est une démarche de conviction. Les écologistes ont eu

raison sur le constat, sur la crise écologique. Maintenant, ils sont prêts à

passer à l’action et à démontrer que leurs solutions sont pertinentes.

 

· Jean-Claude MAILLY, Secrétaire général de Force Ouvrière

France 2, Les 4 vérités – 07h50

ROLAND SICARD

C’est aujourd’hui le dernier conseil des ministres de Nicolas

SARKOZY. Quel bilan vous tirez de ce quinquennat ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ecoutez, sur le plan social il y a eu quelques contre-réformes que

nous avons fortement contestées, que nous contestons toujours d’ailleurs.

Exemple : celle sur les retraites de 2010, ou les réformes sur la

représentativité où on aurait souhaité faire autrement. Ceci étant, il y a eu

une période où le dialogue a été assez nourri ; ça ne veut pas dire que les

résultats étaient là mais…

ROLAND SICARD

Au début.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. Il n’avait pas été encore été investi président de la République

qu’il avait déjà reçu tout le monde. Ça aurait été en ce moment, par

exemple.

ROLAND SICARD

Ce qui n’est pas le cas de François HOLLANDE.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Pas encore. Ça viendra peut-être, mais pas encore. Donc il y a eu

du dialogue social nourri mais à la fin, ça a été un peu hard quand même,

y compris quand il a lancé des anathèmes contre les syndicats considérés

comme corps intermédiaires. Il y a eu une tension entre lui et les

organisations syndicales à la fin, y compris dans le verbe dans la

campagne qui était assez forte.

ROLAND SICARD

Est-ce qu’il s’est fait des ennemis des syndicats à la fin ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ecoutez, vous savez…

ROLAND SICARD

Est-ce que ça a pu jouer dans le déroulement de la campagne ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Je ne sais pas si ça a pu jouer sur le vote des citoyennes et des

citoyens, mais il est clair que s’il avait été réélu, il aurait fallu recoller les

morceaux et ça n’aurait pas été simple quand même, compte tenu de la

dernière période.

ROLAND SICARD

Un syndicat, la CGT, avait donné une consigne de vote.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, mais ça c’est leur responsabilité.

ROLAND SICARD

Contre Nicolas SARKOZY.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, c’est leur responsabilité. Moi je ne considère pas que c’est du

rôle du mouvement syndical. Si on veut être libre aujourd’hui face à un

nouveau président, à un nouveau gouvernement, il a fallu être libre

pendant la campagne. Moi je me sens, en tant que secrétaire général de

FO, complètement libre face au nouveau gouvernement puisqu’on n’a pas

donné de consigne de vote. Le rôle d’un syndicat en démocratie, c’est

d’être indépendant.

ROLAND SICARD

Vous disiez que François HOLLANDE ne vous a pas encore

consulté. Vous le regrettez ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ecoutez, non.

ROLAND SICARD

Ça vous aurait paru normal ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ça aurait pu se faire ou ça pourrait se faire rapidement. Vous

savez que moi, je commence à vieillir. Je me souviens qu’en 81, quand

MITTERRAND avait été élu, il y avait eu comme une antenne

présidentielle qui s’était mis en place avant la formation du gouvernement

pour avoir des premiers contacts non pas avec le président

obligatoirement mais avec l’entourage. Je pense que ça va venir.

ROLAND SICARD

Mais pourquoi il ne le fait pas, là ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ça, c’est à lui qu’il faut poser la question. Ça, je n’en sais rien. Je

pense qu’il y a eu beaucoup de contacts diplomatiques, si j’ai bien

compris, depuis deux jours. Bon, eh bien viendra un moment où il y aura

le contact avec les organisations syndicales et patronales d’ailleurs. Je

pense que le plus rapide sera le mieux.

ROLAND SICARD

Est-ce qu’il y a eu des contacts avec le MEDEF en revanche ?

entre vous et le MEDEF ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. Moi j’ai vu madame PARISOT il n’y a pas très longtemps mais

ça fait partie des contacts réguliers que nous avons pour faire le point sur

les dossiers parce qu’on a toute une série de négociations en cours et qui

vont se poursuivre d’ailleurs. On a un agenda social avec le patronat,

donc cet agenda va se poursuivre.

ROLAND SICARD

Sur quels dossiers justement ça peut être difficile ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Il y a un premier dossier qu’on va avoir avec le gouvernement :

c’est celui des retraites par exemple.

ROLAND SICARD

Alors ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

François HOLLANDE a pris l’engagement pendant la campagne

qu’il rétablirait le droit à partir à 60 ans pour ceux qui auront la durée de

cotisation. Alors nous, notre revendication elle est beaucoup plus large

que ça, bien entendu, mais dans un premier temps est-ce que le départ à

60 ans sera uniquement sur les périodes réellement travaillées, ce qu’on

appelle les périodes cotisées ? ou est-ce que ce sera sur les périodes

cotisées et validées ? La différence est de taille. Nous, nous demandons

cotisées et validées.

ROLAND SICARD

Prenez un exemple précis.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. Par exemple, quelqu’un qui a été au chômage, si c’est des

périodes cotisées, la période de chômage ne sera pas prise en

considération. Une femme dans le secteur privé qui a eu un enfant, qui a

le droit à deux ans de validation : si c’est cotisé, ce ne sera pas pris en

compte. Quelqu’un qui aurait été en congé parental d’éducation ;

quelqu’un qui aura été malade plus d’un an ou en accident du travail plus

d’un an : toutes ces périodes-là sauteraient, ça veut dire que le champ

serait très restreint. Donc est-ce que ce sera du cotisé – auquel cas, on ne

sera pas satisfait – ou est-ce que ce sera du cotisé ou du validé, ce que

nous demandons ?

ROLAND SICARD

Est-ce que vous diriez qu’il y a une ambiguïté, là, chez François

HOLLANDE ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

L’ambigüit. a été un peu levée la semaine dernière mais pas dans

le bon sens, puisque je l’ai entendu dire la semaine dernière – il n’était

pas encore élu – que ce serait du cotisé puis on verrait plus tard pour le

validé. Non ! C’est maintenant qu’il faut décider. C’est un décret, c’est

quelque chose qui va se décider très rapidement.

ROLAND SICARDIl a annoncé un coup de pouce sur le SMIC. Ça vous paraît

suffisant ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Un coup de pouce, il n’y en a pas eu depuis six ans. Alors qu’il y

ait un coup de pouce, après on discutera. C’est le gouvernement qui

décide. Mais ce n’est pas que le SMIC. Nous, on a une revendication qui

sera progressive, mais il faut qu’il y ait un coup de pouce mais il faut

aussi, et je le demanderai, que le gouvernement réunisse très rapidement

les branches là où il y a des premiers niveaux de salaire inférieurs au

SMIC. Ça existe dans beaucoup de branches aujourd’hui. Donc le

gouvernement peut réunir ce qu’on appelle des commissions mixtes

paritaires pour que dès l’augmentation du SMIC, il y ait des négociations

dans toutes les branches. Ça, c’est une demande que je formulerai, bien

entendu.

ROLAND SICARD

On a beaucoup parlé pendant la campagne de plans sociaux

cachés et qui seraient révélés après l’élection. Est-ce que vous pensez

que c’est réel ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, je pense que c’est réel. Je ne peux pas vous donner un timing

mais on sait que dans le secteur de la métallurgie, il y a des plans sociaux

qui peuvent arriver, dans le secteur du commerce, dans le secteur

financier. Donc il y a effectivement des risques de plans sociaux

importants qui risquent, dans les semaines à venir, de sortir. C’est lié

aussi pas obligatoirement à la campagne électorale. C’est lié aussi au fait

qu’on est en quasi récession. On est proche de la croissance zéro. Ça a

obligatoirement des effets sur l’emploi dans les grandes entreprises et

aussi dans la sous-traitance. Ça, ce sera un des dossiers lourds

également.

ROLAND SICARD

Alors autre dossier : le salaire des patrons. François HOLLANDE a

dit qu’il ferait un écart de un à vingt dans le public. Ça vous paraît

suffisant ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

C’est une revendication qu’on a au niveau européen qui est de

limiter l’écart entre le plus bas salaire et le plus haut salaire de un à vingt.

Donc ça, s’il y a une décision dans ce sens, ça va dans le bon sens – en

tous les cas, pour les entreprises publiques, c’est ce qu’il a annoncé, donc

on verra la décision. Mais ça, ça va plutôt dans le bon sens.

ROLAND SICARD

Mais ça peut être difficile parce qu’il y a des entreprises où l’Etat

n’est qu’actionnaire.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui mais ça – alors, je ne sais pas comment ils vont faire les

choses, parce que là où l’actionnaire majoritaire, où là l’Etat est en

situation de décider ou pas. Je prends un exemple : AREVA, où

l’actionnaire est majoritaire. Donc ça peut être, ça peut faire partie des

réductions des inégalités qui sont nécessaires dans notre pays.

ROLAND SICARD

Et dans le privé ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ah, dans le privé c’est un peu plus difficile pour l’Etat de décider

mais vous savez, il y a à la fois le salaire et puis il y a tout le reste. Il y a

les bonus, il y a les stock-options, ça fait parfois beaucoup plus élevé pour

un patron – rappelez-vous dernièrement monsieur LEVY par exemple, ce

qu’il a pu toucher en bonus.

ROLAND SICARD

Maurice LEVY.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, Maurice LEVY. Donc il n’y a pas que le salaire, il y a aussi

tout le reste.

ROLAND SICARD

Alors on parlait de la compétitivité des entreprises tout à l’heure.

Laurence PARISOT est inquiète. Est-ce que vous aussi vous êtes inquiet

de ce point de vue là ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Non, je ne suis pas particulièrement inquiet.

ROLAND SICARD

Est-ce qu’il y aura un problème de coût du salaire ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ah non, écoutez. Moi j’ai déjà expliqué – je n’ai pas changé de

position avant et après l’élection. Vous savez que le président, monsieur

SARKOZY, avait annoncé et avait voulu qu’on négocie sur des accords

compétitivité emploi. C’est une négociation qui a démarré. Moi je l’ai dit :

nous ne rentrerons pas, Force Ouvrière, dans cette démarche. Si on

commence à…

ROLAND SICARD

Cet accord-là, ça veut dire que si on se met d’accord dans une

entreprise, ça prévaut sur la loi.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, ça prévaut sur la loi mais c’est travailler…

ROLAND SICARD

Vous êtes contre ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Bien sûr ! C’est rentrer dans une logique économique qui est une

logique fausse. On rejoint d’ailleurs le débat qui va avoir lieu très

rapidement au niveau européen. Est-ce qu’il faut faire – moi je pense qu’il

faut renégocier complètement les traités. Si on veut casser la logique

d’austérité, il ne faut pas simplement faire : « On va faire un petit ajout

avec de la croissance », ce n’est pas suffisant.

ROLAND SICARD

Vous pensez que François HOLLANDE le fera comme il a dit ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Je ne sais pas. Est-ce qu’il fera une renégociation ? Est-ce qu’il

fera un ajout avec madame MERKEL ?

ROLAND SICARD

Les Allemands continuent à dire non.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, ils continuent à dire non. Eh bien, à nous de taper du poing

sur la table. Vous voyez bien ce qui se passe en Grèce, vous voyez bien

ce qui se passe au Portugal, ce qui se passe en Italie. Si on ne sort pas

de cette logique d’austérité, ce qui suppose de renégocier complètement

les traités, on va dans le mur en France comme ai

Alain JUPPE

Europe 1, L’interview politique – 08h20

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Après 5 années à l’Elysée on va guetter tout à l’heure les visages

et je suppose les ultimes formules, c’est l’alternance et l’émotion, qu’estce

qui va prédominer quand vous serez entre vous ?

ALAIN JUPPÉ

L’émotion bien sûr, une forme de tristesse, mais aussi le message

que nous adresserons tous je pense à Nicolas SARKOZY qui sera un

message de gratitude. Parce qu’il aura été un grand président, il ne faudra

pas beaucoup de temps d’ailleurs pour qu’on le reconnaisse, il aura

protégé la France et les Français dans une période exceptionnellement

difficile, il aura surtout mené à bien une série de réformes très profondes

qui ont vraiment modernisé la France et, donc, je pense que c’est un

grand merci que nous lui dirons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et combien de temps faut-il pour se remettre d’une émotion, de ce

que vous avez appelé une défaite dans l’honneur ?

ALAIN JUPPÉ

On serait très vite, vous savez Jean-Pierre ELKABBACH, on

remonte sur le cheval – c’est ce que fait l’UMP aujourd’hui – et nos 577

candidats sont déjà au travail dans toutes les circonscriptions législatives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et s’il y avait un testament politique de Nicolas SARKOZY

président de la République, quel serait-il ?

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Je crois qu’il l’a délivré, si je puis dire, dimanche soir avec

beaucoup de dignité. Je crois que ce qui restera essentiellement de ce

message c’est la nécessité pour la France de tenir son rang, d’être à la

hauteur de son histoire, d’être en initiative sur la scène internationale, et

puis c’est aussi un message adressé aux Français : rien ne se fera sans

effort, rien ne se fera sans travail, rien ne se fera sans reconnaissance du

mérite, c’était un message fort.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Est-ce que vous pensez que l’histoire dira que Nicolas SARKOZY

est en train de réussir mieux son départ que son arrivée ?

ALAIN JUPPÉ

Je ne sais pas ! Je ne suis pas l’histoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Hier, devant l’Arc de triomphe…

ALAIN JUPPÉ

En tout cas, il réussit son départ.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Les 2 combattants ont offert un moment plutôt sincère

d’apaisement et de réconciliation, comme si la France était en effet plus

grande que nous tous et qu’eux-mêmes, vous étiez là, qu’est-ce que vous

avez ressenti ?

ALAIN JUPPÉ

Bien sûr ! Eh bien vous savez la France est une démocratie solide,

avec des institutions solides. C’était effectivement très émouvant, d’abord

parce qu’à l’Arc de triomphe, sous le drapeau tricolore, devant la flamme

du Soldat inconnu, c’est toujours très émouvant et je crois que les

responsables politiques – à commencer par Nicolas SARKOZY et

François HOLLANDE – ont donné un bel exemple de respect des valeurs

républicaines.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Vous étiez là il y a 17 ans, quand il y avait MITTERRAND et

CHIRAC…

ALAIN JUPPÉ

Oui ! C’est vrai, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui.

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Eh bien j’étais un peu plus joyeux ce jour là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Le nouveau président de la République s’installe, jusqu’ici est-ce

que vous pensez qu’il a fait un sans faute et que la transition est en train

de réussir…

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Eh bien, écoutez, je considère…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

A ce stade ?

ALAIN JUPPÉ

A ce stade, c’est un peu prématuré pour parler de réussite. On est

à J + combien ? 3 ! On va voir la mise en place du gouvernement, les

premières initiatives, il ne faut pas trop se précipiter, je sais qu’il y a un

très grand enthousiasme partout pour dire que c’est extraordinaire, on

jugera aux actes, pour l’instant il n’y a pas eu beaucoup d’actes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alain JUPPE vous ne sera donc pas candidat à Bordeaux pour les

Législatives du mois de juin, sur place il parait que ça a créé un choc, si

ce n’est, ni un forfait, ni une désertion de votre part, qu’est-ce que c’est ?

ALAIN JUPPÉ

C’est un choix ! C’est un choix. J’ai bien reçu le message que les

Bordelais m’avaient d’ailleurs déjà adressé en 2007, ils souhaitent que je

me consacre à 1 mandat et pas à 2 et d’ailleurs, avec la victoire de

François HOLLANDE, c’est un peu bizarre de se présenter pour une

fonction qu’on sait qu’on ne pourra pas exercer puisqu’il y aura non cumul

des mandats, donc j’ai choisi d’emblée de me consacrer totalement à mon

mandat municipal. Je ne sais pas si vous avez vu ce petit reportage hier à

la télévision…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

J’ai vu ! J’ai vu.

ALAIN JUPPÉ

Bordeaux est aujourd’hui la ville de France la plus attractive,

notamment sur le marché immobilier, parce qu’on y a fait un travail

formidable, et j’ai bien l’intention de continuer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui ! Ce qui était intéressant dans ce reportage c’est que

Bordeaux, dans le classement, passe juste devant Nantes.

ALAIN JUPPÉ

Enfin juste devant, oui, nous sommes numéro 1. Voilà !

JEAN-PIERRE ELKABBACH

C’est peut-être un signe pour Jean-Marc AYRAULT ! Et devant

Lyon et Paris.

Au passage, si Nicolas SARKOZY avait gagné et non le Parti

Socialiste, vous seriez resté à Bordeaux ou vous auriez été candidat à la

députation ?

ALAIN JUPPÉ

Je ne sais pas ! C’est une hypothèse qui ne s’est pas vérifiée,

donc je ne peux pas vous répondre aujourd’hui, ne refaisons pas l’histoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et alors, et l’UMP que vous avez fondé en 2002, elle a besoin

apparemment qu’on s’occupe d’elle, vous avez même servi – d’après ce

qu’on nous dit – de sage, de médiateur entre Jean-François COPE et

François FILLON…

ALAIN JUPPÉ

Eh bien…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Est-ce qu’ils en sont là déjà…

ALAIN JUPPÉ

Vous savez ce n’est pas la première fois…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Ou encore ?

ALAIN JUPPÉ

Ce n’est pas la première fois que je ressens un profond décalage

entre le commentaire et la réalité – je ne parle pas de ce que vous dites,

Jean Pierre, bien sûr – mais j’étais hier, avant-hier plus exactement, lundi,

au siège de l’UMP et je n’ai absolument pas senti de menace, de fracture

et d’explosion, au contraire l’expression d’une volonté d’unité très forte et

de retour au combat, parce que, après tout, il est tout à fait possible que

nous gagnions ces élections législatives et c’est ça qui anime aujourd’hui

l’UMP autour de ses dirigeants et dans un esprit très collectif.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Pour Claude GUEANT, que je viens d’entendre, il serait préférable

que la majorité sortante reste la majorité pour appliquer plutôt son

programme – autrement dit la cohabitation – et vous venez d’exprimer le

même sentiment, ce n’est pas un rêve fou de la part de la majorité qui

s’en va ?

ALAIN JUPPÉ

Ce n’est jamais un rêve fou de se battre pour gagner, c’est même

le B.A BA en politique ! Et nous allons nous battre dans ces élections

législatives pour gagner, je vais, moi-même, aller soutenir un grand

nombre de candidats sur le terrain et nous sommes tous mobilisés dans

cet esprit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Mais on voit bien que le président François HOLLANDE va

réclamer – et c’est logique – pour sa propre majorité et pour appliquer son

programme une majorité absolue ou confortable, qu’est-ce qu’il resterait

de vos 310 députés ?

ALAIN JUPPÉ

Eh bien peut-être une majorité, Jean-Pierre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui ! Merci de m’appeler par mon prénom.

ALAIN JUPPÉ

Pardon ! Pardon.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alain, hein, oui.

ALAIN JUPPÉ

Pardon de cette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

François HOLLANDE est…

ALAIN JUPPÉ

Je déroge à mes habitudes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Voilà !

ALAIN JUPPÉ

C’est peut-être l’émotion vous savez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Oui ! Oui, oui. François HOLLANDE…

ALAIN JUPPÉ

… un peu particulière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

C’est peut-être un jour d’émotion, effectivement…

ALAIN JUPPÉ

Voilà !

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Et ça se traduit comme ça.

Mais François HOLLANDE est arrivé en tête dans 333

circonscriptions, Nicolas SARKOZY dans 244, la majorité est de 289,

autrement dit avant la campagne le PS a déjà la majorité de députés ?

ALAIN JUPPÉ

Ah ! Non, non, non. Avant la campagne il n’a pas la majorité de

députés, il l’aura peut-être après la campagne, mais on ne peut pas

anticiper sur le vote et vous savez très bien que dans un vote législatif les

personnalités comptent, on ne voter plus pour HOLLANDE et SARKOZY

mais pour des candidats dans chacune des circonscriptions et ça peut

changer complètement les données des problèmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Est-ce que vous considérez…

ALAIN JUPPÉ

Je rappelle d’ailleurs que… Voilà ! 48 virgule je ne sais plus

combien, 5, ou un petit peu plus, et 51,5, donc la marge n’est pas

considérable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alain JUPPE, pour vous est-ce que François BAYROU est dans la

majorité présidentielle de François HOLLANDE ?

ALAIN JUPPÉ

Oh ! Moi je suis un être simple, quand on vote pour HOLLANDE,

on est avec HOLLANDE.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Donc l’UMP va lui opposer à Bordeaux… Euh ! A Pau, à Pau, à

Pau, un bon candidat pour l’empêcher d’être élu…

ALAIN JUPPÉ

Eh bien la commission d’investiture…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Comme une punition quoi ?

ALAIN JUPPÉ

Mais pourquoi ça serait une punition ? Si c’est le cas, si c’est ce

que décide la commission d’investiture, ça sera une clarification, il y a des

moments où il faut être clair et conforme à ses déclarations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Alors est-ce que vous craignez sur le plan international un rebond,

un redémarrage de la crise en Europe à cause de l’état de la Grèce, on dit

qu’elle pourrait quitter même la Zone Euro ?

ALAIN JUPPÉ

Oui ! La situation est extrêmement difficile, extrêmement tendue.

Les résultats des élections en Grèce ont montré un recul très fort des « 2

parties de gouvernement », entre guillemets, et une progression des

extrêmes, et donc c’est extrêmement préoccupant, il va falloir suivre au

jour le jour l’évolution de la Grèce. Je rappelle que l’Espagne n’est pas

tirée d’affaires non plus et que l’Italie a également des problèmes, donc la

Zone Euro est dans une situation très difficile et toute remise en cause

des traités qui ont été si difficilement négociés et signés à la fin du mois

de janvier risquerait de provoquer des turbulences difficilement

contrôlables, c’est d’ailleurs le message que la Chancelière MERKEL a

adressé dès hier, elle ne renégociera pas ce traité.

Alors je vois qu’on nous dit aujourd’hui croissance, croissance,

mais on découvre l’Amérique si je puis dire à nouveau, la croissance elle

est à l’ordre du jour depuis des mois – et d’ailleurs Monsieur VON

ROMPUY…

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Mais plus seulement l’austérité ?

ALAIN JUPPÉ

Non ! Non, mais jamais seulement l’austérité. Dans le traité, je ne

veux pas revenir sur l’analyse de ce traité, dans l’un des deux traités qui a

été signés il y a un chapitre entier sur la croissance et Monsieur VON

ROMPUY vient de convoquer un conseil européen extraordinaire pour

examiner les propositions de soutien à la croissance qui ont été élaborées

par la Commission depuis plusieurs mois à la demande des 27.

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Les mois de mai et de juin seront sans arrêt consacrés à

l’international… Pardon ! Quels seront les dossiers les plus brûlants et les

plus dangereux et qu’est-ce que vous allez dire bientôt, dans 5 jour, à

votre successeur au Quai d’Orsay ?

ALAIN JUPPÉ

Eh bien, écoutez, je lui transmettrai, conformément à la tradition

républicaine le flambeau et les dossiers. Pour moi, il y a 2 rendez-vous

majeurs : celui de l’OTAN à Chicago le 20 et le 21, on parlera de

l’Afghanistan et notamment du calendrier de retrait des groupes, mais

aussi de l’avenir de l’Alliance ; et puis le deuxième rendez-vous majeur,

on vient de l’évoquer, c’est évidemment le Conseil européen et l’adoption

de mesures, comme nous l’avons souhaité depuis des mois, de soutien à

la croissance, parce qu’il faut avancer sur 2 pieds, la stabilité mais aussi la

croissance .

JEAN-PIERRE ELKABBACH

Mais vous lui direz bonne chance pour la France ?

BRUCE TOUSSAINT

Merci !

ALAIN JUPPÉ

Bonne chance ! Je souhaite que la France réussisse.

 

Gérard LONGUET

France Inter, L’invité d’Inter – 07h50

PASCALE CLARK

Vous étiez à l’Arc de Triomphe hier pour les cérémonies du 8 mai,

vous avez apprécié cet esprit républicain à deux têtes ?

GERARD LONGUET

Totalement et compte tenu de l’enjeu qui est la commémoration de

la capitulation nazie, il était bon que la France se retrouve et que la

République, après l’élection, soit en effet une République apaisée. Il y a

des rendez-vous internationaux majeurs pour notre pays, comme ministre

de la Défense j’en parle d’expérience, notamment l’Afghanistan et nous

avons besoin de Français qui se parlent.

PASCALE CLARK

Comment vous est apparu Nicolas SARKOZY ? Abattu ?

GERARD LONGUET

Apaisé !

PASCALE CLARK

Apaisé par la défaite alors.

GERARD LONGUET

Apaisé par le sentiment d’avoir un mandat de responsabilités où il

a donné, je le pense profondément, tout ce qu’il pouvait apporter en terme

d’énergie et en terme d’initiatives, il n’a pas été suivi par les électeurs, il

est parti d’assez bas dans les sondages, il est arrivé très haut dans les

résultats, il n’a pas eu la majorité, il n’a, à aucun moment dans cette

campagne démérité ou déçu ses partisans, votre serviteur au premier

rang.

PASCALE CLARK

A-t-il perdu, Nicolas SARKOZY, à cause de la droitisation de sa

campagne ?

GERARD LONGUET

Je ne le pense pas profondément, je pense que nous avons en

Europe de l’ouest des gouvernements en responsabilité qui affrontent une

crise considérable et cette crise les épuise. Nous avons en France une

particularité, vous l’avez évoquée d’ailleurs, trois victoires successives de

la droite, pour un électeur de moins de 40 ans, toujours un président de

droite, il y a un phénomène d’usure dont malheureusement Nicolas

SARKOZY porte en quelque sorte la facture alors qu’il n’a fait évidemment

qu’exercer ses responsabilités pendant cinq ans dans une période

extraordinairement difficile. Je crois que c’est profondément ces deux

raisons qui expliquent cela. La crise et trois victoires successives, la

quatrième était difficile.

PASCALE CLARK

Vous êtes au maximum de l’autocritique là ?

GERARD LONGUET

Le temps de l’analyse plus exactement viendra, on a un pays qui

est confronté à un rendez-vous majeur qui est celui de, comme d’ailleurs

tous les pays des 17 pays de l’euro, sauver l’euro. Nous avons à réfléchir,

moi ce qui m’intéresse c’est de me projeter dans l’avenir. Comment

sauver l’euro, comment sauver justement le 8 mai, cette formidable

réussite qu’est la construction européenne et dont l’aboutissement est une

monnaie commune, une économie commune et je le pense profondément,

une société de convergence.

PASCALE CLARK

Gérard LONGUET pas de droitisation de la campagne, pas de clin

d’oeil envoyé au Front National entre les deux tours ?

GERARD LONGUET

Mais il y a des sujets dans la société française dont le Front

National a fait évidemment ses choux gras, je pense à la sécurité en

particulier, mais ce sont des sujets que tout gouvernement a le devoir de

traiter et que tout candidat a le devoir d’évoquer. Je constate d’ailleurs

que les deux candidats ont évoqué ces sujets parce que ce sont des

sujets de la société, ce ne sont pas des propriétés de telle ou telle famille

politique, ce sont des sujets de la société.

PASCALE CLARK

C’est allé bien au-delà.

GERARD LONGUET

Non, non, vous avez de vrais sujets de société dans notre pays qui

sont liés par exemple à la place du travail par rapport à la solidarité ou à

l’assistanat. Nous avons l’ouverture de la France dans le monde, nous

avons quelles frontières accepter, le thème de la frontière qui est un

thème qui a été mis, réactualisé par Régis DEBRE, à tout seigneur tout

honneur, est un thème qui mérite d’être débattu, moi je pense que le

monde est ouvert et que s’il y a une frontière elle est aux limites de

l’Europe elle n’est certainement pas aux limites de la France.

PASCALE CLARK

Vous aviez vous-mêmes contribué Gérard LONGUET entre les

deux tours à envoyer des signaux au FN, vous regrettez cette interview

dans MINUTE ?

GERARD LONGUET

Je ne regrette pas l’interview à MINUTE pour deux raisons. La

première : d’abord il faut la lire complètement et ce que je dis sur le Front

National c’est de marquer une différence notamment sur ces thèmes

d’avenir que sont la construction européenne et la réussite de l’euro. Je

pense que Marine LE PEN a perdu ses chances en proposant de sortir de

l’Europe et en proposant de sortir de l’euro. C’était une erreur manifeste.

Mais je voudrais simplement vous dire…

PASCALE CLARK

Et vous est-ce que vous avez commis une erreur ?

GERARD LONGUET

Je pense qu’on ne commet jamais une erreur en indiquant la

réalité des faits. En revanche…

PASCALE CLARK

La réalité des faits c’est qu’elle est devenue, Marine LE PEN, une

interlocutrice.

GERARD LONGUET

Non, une interlocutrice, forcément vous l’inviterez vous-même

j’imagine à un moment ou à un autre, donc je ne vois pas pourquoi…

PASCALE CLARK

Oui mais nous nous posons des questions, en politique il y a des

éventuelles alliances…

GERARD LONGUET

On a le droit de poser des questions… non, d’alliance ce n’est pas

le sujet…

PASCALE CLARK

Jamais question ?

GERARD LONGUET

Ce n’est pas le sujet, il n’a jamais été évoqué. En revanche, quand

18% des Français expriment un vote, nous avons le devoir, à gauche

comme à droite, de nous poser les questions des raisons de ce vote. Et

se refuser de se poser les questions, c’est assurément mépriser ces

électeurs-là. Je m’interroge sur les électeurs de MELENCHON, je me

pose la question de savoir pourquoi il y a toujours deux candidats

trotskistes, je voudrais qu’on explique un jour pourquoi il y en a deux et

pourquoi pas un seul. Eh bien c’est le devoir absolu d’un citoyen de se

poser les questions sur les autres citoyens.

PASCALE CLARK

Quand même Gérard LONGUET, accorder une interview à

MINUTE entre les deux tours, c’est envoyer un signal, est-ce que Nicolas

SARKOZY était au courant ? Vous l’aviez prévenu par exemple ?

GERARD LONGUET

Pas du tout, c’est proprio motu, je considère que je suis majeur et

vacciné et si un journal me dit : je souhaite prendre position contre

François HOLLANDE, acceptez-vous de répondre à mes questions ? J’ai

pris mes responsabilités, j’ai accepté de répondre à MINUTE dont

j’ignorais d’ailleurs même l’existence parce que pour moi MINUTE c’est

les années…

PASCALE CLARK

Vous ne connaissez pas MINUTE ?

GERARD LONGUET

Attendez, MINUTE pour moi c’est les années 60, nous sommes en

2012.

PASCALE CLARK

Mais à l’époque vous connaissiez bien.

GERARD LONGUET

Oui je l’ai lu beaucoup quand j’avais 15 ans en effet madame, mais

c’était il y a 50 ans quand j’avais 15 ans.

PASCALE CLARK

Gérard LONGUET pour les législatives en cas de duel FN – PS au

second tour, que préconisez-vous ?

GERARD LONGUET

D’arriver en tête, d’être…

PASCALE CLARK

Non, non, d’accord, mais si ça se pose…

GERARD LONGUET

C’est exactement cela, d’arriver en tête parce que pourquoi voulezvous

que je m’enferme…

PASCALE CLARK

C’est une non réponse.

GERARD LONGUET

Pourquoi voulez-vous que je m’enferme dans la réponse, dans une

réponse que nous pouvons éviter si nous avons en effet, un UMP qui est

premier ou second et à ce moment-là je renverrai la question au Parti

socialiste et je suis persuadé que vous aurez à coeur de poser au Parti

socialiste la même question car je vous rappelle…

PASCALE CLARK

Donc vous ne répondez pas, vous ne choisissez pas ?

GERARD LONGUET

…j’ai une singularité, c’est qu’en 1997 j’ai été battu à la demande

de Jean-Marie LE PEN parce que j’avais dénoncé sa supercherie qui était

en 92 l’alliance socialiste et Front National pour tenir la région lorraine,

merci de le rappeler.

PASCALE CLARK

En 2012 vous ne choisissez pas ?

GERARD LONGUET

En 2012 le moment venu, je m’exprimerai. Mais le moment n’est

pas venu, le moment ce sera à la veille du deuxième tour des législatives.

PASCALE CLARK

Donc vous ne le dites pas aujourd’hui. En sortant du studio vous

allez vous dirigez vers le dernier conseil des ministres, avez-vous préparé

un message, rapidement, un geste pour Nicolas SARKOZY ?

GERARD LONGUET

De reconnaissance et de gratitude. J’ai passé quand même

ministre de la Défense, les moments les plus passionnants de mon

existence politique et je lui suis très reconnaissant de m’avoir nommé et

surtout, d’avoir dirigé les armées avec dignité, courage, de les avoir

engagés avec succès en Libye et en Côte d’Ivoire.

 

Claude GUEANT

RTL, L’invité d’RTL – 07h50

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous allez participer tout à l’heure au dernier Conseil des

ministres, présidé par Nicolas SARKOZY. Quel est votre état d’esprit ?

CLAUDE GUEANT

C’est un moment particulièrement émouvant, bien entendu, parce

que le Conseil des ministres est le lieu où se prennent les grandes

décisions, où s’arrêtent les projets de loi, par exemple, et chaque Conseil

des ministres est émaillé, de la part du président, de considérations, tout à

fait passionnantes, d’ailleurs, sur sa vision du monde de la France, et ce

sera l’occasion de se remémorer tout ce qui a été fait, qui est

considérable, parce que depuis 5 ans, il y a eu énormément de réformes,

mais le mot réforme est un peu galvaudé et je préfèrerais dire

énormément de mesures d’adaptation au monde moderne, et je pense

que l’histoire en fera crédit à Nicolas SARKOZY.

JEAN-MICHEL APHATIE

Terminer sur un échec, c’est difficile ?

CLAUDE GUEANT

Eh bien, évidemment, d’autant que j’ai un rôle particulièrement

délicat, ce matin, puisque je vais avoir la tâche douloureuse de présenter

le résultat des élections présidentielles. C’est vrai, ceci dit le président a

fait une magnifique campagne, il faut savoir que par rapport au stock de

droite qui était rassemblé a premier tour, il a gagné 21 points entre les

deux tours, je crois que ça montre la pugnacité qui a été la sienne et sa

force de persuasion à l’égard de l’opinion.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais c’est un échec, pourquoi cet échec Claude GUEANT ?

CLAUDE GUEANT

Mais c’est un échec, parce que c’est la règle démocratique comme

ça. Si vous voulez mon interprétation…

JEAN-MICHEL APHATIE

Oui, c’est ce que je veux.

CLAUDE GUEANT

C’est que… Mon interprétation, c’est que, dans la crise, et nous ne

sommes pas sortis de la crise, et les Français ont vécu la crise, quand il y

a un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, un

gouvernement sortant ne peut pas gagner les élections, et c’est ce que

nous avons observé partout en Europe.

JEAN-MICHEL APHATIE

La personnalité de Nicolas SARKOZY est en cause, on l’a décrit

comme trop clivant, on a parlé d’erreur de comportement, d’un début de

quinquennat manqué. C’est aussi dans la facture, tout cela, Claude

GUEANT ?

CLAUDE GUEANT

C’est vrai que Nicolas SARKOZY est moins aimé, ou était moins

aimé, au moment de l’élection, qu’il ne l’était au début de son

quinquennat, lorsqu’il a été élu en 2007, c’est vrai qu’il a commis quelques

erreurs, les Français restent attachés à une conception très monarchique,

très formelle, du rôle du président de la République, c’est quelqu’un qui

est profondément moderne, qui a voulu dépoussiérer l’institution, vivre

comme les autres, se comporter comme les autres, et c’était sans doute

prématuré.

JEAN-MICHEL APHATIE

Depuis la défaite de dimanche soir, vous avez sans doute eu

l’occasion de parler avec Nicolas SARKOZY.

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Qu’est-ce qui l’emporte, chez lui ? La tristesse d’avoir perdu, une

forme de peur devant l’inactivité qui l’attend…

CLAUDE GUEANT

Non, je pense…

JEAN-MICHEL APHATIE

… de soulagement, disent certains ?

CLAUDE GUEANT

Non, je n’ai pas du tout cette impression de soulagement. Bon,

c’est vrai que je sens qu’il est triste, bien qu’il n’exprime pas de sentiment

de cette nature, mais je crois qu’il a le sentiment du devoir accompli, la

conviction de s’être bien battu, d’avoir porté ses idées, et par conséquent,

c’est une vraie sérénité qui l’habite.

JEAN-MICHEL APHATIE

Pas la peur du vide ?

CLAUDE GUEANT

Elle n’est pas perceptible.

JEAN-MICHEL APHATIE

Elle peut exister.

CLAUDE GUEANT

Elle peut exister, parce que c’est quelqu’un que je connais bien, il

accepte de se reposer trois jours, mais enfin, au bout de trois jours, il

bouillonne et il a envie de faire plein de choses. Ceci dit, il n’y a pas que la

politique dans la vie, il a dit qu’il prendrait du champ par rapport à la vie

politique, qu’il resterait partie de sa famille, mais sans chercher à

conquérir un autre mandat ni à jouer un rôle actif, et je pense qu’il y a bien

d’autres choses, voyager, lire, rencontrer des gens, parler, exercer un

métier peut-être, ça occupe son homme, ainsi.

JEAN-MICHEL APHATIE

Croyez-vous à un retrait temporaire ou définitif, de l’activité

politique pour Nicolas SARKOZY ?

CLAUDE GUEANT

Il a dit clairement qu’il resterait dans la famille, c’est-à-dire qu’il

participerait à des réunions, mais pas avant la rentrée, après l’été, mais

enfin il ne jouera pas de rôle actif. Je crois qu’il est absolument déterminé

à cet égard. Je le regrette pour ma part, mais c’est ainsi.

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est-à-dire que, ce matin, Claude GUEANT, vous diriez plutôt que

Nicolas SARKOZY va se retirer à peu près définitivement de la vie

politique.

CLAUDE GUEANT

Je pense, oui, je pense.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et vous le regrettez un peu.

CLAUDE GUEANT

Et je le regrette.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et il n’y a pas de solution.

CLAUDE GUEANT

Mais non, puisque c’est sa décision à lui. Non, je pense qu’il aurait

encore beaucoup à apporter à notre famille, compte tenu de son

expérience, qui est considérable, à apporter à notre famille, à la réflexion

de la famille, parce qu’il sent bien la société française, avec toutes ses

fibres, puisqu’il a sillonné la France, rencontré des centaines de milliers de

Français au cours de ces années, mais enfin, c’est son choix. Il veut

tourner la page.

JEAN-MICHEL APHATIE

Nous sommes le 9 mai 2012, ce qui est devant nous, Claude

GUEANT, ce sont des élections législatives.

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Nicolas SARKOZY a un successeur à l’UMP, aujourd’hui ?

CLAUDE GUEANT

Eh bien, il y a un patron à l’UMP, Jean-François COPE est le

secrétaire général, Nicolas SARKOZY … était le président, mais il n’a pas

été remplacé dans son poste de président, et il va mener pour l’UMP, la

bataille aux législatives. Il y a eu un bureau politique dès lundi, il y en a un

autre jeudi matin, qui sera précédé d’un comité stratégique pour actualiser

un tout petit peu, sans doute, le programme présidentiel, et c’est sur ce

programme que nous irons à la bataille des législatives.

JEAN-MICHEL APHATIE

Dans les faits, Jean-François COPE aujourd’hui est le successeur

de Nicolas SARKOZY, on peut le dire comme ça.

CLAUDE GUEANT

Ecoutez, aujourd’hui, Jean-François COPE est à la tête de l’UMP,

personne ne lui conteste son rôle, le bureau politique qui s’est tenu lundi,

était parfaitement unitaire, nous irons, unis, sur un même programme.

JEAN-MICHEL APHATIE

Si l’UMP gagne les élections législatives, c’est Jean-François

COPE qui devient le chef du gouvernement.

CLAUDE GUEANT

Ça, je ne sais pas…

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est ça la question de la succession !

CLAUDE GUEANT

Non non mais… oui oui, enfin, je ne peux pas lire dans le marc de

café, d’autant que j’appelle l’attention sur le fait que c’est le président de la

République qui choisit le Premier ministre, même si dans un cas de

cohabitation, que vous évoquez, il faut bien sûr un dialogue entre le

président et la majorité.

JEAN-MICHEL APHATIE

Elections législatives 10/17 juin.

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Une cohabitation, c’est souhaitable pour le pays, ou pas ?

CLAUDE GUEANT

Bon, moi je pense que, institutionnellement, au regard de ce qui

fonde la Vème République, ce n’est pas logique, mais il n’empêche que,

très franchement, je crois que ce serait bien pour la France, que la

majorité sortante puisse appliquer son programme, plutôt que ce soit le

Parti socialiste qui applique son programme. Nous ne pouvons pas aller à

nouveau vers la dépense publique, vers les déficits, vers les impôts, vers

les diminutions de compétitivité.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais, cela, vous l’avez expliqué…

CLAUDE GUEANT

Donc, pour l’intérêt de la France… pour l’intérêt de la France, je

pense que ce serait bien que la majorité sortante reste à l’Assemblée

nationale, la majorité.

JEAN-MICHEL APHATIE

Cela, vous l’avez expliqué à l’occasion de l’élection présidentielle,

aux citoyens, qui ne vous ont pas suivi.

CLAUDE GUEANT

Oui, bien sûr. Mais enfin…

JEAN-MICHEL APHATIE

Donc, ce serait paradoxal qu’ils vous suivent maintenant.

CLAUDE GUEANT

Mais, écoutez, le citoyen peut changer d’avis en l’espace de

quelques semaines, nous aurons aussi, le citoyen aura l’occasion de se

faire une appréciation sur les quelques semaines de gouvernement de

monsieur HOLLANDE.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous êtes, vous-même, Claude GUEANT, candidat aux élections

législatives à Boulogne…

CLAUDE GUEANT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et vous figurez, c’est Bruno GOLLNISCH, le numéro 2 du Front

national, qui l’a rendu public hier, sur une liste de personnalités, que le

Front national désire voir battues. Vous figurez sur cette liste parce qu’ici

même, le 24 avril, vous avez dit qu’en cas de duel aux élections

législatives, au 2ème tour, entre un candidat du Front national et un

candidat du Parti socialiste, vous ne voteriez jamais, avez-vous dit, pour le

candidat du Front national. Maintenez-vous cela, ce matin, Claude

GUEANT ?

CLAUDE GUEANT

Oui, je maintiens cela, effectivement, ce qui me permet d’ailleurs

de dire que, ce que j’ai dit, c’est exactement ce que vous venez de

rappeler, Jean-Michel APHATIE, et je n’ai pas dit que je voterais pour le

candidat socialiste non plus, hein, mais je…

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais vous avez dit « je ne voterai jamais pour un candidat du Front

national ».

CLAUDE GUEANT

Vous me permettrez de remarquer que, faire des listes, que

monsieur GOLLNISCH qualifie de « listes noires », dans une démocratie

comme la nôtre, c’est quand même quelque chose d’inquiétant.

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est pas républicain.

CLAUDE GUEANT

Je trouve que c’est inquiétant.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous êtes triste ce matin ?

CLAUDE GUEANT

Oui, bien sûr, bien sûr, oui, c’est une époque qui a été absolument

passionnante, autour de Nicolas SARKOZY nous avons tous la conviction

que nous avons fait beaucoup, pour adapter la France au XXIème siècle,

elle avait besoin de l’être, elle a besoin de l’être encore, ne serait-ce que

parce que le monde bouge très vite, il faut toujours s’adapter, donc nous

sommes tristes d’abandonner une oeuvre qui n’est pas achevée, c’est vrai.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais c’est la loi de la démocratie.

CLAUDE GUEANT

Mais c’est la loi de la démocratie.

 

Xavier BERTRAND

Canal+, La Matinale – 07h50

CAROLINE ROUX

C’est vrai, c’est votre dernier conseil des ministres, la dernière fois

que vous allez entrer vous asseoir aux côtés du président salon Murat.

Est-ce que, pour parler un peu de vous…

XAVIER BERTRAND

Jusqu’aux élections législatives.

CAROLINE ROUX

Jusqu’aux élections législatives…

XAVIER BERTRAND

Gagner aussi les élections législatives.

CAROLINE ROUX

On y viendra après si vous le voulez bien – est-ce que vous y allez

un peu avec le noeud au ventre ?

XAVIER BERTRAND

Oui, avec un sentiment particulier. Oui, c’est vrai. J’ai une histoire

un peu particulière parce que je n’ai pas le profil-type du ministre comme

on a pu le penser voilà quelques années. Je n’ai pas fait les grandes

écoles type l’ENA, je suis provincial, je n’ai jamais été dans un cabinet

ministériel et comme ça n’avait jamais dû commencer, j’ai toujours pensé

qu’un jour ça s’arrêterait. Bien, il n’empêche, il n’empêche que ce n’est

pas un matin comme les autres et, pour ne rien vous cacher, ce n’est pas

par rapport à mes fonctions. On n’est pas propriétaire de ses fonctions

ministérielles, à peine locataire mais pas propriétaire, et surtout moi j’ai

déjà quitté mes fonctions ministérielles volontairement à deux reprises.

C’est par rapport à Nicolas SARKOZY aussi, ce conseil des ministres

avec lui, avec la suite de ce résultat, de cette défaite aux élections

présidentielles, surtout par rapport à lui.

CAROLINE ROUX

Pourquoi ? Il vous fait de la peine ?

XAVIER BERTRAND

Oui. Je vois aussi la dignité, la force qui est la sienne en ce

moment et on voit bien que ça ne doit pas être intérieurement,

personnellement aussi simple. Donc il y a un sentiment un peu mêlé.

Vous l’avez dit : oui, on repart pour ces élections législatives pour les

gagner. Et puis en même temps, j’ai conscience que les Français ont

choisi, n’ont pas choisi mon candidat, et comme il y a le président qui est

là, c’est un sentiment très particulier. J’ai peut-être un peu de mal à

l’expliquer mais oui, ce n’est pas un matin comme les autres.

CAROLINE ROUX

Non, non, vous l’avez très bien expliqué. Nous assistons depuis

dimanche aux premiers pas de François HOLLANDE président de la

République élu. Alors travail, concentration, pas de jour de repos, pas

d’escapade en bateau. Est-ce que vous considérez que François

HOLLANDE a réussi son arrivée, peut-être mieux que Nicolas SARKOZY

il y a cinq ans ?

XAVIER BERTRAND

Attendez, il est très tôt pour le dire, il est trop tôt pour le dire. Par

contre, je trouve que la République française a donné une très belle

image avec François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY hier. C’est ce que

je retiens surtout, et qu’un président aussitôt soit au travail pour constituer

ses équipes, ça avait été le cas en 2007. Mais quand même, la dignité, la

dignité de cette journée je trouve, la République qui sait montrer surtout

un 8 mai qu’elle est unie, ça fait du bien et ça montre aussi à la politique

qu’elle n’est pas obligée d’être aussi violente pendant une campagne. Pas

obligée. La crise est violente, la vie des Français est difficile. Je le dis,

c’est un peu un message : on verra quelle est la tonalité de la campagne.

Oui, mais on n’est pas obligé d’être agressif, notamment je pense à tout

ce qui s’est passé ces cinq dernières années, par rapport à toutes les

outrances. Si on pouvait retenir la leçon de la soirée électorale et de cette

journée d’hier, ça ferait du bien. Combattif, on a le droit.

CAROLINE ROUX

Alors, il vous faudrait envoyer un petit message à Maryse

JOISSAINS, vous la connaissez.

XAVIER BERTRAND

Oui, je la connais.

CAROLINE ROUX

Elle est maire UMP d’Aix-en-Provence. Elle, elle conteste tout

simplement la légitimité de François HOLLANDE, président élu. Elle

trouve qu’il n’a pas la carrure, qu’il ne ressemble pas à un président, qu’il

agite ses petits bras dit-elle. Est-ce qu’elle dépasse les bornes ? Est-ce

qu’il faut qu’elle soit recadrée ?

XAVIER BERTRAND

Les Français ont choisi, les Français ont élu François HOLLANDE.

Voilà. La légitimité, elle est claire et je retiens une image de la journée

d’hier. Plus que les propos de Maryse JOISSAINS, c’est cette image de

Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE, très clairement.

CAROLINE ROUX

Oui.

XAVIER BERTRAND

C’est le président, c’est le président.

CAROLINE ROUX

Il a réussi sa sortie Nicolas SARKOZY ? C’est important de réussir

sa sortie.

XAVIER BERTRAND

Oui. Oui, oui. Mais il y a aussi la transition la semaine prochaine.

Le président nous l’a dit : il met un point d’honneur à montrer que les

choses peuvent se passer de façon apaisée. Et oui, je pense – je suis très

surpris par le nombre de personnes qui disent : « Franchement, le

discours à la Mutualité, chapeau. Cette image hier, ça grandit. Ça grandit

l’image de notre pays. » Oui, je pense que les Français…

CAROLINE ROUX

Et est-ce que ça vous donne un coup de main pour les législatives

justement, cette façon de quitter le pouvoir qu’a Nicolas SARKOZY ?

d’être un président rassembleur ? C’est peut-être ce qu’il aurait dû être

pendant la campagne, en tous cas c’est ce qu’il est au lendemain de sa

défaite. Est-ce que c’est un atout pour conduire la nouvelle bataille pour

vous qui est celle des législatives ?

XAVIER BERTRAND

Je pense que c’est surtout le regard des Français qui change – qui

change – notamment celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui, en se

disant : « Toutes les critiques n’étaient peut-être pas aussi justifiées que

ça. » Je pense que c’est surtout ça. Ensuite, une élection législative, ça

n’est pas cela. C’est François HOLLANDE est élu : est-ce qu’on veut qu’il

ait les pleins pouvoirs dans tout le pays ? Donc pas seulement pour son

programme.

CAROLINE ROUX

Est-ce qu’il faut une cohabitation ?

XAVIER BERTRAND

Je ne suis pas le seul à penser que oui.

CAROLINE ROUX

Pourquoi il faudrait une cohabitation alors qu’on est dans un

moment de crise ? On voit bien que la Grèce pourrait presque sortir de la

zone euro. Pourquoi est-ce qu’il faudrait une cohabitation ?

XAVIER BERTRAND

Parce que les Français ne veulent pas, comme on dit, mettre tous

leurs oeufs dans le même panier et, on le voit, il y a deux sondages, deuxtrois

sondages qui sont sortis qui disent : « On préfèrerait qu’il y ait une

victoire de la droite et du centre. » Pourquoi ? Parce que les Français

voient bien aussi aujourd’hui que pour la première fois depuis le Second

empire, la gauche, le Parti socialiste, aurait tous les pouvoirs en France,

du haut – la présidence de la République, le Sénat – ça serait l’Assemblée

nationale, ce serait les régions, ça serait les départements, les grandes

communes : ça serait du jamais vu. Et les Français aiment bien l’équilibre.

Moi, je demande qu’il y ait un vote d’équilibre, d’équilibre des pouvoirs.

CAROLINE ROUX

Quel est le leader naturel de la droite, Xavier BERTRAND,

aujourd’hui ? À l’heure où nous parlons ?

XAVIER BERTRAND

Aujourd’hui, ça a été dit tout à l’heure – je sais qu’il va sourire -

dans le reportage de Cyrille ELDIN, mais ça va vraiment un collectif qui va

être mis en place. François FILLON a toute sa place au premier plan.

CAROLINE ROUX

Alors donc, la réponse à c’est qui le leader naturel de la droite ?

C’est François FILLON.

XAVIER BERTRAND

Je finis ma phrase. Je finis ma phrase : il y a Alain JUPPE, Jean-

François COPE, moi-même je prendrai toute ma part dans cette

campagne des législatives en expliquant notamment ce que l’on veut faire

dans cette campagne des législatives. Hier pendant ce jour férié du 8 mai,

j’ai été surpris par le nombre de personnes qui m’ont dit : « Les heures

supplémentaires, ça va se passer comment pour des ouvriers ? » Moi je le

dis, je prends l’engagement de mettre toutes mes forces pour qu’on

puisse éviter que ces neuf millions de salariés soient punis par l’une des

premières mesures de la gauche qui consisterait à leur enlever l’avantage

fiscal et social. Ils ne volent pas cet argent, ils ne prennent le travail de

personne. Pour moi, ce sera l’un des enjeux prioritaires de protéger ces

salariés.

MAITENA BIRABEN

On va passer au j’aime/j’aime pas. Vous allez nous dire si vous

aimez ou si vous n’aimez pas les félicitations de Jacques CHIRAC à

François HOLLANDE ?

XAVIER BERTRAND

C’est républicain.

MAITENA BIRABEN

Oui.

XAVIER BERTRAND

C’est républicain.

MAITENA BIRABEN

C’est fair play.

XAVIER BERTRAND

C’est fair play.

MAITENA BIRABEN

Donc on aime.

CAROLINE ROUX

J’aime/j’aime pas la droite populaire qui défend une investiture

pour Christian VANNESTE, député UMP qui avait été… pour des propos

homophobes.

XAVIER BERTRAND

Il ne faut pas que Christian VANNESTE soit réinvesti. Il y avait une

première position de l’UMP. C’est quelqu’un qui est Gérald DARMANIN,

qui est un très bon candidat, qui sera candidat, mais il ne faut pas que

Christian VANNESTE soit réinvesti. Les choses étaient claires pour moi,

elles doivent être clarifiées de façon à ce qu’on ne parle plus de ce sujet,

de cette élection législative là-bas à Tourcoing.

MAITENA BIRABEN

Vous aimez/vous n’aimez pas Eric BESSON qui ferme son compte

Twitter ?

XAVIER BERTRAND

J’aime Eric BESSON.

MAITENA BIRABEN

Mais le compte Twitter qui ferme ?

XAVIER BERTRAND

Comme je le connais, je n’ai pas besoin d’aller voir sur Twitter pour

avoir de ses nouvelles, mais j’aime Eric BESSON.

MAITENA BIRABEN

C’est un peu genre : « Bon, c’est fini. J’arrête. »

XAVIER BERTRAND

Il tourne une page. Il tourne une page.

CAROLINE ROUX

J’aime/j’aime pas : la candidate PS qui refuse de retirer sa

candidature dans la circonscription de François BAYROU ?

XAVIER BERTRAND

Ah ! J’aime bien le cirque qui se prépare au niveau de ces

élections législatives, parce que ce n’est pas le seul endroit où ils disent :

« Non, non. Nous, on ne suivra pas les consignes. » Ça montre bien que

tout ça, ça fait quand même comme une manipulation électorale, c’est le

moins qu’on puisse dire. Il appelle à voter pour François HOLLANDE,

mais donc en contrepartie on ne lui met personne, mais il n’a pas…

CAROLINE ROUX

C’est le jeu. Vous, vous n’aviez mis personne en attendant qu’il

appelle à voter pour Nicolas SARKOZY.

XAVIER BERTRAND

Pardon ?

CAROLINE ROUX

Vous n’aviez mis personne.

XAVIER BERTRAND

Ce n’est pas la seule circonscription. Il y a d’ailleurs, cet après-midi

une commission d’investiture pour régler plusieurs dizaines de cas. Ce

n’était pas le seul.

MAITENA BIRABEN

Vous allez vous arrêter un peu ou pas ? Vous allez repartir direct ?

XAVIER BERTRAND

Il y a des élections législatives.

MAITENA BIRABEN

Ça ne m’avait pas échappé. La question était : allez-vous vous

arrêter un peu avant ou vous repartez direct ?

XAVIER BERTRAND

Non. On va prendre un petit peu plus le temps quand il y a un

week-end, des longs week-ends qui se dessinent pour profiter de la

famille, des enfants, mais la campagne des législatives reprend ses droits

tout de suite.

 

· Roselyne BACHELOT

RMC Info, Bourdin & Co – 07h40

JEAN-JACQUES BOURDIN

Dites-moi, Roselyne BACHELOT, est-il vrai – c’est une petite

information que j’ai… je ne sais plus où j’ai glané cela – que vos enfants

habiteraient dans la même résidence que celle de François HOLLANDE ?

ROSELYNE BACHELOT

Ils habitent juste à côté et justement ils… c’est-à-dire ils essaient,

parce que les gens sont un peu énervés par tout le déploiement de cars

de radios, Valérie TRIERWEILER elle-même a appelé, vous a appelés,

les journalistes, à les laisser un peu tranquilles, et les déploiements de

cars de radios, de télés, et de cars de police, en leur expliquant – mes

enfants expliquent à leurs voisins, qui sont exaspérés, que ça ne va pas

durer très longtemps et que, voilà, c’est normal que dans un changement

républicain il y ait quelques… il y a un peu quelques troubles, ça ne va

pas durer.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, ça ne va pas durer, vous pensez qu’il ne va pas pouvoir rester

là, Roselyne BACHELOT.

ROSELYNE BACHELOT

Je n’en sais rien moi… je me déploie sur des sujets quand même

un petit peu plus importants que de savoir où dort le président de la

République.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non, mais ça on est bien d’accord Roselyne BACHELOT. Tiens…

mais enfin, pour vos enfants ça… j’imagine que pour la résidence ça

change la vie quand même !

ROSELYNE BACHELOT

Ça change la vie, oui bien sûr… c’est évidemment un peu

compliqué, il faut prévoir de partir un peu plus tôt le matin, parce qu’on

risque d’être un peu embouteillé, mais enfin je ne sais pas ce que fera le

président de la République, il fera au mieux sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Belle image hier ! Tout le monde l’a dit, reconnu…

ROSELYNE BACHELOT

Ah, écoutez, j’ai été très, comme beaucoup de Français, quelle

que soit leur sensibilité politique d’ailleurs, des amis de gauche m’ont

envoyé des petits messages, des SMS, en disant « chapeau », et je crois

que ça a donné le ton de cette passation de pouvoir. Le président de la

République l’avait dit dimanche soir, il l’a redit par son attitude hier, pas de

revanche, pas d’amertume, donc je vais à ce dernier Conseil des

ministres dans une grande sérénité.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Dans une grande sérénité. Roselyne BACHELOT, votre cas

personnel, vous allez arrêter la politique ou vous allez continuer ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah non, je n’arrête pas la politique, du tout, du tout, certainement

pas. Vous savez, j’ai ça un peu dans les gènes, j’ai servi mon pays au

plus haut niveau pendant ces cinq années, d’ailleurs les Français n’en

n’ont rien à faire des sentiments d’émotion ou de nostalgie des uns et des

autres…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui.

ROSELYNE BACHELOT

Ce service du pays, eh bien je le continuerai d’une autre façon,

dans l’opposition politique bien entendu. Après le moment de passation de

pouvoir qui doit être respecté avec la nouvelle équipe, le combat va

reprendre. Je l’ai toujours mené, je crois, avec fairplay, sans jamais

atteindre aux personnes, à leur intimité, et je continuerai le combat

politique comme je l’ai toujours fait, en pouvant d’ailleurs aussi se

retrouver sur un certain nombre de dossiers, je n’estime pas qu’il y a le

mal d’un côté et le bien de l’autre, il y a des combats qu’il faut mener

parfois ensemble. Et, sur un certain nombre de sujets, d’ailleurs, qui

attendent notre pays, comme le retour à l’équilibre des finances publiques,

ou certains autres sujets de société, on peut se retrouver.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Roselyne BACHELOT, qui est, selon vous, le leader naturel

maintenant à l’UMP ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah mais le leader naturel c’est Jean-François COPE, qui est

secrétaire général de l’UMP, mais l’opposition à François HOLLANDE est

évidemment beaucoup plus large que l’UMP. Il y a des radicaux, des

démocrates-chrétiens, il y a la gauche moderne, et pour moi, l’homme le

plus rassembleur de cette opposition, maintenant diverse, c’est

évidemment François FILLON.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Pour vous c’est clair, le plus rassembleur c’est François FILLON ?

ROSELYNE BACHELOT

Voilà, mais chacun est dans son rôle, c’est tout à fait normal.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, non mais bien sûr. Est-ce lui qui doit prendre la tête de

l’opposition ?

ROSELYNE BACHELOT

Ecoutez, il y a deux phases. Il y a d’abord le combat des

législatives, et le combat des législatives il est mené par un collectif,

puisque nous n’allons pas passer, j’allais dire, du statut de l’organisation

d’une majorité parlementaire, d’une majorité gouvernementale, à ce statut

d’opposition, d’un seul coup d’un seul. Donc, jusqu’aux législatives, nous

menons un combat, avec nos idées, sur nos idées, avec un collectif. Puis

viendra le temps de la réorganisation de l’opposition, il est encore trop tôt

pour dire la façon dont cela va s’organiser, mais je serai, de toute façon,

aux côtés de François FILLON, dans la place qu’il voudra prendre dans ce

domaine, je serai évidemment à ses côtés.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien. Roselyne BACHELOT, j’ai deux questions à propos de cette

réorganisation. J’ai déjà lu que, par exemple, Jean-Paul GARRAUD,

député UMP, était prêt à discuter avec le Front national, Roselyne

BACHELOT. Que lui répondez-vous ?

ROSELYNE BACHELOT

S’il veut s’occuper des thèmes qui sont les thèmes, les inquiétudes

qui ont été exprimées par les électeurs du Front national, qui représentent

18% des électeurs, j’espère que tout le monde s’en occupera, et qu’en

particulier le nouveau président de la République tiendra compte des

craintes exprimées par ces personnes qui doivent être respectées. Par

contre, ouvrir des négociations avec le Front national, le président de la

République sortant l’avait d’ailleurs indiqué tout à fait clairement, s’il était

élu il n’y aurait aucune négociation avec le Front national, le Front national

n’aurait pas participé au nouveau gouvernement qu’il aurait constitué, et il

n’est pas question de négociations pour les élections législatives. Donc le

discours est parfaitement clair, et j’aurai l’occasion de le redire, et de le

dire d’ailleurs, comme je l’ai dit au dernier bureau exécutif de l’UMP lundi

dernier, donc il n’y a pas de souci.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, mais Roselyne BACHELOT, c’est ni PS, ni Front national ?

ROSELYNE BACHELOT

Mais, attendez, ni PS, ni Front national, le Parti socialiste est au

pouvoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je vous dis ça parce que hier matin j’avais Thierry MARIANI…

j’avais Thierry MARIANI hier matin qui me disait « c’est ni PS, ni Front

national. » En cas de second tour aux législatives, dans une

circonscription, c’est ni PS, ni Front national. Vous aussi Roselyne

BACHELOT ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah non, moi mes positions sont parfaitement connues, je les ai

exprimées à de nombreuses fois, mais je vous redis, Jean-Jacques

BOURDIN, que la question ne va pas se poser, on est en train d’essayer

de nous mettre dans une situation qui ne va pas se poser. Les candidats

de l’UMP…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça peut se poser dans certaines circonscriptions.

ROSELYNE BACHELOT

Les candidats de l’UMP vont se trouver en situation d’être partout

au deuxième tour, et c’est ça qui est important, nous allons pouvoir

exprimer nos idées de façon tout à fait claire, et voilà, c’est ça qu’il faut

redire maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et donc maintien au deuxième tour ?

ROSELYNE BACHELOT

Ah mais absolument, maintien au deuxième tour, il n’est pas

question de négociations.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Quelles que soient les circonstances ?

ROSELYNE BACHELOT

Quelles que soient les… maintien au deuxième tour, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Roselyne BACHELOT, la cohabitation, franchement, est-ce une

chance pour la France ? S’il y a une cohabitation, ça peut arriver, est-ce

que c’est une chance pour la France ?

ROSELYNE BACHELOT

La question n’est pas celle de la cohabitation, elle est celle des

programmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

D’accord, mais enfin !

ROSELYNE BACHELOT

Et, je suis désolée…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Cohabitation avec un président…

ROSELYNE BACHELOT

Je sors d’une campagne électorale, et je l’ai dit aux côtés de

Nicolas SARKOZY, les solutions proposées par monsieur HOLLANDE ne

sont pas les bonnes solutions, ne sont pas les solutions à la hauteur du

pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce que pour la France…

ROSELYNE BACHELOT

Donc si demain il y a une victoire, ce que je souhaite, une victoire

de notre parti politique, et de notre famille politique, la droite et le Centre,

aux élections législatives, eh bien le Premier ministre gouvernera et il

gouvernera en continuant les réformes dont notre pays a besoin.

Regardez ce qui se passe en Grèce, nous voyons bien que nos sociétés

occidentales sont menacées, et nous, ce que nous voulons, c’est

continuer à préserver notre modèle social, comme nous l’avons fait

pendant ce quinquennat, tout en ramenant les finances à l’équilibre, les

finances de l’Etat, les finances de la sécurité sociale, mais bien sûr en

continuant les réformes. Voilà ce que nous voulons faire, et nous le ferons

si nous sommes… notre majorité gagne les législatives. Donc ce n’est pas

important la cohabitation, la cohabitation ça se passe toujours très bien. Il

y a eu des périodes de cohabitation, c’est le Premier ministre qui

gouverne, et voilà.

 

· Bernard ACCOYER, Président de l’Assemblée nationale

France Info, L’invité d’Info – 08h15

OLIVIER EMOND

Vous êtes président de l’Assemblée nationale, et vous êtes aussi

l’un des membres du désormais fameux comité stratégique de campagne

de l’UMP, cette direction collégiale pendant la campagne des législatives ;

comment dirige-t-on un parti à quarante personnes, on imagine que c’est

plus compliqué que d’avoir un chef et une ligne de conduite ?

BERNARD ACCOYER

Non, parce que, il y a d’abord ce qui est la continuité de la

campagne de Nicolas SARKOZY, ce qui est l’élan de cette magnifique

cérémonie commémorative du 8 mai hier, avec un grand homme d’Etat,

Nicolas SARKOZY, qui tend la main à celui que les Français ont choisi au

deuxième tour des élections présidentielles, tout ça…

OLIVIER EMOND

Vous, vous y étiez, d’ailleurs hier, vous savez ce qu’ils se sont dit ?

BERNARD ACCOYER

Je n’ai pas entendu, j’étais tout près, mais on voyait bien à leur

visage que c’était des propos tout à fait cordiaux.

OLIVIER EMOND

Bien. Alors, sur cette campagne des législatives, et cette manière

de diriger un parti en campagne avec une direction qui va comprendre

une quarantaine de personnes…

BERNARD ACCOYER

La direction, elle est simple, le programme est déjà écrit, il suffit de

l’adapter à une campagne législative, et ensuite, chacun va faire

campagne. Le fait qu’il y ait de nombreux talents à l’UMP est un atout

évident, qui permettra de démultiplier la parole. Et, croyez-moi, il n’y aura

pas de divergences entre ce qui sera avancé, d’autant plus que nous

avons dans ce comité stratégique des rencontres de travail pour régler ce

qui pourrait devoir l’être.

OLIVIER EMOND

Alors, des rencontres, des débats forcément, ensuite, il va falloir

faire des choix, qui va trancher ?

BERNARD ACCOYER

Mais c’est une direction collégiale, il n’y a aucun problème pour…

mais trancher, vous savez, c’est vite vu, les investitures ont déjà été

données, le programme est essentiellement celui de Nicolas SARKOZY,

qui devra être quelque peu ajusté, et puis, cela est sur les rails, les

candidats sont d’ailleurs déjà en campagne.

OLIVIER EMOND

Alors, vous dites, Bernard ACCOYER, que la ligne est a priori

claire et qu’il n’y a pas de divergences, tout de même, sur la stratégie par

exemple à adopter vis-à-vis du Front national, on sait qu’il y a des

opinions différentes au sein de l’UMP, que faut-il faire par exemple,

d’après vous, alliance ou pas alliance ?

BERNARD ACCOYER

Alors, il n’y a pas de divergences à l’UMP, la ligne est d’une clarté

absolue, il n’y aura pas d’accords politiques, pas d’accords électoraux,

voilà, c’est tout, la ligne, elle est claire et il n’y a aucune divergence,

aucune des personnalités du comité de campagne qui est en train de se

former n’a émis la moindre réserve vis-à-vis de cette ligne, ça suffit, après,

il n’y a plus de questions qui se posent.

OLIVIER EMOND

Mais d’autres le disent, le député UMP Jean-Paul GARRAUD par

exemple…

BERNARD ACCOYER

Il peut y avoir un individu qui émet un avis personnel…

OLIVIER EMOND

Il n’est pas contre un rapprochement, dit-il…

BERNARD ACCOYER

Ça n’engage que lui, et encore une fois, la ligne, elle est très

connue, donc nous n’allons pas… si vous voulez, cette question de

l’extrême droite, qui arrange bien la gauche, parce que, elle ne peut

gagner que grâce à l’extrême droite, et d’ailleurs, voter extrême droite,

c’est voter à gauche, cette question, je voudrais la remettre à ce qu’elle a

été dans le passé, rappelez-vous de 2002 ; 2002, l’extrême droite est au

second tour, la presse annonce 237 triangulaires, il y en a eu 9. Bon,

alors, écoutez, attendons de voir ce que les Français voteront au premier

tour, attendons de voir ce qu’ils décideront et ce qu’ils choisiront. C’est

eux qui décident…

OLIVIER EMOND

Mais quand un député UMP dit qu’il n’est pas défavorable à un

rapprochement avec le Front national, que faut-il faire, il faut le garder, il

faut l’exclure ?

BERNARD ACCOYER

Mais, écoutez, on ne va pas passer tout notre échange sur ce

point…

OLIVIER EMOND

C’est un point important…

BERNARD ACCOYER

Il y a une personne qui dit ça, et il y a 310 députés UMP…

OLIVIER EMOND

Il y a aussi Gérard LONGUET qui…

BERNARD ACCOYER

La ligne de l’UMP est très claire…

OLIVIER EMOND

Gérard LONGUET, ministre de la Défense, qui…

BERNARD ACCOYER

Oui, parlons du fond, si vous voulez bien…

OLIVIER EMOND

Qui disait que Marine LE PEN était un interlocuteur possible, c’est

du fond, c’est un problème vraiment qui se pose…

BERNARD ACCOYER

Mais je vous ai déjà répondu, mais, on peut peut-être parler aussi

des questions de fond, c’est-à-dire quelle politique va être conduite, parce

que, en réalité, la politique qui sera conduite par le gouvernement – qui

sera nommé par le président François HOLLANDE – dépend de la

majorité de l’Assemblée nationale. Et dans cette majorité, il y a des

différences, et le projet de cette majorité portera… il y a des différences

entre ce que François HOLLANDE veut et ce que la droite et le centre font

comme analyses. Nous faisons comme analyse que si – comme l’a dit

François HOLLANDE – on augmente la dépense publique, eh bien, on a

une perspective qui est tout simplement celle de la Grèce, et ça, nous

n’en voulons pas. Et donc, c’est ce que nous allons expliquer aux

Français, parce que la réalité, elle est là, nous sommes à une époque où

tout va très vite, où les déficits s’accumulent très vite, la perte de

confiance d’un pays qui dépense, j’entendais les premières mesures, eh

bien, les premières mesures de François HOLLANDE, ce sont des

mesures qui creusent les déficits, qui sont à financer avec de l’argent que

l’on n’a pas, que l’on met sur le dos de nos enfants et de nos petitsenfants

; telle est la réalité.

OLIVIER EMOND

Bernard ACCOYER, vous ne voulez pas parler du Front national,

mais le Front national…

BERNARD ACCOYER

Je vous en ai parlé, je vous dis : pas d’accord politique, pas

d’accord électoral…

OLIVIER EMOND

Le Front national parle, lui, beaucoup de vous, il déclare

littéralement la guerre à l’UMP.

BERNARD ACCOYER

Mais ça n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie de la France, un

parti, c’est un parti politique…

OLIVIER EMOND

Mais ça pourrait mettre en danger l’UMP, non, vous n’y croyez pas

du tout, ça ne vous inquiète pas ?

BERNARD ACCOYER

Mais attendez, nous, on va au combat politique pour gagner les

élections, en convainquant les électeurs, et quels que soient nos

adversaires, ils veulent évidemment nous faire trébucher, mais, et

j’observe simplement que finalement, nous sommes, la droite et le centre,

nous sommes les adversaires communs de la gauche et de l’extrême

droite.

OLIVIER EMOND

Entre un candidat FN et un candidat de gauche, vous votez pour

qui, vous, Bernard ACCOYER ?

BERNARD ACCOYER

Je vous ai déjà répondu, nous ne parlons que de ce sujet depuis

que vous m’interviewez…

OLIVIER EMOND

C’est le sujet, c’est un des sujets du jour…

BERNARD ACCOYER

Je vous ai déjà répondu…

OLIVIER EMOND

Il y a une liste noire qui circule…

BERNARD ACCOYER

Je vous ai dit : pas d’accord politique, pas d’accord électoral, c’est

tout, je n’ai rien à ajouter. Parlons du fond, si vous le voulez bien.

OLIVIER EMOND

Si on parle beaucoup de cette question, vous comprenez que c’est

aussi une conséquence de la campagne présidentielle qui vient de se

jouer, des sujets qui ont été émis.

BERNARD ACCOYER

Mais, l’avenir de la France, ça n’est pas cela. L’avenir de la

France, c’est va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire casser la réforme des

retraites, va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire emprunter pour essayer de

bloquer illusoirement le prix des carburants, ce qui coûte déjà la mesure

sur le carburant annoncée par HOLLANDE coûte la bagatelle pour trois

mois de 750 millions d’euros. L’augmentation des diverses allocations

nous conduit déjà à des déficits de plusieurs milliards avant d’avoir

commencé, un argent que nous n’avons pas, que nous empruntons.

OLIVIER EMOND

Avec les législatives, certains à l’UMP rêvent de cohabitation. Vous

pensez que c’est possible, Bernard ACCOYER ?

BERNARD ACCOYER

Encore une fois, tout est possible, c’est les Français qui décident,

mais encore une fois, ce qui est important, c’est la ligne politique, que la

majorité de l’Assemblée nationale votera. C’est-à-dire : allons-nous voter

des dépenses supplémentaires dont nous n’avons pas le financement,

c’est-à-dire : allons-nous creuser les trous, les dettes et nous diriger vers

une situation extrêmement dangereuse, telle qu’on la connaît dans

plusieurs pays d’Europe, avec le paroxysme qui est la situation de la

Grèce, c’est cette ligne que nous souhaitons, allons-nous avoir le vote des

étrangers aux élections locales, allons-nous démanteler notre excellence

nucléaire ? Ce sont les questions qu’il faudra débattre et dont j’espère que

la majorité à l’Assemblée nationale empêchera que l’on commette ces

erreurs, que la France paierait très, très longtemps.

OLIVIER EMOND

Il n’y a donc que cela qui compte pour vous, à l’heure qu’il est…

BERNARD ACCOYER

Ce qui compte…

OLIVIER EMOND

La perspective de la campagne, des élections, comment vont se

passer les duels, les triangulaires, etc., c’est secondaire ?

BERNARD ACCOYER

Mais nous allons parler du fond, et nous allons convaincre avec ce

que je suis en train d’essayer de vous expliquer dans la difficulté.

 

· Cécile DUFLOT, Secrétaire nationale d’EE-LV

RMC Info, Bourdin 2012 – 08h35

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et nous recevons ce matin, Cécile DUFLOT, ministre de

l’Environnement, des Transports et de, je ne sais pas, moi, de

l’Aménagement du territoire !

CECILE DUFLOT

Vous n’allez pas m’avoir comme ça !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Du Développement durable ! Non ?

CECILE DUFLOT

Eh non ! Cécile DUFLOT, secrétaire nationale d’Europe Ecologie

Les Verts, candidate aux législatives.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, jusqu’au 22 juin.

CECILE DUFLOT

Jusqu’au 22 juin.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Jusqu’au 22 juin. Euh… non, ministre un jour ?

CECILE DUFLOT

Peut-être et peut-être pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais, vous aimeriez ou pas ? Non, soyons sincères. Alors, c’est

François HOLLANDE qui décidera pour vous, déjà.

CECILE DUFLOT

Alors, d’abord, effectivement, dans la Vème République, c’est le

président de la République et le Premier ministre qui décident, et je pense

qu’il y a beaucoup de gens qui devraient ne pas l’oublier, parce que tout le

monde a plein d’idées…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça veut dire qui ?

CECILE DUFLOT

Chez nous, ça veut dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça veut dire quoi, Daniel COHN-BENDIT par exemple ?

CECILE DUFLOT

Oui, ou plein de gens qui se disent disponibles, etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Daniel COHN-BENDIT, qui hier l’avait un peu oublié ?

CECILE DUFLOT

Je pense que, comment dire, d’abord, il y a une chose, c’est que

moi, dans mon mouvement, j’aime bien qu’on respecte les gens, et je

trouve qu’il a eu des mots un peu durs à l’égard d’Eva JOLY, voilà, je ne

fais pas partie des gens qui avaient poussé à ce qu’elle soit candidate, je

fais partie des gens qui ont fait sa campagne avec acharnement…

JEAN-JACQUES BOURDIN

« Une mauvaise campagne », il a dit.

CECILE DUFLOT

Oui, mais voilà, donc moi j’ai du respect et de l’affection pour Eva

JOLY, et je pense qu’il n’y a pas d’utilité dans la période, à être

désagréable, les uns avec les autres. Ça, c’est le premier élément. Le

deuxième élément, c’est qu’hier, les écologistes ont décidé, ont décidé

d’une chose simple, qui était de dire que, eux, ils souhaitaient passer à

l’action et participer, si les conditions étaient réunies, et surtout si comme

vous l’avez dit, le président de la République et le Premier ministre le

décidaient, à cette histoire-là. Ce n’est pas une question individuelle, et ce

n’est même pas une question de nombre, c’est une question surtout de

volonté politique, est-ce que oui ou non on veut aujourd’hui mettre en

oeuvre des politiques écologistes, parce que, qui que ce soit d’entre nous,

il ne va pas se transformer en ce qu’il n’est pas, donc ce n’est pas une

évidence, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors, nous allons regarder ce qui vous rassemble et ce qui vous

éloigne du Parti socialiste, Cécile DUFLOT, mais si on vous le propose,

est-ce que vous acceptez ?

CECILE DUFLOT

Mais, ce n’est pas… ce n’est pas binaire, mais ça dépend si on me

propose quoi, et si on propose quoi à d’autres, et qu’est-ce que ça signifie

en termes politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’oublie « à d’autres », Cécile DUFLOT.

CECILE DUFLOT

Non, eh bien vous avez tort.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’ai tort ? A bon.

CECILE DUFLOT

Vous avez tort, pour une raison simple, c’est que je ne crois pas

aujourd’hui qu’on puisse dire : chacun gère…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, mais si on vous propose un grand ministère, comme ça,

élargit, écologie, aménagement du territoire, développement durable, je

ne sais pas, moi, transports, est-ce que…

CECILE DUFLOT

Et pour faire quoi ? Et pour faire quoi, et avec qui d’autre ? Dans

quel périmètre politique, dans quel état d’esprit politique ? Franchement…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si les conditions sont réunies, est-ce que vous acceptez ?

CECILE DUFLOT

Ce n’est pas, je vais vous dire un truc qui va peut-être vous

paraitre désagréable, ça n’est pas de la langue de bois, parce que je n’ai

jamais considéré…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si.

CECILE DUFLOT

Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si.

CECILE DUFLOT

Non, pas du tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Parce que si, si les conditions sont acceptables, à vos yeux, est-ce

que vous acceptez ?

CECILE DUFLOT

Eh bien justement, la question c’est de savoir dans quel cadre,

dans quel état d’esprit. Moi, ce qui m’intéresse…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et éventuellement, vous pouvez accepter.

CECILE DUFLOT

Ce qui m’intéresse et ce qui intéresse…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eventuellement vous pouvez accepter.

CECILE DUFLOT

Ah, mais j’ai…quand on a voté hier à 84 % en faveur de la

participation gouvernementale, ça veut dire que l’on est susceptible

d’accepter, oui, sinon on aurait voté que l’on n’était pas d’accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bon, voilà.

CECILE DUFLOT

Et d’ailleurs, si on avait voté qu’on n’était pas d’accord, on aurait

expliqué qu’on était sectaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Exactement.

CECILE DUFLOT

… et que la crise était grave et qu’il fallait agir, donc la réalité c’est

celle-là. Les écologistes, ils sont assez sereins, ils disent une chose très

simple : nous avons voulu que François HOLLANDE gagne, nous avons

fait tout ce que nous pouvions pour que François HOLLANDE gagne, ça

c’est le premier point. Le deuxième point, c’est qu’on a décidé depuis

maintenant le mois de novembre, c’est comme ça que nous avons conclu

cet accord de majorité parlementaire, qu’on participerait à une majorité

avec les socialistes, et je sais que cette méthode a été beaucoup

critiquée, on a dit : « gna gna gna, les écologistes font des accords, etc.

etc. » sauf que ce que je constate, c’est que ceux qui n’avaient pas voulu

faire des accords, maintenant souhaitent y participer. Moi, je préfère que

les choses soient claires avec les électeurs. Et pourquoi on veut faire ça ?

Parce qu’il nous semble que maintenant, maintenant, là, au mois de mai

2012, c’est nécessaire d’engager un grand plan d’économies d’énergie,

de faire en sorte que les Français et en particulier les personnes âgées,

qui vivent dans des situations de précarité énergétique, c’est-à-dire qui

n’ont pas eu les moyens de se chauffer cet hiver, puissent diminuer, faire

diminuer peut-être jusqu’à les diviser par deux, leurs charges de

chauffage. Qu’il faut faire en sorte que la situation dans laquelle on se

trouve, d’une essence qui va bientôt coûter 2 € le litre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

On va en reparler.

CECILE DUFLOT

… eh bien on se mette en situation, pas seulement de bloquer le

prix de l’essence, parce que ça ne peut pas durer, à partir du moment où

le pétrole augmente…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui.

CECILE DUFLOT

Mais de se sortir d’une dépendance au pétrole qui est très

importante, c’est ça qui intéresse les écologistes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais, Cécile DUFLOT, avec 2,3 % à la présidentielle, est-ce qu’on

peut être exigeant, sincèrement ?

CECILE DUFLOT

Le problème, c’est que ce n’est pas la question de savoir, si le

score des écologistes était faible ou élevé, tout le monde le sait,

maintenant, que beaucoup de gens qui sont sensibles à ces questions-là,

avaient comme priorité numéro 1, sur leur calendrier, et je les comprends,

de se débarrasser de Nicolas SARKOZY. La bonne nouvelle, c’est qu’ils

ont les moyens de mettre en oeuvre leur priorité numéro 2, c’est-à-dire de

faire en sorte qu’à l’agenda de la politique menée par ce futur

gouvernement, il y ait l’écologie, en votant pour les candidat écologistes le

10 juin, puisqu’il y a les élections législatives, parce qu’au final, c’est

quand même la composition de la majorité, au Parlement, qui déterminera

la suite des politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors, nouvelle majorité, vous souhaitez une nouvelle majorité, au

parlement et au gouvernement. Participation au gouvernement, vous avez

dit oui. Combien de ministres ? Deux, trois ? Vous souhaiteriez quoi ?

CECILE DUFLOT

Mais justement, mais c’est désagréable de répondre à cette

question….

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous pouvez émettre des souhaits, quand même, non ? Ev…

CECILE DUFLOT

Voilà, je vais vous émettre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

… j’allais vous dire Eva JOLY.

CECILE DUFLOT

Je vais vous émettre un souhait très simple…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eva JOLY, tiens, pourrait être ministre.

CECILE DUFLOT

Oui, je l’ai déjà dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui. Bon.

CECILE DUFLOT

Et il y a beaucoup de gens qui

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors, alors, combien de ministères ? Deux, trois ?

CECILE DUFLOT

Eh bien, le truc c’est que ce n’est pas de dire « c’est combien ». Si

vous avez…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Qu’est-ce que vous souhaitez alors ?

CECILE DUFLOT

Je vais vous répondre franchement.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui.

CECILE DUFLOT

Si vous savez deux secrétariats d’Etat, où on explique qu’en vérité,

la politique qui va être menée, c’est une politique qui ressemble purement

à une politique socialiste, à l’ancienne, du XXème siècle, la place des

écologistes ça ne sera pas d’être au gouvernement. Ça peut exister de

faire ce choix-là, de faire un gouvernement purement socialiste, François

HOLLANDE il a cette possibilité-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Dans un premier temps peut-être.

CECILE DUFLOT

Eh bien on verra, à ce moment-là, ça ne sera pas la place des

écologistes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Avant les législatives.

CECILE DUFLOT

Donc c’est pour ça que je vous dis que ça ne se résume pas en,

voilà, on veut avoir deux, trois, quatre postes.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais, imaginons un gouvernement purement socialiste avant les

législatives, vous diriez quoi ?

CECILE DUFLOT

Moi je pense que c’est une erreur politique, mais c’est la

responsabilité du président de la République, et si c’est ça sa volonté, eh

bien on ne sera pas dans ce gouvernement, c’est pour vous dire que les

choses ne sont pas automatiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, si c’est sa volonté, vous ne serez pas dans ce gouvernement,

ça c’est sûr, oui.

CECILE DUFLOT

Et voilà, et je pense, moi, que, c’est pour ça, ce n’est pas les

écologistes pour les écologistes, ce n’est pas parce qu’on a bonne mine

ou qu’on est sympathique, ou qu’on ne le serait pas, ou qu’on est pénible,

c’est qu’aujourd’hui on a besoin de répondre à une réalité, la réalité c’est

que ce n’est pas parce qu’on en a pas parlé pendant la campagne

électorale, que le dérèglement climatique s’arrête. La réalité c’est qu’il va y

avoir, parmi les rendez-vous internationaux, ce président de la

République, le sommet de Rio + 20, 20 ans après le sommet de Rio en

1992, qui est une échéance essentielle pour l’avenir de notre planète et

c’est beaucoup plus important pour nous, que de mesurer au trébuchet,

les ambitions personnelles de X ou Y.

JEAN-JACQUES BOURDIN

La réalité, c’est que vous faites aussi de la politique, Cécile

DUFLOT.

CECILE DUFLOT

Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Parce que oui, oui, parce que vous voulez devenir députée…

CECILE DUFLOT

Non, non !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Comment ?

CECILE DUFLOT

Je fais de la politique parce que j’ai envie de changer les choses,

monsieur BOURDIN, et j’en ai marre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, d’accord, mais vous voulez devenir députée !

CECILE DUFLOT

Non mais j’en ai marre qu’on considère que les questions

politiques, c’est simplement qui va avoir quel poste. Je considère que la

politique, c’est de savoir qu’est-ce qu’on fait changer dans cette société,

est-ce que oui ou non on va engager une vraie règlementation des loyers.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non mais on peut changer en participant à une majorité

parlementaire et en participant à un gouvernement, c’est comme ça qu’on

peut changer les choses, non ?

CECILE DUFLOT

Pour faire des choses, pas justes…

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est votre optique de la politique.

CECILE DUFLOT

Pour faire des choses, mon optique de la politique, c’est

l’écologie…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc vous voulez être députée…

CECILE DUFLOT

C’est l’écologie de l’action.

JEAN-JACQUES BOURDIN

On est d’accord.

CECILE DUFLOT

Oui, bien sûr, parce que je pense que quand il y aura…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce qu’on peut être député et ministre par exemple ? Oui,

c’est compatible ou pas ?

CECILE DUFLOT

Simultanément, ce n’est pas possible, simplement, ce que l’on sait

maintenant, c’est quand un ministre, précédemment était député, quand il

ne l’est plus, il redevient député, donc moi je suis candidate aux

législatives, parce que je veux une chose qui va faire changer la politique

en France. S’il y a un groupe écologiste, le 17 juin, à l’Assemblée

nationale, ça sera la première fois dans l’histoire de la République, pas de

la Vème République, de la République française, et ça changera beaucoup

les choses, d’ailleurs ça fera très longtemps qu’il n’y aura pas une

nouvelle formation politique qui aura émergé dans le paysage politique,

avec un groupe au Sénat et un groupe à l’Assemblée nationale. Les

débats seront différents, les amendements qui seront apportés à un

certain nombre de projets de loi seront différents.

JEAN-JACQUES BOURDIN

On est d’accord, on va en parler, d’ailleurs, d’écologie, Cécile

DUFLOT, mais je me souviens, c’était il y a 8 jours, le débat, Nicolas

SARKOZY a titillé François HOLLANDE, « j’ai dit que dans mon projet, je

ne retiendrai qu’une seule fermeture de centrale, Fessenheim. L’accord

avec Europe Ecologie Les Verts ne m’engage pas », c’est ce qu’a dit

François HOLLANDE.

CECILE DUFLOT

Et d’ailleurs, Eva JOLY, elle, a porté pendant sa campagne, le

projet des écologistes, donc c’est un accord parlementaire, c’est un

accord pour ce qui se passera à l’Assemblée nationale, et cet accord il

engage deux formations politiques, je l’ai signé en tant que secrétaire

nationale d’Europe Ecologie Les Verts et Martine AUBRY l’a signée en

tant que première secrétaire du Parti socialiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais c’est une façon de se dégager de cet accord signé avec

Europe Ecologie Les Verts.

CECILE DUFLOT

Je vais vous dire une chose qui me semble pertinente.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, allez-y.

CECILE DUFLOT

Que le président de la République préside et que le Parlement

fasse son travail législatif, ça sera une bonne nouvelle pour la démocratie,

parce que ce que Nicolas SARKOZY avait fait, de concentrer l’intégralité

des pouvoirs, d’ailleurs ça ne lui a pas porté bonheur, c’est pas une bonne

chose pour la démocratie, il faut laisser la démocratie vivre, et moi je

souhaite que les électeurs de ce pays, Françaises et Français, aient la

possibilité de voter pour les écologistes, parce que quand il y aura des

écologistes à l’Assemblée nationale, ça changera les choses. On ne peut

pas demander à François HOLLANDE de devenir écologiste, il est

socialiste. Moi, ça ne me choque pas, c’est une orientation politique, c’est

issu de son parcours, on va dire que ce sont ses convictions. Moi, ce que

je souhaite, c’est qu’il puisse écouter les écologistes, parce que je pense

que dans la période, on a des choses qui sont des choses utiles à dire,

parce qu’on pouvait dire, dans les années 70/80, « oh, les écologistes ils

nous fatiguent, avec le dérèglement climatique, avec l’épuisement des

ressources naturelles, avec les conséquences de la pollution sur la santé,

avec les dangers que peuvent représenter, le sujet est actuel sur… »

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, la température mondiale augmenterait de 2° en 40 ans.

CECILE DUFLOT

Sauf que ça c’est une réalité, ce n’est pas pour faire plaisir ou pour

embêter qui que ce soit, c’est une réalité. Donc, moi je ne me défausse

pas, moi j’aime ça, la politique, j’ai envie de faire de la politique, parce que

je pense que si on renonce à considérer qu’on peut changer les choses,

démocratiquement, c’est-à-dire avec des élus, avec les citoyens qui

décident, alors ça ne sert plus à grand-chose de pouvoir s’exprimer sur la

marche du monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien.

CECILE DUFLOT

Donc, on ne va pas se cacher, oui les écologistes font de la

politique, dans le bon sens du terme, ils veulent le pouvoir, pour avoir le

pouvoir d’agir. Et voilà, c’est comme ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Cécile DUFLOT, vous avez regardé les cérémonies du 8 mai hier ?

CECILE DUFLOT

Oui ! Oui, j’ai même vu un bout sur BFM TV.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ces deux présidents réunis sous l’Arc de triomphe pour célébrer la

République, c’était beau ?

CECILE DUFLOT

Beau, je ne sais pas, c’était… Moi je pense que c’était assez

naturel.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’était émouvant, non ?

CECILE DUFLOT

C’était assez naturel. Et la question…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que ça vous a ému ?

CECILE DUFLOT

Je ne peux pas dire que ça m’ait émue ! Je trouve ça bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah bon !

CECILE DUFLOT

Et moi je pense qu’il est important, dans un pays qui ne va pas

forcément toujours très bien, de montrer qu’il y a une forme de continuité

et surtout qu’il y a une volonté d’apaisement.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais ça ne vous a pas ému ?

CECILE DUFLOT

Il faudrait que réponde oui, là ?

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah ! Non, non, mais il ne faudrait rien du tout, je vous pose la

question moi, oui ou non ?

CECILE DUFLOT

Vous savez moi j’ai…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je…

CECILE DUFLOT

Ces cérémonies là et surtout la cérémonie du 8 mai, parce

qu’aujourd’hui c’est la Journée de l’Europe, moi j’aimerais beaucoup

maintenant qu’on puisse avoir… et d’ailleurs je crois que François

HOLLANDE l’a annoncé dans la campagne, c’est une annonce qui est

passée totalement inaperçue, en disant qu’il voulait faire du prochain 11

novembre un grand moment sur la paix en Europe, je pense que c’est

important de se souvenir de ceux qui sont effectivement morts dans des

combats…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Mais c’est important d’être capable de se souvenir qu’on a

dépassé cette période là.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que vous rejoignez Eva JOLY pour le 14 juillet, vous vous

rappelez ce qu’elle a dit ?

CECILE DUFLOT

Oui ! Je me rappelle très bien. Moi je…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous êtes d’accord avec elle ou pas ?

CECILE DUFLOT

En tout cas je trouve qu’elle a eu raison de pouvoir mettre les

pieds dans le plat…

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est-à-dire ?

CECILE DUFLOT

Parce qu’on voit souvent les choses par le petit bout de la

lorgnette. On est le seul pays en Europe…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Qui fait défiler des chars sur la plus grande avenue du monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous pensez qu’il faut cesser ?

CECILE DUFLOT

Non ! Mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Il faut cesser ?

CECILE DUFLOT

Je demande simplement qu’on se pose la question : pourquoi ça

n’existe pas dans les autres pays ? La seule autre cérémonie un peu

équivalente, mais qui n’a rien à voir, pour ceux qui la connaissent c’est

« Trooping the colour » en Grande Bretagne, c’est l’anniversaire de la

Reine, où il y a effectivement l’armée qui défile…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Et je pense que c’est bien aussi d’avoir des moments d’unité

nationale qui ne soient pas des moments exclusivement autour des forces

armées… Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc…

CECILE DUFLOT

Et donc quand elle a dit ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous voudriez…

CECILE DUFLOT

En tout cas le tollé…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Mais…

CECILE DUFLOT

Que Eva a déclenché sur cette question là était intéressant parce

qu’il montrait qu’on n’ose pas se poser la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais vous êtes d’accord avec ce qu’elle a dit ? Vous êtes d’accord

pour un nouveau 14 juillet avec un défilé qui ne serait plus militaire ?

CECILE DUFLOT

Moi je pense qu’on peut… et d’ailleurs c’est ce qu’a fait la

République quand elle a inventé le 14 juillet, ça n’existait pas avant, je

pense que l’histoire évolue, on peut aussi inventer des nouvelles histoires

et que le défilé militaire il ne date pas de la Révolution, il date de 1870…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc…

CECILE DUFLOT

Au moment…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc, Cécile DUFLOT allez jusqu’au bout.

CECILE DUFLOT

Au moment, Monsieur BOURDIN, où il fallait mobiliser tout le

monde après la défaite face à l’Allemagne pour essayer de resserrer les

rangs, ce qui a donné les millions de morts de la Première guerre

mondiale. Et on a le droit…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc, il faut aller jusqu’au bout ?

CECILE DUFLOT

Non ! Non, non, moi je veux qu’on pose ce débat là et qu’on se

dise qu’en 2012 on peut avoir… trouvé des nouveaux moments d’unité

nationale, de rassemblement, et moi j’ai bien aimé…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc un défilé du 14 juillet qui ne soit pas uniquement militaire, on

est d’accord ?

CECILE DUFLOT

Exactement ! Parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Parce que ce n’est pas obligatoire de considérer que l’unité d’un

pays se fait uniquement autour de son armée. Mais moi je respecte les

militaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais qui pourrait défiler alors ?

CECILE DUFLOT

Je respecte ceux…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Qui pourrait défiler alors, qui pourrait ?

CECILE DUFLOT

Et d’ailleurs je vais vous dire une chose intéressante, c’est que

c’est avec les militaires et avec un certain nombre de militaires que j’ai eu

les discussions les plus intéressantes, il se trouve que mon beau-père est

un ancien parachutiste qui a vraiment fait la guerre, qui a été détenu à

Dien Bien Phu, et c’est avec lui que j’ai eu des discussions très

intéressantes sur ces questions là, sur le fait que les militaires eux-mêmes

sont tout à fait capables de pouvoir penser que l’unité d’un pays ne se fait

pas exclusivement autour de l’armée. Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien ! Revenons sur votre éventuelle participation au

gouvernement. Vous souhaiteriez pour Europe Ecologie – Les Verts, vous

ou quelqu’un d’autre, un ministère qui ressemble à celui de Nathalie

KOSCIUSKO-MORIZET…

CECILE DUFLOT

Alors…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Au moins ?

CECILE DUFLOT

Je vais vous expliquer…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Au moins.

CECILE DUFLOT

Pour le coup ce que ça veut dire faire de la politique…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

Moi je fais partie de ceux qui ont… qui étaient un petit peu

étonnés, on va dire les choses franchement, par le fait que ce soit Nicolas

SARKOZY qui lance le Grenelle de l’environnement, mais qui a un

moment…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Etonnés et ravis !

CECILE DUFLOT

Euh !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eh bien dites-le !

CECILE DUFLOT

Non ! Pas ravis, quand…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Si vous êtes ravie, il faut le dire.

CECILE DUFLOT

Non ! Quand on est écologiste et qu’on voit effectivement à quel

point ça a été difficile pour Dominique VOYNET, seul ministre dans un

gouvernement de Gauche plurielle, de faire avancer un certain nombre de

choses, il y avait un petit moment de déception, oui de voir que c’était la

Droite et le président SARKOZY qui faisaient avancer des choses. Du

coup, on est passés à une autre étape…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

CECILE DUFLOT

L’étape d’après ça été la trahison absolue, l’environnement ça

commence à bien faire, le démolissage des conclusions du Grenelle, cela

ça été très triste. En même temps on ne peut pas, maintenant, faire

marche arrière, considérer que l‘environnement c’est une question qui,

comme dans les années 80 – 90, se cantonne à part, on sait très bien

aujourd’hui que la transition écologique ça veut dire s’attaquer à beaucoup

de chantiers simultanément, et je vais vous dire une chose ça n’est pas

pour faire plaisir ou pas plaisir aux écologistes, engager la transition

écologique ça se fait dans d’autres pays européens, c’est une nécessité

par rapport à la réalité actuelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc un ministère au moins aussi large que celui de Nathalie

KOSCIUSKO MORIZET ?

CECILE DUFLOT

C’est marrant ! En fait, Monsieur BOURDIN, vous êtes vachement

plus politicien que moi finalement ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Je ne suis pas politicien, je vous pose des questions moi.

CECILE DUFLOT

Je… Je… Non ! Je dis qu’on ne peut plus reculer…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Mais, Cécile DUFLOT, vous êtes extraordinaire…

CECILE DUFLOT

Non ! Je ne…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Moi je pose des questions et, vous, vous répondez ou pas…

CECILE DUFLOT

Non ! Vous posez des questions sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous choisissez.

CECILE DUFLOT

Alors c’est vous, c’est machine, c’est truc, c’est quoi, enfin…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je vous pose la question : est-ce un ministère qui doit être aussi

large et élargi que celui de Nathalie KOSCIUSKO MORIZET ?

CECILE DUFLOT

En tout cas, ce que je vous réponds, c’est qu’on ne peut pas faire

marche arrière par rapport à ce qui a…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc, on ne peut pas faire moins ?

CECILE DUFLOT

Mais ce n’est pas pour Cécile DUFLOT ou pour je ne sais pas

qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais non ! Mais on est d’accord.

CECILE DUFLOT

C’est un point de vue politique, c’est qu’on ne…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Eh bien voilà ! Alors…

CECILE DUFLOT

C’est qu’il y a eu des trahisons de la part de Nicolas SARKOZY,

mais il y avait eu de vraies avancées auparavant qui étaient de considérer

aujourd’hui qu’on ne peut pas se dégager de la réalité de la crise

écologique. Et que c’est aussi comme ça qu’on répond à la question du

chômage, que quand Eva JOLY a dit la campagne électorale, quand les

écologistes expliquent qu’engager la transition énergétique c’est créateur

d’emplois, créateur d’emplois comme en Allemagne, ce n’est pas

simplement un voeu pieu, c’est une réalité dans d’autres pays, Que quand

on va avoir un vrai programme d’isolation des logements, qu’aux

organismes d’HLM plutôt que faire – comme l’a fait Nicolas SARKOZY – de

leur piquer une partie de leur argent pour les faire rentrer dans les caisses

de l’Etat, on dit : « Maintenant, votre obligation, c’est de faire diviser par

deux les charges des locataires de tous les logements HLM », ça c’est un

vrai acte politique mais ça montre bien que la question de la transition

écologique, elle porte sur le logement. Elle ne porte pas, en l’occurrence

quand j’en parle là, elle ne porte pas sur la question de l’environnement

même s’il est extrêmement essentiel de s’intéresser par exemple à une

ressource qui est toujours menacée qui est la ressource en eau. Il se

trouve que ça fait quatre semaines qu’il pleut, donc ça c’est une bonne

chose parce que sinon, on risquait de vivre une des sécheresses les plus

graves qu’on ait connues depuis des dizaines d’années. Mais on sait

aujourd’hui que la ressource est menacée et qu’on ne peut pas vivre sans

une eau de qualité, même dans un pays aussi développé que le nôtre.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’ai une question précise. Faut-il abandonner le projet de l’aéroport

nantais de Notre-Dame-des-Landes ?

CECILE DUFLOT

Notre position sur cette question, elle est connue et vous voyez,

dans l’accord que nous avons passé avec le Parti socialiste, nous avons

constaté que nous étions en désaccord. Oui, je pense que oui : il faut…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce que vous pouvez participer à un gouvernement qui va

construire un aéroport ?

CECILE DUFLOT

Je vais vous expliquer. On a une histoire très concrète. Moi je

rends hommage aux grévistes de la faim qui ont fait plus de vingt-cinq

jours de grève de la faim, qui ont arrêté leur grève de la faim parce qu’il y

a eu un accord qui a été passé entre eux et les dirigeants des différentes

collectivités locales.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Suspension des expulsions des propriétaires, des expropriations.

CECILE DUFLOT

Sur la base des propos équilibrés et responsables de François

HOLLANDE. Et moi, je suis très heureuse qu’il ait trouvé une position qui

au moins permette de faire avancer le dialogue. Parce que la question qui

se pose sur cet aéroport, c’est dans un moment où on va devoir à la fois

faire des économies, choisir les investissements de l’Etat dont on sait que

les caisses sont quand même largement vides, est-ce que la priorité c’est

de détruire les terres agricoles pour construire un nouvel aéroport alors

qu’on peut moderniser si c’est nécessaire l’aéroport existant ? Les

écologistes ont une réponse, mais ont une réponse qui aussi va permettre

de faire avancer les choses sur le terrain de la conviction. Je suis bien

certaine, d’ailleurs la commission du Parti socialiste, la commission

agriculture du Parti socialiste du département a fait évoluer sa position.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais Cécile DUFLOT, comment pourriez-vous participer à un

gouvernement par exemple dirigé par Jean-Marc AYRAULT qui est

favorable, qui est plus que favorable à la construction de cet aéroport ?

CECILE DUFLOT

Mais je vais vous mettre tranquille. S’il fallait que les socialistes

deviennent écologistes pour qu’on puisse travailler ensemble, là je pense

qu’on pourra attendre quelques années. Donc le principe que nous avons

choisi, c’est de dire : « On ne peut pas attendre que tout le monde soit

d’accord avec les écologistes, sinon on ne fera jamais rien. » Simplement,

on veut faire en sorte de faire avancer un certain nombre de projets par à

la fois la conviction, par aussi le moment où les électeurs font le choix.

Quand les électeurs aux régionales ont voté pour les candidats

écologistes, pour les listes écologistes dont celle que je conduisais en Ilede-

France, je peux vous dire que depuis deux ans ça a fait changer les

choses dans une relative discrétion mais au quotidien. C’est-à-dire que

dans le dialogue aussi avec les socialistes et avec les autres partis de

gauche, on fait avancer certains sujets parce que je pense que les

écologistes ont de bons arguments et peuvent apporter au débat et

apporter des solutions. On prend ça sur un mode qui peut être de temps

en temps un peu brutal.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Conflictuel.

CECILE DUFLOT

Conflictuel, ce n’est pas grave, mais qui la plupart du temps est

une démarche qui est une démarche de conviction. Les écologistes ont eu

raison sur le constat, sur la crise écologique. Maintenant, ils sont prêts à

passer à l’action et à démontrer que leurs solutions sont pertinentes.

 

· Jean-Claude MAILLY, Secrétaire général de Force Ouvrière

France 2, Les 4 vérités – 07h50

ROLAND SICARD

C’est aujourd’hui le dernier conseil des ministres de Nicolas

SARKOZY. Quel bilan vous tirez de ce quinquennat ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ecoutez, sur le plan social il y a eu quelques contre-réformes que

nous avons fortement contestées, que nous contestons toujours d’ailleurs.

Exemple : celle sur les retraites de 2010, ou les réformes sur la

représentativité où on aurait souhaité faire autrement. Ceci étant, il y a eu

une période où le dialogue a été assez nourri ; ça ne veut pas dire que les

résultats étaient là mais…

ROLAND SICARD

Au début.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. Il n’avait pas été encore été investi président de la République

qu’il avait déjà reçu tout le monde. Ça aurait été en ce moment, par

exemple.

ROLAND SICARD

Ce qui n’est pas le cas de François HOLLANDE.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Pas encore. Ça viendra peut-être, mais pas encore. Donc il y a eu

du dialogue social nourri mais à la fin, ça a été un peu hard quand même,

y compris quand il a lancé des anathèmes contre les syndicats considérés

comme corps intermédiaires. Il y a eu une tension entre lui et les

organisations syndicales à la fin, y compris dans le verbe dans la

campagne qui était assez forte.

ROLAND SICARD

Est-ce qu’il s’est fait des ennemis des syndicats à la fin ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ecoutez, vous savez…

ROLAND SICARD

Est-ce que ça a pu jouer dans le déroulement de la campagne ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Je ne sais pas si ça a pu jouer sur le vote des citoyennes et des

citoyens, mais il est clair que s’il avait été réélu, il aurait fallu recoller les

morceaux et ça n’aurait pas été simple quand même, compte tenu de la

dernière période.

ROLAND SICARD

Un syndicat, la CGT, avait donné une consigne de vote.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, mais ça c’est leur responsabilité.

ROLAND SICARD

Contre Nicolas SARKOZY.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, c’est leur responsabilité. Moi je ne considère pas que c’est du

rôle du mouvement syndical. Si on veut être libre aujourd’hui face à un

nouveau président, à un nouveau gouvernement, il a fallu être libre

pendant la campagne. Moi je me sens, en tant que secrétaire général de

FO, complètement libre face au nouveau gouvernement puisqu’on n’a pas

donné de consigne de vote. Le rôle d’un syndicat en démocratie, c’est

d’être indépendant.

ROLAND SICARD

Vous disiez que François HOLLANDE ne vous a pas encore

consulté. Vous le regrettez ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ecoutez, non.

ROLAND SICARD

Ça vous aurait paru normal ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ça aurait pu se faire ou ça pourrait se faire rapidement. Vous

savez que moi, je commence à vieillir. Je me souviens qu’en 81, quand

MITTERRAND avait été élu, il y avait eu comme une antenne

présidentielle qui s’était mis en place avant la formation du gouvernement

pour avoir des premiers contacts non pas avec le président

obligatoirement mais avec l’entourage. Je pense que ça va venir.

ROLAND SICARD

Mais pourquoi il ne le fait pas, là ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ça, c’est à lui qu’il faut poser la question. Ça, je n’en sais rien. Je

pense qu’il y a eu beaucoup de contacts diplomatiques, si j’ai bien

compris, depuis deux jours. Bon, eh bien viendra un moment où il y aura

le contact avec les organisations syndicales et patronales d’ailleurs. Je

pense que le plus rapide sera le mieux.

ROLAND SICARD

Est-ce qu’il y a eu des contacts avec le MEDEF en revanche ?

entre vous et le MEDEF ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. Moi j’ai vu madame PARISOT il n’y a pas très longtemps mais

ça fait partie des contacts réguliers que nous avons pour faire le point sur

les dossiers parce qu’on a toute une série de négociations en cours et qui

vont se poursuivre d’ailleurs. On a un agenda social avec le patronat,

donc cet agenda va se poursuivre.

ROLAND SICARD

Sur quels dossiers justement ça peut être difficile ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Il y a un premier dossier qu’on va avoir avec le gouvernement :

c’est celui des retraites par exemple.

ROLAND SICARD

Alors ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

François HOLLANDE a pris l’engagement pendant la campagne

qu’il rétablirait le droit à partir à 60 ans pour ceux qui auront la durée de

cotisation. Alors nous, notre revendication elle est beaucoup plus large

que ça, bien entendu, mais dans un premier temps est-ce que le départ à

60 ans sera uniquement sur les périodes réellement travaillées, ce qu’on

appelle les périodes cotisées ? ou est-ce que ce sera sur les périodes

cotisées et validées ? La différence est de taille. Nous, nous demandons

cotisées et validées.

ROLAND SICARD

Prenez un exemple précis.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui. Par exemple, quelqu’un qui a été au chômage, si c’est des

périodes cotisées, la période de chômage ne sera pas prise en

considération. Une femme dans le secteur privé qui a eu un enfant, qui a

le droit à deux ans de validation : si c’est cotisé, ce ne sera pas pris en

compte. Quelqu’un qui aurait été en congé parental d’éducation ;

quelqu’un qui aura été malade plus d’un an ou en accident du travail plus

d’un an : toutes ces périodes-là sauteraient, ça veut dire que le champ

serait très restreint. Donc est-ce que ce sera du cotisé – auquel cas, on ne

sera pas satisfait – ou est-ce que ce sera du cotisé ou du validé, ce que

nous demandons ?

ROLAND SICARD

Est-ce que vous diriez qu’il y a une ambiguïté, là, chez François

HOLLANDE ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

L’ambigüit. a été un peu levée la semaine dernière mais pas dans

le bon sens, puisque je l’ai entendu dire la semaine dernière – il n’était

pas encore élu – que ce serait du cotisé puis on verrait plus tard pour le

validé. Non ! C’est maintenant qu’il faut décider. C’est un décret, c’est

quelque chose qui va se décider très rapidement.

ROLAND SICARDIl a annoncé un coup de pouce sur le SMIC. Ça vous paraît

suffisant ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Un coup de pouce, il n’y en a pas eu depuis six ans. Alors qu’il y

ait un coup de pouce, après on discutera. C’est le gouvernement qui

décide. Mais ce n’est pas que le SMIC. Nous, on a une revendication qui

sera progressive, mais il faut qu’il y ait un coup de pouce mais il faut

aussi, et je le demanderai, que le gouvernement réunisse très rapidement

les branches là où il y a des premiers niveaux de salaire inférieurs au

SMIC. Ça existe dans beaucoup de branches aujourd’hui. Donc le

gouvernement peut réunir ce qu’on appelle des commissions mixtes

paritaires pour que dès l’augmentation du SMIC, il y ait des négociations

dans toutes les branches. Ça, c’est une demande que je formulerai, bien

entendu.

ROLAND SICARD

On a beaucoup parlé pendant la campagne de plans sociaux

cachés et qui seraient révélés après l’élection. Est-ce que vous pensez

que c’est réel ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, je pense que c’est réel. Je ne peux pas vous donner un timing

mais on sait que dans le secteur de la métallurgie, il y a des plans sociaux

qui peuvent arriver, dans le secteur du commerce, dans le secteur

financier. Donc il y a effectivement des risques de plans sociaux

importants qui risquent, dans les semaines à venir, de sortir. C’est lié

aussi pas obligatoirement à la campagne électorale. C’est lié aussi au fait

qu’on est en quasi récession. On est proche de la croissance zéro. Ça a

obligatoirement des effets sur l’emploi dans les grandes entreprises et

aussi dans la sous-traitance. Ça, ce sera un des dossiers lourds

également.

ROLAND SICARD

Alors autre dossier : le salaire des patrons. François HOLLANDE a

dit qu’il ferait un écart de un à vingt dans le public. Ça vous paraît

suffisant ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

C’est une revendication qu’on a au niveau européen qui est de

limiter l’écart entre le plus bas salaire et le plus haut salaire de un à vingt.

Donc ça, s’il y a une décision dans ce sens, ça va dans le bon sens – en

tous les cas, pour les entreprises publiques, c’est ce qu’il a annoncé, donc

on verra la décision. Mais ça, ça va plutôt dans le bon sens.

ROLAND SICARD

Mais ça peut être difficile parce qu’il y a des entreprises où l’Etat

n’est qu’actionnaire.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui mais ça – alors, je ne sais pas comment ils vont faire les

choses, parce que là où l’actionnaire majoritaire, où là l’Etat est en

situation de décider ou pas. Je prends un exemple : AREVA, où

l’actionnaire est majoritaire. Donc ça peut être, ça peut faire partie des

réductions des inégalités qui sont nécessaires dans notre pays.

ROLAND SICARD

Et dans le privé ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ah, dans le privé c’est un peu plus difficile pour l’Etat de décider

mais vous savez, il y a à la fois le salaire et puis il y a tout le reste. Il y a

les bonus, il y a les stock-options, ça fait parfois beaucoup plus élevé pour

un patron – rappelez-vous dernièrement monsieur LEVY par exemple, ce

qu’il a pu toucher en bonus.

ROLAND SICARD

Maurice LEVY.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, Maurice LEVY. Donc il n’y a pas que le salaire, il y a aussi

tout le reste.

ROLAND SICARD

Alors on parlait de la compétitivité des entreprises tout à l’heure.

Laurence PARISOT est inquiète. Est-ce que vous aussi vous êtes inquiet

de ce point de vue là ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Non, je ne suis pas particulièrement inquiet.

ROLAND SICARD

Est-ce qu’il y aura un problème de coût du salaire ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Ah non, écoutez. Moi j’ai déjà expliqué – je n’ai pas changé de

position avant et après l’élection. Vous savez que le président, monsieur

SARKOZY, avait annoncé et avait voulu qu’on négocie sur des accords

compétitivité emploi. C’est une négociation qui a démarré. Moi je l’ai dit :

nous ne rentrerons pas, Force Ouvrière, dans cette démarche. Si on

commence à…

ROLAND SICARD

Cet accord-là, ça veut dire que si on se met d’accord dans une

entreprise, ça prévaut sur la loi.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, ça prévaut sur la loi mais c’est travailler…

ROLAND SICARD

Vous êtes contre ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Bien sûr ! C’est rentrer dans une logique économique qui est une

logique fausse. On rejoint d’ailleurs le débat qui va avoir lieu très

rapidement au niveau européen. Est-ce qu’il faut faire – moi je pense qu’il

faut renégocier complètement les traités. Si on veut casser la logique

d’austérité, il ne faut pas simplement faire : « On va faire un petit ajout

avec de la croissance », ce n’est pas suffisant.

ROLAND SICARD

Vous pensez que François HOLLANDE le fera comme il a dit ?

JEAN-CLAUDE MAILLY

Je ne sais pas. Est-ce qu’il fera une renégociation ? Est-ce qu’il

fera un ajout avec madame MERKEL ?

ROLAND SICARD

Les Allemands continuent à dire non.

JEAN-CLAUDE MAILLY

Oui, ils continuent à dire non. Eh bien, à nous de taper du poing

sur la table. Vous voyez bien ce qui se passe en Grèce, vous voyez bien

ce qui se passe au Portugal, ce qui se passe en Italie. Si on ne sort pas

de cette logique d’austérité, ce qui suppose de renégocier complètement

les traités, on va dans le mur en France comme ailleurs : on va dans le

mur. Donc ça, ça va être un des points-clé. Vous savez, l’état de grâce –

je crois que je ne suis pas le seul à le dire, je crois que même monsieur

SAPIN l’a dit – mais en fait il dure, il a duré le 6 mai au soir parce que

l’ampleur des dossiers, l’ampleur de la crise, y compris les dossiers qui

arrivent dont le dossier européen, font que c’est tout de suite sur des

dossiers lourds que ça va porter.

lleurs : on va dans le

mur. Donc ça, ça va être un des points-clé. Vous savez, l’état de grâce –

je crois que je ne suis pas le seul à le dire, je crois que même monsieur

SAPIN l’a dit – mais en fait il dure, il a duré le 6 mai au soir parce que

l’ampleur des dossiers, l’ampleur de la crise, y compris les dossiers qui

arrivent dont le dossier européen, font que c’est tout de suite sur des

dossiers lourds que ça va porter.

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