Alain JUPPE
Europe 1, L’interview politique – 08h20
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Après 5 années à l’Elysée on va guetter tout à l’heure les visages
et je suppose les ultimes formules, c’est l’alternance et l’émotion, qu’estce
qui va prédominer quand vous serez entre vous ?
ALAIN JUPPÉ
L’émotion bien sûr, une forme de tristesse, mais aussi le message
que nous adresserons tous je pense à Nicolas SARKOZY qui sera un
message de gratitude. Parce qu’il aura été un grand président, il ne faudra
pas beaucoup de temps d’ailleurs pour qu’on le reconnaisse, il aura
protégé la France et les Français dans une période exceptionnellement
difficile, il aura surtout mené à bien une série de réformes très profondes
qui ont vraiment modernisé la France et, donc, je pense que c’est un
grand merci que nous lui dirons.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et combien de temps faut-il pour se remettre d’une émotion, de ce
que vous avez appelé une défaite dans l’honneur ?
ALAIN JUPPÉ
On serait très vite, vous savez Jean-Pierre ELKABBACH, on
remonte sur le cheval – c’est ce que fait l’UMP aujourd’hui – et nos 577
candidats sont déjà au travail dans toutes les circonscriptions législatives.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et s’il y avait un testament politique de Nicolas SARKOZY
président de la République, quel serait-il ?
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Je crois qu’il l’a délivré, si je puis dire, dimanche soir avec
beaucoup de dignité. Je crois que ce qui restera essentiellement de ce
message c’est la nécessité pour la France de tenir son rang, d’être à la
hauteur de son histoire, d’être en initiative sur la scène internationale, et
puis c’est aussi un message adressé aux Français : rien ne se fera sans
effort, rien ne se fera sans travail, rien ne se fera sans reconnaissance du
mérite, c’était un message fort.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pensez que l’histoire dira que Nicolas SARKOZY
est en train de réussir mieux son départ que son arrivée ?
ALAIN JUPPÉ
Je ne sais pas ! Je ne suis pas l’histoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, devant l’Arc de triomphe…
ALAIN JUPPÉ
En tout cas, il réussit son départ.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les 2 combattants ont offert un moment plutôt sincère
d’apaisement et de réconciliation, comme si la France était en effet plus
grande que nous tous et qu’eux-mêmes, vous étiez là, qu’est-ce que vous
avez ressenti ?
ALAIN JUPPÉ
Bien sûr ! Eh bien vous savez la France est une démocratie solide,
avec des institutions solides. C’était effectivement très émouvant, d’abord
parce qu’à l’Arc de triomphe, sous le drapeau tricolore, devant la flamme
du Soldat inconnu, c’est toujours très émouvant et je crois que les
responsables politiques – à commencer par Nicolas SARKOZY et
François HOLLANDE – ont donné un bel exemple de respect des valeurs
républicaines.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez là il y a 17 ans, quand il y avait MITTERRAND et
CHIRAC…
ALAIN JUPPÉ
Oui ! C’est vrai, oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui.
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Eh bien j’étais un peu plus joyeux ce jour là.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le nouveau président de la République s’installe, jusqu’ici est-ce
que vous pensez qu’il a fait un sans faute et que la transition est en train
de réussir…
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Eh bien, écoutez, je considère…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A ce stade ?
ALAIN JUPPÉ
A ce stade, c’est un peu prématuré pour parler de réussite. On est
à J + combien ? 3 ! On va voir la mise en place du gouvernement, les
premières initiatives, il ne faut pas trop se précipiter, je sais qu’il y a un
très grand enthousiasme partout pour dire que c’est extraordinaire, on
jugera aux actes, pour l’instant il n’y a pas eu beaucoup d’actes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain JUPPE vous ne sera donc pas candidat à Bordeaux pour les
Législatives du mois de juin, sur place il parait que ça a créé un choc, si
ce n’est, ni un forfait, ni une désertion de votre part, qu’est-ce que c’est ?
ALAIN JUPPÉ
C’est un choix ! C’est un choix. J’ai bien reçu le message que les
Bordelais m’avaient d’ailleurs déjà adressé en 2007, ils souhaitent que je
me consacre à 1 mandat et pas à 2 et d’ailleurs, avec la victoire de
François HOLLANDE, c’est un peu bizarre de se présenter pour une
fonction qu’on sait qu’on ne pourra pas exercer puisqu’il y aura non cumul
des mandats, donc j’ai choisi d’emblée de me consacrer totalement à mon
mandat municipal. Je ne sais pas si vous avez vu ce petit reportage hier à
la télévision…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
J’ai vu ! J’ai vu.
ALAIN JUPPÉ
Bordeaux est aujourd’hui la ville de France la plus attractive,
notamment sur le marché immobilier, parce qu’on y a fait un travail
formidable, et j’ai bien l’intention de continuer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Ce qui était intéressant dans ce reportage c’est que
Bordeaux, dans le classement, passe juste devant Nantes.
ALAIN JUPPÉ
Enfin juste devant, oui, nous sommes numéro 1. Voilà !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C’est peut-être un signe pour Jean-Marc AYRAULT ! Et devant
Lyon et Paris.
Au passage, si Nicolas SARKOZY avait gagné et non le Parti
Socialiste, vous seriez resté à Bordeaux ou vous auriez été candidat à la
députation ?
ALAIN JUPPÉ
Je ne sais pas ! C’est une hypothèse qui ne s’est pas vérifiée,
donc je ne peux pas vous répondre aujourd’hui, ne refaisons pas l’histoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, et l’UMP que vous avez fondé en 2002, elle a besoin
apparemment qu’on s’occupe d’elle, vous avez même servi – d’après ce
qu’on nous dit – de sage, de médiateur entre Jean-François COPE et
François FILLON…
ALAIN JUPPÉ
Eh bien…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu’ils en sont là déjà…
ALAIN JUPPÉ
Vous savez ce n’est pas la première fois…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou encore ?
ALAIN JUPPÉ
Ce n’est pas la première fois que je ressens un profond décalage
entre le commentaire et la réalité – je ne parle pas de ce que vous dites,
Jean Pierre, bien sûr – mais j’étais hier, avant-hier plus exactement, lundi,
au siège de l’UMP et je n’ai absolument pas senti de menace, de fracture
et d’explosion, au contraire l’expression d’une volonté d’unité très forte et
de retour au combat, parce que, après tout, il est tout à fait possible que
nous gagnions ces élections législatives et c’est ça qui anime aujourd’hui
l’UMP autour de ses dirigeants et dans un esprit très collectif.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour Claude GUEANT, que je viens d’entendre, il serait préférable
que la majorité sortante reste la majorité pour appliquer plutôt son
programme – autrement dit la cohabitation – et vous venez d’exprimer le
même sentiment, ce n’est pas un rêve fou de la part de la majorité qui
s’en va ?
ALAIN JUPPÉ
Ce n’est jamais un rêve fou de se battre pour gagner, c’est même
le B.A BA en politique ! Et nous allons nous battre dans ces élections
législatives pour gagner, je vais, moi-même, aller soutenir un grand
nombre de candidats sur le terrain et nous sommes tous mobilisés dans
cet esprit.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on voit bien que le président François HOLLANDE va
réclamer – et c’est logique – pour sa propre majorité et pour appliquer son
programme une majorité absolue ou confortable, qu’est-ce qu’il resterait
de vos 310 députés ?
ALAIN JUPPÉ
Eh bien peut-être une majorité, Jean-Pierre.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Merci de m’appeler par mon prénom.
ALAIN JUPPÉ
Pardon ! Pardon.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain, hein, oui.
ALAIN JUPPÉ
Pardon de cette…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
François HOLLANDE est…
ALAIN JUPPÉ
Je déroge à mes habitudes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà !
ALAIN JUPPÉ
C’est peut-être l’émotion vous savez.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Oui, oui. François HOLLANDE…
ALAIN JUPPÉ
… un peu particulière.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C’est peut-être un jour d’émotion, effectivement…
ALAIN JUPPÉ
Voilà !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça se traduit comme ça.
Mais François HOLLANDE est arrivé en tête dans 333
circonscriptions, Nicolas SARKOZY dans 244, la majorité est de 289,
autrement dit avant la campagne le PS a déjà la majorité de députés ?
ALAIN JUPPÉ
Ah ! Non, non, non. Avant la campagne il n’a pas la majorité de
députés, il l’aura peut-être après la campagne, mais on ne peut pas
anticiper sur le vote et vous savez très bien que dans un vote législatif les
personnalités comptent, on ne voter plus pour HOLLANDE et SARKOZY
mais pour des candidats dans chacune des circonscriptions et ça peut
changer complètement les données des problèmes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous considérez…
ALAIN JUPPÉ
Je rappelle d’ailleurs que… Voilà ! 48 virgule je ne sais plus
combien, 5, ou un petit peu plus, et 51,5, donc la marge n’est pas
considérable.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain JUPPE, pour vous est-ce que François BAYROU est dans la
majorité présidentielle de François HOLLANDE ?
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Moi je suis un être simple, quand on vote pour HOLLANDE,
on est avec HOLLANDE.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc l’UMP va lui opposer à Bordeaux… Euh ! A Pau, à Pau, à
Pau, un bon candidat pour l’empêcher d’être élu…
ALAIN JUPPÉ
Eh bien la commission d’investiture…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comme une punition quoi ?
ALAIN JUPPÉ
Mais pourquoi ça serait une punition ? Si c’est le cas, si c’est ce
que décide la commission d’investiture, ça sera une clarification, il y a des
moments où il faut être clair et conforme à ses déclarations.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors est-ce que vous craignez sur le plan international un rebond,
un redémarrage de la crise en Europe à cause de l’état de la Grèce, on dit
qu’elle pourrait quitter même la Zone Euro ?
ALAIN JUPPÉ
Oui ! La situation est extrêmement difficile, extrêmement tendue.
Les résultats des élections en Grèce ont montré un recul très fort des « 2
parties de gouvernement », entre guillemets, et une progression des
extrêmes, et donc c’est extrêmement préoccupant, il va falloir suivre au
jour le jour l’évolution de la Grèce. Je rappelle que l’Espagne n’est pas
tirée d’affaires non plus et que l’Italie a également des problèmes, donc la
Zone Euro est dans une situation très difficile et toute remise en cause
des traités qui ont été si difficilement négociés et signés à la fin du mois
de janvier risquerait de provoquer des turbulences difficilement
contrôlables, c’est d’ailleurs le message que la Chancelière MERKEL a
adressé dès hier, elle ne renégociera pas ce traité.
Alors je vois qu’on nous dit aujourd’hui croissance, croissance,
mais on découvre l’Amérique si je puis dire à nouveau, la croissance elle
est à l’ordre du jour depuis des mois – et d’ailleurs Monsieur VON
ROMPUY…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais plus seulement l’austérité ?
ALAIN JUPPÉ
Non ! Non, mais jamais seulement l’austérité. Dans le traité, je ne
veux pas revenir sur l’analyse de ce traité, dans l’un des deux traités qui a
été signés il y a un chapitre entier sur la croissance et Monsieur VON
ROMPUY vient de convoquer un conseil européen extraordinaire pour
examiner les propositions de soutien à la croissance qui ont été élaborées
par la Commission depuis plusieurs mois à la demande des 27.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les mois de mai et de juin seront sans arrêt consacrés à
l’international… Pardon ! Quels seront les dossiers les plus brûlants et les
plus dangereux et qu’est-ce que vous allez dire bientôt, dans 5 jour, à
votre successeur au Quai d’Orsay ?
ALAIN JUPPÉ
Eh bien, écoutez, je lui transmettrai, conformément à la tradition
républicaine le flambeau et les dossiers. Pour moi, il y a 2 rendez-vous
majeurs : celui de l’OTAN à Chicago le 20 et le 21, on parlera de
l’Afghanistan et notamment du calendrier de retrait des groupes, mais
aussi de l’avenir de l’Alliance ; et puis le deuxième rendez-vous majeur,
on vient de l’évoquer, c’est évidemment le Conseil européen et l’adoption
de mesures, comme nous l’avons souhaité depuis des mois, de soutien à
la croissance, parce qu’il faut avancer sur 2 pieds, la stabilité mais aussi la
croissance .
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous lui direz bonne chance pour la France ?
BRUCE TOUSSAINT
Merci !
ALAIN JUPPÉ
Bonne chance ! Je souhaite que la France réussisse.
Gérard LONGUET
France Inter, L’invité d’Inter – 07h50
PASCALE CLARK
Vous étiez à l’Arc de Triomphe hier pour les cérémonies du 8 mai,
vous avez apprécié cet esprit républicain à deux têtes ?
GERARD LONGUET
Totalement et compte tenu de l’enjeu qui est la commémoration de
la capitulation nazie, il était bon que la France se retrouve et que la
République, après l’élection, soit en effet une République apaisée. Il y a
des rendez-vous internationaux majeurs pour notre pays, comme ministre
de la Défense j’en parle d’expérience, notamment l’Afghanistan et nous
avons besoin de Français qui se parlent.
PASCALE CLARK
Comment vous est apparu Nicolas SARKOZY ? Abattu ?
GERARD LONGUET
Apaisé !
PASCALE CLARK
Apaisé par la défaite alors.
GERARD LONGUET
Apaisé par le sentiment d’avoir un mandat de responsabilités où il
a donné, je le pense profondément, tout ce qu’il pouvait apporter en terme
d’énergie et en terme d’initiatives, il n’a pas été suivi par les électeurs, il
est parti d’assez bas dans les sondages, il est arrivé très haut dans les
résultats, il n’a pas eu la majorité, il n’a, à aucun moment dans cette
campagne démérité ou déçu ses partisans, votre serviteur au premier
rang.
PASCALE CLARK
A-t-il perdu, Nicolas SARKOZY, à cause de la droitisation de sa
campagne ?
GERARD LONGUET
Je ne le pense pas profondément, je pense que nous avons en
Europe de l’ouest des gouvernements en responsabilité qui affrontent une
crise considérable et cette crise les épuise. Nous avons en France une
particularité, vous l’avez évoquée d’ailleurs, trois victoires successives de
la droite, pour un électeur de moins de 40 ans, toujours un président de
droite, il y a un phénomène d’usure dont malheureusement Nicolas
SARKOZY porte en quelque sorte la facture alors qu’il n’a fait évidemment
qu’exercer ses responsabilités pendant cinq ans dans une période
extraordinairement difficile. Je crois que c’est profondément ces deux
raisons qui expliquent cela. La crise et trois victoires successives, la
quatrième était difficile.
PASCALE CLARK
Vous êtes au maximum de l’autocritique là ?
GERARD LONGUET
Le temps de l’analyse plus exactement viendra, on a un pays qui
est confronté à un rendez-vous majeur qui est celui de, comme d’ailleurs
tous les pays des 17 pays de l’euro, sauver l’euro. Nous avons à réfléchir,
moi ce qui m’intéresse c’est de me projeter dans l’avenir. Comment
sauver l’euro, comment sauver justement le 8 mai, cette formidable
réussite qu’est la construction européenne et dont l’aboutissement est une
monnaie commune, une économie commune et je le pense profondément,
une société de convergence.
PASCALE CLARK
Gérard LONGUET pas de droitisation de la campagne, pas de clin
d’oeil envoyé au Front National entre les deux tours ?
GERARD LONGUET
Mais il y a des sujets dans la société française dont le Front
National a fait évidemment ses choux gras, je pense à la sécurité en
particulier, mais ce sont des sujets que tout gouvernement a le devoir de
traiter et que tout candidat a le devoir d’évoquer. Je constate d’ailleurs
que les deux candidats ont évoqué ces sujets parce que ce sont des
sujets de la société, ce ne sont pas des propriétés de telle ou telle famille
politique, ce sont des sujets de la société.
PASCALE CLARK
C’est allé bien au-delà.
GERARD LONGUET
Non, non, vous avez de vrais sujets de société dans notre pays qui
sont liés par exemple à la place du travail par rapport à la solidarité ou à
l’assistanat. Nous avons l’ouverture de la France dans le monde, nous
avons quelles frontières accepter, le thème de la frontière qui est un
thème qui a été mis, réactualisé par Régis DEBRE, à tout seigneur tout
honneur, est un thème qui mérite d’être débattu, moi je pense que le
monde est ouvert et que s’il y a une frontière elle est aux limites de
l’Europe elle n’est certainement pas aux limites de la France.
PASCALE CLARK
Vous aviez vous-mêmes contribué Gérard LONGUET entre les
deux tours à envoyer des signaux au FN, vous regrettez cette interview
dans MINUTE ?
GERARD LONGUET
Je ne regrette pas l’interview à MINUTE pour deux raisons. La
première : d’abord il faut la lire complètement et ce que je dis sur le Front
National c’est de marquer une différence notamment sur ces thèmes
d’avenir que sont la construction européenne et la réussite de l’euro. Je
pense que Marine LE PEN a perdu ses chances en proposant de sortir de
l’Europe et en proposant de sortir de l’euro. C’était une erreur manifeste.
Mais je voudrais simplement vous dire…
PASCALE CLARK
Et vous est-ce que vous avez commis une erreur ?
GERARD LONGUET
Je pense qu’on ne commet jamais une erreur en indiquant la
réalité des faits. En revanche…
PASCALE CLARK
La réalité des faits c’est qu’elle est devenue, Marine LE PEN, une
interlocutrice.
GERARD LONGUET
Non, une interlocutrice, forcément vous l’inviterez vous-même
j’imagine à un moment ou à un autre, donc je ne vois pas pourquoi…
PASCALE CLARK
Oui mais nous nous posons des questions, en politique il y a des
éventuelles alliances…
GERARD LONGUET
On a le droit de poser des questions… non, d’alliance ce n’est pas
le sujet…
PASCALE CLARK
Jamais question ?
GERARD LONGUET
Ce n’est pas le sujet, il n’a jamais été évoqué. En revanche, quand
18% des Français expriment un vote, nous avons le devoir, à gauche
comme à droite, de nous poser les questions des raisons de ce vote. Et
se refuser de se poser les questions, c’est assurément mépriser ces
électeurs-là. Je m’interroge sur les électeurs de MELENCHON, je me
pose la question de savoir pourquoi il y a toujours deux candidats
trotskistes, je voudrais qu’on explique un jour pourquoi il y en a deux et
pourquoi pas un seul. Eh bien c’est le devoir absolu d’un citoyen de se
poser les questions sur les autres citoyens.
PASCALE CLARK
Quand même Gérard LONGUET, accorder une interview à
MINUTE entre les deux tours, c’est envoyer un signal, est-ce que Nicolas
SARKOZY était au courant ? Vous l’aviez prévenu par exemple ?
GERARD LONGUET
Pas du tout, c’est proprio motu, je considère que je suis majeur et
vacciné et si un journal me dit : je souhaite prendre position contre
François HOLLANDE, acceptez-vous de répondre à mes questions ? J’ai
pris mes responsabilités, j’ai accepté de répondre à MINUTE dont
j’ignorais d’ailleurs même l’existence parce que pour moi MINUTE c’est
les années…
PASCALE CLARK
Vous ne connaissez pas MINUTE ?
GERARD LONGUET
Attendez, MINUTE pour moi c’est les années 60, nous sommes en
2012.
PASCALE CLARK
Mais à l’époque vous connaissiez bien.
GERARD LONGUET
Oui je l’ai lu beaucoup quand j’avais 15 ans en effet madame, mais
c’était il y a 50 ans quand j’avais 15 ans.
PASCALE CLARK
Gérard LONGUET pour les législatives en cas de duel FN – PS au
second tour, que préconisez-vous ?
GERARD LONGUET
D’arriver en tête, d’être…
PASCALE CLARK
Non, non, d’accord, mais si ça se pose…
GERARD LONGUET
C’est exactement cela, d’arriver en tête parce que pourquoi voulezvous
que je m’enferme…
PASCALE CLARK
C’est une non réponse.
GERARD LONGUET
Pourquoi voulez-vous que je m’enferme dans la réponse, dans une
réponse que nous pouvons éviter si nous avons en effet, un UMP qui est
premier ou second et à ce moment-là je renverrai la question au Parti
socialiste et je suis persuadé que vous aurez à coeur de poser au Parti
socialiste la même question car je vous rappelle…
PASCALE CLARK
Donc vous ne répondez pas, vous ne choisissez pas ?
GERARD LONGUET
…j’ai une singularité, c’est qu’en 1997 j’ai été battu à la demande
de Jean-Marie LE PEN parce que j’avais dénoncé sa supercherie qui était
en 92 l’alliance socialiste et Front National pour tenir la région lorraine,
merci de le rappeler.
PASCALE CLARK
En 2012 vous ne choisissez pas ?
GERARD LONGUET
En 2012 le moment venu, je m’exprimerai. Mais le moment n’est
pas venu, le moment ce sera à la veille du deuxième tour des législatives.
PASCALE CLARK
Donc vous ne le dites pas aujourd’hui. En sortant du studio vous
allez vous dirigez vers le dernier conseil des ministres, avez-vous préparé
un message, rapidement, un geste pour Nicolas SARKOZY ?
GERARD LONGUET
De reconnaissance et de gratitude. J’ai passé quand même
ministre de la Défense, les moments les plus passionnants de mon
existence politique et je lui suis très reconnaissant de m’avoir nommé et
surtout, d’avoir dirigé les armées avec dignité, courage, de les avoir
engagés avec succès en Libye et en Côte d’Ivoire.
Claude GUEANT
RTL, L’invité d’RTL – 07h50
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez participer tout à l’heure au dernier Conseil des
ministres, présidé par Nicolas SARKOZY. Quel est votre état d’esprit ?
CLAUDE GUEANT
C’est un moment particulièrement émouvant, bien entendu, parce
que le Conseil des ministres est le lieu où se prennent les grandes
décisions, où s’arrêtent les projets de loi, par exemple, et chaque Conseil
des ministres est émaillé, de la part du président, de considérations, tout à
fait passionnantes, d’ailleurs, sur sa vision du monde de la France, et ce
sera l’occasion de se remémorer tout ce qui a été fait, qui est
considérable, parce que depuis 5 ans, il y a eu énormément de réformes,
mais le mot réforme est un peu galvaudé et je préfèrerais dire
énormément de mesures d’adaptation au monde moderne, et je pense
que l’histoire en fera crédit à Nicolas SARKOZY.
JEAN-MICHEL APHATIE
Terminer sur un échec, c’est difficile ?
CLAUDE GUEANT
Eh bien, évidemment, d’autant que j’ai un rôle particulièrement
délicat, ce matin, puisque je vais avoir la tâche douloureuse de présenter
le résultat des élections présidentielles. C’est vrai, ceci dit le président a
fait une magnifique campagne, il faut savoir que par rapport au stock de
droite qui était rassemblé a premier tour, il a gagné 21 points entre les
deux tours, je crois que ça montre la pugnacité qui a été la sienne et sa
force de persuasion à l’égard de l’opinion.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c’est un échec, pourquoi cet échec Claude GUEANT ?
CLAUDE GUEANT
Mais c’est un échec, parce que c’est la règle démocratique comme
ça. Si vous voulez mon interprétation…
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c’est ce que je veux.
CLAUDE GUEANT
C’est que… Mon interprétation, c’est que, dans la crise, et nous ne
sommes pas sortis de la crise, et les Français ont vécu la crise, quand il y
a un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, un
gouvernement sortant ne peut pas gagner les élections, et c’est ce que
nous avons observé partout en Europe.
JEAN-MICHEL APHATIE
La personnalité de Nicolas SARKOZY est en cause, on l’a décrit
comme trop clivant, on a parlé d’erreur de comportement, d’un début de
quinquennat manqué. C’est aussi dans la facture, tout cela, Claude
GUEANT ?
CLAUDE GUEANT
C’est vrai que Nicolas SARKOZY est moins aimé, ou était moins
aimé, au moment de l’élection, qu’il ne l’était au début de son
quinquennat, lorsqu’il a été élu en 2007, c’est vrai qu’il a commis quelques
erreurs, les Français restent attachés à une conception très monarchique,
très formelle, du rôle du président de la République, c’est quelqu’un qui
est profondément moderne, qui a voulu dépoussiérer l’institution, vivre
comme les autres, se comporter comme les autres, et c’était sans doute
prématuré.
JEAN-MICHEL APHATIE
Depuis la défaite de dimanche soir, vous avez sans doute eu
l’occasion de parler avec Nicolas SARKOZY.
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Qu’est-ce qui l’emporte, chez lui ? La tristesse d’avoir perdu, une
forme de peur devant l’inactivité qui l’attend…
CLAUDE GUEANT
Non, je pense…
JEAN-MICHEL APHATIE
… de soulagement, disent certains ?
CLAUDE GUEANT
Non, je n’ai pas du tout cette impression de soulagement. Bon,
c’est vrai que je sens qu’il est triste, bien qu’il n’exprime pas de sentiment
de cette nature, mais je crois qu’il a le sentiment du devoir accompli, la
conviction de s’être bien battu, d’avoir porté ses idées, et par conséquent,
c’est une vraie sérénité qui l’habite.
JEAN-MICHEL APHATIE
Pas la peur du vide ?
CLAUDE GUEANT
Elle n’est pas perceptible.
JEAN-MICHEL APHATIE
Elle peut exister.
CLAUDE GUEANT
Elle peut exister, parce que c’est quelqu’un que je connais bien, il
accepte de se reposer trois jours, mais enfin, au bout de trois jours, il
bouillonne et il a envie de faire plein de choses. Ceci dit, il n’y a pas que la
politique dans la vie, il a dit qu’il prendrait du champ par rapport à la vie
politique, qu’il resterait partie de sa famille, mais sans chercher à
conquérir un autre mandat ni à jouer un rôle actif, et je pense qu’il y a bien
d’autres choses, voyager, lire, rencontrer des gens, parler, exercer un
métier peut-être, ça occupe son homme, ainsi.
JEAN-MICHEL APHATIE
Croyez-vous à un retrait temporaire ou définitif, de l’activité
politique pour Nicolas SARKOZY ?
CLAUDE GUEANT
Il a dit clairement qu’il resterait dans la famille, c’est-à-dire qu’il
participerait à des réunions, mais pas avant la rentrée, après l’été, mais
enfin il ne jouera pas de rôle actif. Je crois qu’il est absolument déterminé
à cet égard. Je le regrette pour ma part, mais c’est ainsi.
JEAN-MICHEL APHATIE
C’est-à-dire que, ce matin, Claude GUEANT, vous diriez plutôt que
Nicolas SARKOZY va se retirer à peu près définitivement de la vie
politique.
CLAUDE GUEANT
Je pense, oui, je pense.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous le regrettez un peu.
CLAUDE GUEANT
Et je le regrette.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et il n’y a pas de solution.
CLAUDE GUEANT
Mais non, puisque c’est sa décision à lui. Non, je pense qu’il aurait
encore beaucoup à apporter à notre famille, compte tenu de son
expérience, qui est considérable, à apporter à notre famille, à la réflexion
de la famille, parce qu’il sent bien la société française, avec toutes ses
fibres, puisqu’il a sillonné la France, rencontré des centaines de milliers de
Français au cours de ces années, mais enfin, c’est son choix. Il veut
tourner la page.
JEAN-MICHEL APHATIE
Nous sommes le 9 mai 2012, ce qui est devant nous, Claude
GUEANT, ce sont des élections législatives.
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Nicolas SARKOZY a un successeur à l’UMP, aujourd’hui ?
CLAUDE GUEANT
Eh bien, il y a un patron à l’UMP, Jean-François COPE est le
secrétaire général, Nicolas SARKOZY … était le président, mais il n’a pas
été remplacé dans son poste de président, et il va mener pour l’UMP, la
bataille aux législatives. Il y a eu un bureau politique dès lundi, il y en a un
autre jeudi matin, qui sera précédé d’un comité stratégique pour actualiser
un tout petit peu, sans doute, le programme présidentiel, et c’est sur ce
programme que nous irons à la bataille des législatives.
JEAN-MICHEL APHATIE
Dans les faits, Jean-François COPE aujourd’hui est le successeur
de Nicolas SARKOZY, on peut le dire comme ça.
CLAUDE GUEANT
Ecoutez, aujourd’hui, Jean-François COPE est à la tête de l’UMP,
personne ne lui conteste son rôle, le bureau politique qui s’est tenu lundi,
était parfaitement unitaire, nous irons, unis, sur un même programme.
JEAN-MICHEL APHATIE
Si l’UMP gagne les élections législatives, c’est Jean-François
COPE qui devient le chef du gouvernement.
CLAUDE GUEANT
Ça, je ne sais pas…
JEAN-MICHEL APHATIE
C’est ça la question de la succession !
CLAUDE GUEANT
Non non mais… oui oui, enfin, je ne peux pas lire dans le marc de
café, d’autant que j’appelle l’attention sur le fait que c’est le président de la
République qui choisit le Premier ministre, même si dans un cas de
cohabitation, que vous évoquez, il faut bien sûr un dialogue entre le
président et la majorité.
JEAN-MICHEL APHATIE
Elections législatives 10/17 juin.
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Une cohabitation, c’est souhaitable pour le pays, ou pas ?
CLAUDE GUEANT
Bon, moi je pense que, institutionnellement, au regard de ce qui
fonde la Vème République, ce n’est pas logique, mais il n’empêche que,
très franchement, je crois que ce serait bien pour la France, que la
majorité sortante puisse appliquer son programme, plutôt que ce soit le
Parti socialiste qui applique son programme. Nous ne pouvons pas aller à
nouveau vers la dépense publique, vers les déficits, vers les impôts, vers
les diminutions de compétitivité.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais, cela, vous l’avez expliqué…
CLAUDE GUEANT
Donc, pour l’intérêt de la France… pour l’intérêt de la France, je
pense que ce serait bien que la majorité sortante reste à l’Assemblée
nationale, la majorité.
JEAN-MICHEL APHATIE
Cela, vous l’avez expliqué à l’occasion de l’élection présidentielle,
aux citoyens, qui ne vous ont pas suivi.
CLAUDE GUEANT
Oui, bien sûr. Mais enfin…
JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, ce serait paradoxal qu’ils vous suivent maintenant.
CLAUDE GUEANT
Mais, écoutez, le citoyen peut changer d’avis en l’espace de
quelques semaines, nous aurons aussi, le citoyen aura l’occasion de se
faire une appréciation sur les quelques semaines de gouvernement de
monsieur HOLLANDE.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes, vous-même, Claude GUEANT, candidat aux élections
législatives à Boulogne…
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous figurez, c’est Bruno GOLLNISCH, le numéro 2 du Front
national, qui l’a rendu public hier, sur une liste de personnalités, que le
Front national désire voir battues. Vous figurez sur cette liste parce qu’ici
même, le 24 avril, vous avez dit qu’en cas de duel aux élections
législatives, au 2ème tour, entre un candidat du Front national et un
candidat du Parti socialiste, vous ne voteriez jamais, avez-vous dit, pour le
candidat du Front national. Maintenez-vous cela, ce matin, Claude
GUEANT ?
CLAUDE GUEANT
Oui, je maintiens cela, effectivement, ce qui me permet d’ailleurs
de dire que, ce que j’ai dit, c’est exactement ce que vous venez de
rappeler, Jean-Michel APHATIE, et je n’ai pas dit que je voterais pour le
candidat socialiste non plus, hein, mais je…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez dit « je ne voterai jamais pour un candidat du Front
national ».
CLAUDE GUEANT
Vous me permettrez de remarquer que, faire des listes, que
monsieur GOLLNISCH qualifie de « listes noires », dans une démocratie
comme la nôtre, c’est quand même quelque chose d’inquiétant.
JEAN-MICHEL APHATIE
C’est pas républicain.
CLAUDE GUEANT
Je trouve que c’est inquiétant.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes triste ce matin ?
CLAUDE GUEANT
Oui, bien sûr, bien sûr, oui, c’est une époque qui a été absolument
passionnante, autour de Nicolas SARKOZY nous avons tous la conviction
que nous avons fait beaucoup, pour adapter la France au XXIème siècle,
elle avait besoin de l’être, elle a besoin de l’être encore, ne serait-ce que
parce que le monde bouge très vite, il faut toujours s’adapter, donc nous
sommes tristes d’abandonner une oeuvre qui n’est pas achevée, c’est vrai.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c’est la loi de la démocratie.
CLAUDE GUEANT
Mais c’est la loi de la démocratie.
Xavier BERTRAND
Canal+, La Matinale – 07h50
CAROLINE ROUX
C’est vrai, c’est votre dernier conseil des ministres, la dernière fois
que vous allez entrer vous asseoir aux côtés du président salon Murat.
Est-ce que, pour parler un peu de vous…
XAVIER BERTRAND
Jusqu’aux élections législatives.
CAROLINE ROUX
Jusqu’aux élections législatives…
XAVIER BERTRAND
Gagner aussi les élections législatives.
CAROLINE ROUX
On y viendra après si vous le voulez bien – est-ce que vous y allez
un peu avec le noeud au ventre ?
XAVIER BERTRAND
Oui, avec un sentiment particulier. Oui, c’est vrai. J’ai une histoire
un peu particulière parce que je n’ai pas le profil-type du ministre comme
on a pu le penser voilà quelques années. Je n’ai pas fait les grandes
écoles type l’ENA, je suis provincial, je n’ai jamais été dans un cabinet
ministériel et comme ça n’avait jamais dû commencer, j’ai toujours pensé
qu’un jour ça s’arrêterait. Bien, il n’empêche, il n’empêche que ce n’est
pas un matin comme les autres et, pour ne rien vous cacher, ce n’est pas
par rapport à mes fonctions. On n’est pas propriétaire de ses fonctions
ministérielles, à peine locataire mais pas propriétaire, et surtout moi j’ai
déjà quitté mes fonctions ministérielles volontairement à deux reprises.
C’est par rapport à Nicolas SARKOZY aussi, ce conseil des ministres
avec lui, avec la suite de ce résultat, de cette défaite aux élections
présidentielles, surtout par rapport à lui.
CAROLINE ROUX
Pourquoi ? Il vous fait de la peine ?
XAVIER BERTRAND
Oui. Je vois aussi la dignité, la force qui est la sienne en ce
moment et on voit bien que ça ne doit pas être intérieurement,
personnellement aussi simple. Donc il y a un sentiment un peu mêlé.
Vous l’avez dit : oui, on repart pour ces élections législatives pour les
gagner. Et puis en même temps, j’ai conscience que les Français ont
choisi, n’ont pas choisi mon candidat, et comme il y a le président qui est
là, c’est un sentiment très particulier. J’ai peut-être un peu de mal à
l’expliquer mais oui, ce n’est pas un matin comme les autres.
CAROLINE ROUX
Non, non, vous l’avez très bien expliqué. Nous assistons depuis
dimanche aux premiers pas de François HOLLANDE président de la
République élu. Alors travail, concentration, pas de jour de repos, pas
d’escapade en bateau. Est-ce que vous considérez que François
HOLLANDE a réussi son arrivée, peut-être mieux que Nicolas SARKOZY
il y a cinq ans ?
XAVIER BERTRAND
Attendez, il est très tôt pour le dire, il est trop tôt pour le dire. Par
contre, je trouve que la République française a donné une très belle
image avec François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY hier. C’est ce que
je retiens surtout, et qu’un président aussitôt soit au travail pour constituer
ses équipes, ça avait été le cas en 2007. Mais quand même, la dignité, la
dignité de cette journée je trouve, la République qui sait montrer surtout
un 8 mai qu’elle est unie, ça fait du bien et ça montre aussi à la politique
qu’elle n’est pas obligée d’être aussi violente pendant une campagne. Pas
obligée. La crise est violente, la vie des Français est difficile. Je le dis,
c’est un peu un message : on verra quelle est la tonalité de la campagne.
Oui, mais on n’est pas obligé d’être agressif, notamment je pense à tout
ce qui s’est passé ces cinq dernières années, par rapport à toutes les
outrances. Si on pouvait retenir la leçon de la soirée électorale et de cette
journée d’hier, ça ferait du bien. Combattif, on a le droit.
CAROLINE ROUX
Alors, il vous faudrait envoyer un petit message à Maryse
JOISSAINS, vous la connaissez.
XAVIER BERTRAND
Oui, je la connais.
CAROLINE ROUX
Elle est maire UMP d’Aix-en-Provence. Elle, elle conteste tout
simplement la légitimité de François HOLLANDE, président élu. Elle
trouve qu’il n’a pas la carrure, qu’il ne ressemble pas à un président, qu’il
agite ses petits bras dit-elle. Est-ce qu’elle dépasse les bornes ? Est-ce
qu’il faut qu’elle soit recadrée ?
XAVIER BERTRAND
Les Français ont choisi, les Français ont élu François HOLLANDE.
Voilà. La légitimité, elle est claire et je retiens une image de la journée
d’hier. Plus que les propos de Maryse JOISSAINS, c’est cette image de
Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE, très clairement.
CAROLINE ROUX
Oui.
XAVIER BERTRAND
C’est le président, c’est le président.
CAROLINE ROUX
Il a réussi sa sortie Nicolas SARKOZY ? C’est important de réussir
sa sortie.
XAVIER BERTRAND
Oui. Oui, oui. Mais il y a aussi la transition la semaine prochaine.
Le président nous l’a dit : il met un point d’honneur à montrer que les
choses peuvent se passer de façon apaisée. Et oui, je pense – je suis très
surpris par le nombre de personnes qui disent : « Franchement, le
discours à la Mutualité, chapeau. Cette image hier, ça grandit. Ça grandit
l’image de notre pays. » Oui, je pense que les Français…
CAROLINE ROUX
Et est-ce que ça vous donne un coup de main pour les législatives
justement, cette façon de quitter le pouvoir qu’a Nicolas SARKOZY ?
d’être un président rassembleur ? C’est peut-être ce qu’il aurait dû être
pendant la campagne, en tous cas c’est ce qu’il est au lendemain de sa
défaite. Est-ce que c’est un atout pour conduire la nouvelle bataille pour
vous qui est celle des législatives ?
XAVIER BERTRAND
Je pense que c’est surtout le regard des Français qui change – qui
change – notamment celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui, en se
disant : « Toutes les critiques n’étaient peut-être pas aussi justifiées que
ça. » Je pense que c’est surtout ça. Ensuite, une élection législative, ça
n’est pas cela. C’est François HOLLANDE est élu : est-ce qu’on veut qu’il
ait les pleins pouvoirs dans tout le pays ? Donc pas seulement pour son
programme.
CAROLINE ROUX
Est-ce qu’il faut une cohabitation ?
XAVIER BERTRAND
Je ne suis pas le seul à penser que oui.
CAROLINE ROUX
Pourquoi il faudrait une cohabitation alors qu’on est dans un
moment de crise ? On voit bien que la Grèce pourrait presque sortir de la
zone euro. Pourquoi est-ce qu’il faudrait une cohabitation ?
XAVIER BERTRAND
Parce que les Français ne veulent pas, comme on dit, mettre tous
leurs oeufs dans le même panier et, on le voit, il y a deux sondages, deuxtrois
sondages qui sont sortis qui disent : « On préfèrerait qu’il y ait une
victoire de la droite et du centre. » Pourquoi ? Parce que les Français
voient bien aussi aujourd’hui que pour la première fois depuis le Second
empire, la gauche, le Parti socialiste, aurait tous les pouvoirs en France,
du haut – la présidence de la République, le Sénat – ça serait l’Assemblée
nationale, ce serait les régions, ça serait les départements, les grandes
communes : ça serait du jamais vu. Et les Français aiment bien l’équilibre.
Moi, je demande qu’il y ait un vote d’équilibre, d’équilibre des pouvoirs.
CAROLINE ROUX
Quel est le leader naturel de la droite, Xavier BERTRAND,
aujourd’hui ? À l’heure où nous parlons ?
XAVIER BERTRAND
Aujourd’hui, ça a été dit tout à l’heure – je sais qu’il va sourire -
dans le reportage de Cyrille ELDIN, mais ça va vraiment un collectif qui va
être mis en place. François FILLON a toute sa place au premier plan.
CAROLINE ROUX
Alors donc, la réponse à c’est qui le leader naturel de la droite ?
C’est François FILLON.
XAVIER BERTRAND
Je finis ma phrase. Je finis ma phrase : il y a Alain JUPPE, Jean-
François COPE, moi-même je prendrai toute ma part dans cette
campagne des législatives en expliquant notamment ce que l’on veut faire
dans cette campagne des législatives. Hier pendant ce jour férié du 8 mai,
j’ai été surpris par le nombre de personnes qui m’ont dit : « Les heures
supplémentaires, ça va se passer comment pour des ouvriers ? » Moi je le
dis, je prends l’engagement de mettre toutes mes forces pour qu’on
puisse éviter que ces neuf millions de salariés soient punis par l’une des
premières mesures de la gauche qui consisterait à leur enlever l’avantage
fiscal et social. Ils ne volent pas cet argent, ils ne prennent le travail de
personne. Pour moi, ce sera l’un des enjeux prioritaires de protéger ces
salariés.
MAITENA BIRABEN
On va passer au j’aime/j’aime pas. Vous allez nous dire si vous
aimez ou si vous n’aimez pas les félicitations de Jacques CHIRAC à
François HOLLANDE ?
XAVIER BERTRAND
C’est républicain.
MAITENA BIRABEN
Oui.
XAVIER BERTRAND
C’est républicain.
MAITENA BIRABEN
C’est fair play.
XAVIER BERTRAND
C’est fair play.
MAITENA BIRABEN
Donc on aime.
CAROLINE ROUX
J’aime/j’aime pas la droite populaire qui défend une investiture
pour Christian VANNESTE, député UMP qui avait été… pour des propos
homophobes.
XAVIER BERTRAND
Il ne faut pas que Christian VANNESTE soit réinvesti. Il y avait une
première position de l’UMP. C’est quelqu’un qui est Gérald DARMANIN,
qui est un très bon candidat, qui sera candidat, mais il ne faut pas que
Christian VANNESTE soit réinvesti. Les choses étaient claires pour moi,
elles doivent être clarifiées de façon à ce qu’on ne parle plus de ce sujet,
de cette élection législative là-bas à Tourcoing.
MAITENA BIRABEN
Vous aimez/vous n’aimez pas Eric BESSON qui ferme son compte
Twitter ?
XAVIER BERTRAND
J’aime Eric BESSON.
MAITENA BIRABEN
Mais le compte Twitter qui ferme ?
XAVIER BERTRAND
Comme je le connais, je n’ai pas besoin d’aller voir sur Twitter pour
avoir de ses nouvelles, mais j’aime Eric BESSON.
MAITENA BIRABEN
C’est un peu genre : « Bon, c’est fini. J’arrête. »
XAVIER BERTRAND
Il tourne une page. Il tourne une page.
CAROLINE ROUX
J’aime/j’aime pas : la candidate PS qui refuse de retirer sa
candidature dans la circonscription de François BAYROU ?
XAVIER BERTRAND
Ah ! J’aime bien le cirque qui se prépare au niveau de ces
élections législatives, parce que ce n’est pas le seul endroit où ils disent :
« Non, non. Nous, on ne suivra pas les consignes. » Ça montre bien que
tout ça, ça fait quand même comme une manipulation électorale, c’est le
moins qu’on puisse dire. Il appelle à voter pour François HOLLANDE,
mais donc en contrepartie on ne lui met personne, mais il n’a pas…
CAROLINE ROUX
C’est le jeu. Vous, vous n’aviez mis personne en attendant qu’il
appelle à voter pour Nicolas SARKOZY.
XAVIER BERTRAND
Pardon ?
CAROLINE ROUX
Vous n’aviez mis personne.
XAVIER BERTRAND
Ce n’est pas la seule circonscription. Il y a d’ailleurs, cet après-midi
une commission d’investiture pour régler plusieurs dizaines de cas. Ce
n’était pas le seul.
MAITENA BIRABEN
Vous allez vous arrêter un peu ou pas ? Vous allez repartir direct ?
XAVIER BERTRAND
Il y a des élections législatives.
MAITENA BIRABEN
Ça ne m’avait pas échappé. La question était : allez-vous vous
arrêter un peu avant ou vous repartez direct ?
XAVIER BERTRAND
Non. On va prendre un petit peu plus le temps quand il y a un
week-end, des longs week-ends qui se dessinent pour profiter de la
famille, des enfants, mais la campagne des législatives reprend ses droits
tout de suite.
· Roselyne BACHELOT
RMC Info, Bourdin & Co – 07h40
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, Roselyne BACHELOT, est-il vrai – c’est une petite
information que j’ai… je ne sais plus où j’ai glané cela – que vos enfants
habiteraient dans la même résidence que celle de François HOLLANDE ?
ROSELYNE BACHELOT
Ils habitent juste à côté et justement ils… c’est-à-dire ils essaient,
parce que les gens sont un peu énervés par tout le déploiement de cars
de radios, Valérie TRIERWEILER elle-même a appelé, vous a appelés,
les journalistes, à les laisser un peu tranquilles, et les déploiements de
cars de radios, de télés, et de cars de police, en leur expliquant – mes
enfants expliquent à leurs voisins, qui sont exaspérés, que ça ne va pas
durer très longtemps et que, voilà, c’est normal que dans un changement
républicain il y ait quelques… il y a un peu quelques troubles, ça ne va
pas durer.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça ne va pas durer, vous pensez qu’il ne va pas pouvoir rester
là, Roselyne BACHELOT.
ROSELYNE BACHELOT
Je n’en sais rien moi… je me déploie sur des sujets quand même
un petit peu plus importants que de savoir où dort le président de la
République.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ça on est bien d’accord Roselyne BACHELOT. Tiens…
mais enfin, pour vos enfants ça… j’imagine que pour la résidence ça
change la vie quand même !
ROSELYNE BACHELOT
Ça change la vie, oui bien sûr… c’est évidemment un peu
compliqué, il faut prévoir de partir un peu plus tôt le matin, parce qu’on
risque d’être un peu embouteillé, mais enfin je ne sais pas ce que fera le
président de la République, il fera au mieux sur ce sujet.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Belle image hier ! Tout le monde l’a dit, reconnu…
ROSELYNE BACHELOT
Ah, écoutez, j’ai été très, comme beaucoup de Français, quelle
que soit leur sensibilité politique d’ailleurs, des amis de gauche m’ont
envoyé des petits messages, des SMS, en disant « chapeau », et je crois
que ça a donné le ton de cette passation de pouvoir. Le président de la
République l’avait dit dimanche soir, il l’a redit par son attitude hier, pas de
revanche, pas d’amertume, donc je vais à ce dernier Conseil des
ministres dans une grande sérénité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans une grande sérénité. Roselyne BACHELOT, votre cas
personnel, vous allez arrêter la politique ou vous allez continuer ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah non, je n’arrête pas la politique, du tout, du tout, certainement
pas. Vous savez, j’ai ça un peu dans les gènes, j’ai servi mon pays au
plus haut niveau pendant ces cinq années, d’ailleurs les Français n’en
n’ont rien à faire des sentiments d’émotion ou de nostalgie des uns et des
autres…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
ROSELYNE BACHELOT
Ce service du pays, eh bien je le continuerai d’une autre façon,
dans l’opposition politique bien entendu. Après le moment de passation de
pouvoir qui doit être respecté avec la nouvelle équipe, le combat va
reprendre. Je l’ai toujours mené, je crois, avec fairplay, sans jamais
atteindre aux personnes, à leur intimité, et je continuerai le combat
politique comme je l’ai toujours fait, en pouvant d’ailleurs aussi se
retrouver sur un certain nombre de dossiers, je n’estime pas qu’il y a le
mal d’un côté et le bien de l’autre, il y a des combats qu’il faut mener
parfois ensemble. Et, sur un certain nombre de sujets, d’ailleurs, qui
attendent notre pays, comme le retour à l’équilibre des finances publiques,
ou certains autres sujets de société, on peut se retrouver.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, qui est, selon vous, le leader naturel
maintenant à l’UMP ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah mais le leader naturel c’est Jean-François COPE, qui est
secrétaire général de l’UMP, mais l’opposition à François HOLLANDE est
évidemment beaucoup plus large que l’UMP. Il y a des radicaux, des
démocrates-chrétiens, il y a la gauche moderne, et pour moi, l’homme le
plus rassembleur de cette opposition, maintenant diverse, c’est
évidemment François FILLON.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour vous c’est clair, le plus rassembleur c’est François FILLON ?
ROSELYNE BACHELOT
Voilà, mais chacun est dans son rôle, c’est tout à fait normal.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais bien sûr. Est-ce lui qui doit prendre la tête de
l’opposition ?
ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, il y a deux phases. Il y a d’abord le combat des
législatives, et le combat des législatives il est mené par un collectif,
puisque nous n’allons pas passer, j’allais dire, du statut de l’organisation
d’une majorité parlementaire, d’une majorité gouvernementale, à ce statut
d’opposition, d’un seul coup d’un seul. Donc, jusqu’aux législatives, nous
menons un combat, avec nos idées, sur nos idées, avec un collectif. Puis
viendra le temps de la réorganisation de l’opposition, il est encore trop tôt
pour dire la façon dont cela va s’organiser, mais je serai, de toute façon,
aux côtés de François FILLON, dans la place qu’il voudra prendre dans ce
domaine, je serai évidemment à ses côtés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Roselyne BACHELOT, j’ai deux questions à propos de cette
réorganisation. J’ai déjà lu que, par exemple, Jean-Paul GARRAUD,
député UMP, était prêt à discuter avec le Front national, Roselyne
BACHELOT. Que lui répondez-vous ?
ROSELYNE BACHELOT
S’il veut s’occuper des thèmes qui sont les thèmes, les inquiétudes
qui ont été exprimées par les électeurs du Front national, qui représentent
18% des électeurs, j’espère que tout le monde s’en occupera, et qu’en
particulier le nouveau président de la République tiendra compte des
craintes exprimées par ces personnes qui doivent être respectées. Par
contre, ouvrir des négociations avec le Front national, le président de la
République sortant l’avait d’ailleurs indiqué tout à fait clairement, s’il était
élu il n’y aurait aucune négociation avec le Front national, le Front national
n’aurait pas participé au nouveau gouvernement qu’il aurait constitué, et il
n’est pas question de négociations pour les élections législatives. Donc le
discours est parfaitement clair, et j’aurai l’occasion de le redire, et de le
dire d’ailleurs, comme je l’ai dit au dernier bureau exécutif de l’UMP lundi
dernier, donc il n’y a pas de souci.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais Roselyne BACHELOT, c’est ni PS, ni Front national ?
ROSELYNE BACHELOT
Mais, attendez, ni PS, ni Front national, le Parti socialiste est au
pouvoir.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça parce que hier matin j’avais Thierry MARIANI…
j’avais Thierry MARIANI hier matin qui me disait « c’est ni PS, ni Front
national. » En cas de second tour aux législatives, dans une
circonscription, c’est ni PS, ni Front national. Vous aussi Roselyne
BACHELOT ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah non, moi mes positions sont parfaitement connues, je les ai
exprimées à de nombreuses fois, mais je vous redis, Jean-Jacques
BOURDIN, que la question ne va pas se poser, on est en train d’essayer
de nous mettre dans une situation qui ne va pas se poser. Les candidats
de l’UMP…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça peut se poser dans certaines circonscriptions.
ROSELYNE BACHELOT
Les candidats de l’UMP vont se trouver en situation d’être partout
au deuxième tour, et c’est ça qui est important, nous allons pouvoir
exprimer nos idées de façon tout à fait claire, et voilà, c’est ça qu’il faut
redire maintenant.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc maintien au deuxième tour ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah mais absolument, maintien au deuxième tour, il n’est pas
question de négociations.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles que soient les circonstances ?
ROSELYNE BACHELOT
Quelles que soient les… maintien au deuxième tour, bien sûr.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, la cohabitation, franchement, est-ce une
chance pour la France ? S’il y a une cohabitation, ça peut arriver, est-ce
que c’est une chance pour la France ?
ROSELYNE BACHELOT
La question n’est pas celle de la cohabitation, elle est celle des
programmes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
D’accord, mais enfin !
ROSELYNE BACHELOT
Et, je suis désolée…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Cohabitation avec un président…
ROSELYNE BACHELOT
Je sors d’une campagne électorale, et je l’ai dit aux côtés de
Nicolas SARKOZY, les solutions proposées par monsieur HOLLANDE ne
sont pas les bonnes solutions, ne sont pas les solutions à la hauteur du
pays…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que pour la France…
ROSELYNE BACHELOT
Donc si demain il y a une victoire, ce que je souhaite, une victoire
de notre parti politique, et de notre famille politique, la droite et le Centre,
aux élections législatives, eh bien le Premier ministre gouvernera et il
gouvernera en continuant les réformes dont notre pays a besoin.
Regardez ce qui se passe en Grèce, nous voyons bien que nos sociétés
occidentales sont menacées, et nous, ce que nous voulons, c’est
continuer à préserver notre modèle social, comme nous l’avons fait
pendant ce quinquennat, tout en ramenant les finances à l’équilibre, les
finances de l’Etat, les finances de la sécurité sociale, mais bien sûr en
continuant les réformes. Voilà ce que nous voulons faire, et nous le ferons
si nous sommes… notre majorité gagne les législatives. Donc ce n’est pas
important la cohabitation, la cohabitation ça se passe toujours très bien. Il
y a eu des périodes de cohabitation, c’est le Premier ministre qui
gouverne, et voilà.
· Bernard ACCOYER, Président de l’Assemblée nationale
France Info, L’invité d’Info – 08h15
OLIVIER EMOND
Vous êtes président de l’Assemblée nationale, et vous êtes aussi
l’un des membres du désormais fameux comité stratégique de campagne
de l’UMP, cette direction collégiale pendant la campagne des législatives ;
comment dirige-t-on un parti à quarante personnes, on imagine que c’est
plus compliqué que d’avoir un chef et une ligne de conduite ?
BERNARD ACCOYER
Non, parce que, il y a d’abord ce qui est la continuité de la
campagne de Nicolas SARKOZY, ce qui est l’élan de cette magnifique
cérémonie commémorative du 8 mai hier, avec un grand homme d’Etat,
Nicolas SARKOZY, qui tend la main à celui que les Français ont choisi au
deuxième tour des élections présidentielles, tout ça…
OLIVIER EMOND
Vous, vous y étiez, d’ailleurs hier, vous savez ce qu’ils se sont dit ?
BERNARD ACCOYER
Je n’ai pas entendu, j’étais tout près, mais on voyait bien à leur
visage que c’était des propos tout à fait cordiaux.
OLIVIER EMOND
Bien. Alors, sur cette campagne des législatives, et cette manière
de diriger un parti en campagne avec une direction qui va comprendre
une quarantaine de personnes…
BERNARD ACCOYER
La direction, elle est simple, le programme est déjà écrit, il suffit de
l’adapter à une campagne législative, et ensuite, chacun va faire
campagne. Le fait qu’il y ait de nombreux talents à l’UMP est un atout
évident, qui permettra de démultiplier la parole. Et, croyez-moi, il n’y aura
pas de divergences entre ce qui sera avancé, d’autant plus que nous
avons dans ce comité stratégique des rencontres de travail pour régler ce
qui pourrait devoir l’être.
OLIVIER EMOND
Alors, des rencontres, des débats forcément, ensuite, il va falloir
faire des choix, qui va trancher ?
BERNARD ACCOYER
Mais c’est une direction collégiale, il n’y a aucun problème pour…
mais trancher, vous savez, c’est vite vu, les investitures ont déjà été
données, le programme est essentiellement celui de Nicolas SARKOZY,
qui devra être quelque peu ajusté, et puis, cela est sur les rails, les
candidats sont d’ailleurs déjà en campagne.
OLIVIER EMOND
Alors, vous dites, Bernard ACCOYER, que la ligne est a priori
claire et qu’il n’y a pas de divergences, tout de même, sur la stratégie par
exemple à adopter vis-à-vis du Front national, on sait qu’il y a des
opinions différentes au sein de l’UMP, que faut-il faire par exemple,
d’après vous, alliance ou pas alliance ?
BERNARD ACCOYER
Alors, il n’y a pas de divergences à l’UMP, la ligne est d’une clarté
absolue, il n’y aura pas d’accords politiques, pas d’accords électoraux,
voilà, c’est tout, la ligne, elle est claire et il n’y a aucune divergence,
aucune des personnalités du comité de campagne qui est en train de se
former n’a émis la moindre réserve vis-à-vis de cette ligne, ça suffit, après,
il n’y a plus de questions qui se posent.
OLIVIER EMOND
Mais d’autres le disent, le député UMP Jean-Paul GARRAUD par
exemple…
BERNARD ACCOYER
Il peut y avoir un individu qui émet un avis personnel…
OLIVIER EMOND
Il n’est pas contre un rapprochement, dit-il…
BERNARD ACCOYER
Ça n’engage que lui, et encore une fois, la ligne, elle est très
connue, donc nous n’allons pas… si vous voulez, cette question de
l’extrême droite, qui arrange bien la gauche, parce que, elle ne peut
gagner que grâce à l’extrême droite, et d’ailleurs, voter extrême droite,
c’est voter à gauche, cette question, je voudrais la remettre à ce qu’elle a
été dans le passé, rappelez-vous de 2002 ; 2002, l’extrême droite est au
second tour, la presse annonce 237 triangulaires, il y en a eu 9. Bon,
alors, écoutez, attendons de voir ce que les Français voteront au premier
tour, attendons de voir ce qu’ils décideront et ce qu’ils choisiront. C’est
eux qui décident…
OLIVIER EMOND
Mais quand un député UMP dit qu’il n’est pas défavorable à un
rapprochement avec le Front national, que faut-il faire, il faut le garder, il
faut l’exclure ?
BERNARD ACCOYER
Mais, écoutez, on ne va pas passer tout notre échange sur ce
point…
OLIVIER EMOND
C’est un point important…
BERNARD ACCOYER
Il y a une personne qui dit ça, et il y a 310 députés UMP…
OLIVIER EMOND
Il y a aussi Gérard LONGUET qui…
BERNARD ACCOYER
La ligne de l’UMP est très claire…
OLIVIER EMOND
Gérard LONGUET, ministre de la Défense, qui…
BERNARD ACCOYER
Oui, parlons du fond, si vous voulez bien…
OLIVIER EMOND
Qui disait que Marine LE PEN était un interlocuteur possible, c’est
du fond, c’est un problème vraiment qui se pose…
BERNARD ACCOYER
Mais je vous ai déjà répondu, mais, on peut peut-être parler aussi
des questions de fond, c’est-à-dire quelle politique va être conduite, parce
que, en réalité, la politique qui sera conduite par le gouvernement – qui
sera nommé par le président François HOLLANDE – dépend de la
majorité de l’Assemblée nationale. Et dans cette majorité, il y a des
différences, et le projet de cette majorité portera… il y a des différences
entre ce que François HOLLANDE veut et ce que la droite et le centre font
comme analyses. Nous faisons comme analyse que si – comme l’a dit
François HOLLANDE – on augmente la dépense publique, eh bien, on a
une perspective qui est tout simplement celle de la Grèce, et ça, nous
n’en voulons pas. Et donc, c’est ce que nous allons expliquer aux
Français, parce que la réalité, elle est là, nous sommes à une époque où
tout va très vite, où les déficits s’accumulent très vite, la perte de
confiance d’un pays qui dépense, j’entendais les premières mesures, eh
bien, les premières mesures de François HOLLANDE, ce sont des
mesures qui creusent les déficits, qui sont à financer avec de l’argent que
l’on n’a pas, que l’on met sur le dos de nos enfants et de nos petitsenfants
; telle est la réalité.
OLIVIER EMOND
Bernard ACCOYER, vous ne voulez pas parler du Front national,
mais le Front national…
BERNARD ACCOYER
Je vous en ai parlé, je vous dis : pas d’accord politique, pas
d’accord électoral…
OLIVIER EMOND
Le Front national parle, lui, beaucoup de vous, il déclare
littéralement la guerre à l’UMP.
BERNARD ACCOYER
Mais ça n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie de la France, un
parti, c’est un parti politique…
OLIVIER EMOND
Mais ça pourrait mettre en danger l’UMP, non, vous n’y croyez pas
du tout, ça ne vous inquiète pas ?
BERNARD ACCOYER
Mais attendez, nous, on va au combat politique pour gagner les
élections, en convainquant les électeurs, et quels que soient nos
adversaires, ils veulent évidemment nous faire trébucher, mais, et
j’observe simplement que finalement, nous sommes, la droite et le centre,
nous sommes les adversaires communs de la gauche et de l’extrême
droite.
OLIVIER EMOND
Entre un candidat FN et un candidat de gauche, vous votez pour
qui, vous, Bernard ACCOYER ?
BERNARD ACCOYER
Je vous ai déjà répondu, nous ne parlons que de ce sujet depuis
que vous m’interviewez…
OLIVIER EMOND
C’est le sujet, c’est un des sujets du jour…
BERNARD ACCOYER
Je vous ai déjà répondu…
OLIVIER EMOND
Il y a une liste noire qui circule…
BERNARD ACCOYER
Je vous ai dit : pas d’accord politique, pas d’accord électoral, c’est
tout, je n’ai rien à ajouter. Parlons du fond, si vous le voulez bien.
OLIVIER EMOND
Si on parle beaucoup de cette question, vous comprenez que c’est
aussi une conséquence de la campagne présidentielle qui vient de se
jouer, des sujets qui ont été émis.
BERNARD ACCOYER
Mais, l’avenir de la France, ça n’est pas cela. L’avenir de la
France, c’est va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire casser la réforme des
retraites, va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire emprunter pour essayer de
bloquer illusoirement le prix des carburants, ce qui coûte déjà la mesure
sur le carburant annoncée par HOLLANDE coûte la bagatelle pour trois
mois de 750 millions d’euros. L’augmentation des diverses allocations
nous conduit déjà à des déficits de plusieurs milliards avant d’avoir
commencé, un argent que nous n’avons pas, que nous empruntons.
OLIVIER EMOND
Avec les législatives, certains à l’UMP rêvent de cohabitation. Vous
pensez que c’est possible, Bernard ACCOYER ?
BERNARD ACCOYER
Encore une fois, tout est possible, c’est les Français qui décident,
mais encore une fois, ce qui est important, c’est la ligne politique, que la
majorité de l’Assemblée nationale votera. C’est-à-dire : allons-nous voter
des dépenses supplémentaires dont nous n’avons pas le financement,
c’est-à-dire : allons-nous creuser les trous, les dettes et nous diriger vers
une situation extrêmement dangereuse, telle qu’on la connaît dans
plusieurs pays d’Europe, avec le paroxysme qui est la situation de la
Grèce, c’est cette ligne que nous souhaitons, allons-nous avoir le vote des
étrangers aux élections locales, allons-nous démanteler notre excellence
nucléaire ? Ce sont les questions qu’il faudra débattre et dont j’espère que
la majorité à l’Assemblée nationale empêchera que l’on commette ces
erreurs, que la France paierait très, très longtemps.
OLIVIER EMOND
Il n’y a donc que cela qui compte pour vous, à l’heure qu’il est…
BERNARD ACCOYER
Ce qui compte…
OLIVIER EMOND
La perspective de la campagne, des élections, comment vont se
passer les duels, les triangulaires, etc., c’est secondaire ?
BERNARD ACCOYER
Mais nous allons parler du fond, et nous allons convaincre avec ce
que je suis en train d’essayer de vous expliquer dans la difficulté.
· Cécile DUFLOT, Secrétaire nationale d’EE-LV
RMC Info, Bourdin 2012 – 08h35
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et nous recevons ce matin, Cécile DUFLOT, ministre de
l’Environnement, des Transports et de, je ne sais pas, moi, de
l’Aménagement du territoire !
CECILE DUFLOT
Vous n’allez pas m’avoir comme ça !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Du Développement durable ! Non ?
CECILE DUFLOT
Eh non ! Cécile DUFLOT, secrétaire nationale d’Europe Ecologie
Les Verts, candidate aux législatives.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, jusqu’au 22 juin.
CECILE DUFLOT
Jusqu’au 22 juin.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu’au 22 juin. Euh… non, ministre un jour ?
CECILE DUFLOT
Peut-être et peut-être pas.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, vous aimeriez ou pas ? Non, soyons sincères. Alors, c’est
François HOLLANDE qui décidera pour vous, déjà.
CECILE DUFLOT
Alors, d’abord, effectivement, dans la Vème République, c’est le
président de la République et le Premier ministre qui décident, et je pense
qu’il y a beaucoup de gens qui devraient ne pas l’oublier, parce que tout le
monde a plein d’idées…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qui ?
CECILE DUFLOT
Chez nous, ça veut dire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi, Daniel COHN-BENDIT par exemple ?
CECILE DUFLOT
Oui, ou plein de gens qui se disent disponibles, etc.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Daniel COHN-BENDIT, qui hier l’avait un peu oublié ?
CECILE DUFLOT
Je pense que, comment dire, d’abord, il y a une chose, c’est que
moi, dans mon mouvement, j’aime bien qu’on respecte les gens, et je
trouve qu’il a eu des mots un peu durs à l’égard d’Eva JOLY, voilà, je ne
fais pas partie des gens qui avaient poussé à ce qu’elle soit candidate, je
fais partie des gens qui ont fait sa campagne avec acharnement…
JEAN-JACQUES BOURDIN
« Une mauvaise campagne », il a dit.
CECILE DUFLOT
Oui, mais voilà, donc moi j’ai du respect et de l’affection pour Eva
JOLY, et je pense qu’il n’y a pas d’utilité dans la période, à être
désagréable, les uns avec les autres. Ça, c’est le premier élément. Le
deuxième élément, c’est qu’hier, les écologistes ont décidé, ont décidé
d’une chose simple, qui était de dire que, eux, ils souhaitaient passer à
l’action et participer, si les conditions étaient réunies, et surtout si comme
vous l’avez dit, le président de la République et le Premier ministre le
décidaient, à cette histoire-là. Ce n’est pas une question individuelle, et ce
n’est même pas une question de nombre, c’est une question surtout de
volonté politique, est-ce que oui ou non on veut aujourd’hui mettre en
oeuvre des politiques écologistes, parce que, qui que ce soit d’entre nous,
il ne va pas se transformer en ce qu’il n’est pas, donc ce n’est pas une
évidence, voilà.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, nous allons regarder ce qui vous rassemble et ce qui vous
éloigne du Parti socialiste, Cécile DUFLOT, mais si on vous le propose,
est-ce que vous acceptez ?
CECILE DUFLOT
Mais, ce n’est pas… ce n’est pas binaire, mais ça dépend si on me
propose quoi, et si on propose quoi à d’autres, et qu’est-ce que ça signifie
en termes politiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’oublie « à d’autres », Cécile DUFLOT.
CECILE DUFLOT
Non, eh bien vous avez tort.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai tort ? A bon.
CECILE DUFLOT
Vous avez tort, pour une raison simple, c’est que je ne crois pas
aujourd’hui qu’on puisse dire : chacun gère…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais si on vous propose un grand ministère, comme ça,
élargit, écologie, aménagement du territoire, développement durable, je
ne sais pas, moi, transports, est-ce que…
CECILE DUFLOT
Et pour faire quoi ? Et pour faire quoi, et avec qui d’autre ? Dans
quel périmètre politique, dans quel état d’esprit politique ? Franchement…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si les conditions sont réunies, est-ce que vous acceptez ?
CECILE DUFLOT
Ce n’est pas, je vais vous dire un truc qui va peut-être vous
paraitre désagréable, ça n’est pas de la langue de bois, parce que je n’ai
jamais considéré…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si.
CECILE DUFLOT
Non.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si.
CECILE DUFLOT
Non, pas du tout…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que si, si les conditions sont acceptables, à vos yeux, est-ce
que vous acceptez ?
CECILE DUFLOT
Eh bien justement, la question c’est de savoir dans quel cadre,
dans quel état d’esprit. Moi, ce qui m’intéresse…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et éventuellement, vous pouvez accepter.
CECILE DUFLOT
Ce qui m’intéresse et ce qui intéresse…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eventuellement vous pouvez accepter.
CECILE DUFLOT
Ah, mais j’ai…quand on a voté hier à 84 % en faveur de la
participation gouvernementale, ça veut dire que l’on est susceptible
d’accepter, oui, sinon on aurait voté que l’on n’était pas d’accord.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, voilà.
CECILE DUFLOT
Et d’ailleurs, si on avait voté qu’on n’était pas d’accord, on aurait
expliqué qu’on était sectaire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement.
CECILE DUFLOT
… et que la crise était grave et qu’il fallait agir, donc la réalité c’est
celle-là. Les écologistes, ils sont assez sereins, ils disent une chose très
simple : nous avons voulu que François HOLLANDE gagne, nous avons
fait tout ce que nous pouvions pour que François HOLLANDE gagne, ça
c’est le premier point. Le deuxième point, c’est qu’on a décidé depuis
maintenant le mois de novembre, c’est comme ça que nous avons conclu
cet accord de majorité parlementaire, qu’on participerait à une majorité
avec les socialistes, et je sais que cette méthode a été beaucoup
critiquée, on a dit : « gna gna gna, les écologistes font des accords, etc.
etc. » sauf que ce que je constate, c’est que ceux qui n’avaient pas voulu
faire des accords, maintenant souhaitent y participer. Moi, je préfère que
les choses soient claires avec les électeurs. Et pourquoi on veut faire ça ?
Parce qu’il nous semble que maintenant, maintenant, là, au mois de mai
2012, c’est nécessaire d’engager un grand plan d’économies d’énergie,
de faire en sorte que les Français et en particulier les personnes âgées,
qui vivent dans des situations de précarité énergétique, c’est-à-dire qui
n’ont pas eu les moyens de se chauffer cet hiver, puissent diminuer, faire
diminuer peut-être jusqu’à les diviser par deux, leurs charges de
chauffage. Qu’il faut faire en sorte que la situation dans laquelle on se
trouve, d’une essence qui va bientôt coûter 2 € le litre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en reparler.
CECILE DUFLOT
… eh bien on se mette en situation, pas seulement de bloquer le
prix de l’essence, parce que ça ne peut pas durer, à partir du moment où
le pétrole augmente…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
CECILE DUFLOT
Mais de se sortir d’une dépendance au pétrole qui est très
importante, c’est ça qui intéresse les écologistes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, Cécile DUFLOT, avec 2,3 % à la présidentielle, est-ce qu’on
peut être exigeant, sincèrement ?
CECILE DUFLOT
Le problème, c’est que ce n’est pas la question de savoir, si le
score des écologistes était faible ou élevé, tout le monde le sait,
maintenant, que beaucoup de gens qui sont sensibles à ces questions-là,
avaient comme priorité numéro 1, sur leur calendrier, et je les comprends,
de se débarrasser de Nicolas SARKOZY. La bonne nouvelle, c’est qu’ils
ont les moyens de mettre en oeuvre leur priorité numéro 2, c’est-à-dire de
faire en sorte qu’à l’agenda de la politique menée par ce futur
gouvernement, il y ait l’écologie, en votant pour les candidat écologistes le
10 juin, puisqu’il y a les élections législatives, parce qu’au final, c’est
quand même la composition de la majorité, au Parlement, qui déterminera
la suite des politiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, nouvelle majorité, vous souhaitez une nouvelle majorité, au
parlement et au gouvernement. Participation au gouvernement, vous avez
dit oui. Combien de ministres ? Deux, trois ? Vous souhaiteriez quoi ?
CECILE DUFLOT
Mais justement, mais c’est désagréable de répondre à cette
question….
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pouvez émettre des souhaits, quand même, non ? Ev…
CECILE DUFLOT
Voilà, je vais vous émettre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
… j’allais vous dire Eva JOLY.
CECILE DUFLOT
Je vais vous émettre un souhait très simple…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eva JOLY, tiens, pourrait être ministre.
CECILE DUFLOT
Oui, je l’ai déjà dit.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Bon.
CECILE DUFLOT
Et il y a beaucoup de gens qui
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, alors, combien de ministères ? Deux, trois ?
CECILE DUFLOT
Eh bien, le truc c’est que ce n’est pas de dire « c’est combien ». Si
vous avez…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu’est-ce que vous souhaitez alors ?
CECILE DUFLOT
Je vais vous répondre franchement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
CECILE DUFLOT
Si vous savez deux secrétariats d’Etat, où on explique qu’en vérité,
la politique qui va être menée, c’est une politique qui ressemble purement
à une politique socialiste, à l’ancienne, du XXème siècle, la place des
écologistes ça ne sera pas d’être au gouvernement. Ça peut exister de
faire ce choix-là, de faire un gouvernement purement socialiste, François
HOLLANDE il a cette possibilité-là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans un premier temps peut-être.
CECILE DUFLOT
Eh bien on verra, à ce moment-là, ça ne sera pas la place des
écologistes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant les législatives.
CECILE DUFLOT
Donc c’est pour ça que je vous dis que ça ne se résume pas en,
voilà, on veut avoir deux, trois, quatre postes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, imaginons un gouvernement purement socialiste avant les
législatives, vous diriez quoi ?
CECILE DUFLOT
Moi je pense que c’est une erreur politique, mais c’est la
responsabilité du président de la République, et si c’est ça sa volonté, eh
bien on ne sera pas dans ce gouvernement, c’est pour vous dire que les
choses ne sont pas automatiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, si c’est sa volonté, vous ne serez pas dans ce gouvernement,
ça c’est sûr, oui.
CECILE DUFLOT
Et voilà, et je pense, moi, que, c’est pour ça, ce n’est pas les
écologistes pour les écologistes, ce n’est pas parce qu’on a bonne mine
ou qu’on est sympathique, ou qu’on ne le serait pas, ou qu’on est pénible,
c’est qu’aujourd’hui on a besoin de répondre à une réalité, la réalité c’est
que ce n’est pas parce qu’on en a pas parlé pendant la campagne
électorale, que le dérèglement climatique s’arrête. La réalité c’est qu’il va y
avoir, parmi les rendez-vous internationaux, ce président de la
République, le sommet de Rio + 20, 20 ans après le sommet de Rio en
1992, qui est une échéance essentielle pour l’avenir de notre planète et
c’est beaucoup plus important pour nous, que de mesurer au trébuchet,
les ambitions personnelles de X ou Y.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La réalité, c’est que vous faites aussi de la politique, Cécile
DUFLOT.
CECILE DUFLOT
Oui !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que oui, oui, parce que vous voulez devenir députée…
CECILE DUFLOT
Non, non !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?
CECILE DUFLOT
Je fais de la politique parce que j’ai envie de changer les choses,
monsieur BOURDIN, et j’en ai marre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d’accord, mais vous voulez devenir députée !
CECILE DUFLOT
Non mais j’en ai marre qu’on considère que les questions
politiques, c’est simplement qui va avoir quel poste. Je considère que la
politique, c’est de savoir qu’est-ce qu’on fait changer dans cette société,
est-ce que oui ou non on va engager une vraie règlementation des loyers.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais on peut changer en participant à une majorité
parlementaire et en participant à un gouvernement, c’est comme ça qu’on
peut changer les choses, non ?
CECILE DUFLOT
Pour faire des choses, pas justes…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est votre optique de la politique.
CECILE DUFLOT
Pour faire des choses, mon optique de la politique, c’est
l’écologie…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous voulez être députée…
CECILE DUFLOT
C’est l’écologie de l’action.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d’accord.
CECILE DUFLOT
Oui, bien sûr, parce que je pense que quand il y aura…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu’on peut être député et ministre par exemple ? Oui,
c’est compatible ou pas ?
CECILE DUFLOT
Simultanément, ce n’est pas possible, simplement, ce que l’on sait
maintenant, c’est quand un ministre, précédemment était député, quand il
ne l’est plus, il redevient député, donc moi je suis candidate aux
législatives, parce que je veux une chose qui va faire changer la politique
en France. S’il y a un groupe écologiste, le 17 juin, à l’Assemblée
nationale, ça sera la première fois dans l’histoire de la République, pas de
la Vème République, de la République française, et ça changera beaucoup
les choses, d’ailleurs ça fera très longtemps qu’il n’y aura pas une
nouvelle formation politique qui aura émergé dans le paysage politique,
avec un groupe au Sénat et un groupe à l’Assemblée nationale. Les
débats seront différents, les amendements qui seront apportés à un
certain nombre de projets de loi seront différents.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d’accord, on va en parler, d’ailleurs, d’écologie, Cécile
DUFLOT, mais je me souviens, c’était il y a 8 jours, le débat, Nicolas
SARKOZY a titillé François HOLLANDE, « j’ai dit que dans mon projet, je
ne retiendrai qu’une seule fermeture de centrale, Fessenheim. L’accord
avec Europe Ecologie Les Verts ne m’engage pas », c’est ce qu’a dit
François HOLLANDE.
CECILE DUFLOT
Et d’ailleurs, Eva JOLY, elle, a porté pendant sa campagne, le
projet des écologistes, donc c’est un accord parlementaire, c’est un
accord pour ce qui se passera à l’Assemblée nationale, et cet accord il
engage deux formations politiques, je l’ai signé en tant que secrétaire
nationale d’Europe Ecologie Les Verts et Martine AUBRY l’a signée en
tant que première secrétaire du Parti socialiste.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c’est une façon de se dégager de cet accord signé avec
Europe Ecologie Les Verts.
CECILE DUFLOT
Je vais vous dire une chose qui me semble pertinente.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y.
CECILE DUFLOT
Que le président de la République préside et que le Parlement
fasse son travail législatif, ça sera une bonne nouvelle pour la démocratie,
parce que ce que Nicolas SARKOZY avait fait, de concentrer l’intégralité
des pouvoirs, d’ailleurs ça ne lui a pas porté bonheur, c’est pas une bonne
chose pour la démocratie, il faut laisser la démocratie vivre, et moi je
souhaite que les électeurs de ce pays, Françaises et Français, aient la
possibilité de voter pour les écologistes, parce que quand il y aura des
écologistes à l’Assemblée nationale, ça changera les choses. On ne peut
pas demander à François HOLLANDE de devenir écologiste, il est
socialiste. Moi, ça ne me choque pas, c’est une orientation politique, c’est
issu de son parcours, on va dire que ce sont ses convictions. Moi, ce que
je souhaite, c’est qu’il puisse écouter les écologistes, parce que je pense
que dans la période, on a des choses qui sont des choses utiles à dire,
parce qu’on pouvait dire, dans les années 70/80, « oh, les écologistes ils
nous fatiguent, avec le dérèglement climatique, avec l’épuisement des
ressources naturelles, avec les conséquences de la pollution sur la santé,
avec les dangers que peuvent représenter, le sujet est actuel sur… »
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, la température mondiale augmenterait de 2° en 40 ans.
CECILE DUFLOT
Sauf que ça c’est une réalité, ce n’est pas pour faire plaisir ou pour
embêter qui que ce soit, c’est une réalité. Donc, moi je ne me défausse
pas, moi j’aime ça, la politique, j’ai envie de faire de la politique, parce que
je pense que si on renonce à considérer qu’on peut changer les choses,
démocratiquement, c’est-à-dire avec des élus, avec les citoyens qui
décident, alors ça ne sert plus à grand-chose de pouvoir s’exprimer sur la
marche du monde.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien.
CECILE DUFLOT
Donc, on ne va pas se cacher, oui les écologistes font de la
politique, dans le bon sens du terme, ils veulent le pouvoir, pour avoir le
pouvoir d’agir. Et voilà, c’est comme ça.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Cécile DUFLOT, vous avez regardé les cérémonies du 8 mai hier ?
CECILE DUFLOT
Oui ! Oui, j’ai même vu un bout sur BFM TV.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces deux présidents réunis sous l’Arc de triomphe pour célébrer la
République, c’était beau ?
CECILE DUFLOT
Beau, je ne sais pas, c’était… Moi je pense que c’était assez
naturel.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’était émouvant, non ?
CECILE DUFLOT
C’était assez naturel. Et la question…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça vous a ému ?
CECILE DUFLOT
Je ne peux pas dire que ça m’ait émue ! Je trouve ça bien…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !
CECILE DUFLOT
Et moi je pense qu’il est important, dans un pays qui ne va pas
forcément toujours très bien, de montrer qu’il y a une forme de continuité
et surtout qu’il y a une volonté d’apaisement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça ne vous a pas ému ?
CECILE DUFLOT
Il faudrait que réponde oui, là ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! Non, non, mais il ne faudrait rien du tout, je vous pose la
question moi, oui ou non ?
CECILE DUFLOT
Vous savez moi j’ai…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je…
CECILE DUFLOT
Ces cérémonies là et surtout la cérémonie du 8 mai, parce
qu’aujourd’hui c’est la Journée de l’Europe, moi j’aimerais beaucoup
maintenant qu’on puisse avoir… et d’ailleurs je crois que François
HOLLANDE l’a annoncé dans la campagne, c’est une annonce qui est
passée totalement inaperçue, en disant qu’il voulait faire du prochain 11
novembre un grand moment sur la paix en Europe, je pense que c’est
important de se souvenir de ceux qui sont effectivement morts dans des
combats…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Mais c’est important d’être capable de se souvenir qu’on a
dépassé cette période là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous rejoignez Eva JOLY pour le 14 juillet, vous vous
rappelez ce qu’elle a dit ?
CECILE DUFLOT
Oui ! Je me rappelle très bien. Moi je…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes d’accord avec elle ou pas ?
CECILE DUFLOT
En tout cas je trouve qu’elle a eu raison de pouvoir mettre les
pieds dans le plat…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est-à-dire ?
CECILE DUFLOT
Parce qu’on voit souvent les choses par le petit bout de la
lorgnette. On est le seul pays en Europe…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Qui fait défiler des chars sur la plus grande avenue du monde…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez qu’il faut cesser ?
CECILE DUFLOT
Non ! Mais…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut cesser ?
CECILE DUFLOT
Je demande simplement qu’on se pose la question : pourquoi ça
n’existe pas dans les autres pays ? La seule autre cérémonie un peu
équivalente, mais qui n’a rien à voir, pour ceux qui la connaissent c’est
« Trooping the colour » en Grande Bretagne, c’est l’anniversaire de la
Reine, où il y a effectivement l’armée qui défile…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Et je pense que c’est bien aussi d’avoir des moments d’unité
nationale qui ne soient pas des moments exclusivement autour des forces
armées… Voilà !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc…
CECILE DUFLOT
Et donc quand elle a dit ça…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voudriez…
CECILE DUFLOT
En tout cas le tollé…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Mais…
CECILE DUFLOT
Que Eva a déclenché sur cette question là était intéressant parce
qu’il montrait qu’on n’ose pas se poser la question.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes d’accord avec ce qu’elle a dit ? Vous êtes d’accord
pour un nouveau 14 juillet avec un défilé qui ne serait plus militaire ?
CECILE DUFLOT
Moi je pense qu’on peut… et d’ailleurs c’est ce qu’a fait la
République quand elle a inventé le 14 juillet, ça n’existait pas avant, je
pense que l’histoire évolue, on peut aussi inventer des nouvelles histoires
et que le défilé militaire il ne date pas de la Révolution, il date de 1870…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc…
CECILE DUFLOT
Au moment…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, Cécile DUFLOT allez jusqu’au bout.
CECILE DUFLOT
Au moment, Monsieur BOURDIN, où il fallait mobiliser tout le
monde après la défaite face à l’Allemagne pour essayer de resserrer les
rangs, ce qui a donné les millions de morts de la Première guerre
mondiale. Et on a le droit…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, il faut aller jusqu’au bout ?
CECILE DUFLOT
Non ! Non, non, moi je veux qu’on pose ce débat là et qu’on se
dise qu’en 2012 on peut avoir… trouvé des nouveaux moments d’unité
nationale, de rassemblement, et moi j’ai bien aimé…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un défilé du 14 juillet qui ne soit pas uniquement militaire, on
est d’accord ?
CECILE DUFLOT
Exactement ! Parce que…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Parce que ce n’est pas obligatoire de considérer que l’unité d’un
pays se fait uniquement autour de son armée. Mais moi je respecte les
militaires…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui pourrait défiler alors ?
CECILE DUFLOT
Je respecte ceux…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui pourrait défiler alors, qui pourrait ?
CECILE DUFLOT
Et d’ailleurs je vais vous dire une chose intéressante, c’est que
c’est avec les militaires et avec un certain nombre de militaires que j’ai eu
les discussions les plus intéressantes, il se trouve que mon beau-père est
un ancien parachutiste qui a vraiment fait la guerre, qui a été détenu à
Dien Bien Phu, et c’est avec lui que j’ai eu des discussions très
intéressantes sur ces questions là, sur le fait que les militaires eux-mêmes
sont tout à fait capables de pouvoir penser que l’unité d’un pays ne se fait
pas exclusivement autour de l’armée. Voilà !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Revenons sur votre éventuelle participation au
gouvernement. Vous souhaiteriez pour Europe Ecologie – Les Verts, vous
ou quelqu’un d’autre, un ministère qui ressemble à celui de Nathalie
KOSCIUSKO-MORIZET…
CECILE DUFLOT
Alors…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Au moins ?
CECILE DUFLOT
Je vais vous expliquer…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Au moins.
CECILE DUFLOT
Pour le coup ce que ça veut dire faire de la politique…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Moi je fais partie de ceux qui ont… qui étaient un petit peu
étonnés, on va dire les choses franchement, par le fait que ce soit Nicolas
SARKOZY qui lance le Grenelle de l’environnement, mais qui a un
moment…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Etonnés et ravis !
CECILE DUFLOT
Euh !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien dites-le !
CECILE DUFLOT
Non ! Pas ravis, quand…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous êtes ravie, il faut le dire.
CECILE DUFLOT
Non ! Quand on est écologiste et qu’on voit effectivement à quel
point ça a été difficile pour Dominique VOYNET, seul ministre dans un
gouvernement de Gauche plurielle, de faire avancer un certain nombre de
choses, il y avait un petit moment de déception, oui de voir que c’était la
Droite et le président SARKOZY qui faisaient avancer des choses. Du
coup, on est passés à une autre étape…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
L’étape d’après ça été la trahison absolue, l’environnement ça
commence à bien faire, le démolissage des conclusions du Grenelle, cela
ça été très triste. En même temps on ne peut pas, maintenant, faire
marche arrière, considérer que l‘environnement c’est une question qui,
comme dans les années 80 – 90, se cantonne à part, on sait très bien
aujourd’hui que la transition écologique ça veut dire s’attaquer à beaucoup
de chantiers simultanément, et je vais vous dire une chose ça n’est pas
pour faire plaisir ou pas plaisir aux écologistes, engager la transition
écologique ça se fait dans d’autres pays européens, c’est une nécessité
par rapport à la réalité actuelle.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un ministère au moins aussi large que celui de Nathalie
KOSCIUSKO MORIZET ?
CECILE DUFLOT
C’est marrant ! En fait, Monsieur BOURDIN, vous êtes vachement
plus politicien que moi finalement ce matin.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Je ne suis pas politicien, je vous pose des questions moi.
CECILE DUFLOT
Je… Je… Non ! Je dis qu’on ne peut plus reculer…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Mais, Cécile DUFLOT, vous êtes extraordinaire…
CECILE DUFLOT
Non ! Je ne…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je pose des questions et, vous, vous répondez ou pas…
CECILE DUFLOT
Non ! Vous posez des questions sur…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous choisissez.
CECILE DUFLOT
Alors c’est vous, c’est machine, c’est truc, c’est quoi, enfin…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question : est-ce un ministère qui doit être aussi
large et élargi que celui de Nathalie KOSCIUSKO MORIZET ?
CECILE DUFLOT
En tout cas, ce que je vous réponds, c’est qu’on ne peut pas faire
marche arrière par rapport à ce qui a…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, on ne peut pas faire moins ?
CECILE DUFLOT
Mais ce n’est pas pour Cécile DUFLOT ou pour je ne sais pas
qui…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non ! Mais on est d’accord.
CECILE DUFLOT
C’est un point de vue politique, c’est qu’on ne…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien voilà ! Alors…
CECILE DUFLOT
C’est qu’il y a eu des trahisons de la part de Nicolas SARKOZY,
mais il y avait eu de vraies avancées auparavant qui étaient de considérer
aujourd’hui qu’on ne peut pas se dégager de la réalité de la crise
écologique. Et que c’est aussi comme ça qu’on répond à la question du
chômage, que quand Eva JOLY a dit la campagne électorale, quand les
écologistes expliquent qu’engager la transition énergétique c’est créateur
d’emplois, créateur d’emplois comme en Allemagne, ce n’est pas
simplement un voeu pieu, c’est une réalité dans d’autres pays, Que quand
on va avoir un vrai programme d’isolation des logements, qu’aux
organismes d’HLM plutôt que faire – comme l’a fait Nicolas SARKOZY – de
leur piquer une partie de leur argent pour les faire rentrer dans les caisses
de l’Etat, on dit : « Maintenant, votre obligation, c’est de faire diviser par
deux les charges des locataires de tous les logements HLM », ça c’est un
vrai acte politique mais ça montre bien que la question de la transition
écologique, elle porte sur le logement. Elle ne porte pas, en l’occurrence
quand j’en parle là, elle ne porte pas sur la question de l’environnement
même s’il est extrêmement essentiel de s’intéresser par exemple à une
ressource qui est toujours menacée qui est la ressource en eau. Il se
trouve que ça fait quatre semaines qu’il pleut, donc ça c’est une bonne
chose parce que sinon, on risquait de vivre une des sécheresses les plus
graves qu’on ait connues depuis des dizaines d’années. Mais on sait
aujourd’hui que la ressource est menacée et qu’on ne peut pas vivre sans
une eau de qualité, même dans un pays aussi développé que le nôtre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai une question précise. Faut-il abandonner le projet de l’aéroport
nantais de Notre-Dame-des-Landes ?
CECILE DUFLOT
Notre position sur cette question, elle est connue et vous voyez,
dans l’accord que nous avons passé avec le Parti socialiste, nous avons
constaté que nous étions en désaccord. Oui, je pense que oui : il faut…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous pouvez participer à un gouvernement qui va
construire un aéroport ?
CECILE DUFLOT
Je vais vous expliquer. On a une histoire très concrète. Moi je
rends hommage aux grévistes de la faim qui ont fait plus de vingt-cinq
jours de grève de la faim, qui ont arrêté leur grève de la faim parce qu’il y
a eu un accord qui a été passé entre eux et les dirigeants des différentes
collectivités locales.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Suspension des expulsions des propriétaires, des expropriations.
CECILE DUFLOT
Sur la base des propos équilibrés et responsables de François
HOLLANDE. Et moi, je suis très heureuse qu’il ait trouvé une position qui
au moins permette de faire avancer le dialogue. Parce que la question qui
se pose sur cet aéroport, c’est dans un moment où on va devoir à la fois
faire des économies, choisir les investissements de l’Etat dont on sait que
les caisses sont quand même largement vides, est-ce que la priorité c’est
de détruire les terres agricoles pour construire un nouvel aéroport alors
qu’on peut moderniser si c’est nécessaire l’aéroport existant ? Les
écologistes ont une réponse, mais ont une réponse qui aussi va permettre
de faire avancer les choses sur le terrain de la conviction. Je suis bien
certaine, d’ailleurs la commission du Parti socialiste, la commission
agriculture du Parti socialiste du département a fait évoluer sa position.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Cécile DUFLOT, comment pourriez-vous participer à un
gouvernement par exemple dirigé par Jean-Marc AYRAULT qui est
favorable, qui est plus que favorable à la construction de cet aéroport ?
CECILE DUFLOT
Mais je vais vous mettre tranquille. S’il fallait que les socialistes
deviennent écologistes pour qu’on puisse travailler ensemble, là je pense
qu’on pourra attendre quelques années. Donc le principe que nous avons
choisi, c’est de dire : « On ne peut pas attendre que tout le monde soit
d’accord avec les écologistes, sinon on ne fera jamais rien. » Simplement,
on veut faire en sorte de faire avancer un certain nombre de projets par à
la fois la conviction, par aussi le moment où les électeurs font le choix.
Quand les électeurs aux régionales ont voté pour les candidats
écologistes, pour les listes écologistes dont celle que je conduisais en Ilede-
France, je peux vous dire que depuis deux ans ça a fait changer les
choses dans une relative discrétion mais au quotidien. C’est-à-dire que
dans le dialogue aussi avec les socialistes et avec les autres partis de
gauche, on fait avancer certains sujets parce que je pense que les
écologistes ont de bons arguments et peuvent apporter au débat et
apporter des solutions. On prend ça sur un mode qui peut être de temps
en temps un peu brutal.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Conflictuel.
CECILE DUFLOT
Conflictuel, ce n’est pas grave, mais qui la plupart du temps est
une démarche qui est une démarche de conviction. Les écologistes ont eu
raison sur le constat, sur la crise écologique. Maintenant, ils sont prêts à
passer à l’action et à démontrer que leurs solutions sont pertinentes.
· Jean-Claude MAILLY, Secrétaire général de Force Ouvrière
France 2, Les 4 vérités – 07h50
ROLAND SICARD
C’est aujourd’hui le dernier conseil des ministres de Nicolas
SARKOZY. Quel bilan vous tirez de ce quinquennat ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ecoutez, sur le plan social il y a eu quelques contre-réformes que
nous avons fortement contestées, que nous contestons toujours d’ailleurs.
Exemple : celle sur les retraites de 2010, ou les réformes sur la
représentativité où on aurait souhaité faire autrement. Ceci étant, il y a eu
une période où le dialogue a été assez nourri ; ça ne veut pas dire que les
résultats étaient là mais…
ROLAND SICARD
Au début.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui. Il n’avait pas été encore été investi président de la République
qu’il avait déjà reçu tout le monde. Ça aurait été en ce moment, par
exemple.
ROLAND SICARD
Ce qui n’est pas le cas de François HOLLANDE.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Pas encore. Ça viendra peut-être, mais pas encore. Donc il y a eu
du dialogue social nourri mais à la fin, ça a été un peu hard quand même,
y compris quand il a lancé des anathèmes contre les syndicats considérés
comme corps intermédiaires. Il y a eu une tension entre lui et les
organisations syndicales à la fin, y compris dans le verbe dans la
campagne qui était assez forte.
ROLAND SICARD
Est-ce qu’il s’est fait des ennemis des syndicats à la fin ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ecoutez, vous savez…
ROLAND SICARD
Est-ce que ça a pu jouer dans le déroulement de la campagne ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Je ne sais pas si ça a pu jouer sur le vote des citoyennes et des
citoyens, mais il est clair que s’il avait été réélu, il aurait fallu recoller les
morceaux et ça n’aurait pas été simple quand même, compte tenu de la
dernière période.
ROLAND SICARD
Un syndicat, la CGT, avait donné une consigne de vote.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, mais ça c’est leur responsabilité.
ROLAND SICARD
Contre Nicolas SARKOZY.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, c’est leur responsabilité. Moi je ne considère pas que c’est du
rôle du mouvement syndical. Si on veut être libre aujourd’hui face à un
nouveau président, à un nouveau gouvernement, il a fallu être libre
pendant la campagne. Moi je me sens, en tant que secrétaire général de
FO, complètement libre face au nouveau gouvernement puisqu’on n’a pas
donné de consigne de vote. Le rôle d’un syndicat en démocratie, c’est
d’être indépendant.
ROLAND SICARD
Vous disiez que François HOLLANDE ne vous a pas encore
consulté. Vous le regrettez ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ecoutez, non.
ROLAND SICARD
Ça vous aurait paru normal ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ça aurait pu se faire ou ça pourrait se faire rapidement. Vous
savez que moi, je commence à vieillir. Je me souviens qu’en 81, quand
MITTERRAND avait été élu, il y avait eu comme une antenne
présidentielle qui s’était mis en place avant la formation du gouvernement
pour avoir des premiers contacts non pas avec le président
obligatoirement mais avec l’entourage. Je pense que ça va venir.
ROLAND SICARD
Mais pourquoi il ne le fait pas, là ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ça, c’est à lui qu’il faut poser la question. Ça, je n’en sais rien. Je
pense qu’il y a eu beaucoup de contacts diplomatiques, si j’ai bien
compris, depuis deux jours. Bon, eh bien viendra un moment où il y aura
le contact avec les organisations syndicales et patronales d’ailleurs. Je
pense que le plus rapide sera le mieux.
ROLAND SICARD
Est-ce qu’il y a eu des contacts avec le MEDEF en revanche ?
entre vous et le MEDEF ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui. Moi j’ai vu madame PARISOT il n’y a pas très longtemps mais
ça fait partie des contacts réguliers que nous avons pour faire le point sur
les dossiers parce qu’on a toute une série de négociations en cours et qui
vont se poursuivre d’ailleurs. On a un agenda social avec le patronat,
donc cet agenda va se poursuivre.
ROLAND SICARD
Sur quels dossiers justement ça peut être difficile ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Il y a un premier dossier qu’on va avoir avec le gouvernement :
c’est celui des retraites par exemple.
ROLAND SICARD
Alors ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
François HOLLANDE a pris l’engagement pendant la campagne
qu’il rétablirait le droit à partir à 60 ans pour ceux qui auront la durée de
cotisation. Alors nous, notre revendication elle est beaucoup plus large
que ça, bien entendu, mais dans un premier temps est-ce que le départ à
60 ans sera uniquement sur les périodes réellement travaillées, ce qu’on
appelle les périodes cotisées ? ou est-ce que ce sera sur les périodes
cotisées et validées ? La différence est de taille. Nous, nous demandons
cotisées et validées.
ROLAND SICARD
Prenez un exemple précis.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui. Par exemple, quelqu’un qui a été au chômage, si c’est des
périodes cotisées, la période de chômage ne sera pas prise en
considération. Une femme dans le secteur privé qui a eu un enfant, qui a
le droit à deux ans de validation : si c’est cotisé, ce ne sera pas pris en
compte. Quelqu’un qui aurait été en congé parental d’éducation ;
quelqu’un qui aura été malade plus d’un an ou en accident du travail plus
d’un an : toutes ces périodes-là sauteraient, ça veut dire que le champ
serait très restreint. Donc est-ce que ce sera du cotisé – auquel cas, on ne
sera pas satisfait – ou est-ce que ce sera du cotisé ou du validé, ce que
nous demandons ?
ROLAND SICARD
Est-ce que vous diriez qu’il y a une ambiguïté, là, chez François
HOLLANDE ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
L’ambigüit. a été un peu levée la semaine dernière mais pas dans
le bon sens, puisque je l’ai entendu dire la semaine dernière – il n’était
pas encore élu – que ce serait du cotisé puis on verrait plus tard pour le
validé. Non ! C’est maintenant qu’il faut décider. C’est un décret, c’est
quelque chose qui va se décider très rapidement.
ROLAND SICARDIl a annoncé un coup de pouce sur le SMIC. Ça vous paraît
suffisant ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Un coup de pouce, il n’y en a pas eu depuis six ans. Alors qu’il y
ait un coup de pouce, après on discutera. C’est le gouvernement qui
décide. Mais ce n’est pas que le SMIC. Nous, on a une revendication qui
sera progressive, mais il faut qu’il y ait un coup de pouce mais il faut
aussi, et je le demanderai, que le gouvernement réunisse très rapidement
les branches là où il y a des premiers niveaux de salaire inférieurs au
SMIC. Ça existe dans beaucoup de branches aujourd’hui. Donc le
gouvernement peut réunir ce qu’on appelle des commissions mixtes
paritaires pour que dès l’augmentation du SMIC, il y ait des négociations
dans toutes les branches. Ça, c’est une demande que je formulerai, bien
entendu.
ROLAND SICARD
On a beaucoup parlé pendant la campagne de plans sociaux
cachés et qui seraient révélés après l’élection. Est-ce que vous pensez
que c’est réel ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, je pense que c’est réel. Je ne peux pas vous donner un timing
mais on sait que dans le secteur de la métallurgie, il y a des plans sociaux
qui peuvent arriver, dans le secteur du commerce, dans le secteur
financier. Donc il y a effectivement des risques de plans sociaux
importants qui risquent, dans les semaines à venir, de sortir. C’est lié
aussi pas obligatoirement à la campagne électorale. C’est lié aussi au fait
qu’on est en quasi récession. On est proche de la croissance zéro. Ça a
obligatoirement des effets sur l’emploi dans les grandes entreprises et
aussi dans la sous-traitance. Ça, ce sera un des dossiers lourds
également.
ROLAND SICARD
Alors autre dossier : le salaire des patrons. François HOLLANDE a
dit qu’il ferait un écart de un à vingt dans le public. Ça vous paraît
suffisant ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
C’est une revendication qu’on a au niveau européen qui est de
limiter l’écart entre le plus bas salaire et le plus haut salaire de un à vingt.
Donc ça, s’il y a une décision dans ce sens, ça va dans le bon sens – en
tous les cas, pour les entreprises publiques, c’est ce qu’il a annoncé, donc
on verra la décision. Mais ça, ça va plutôt dans le bon sens.
ROLAND SICARD
Mais ça peut être difficile parce qu’il y a des entreprises où l’Etat
n’est qu’actionnaire.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui mais ça – alors, je ne sais pas comment ils vont faire les
choses, parce que là où l’actionnaire majoritaire, où là l’Etat est en
situation de décider ou pas. Je prends un exemple : AREVA, où
l’actionnaire est majoritaire. Donc ça peut être, ça peut faire partie des
réductions des inégalités qui sont nécessaires dans notre pays.
ROLAND SICARD
Et dans le privé ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ah, dans le privé c’est un peu plus difficile pour l’Etat de décider
mais vous savez, il y a à la fois le salaire et puis il y a tout le reste. Il y a
les bonus, il y a les stock-options, ça fait parfois beaucoup plus élevé pour
un patron – rappelez-vous dernièrement monsieur LEVY par exemple, ce
qu’il a pu toucher en bonus.
ROLAND SICARD
Maurice LEVY.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, Maurice LEVY. Donc il n’y a pas que le salaire, il y a aussi
tout le reste.
ROLAND SICARD
Alors on parlait de la compétitivité des entreprises tout à l’heure.
Laurence PARISOT est inquiète. Est-ce que vous aussi vous êtes inquiet
de ce point de vue là ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Non, je ne suis pas particulièrement inquiet.
ROLAND SICARD
Est-ce qu’il y aura un problème de coût du salaire ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ah non, écoutez. Moi j’ai déjà expliqué – je n’ai pas changé de
position avant et après l’élection. Vous savez que le président, monsieur
SARKOZY, avait annoncé et avait voulu qu’on négocie sur des accords
compétitivité emploi. C’est une négociation qui a démarré. Moi je l’ai dit :
nous ne rentrerons pas, Force Ouvrière, dans cette démarche. Si on
commence à…
ROLAND SICARD
Cet accord-là, ça veut dire que si on se met d’accord dans une
entreprise, ça prévaut sur la loi.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, ça prévaut sur la loi mais c’est travailler…
ROLAND SICARD
Vous êtes contre ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Bien sûr ! C’est rentrer dans une logique économique qui est une
logique fausse. On rejoint d’ailleurs le débat qui va avoir lieu très
rapidement au niveau européen. Est-ce qu’il faut faire – moi je pense qu’il
faut renégocier complètement les traités. Si on veut casser la logique
d’austérité, il ne faut pas simplement faire : « On va faire un petit ajout
avec de la croissance », ce n’est pas suffisant.
ROLAND SICARD
Vous pensez que François HOLLANDE le fera comme il a dit ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Je ne sais pas. Est-ce qu’il fera une renégociation ? Est-ce qu’il
fera un ajout avec madame MERKEL ?
ROLAND SICARD
Les Allemands continuent à dire non.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, ils continuent à dire non. Eh bien, à nous de taper du poing
sur la table. Vous voyez bien ce qui se passe en Grèce, vous voyez bien
ce qui se passe au Portugal, ce qui se passe en Italie. Si on ne sort pas
de cette logique d’austérité, ce qui suppose de renégocier complètement
les traités, on va dans le mur en France comme ai
Alain JUPPE
Europe 1, L’interview politique – 08h20
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Après 5 années à l’Elysée on va guetter tout à l’heure les visages
et je suppose les ultimes formules, c’est l’alternance et l’émotion, qu’estce
qui va prédominer quand vous serez entre vous ?
ALAIN JUPPÉ
L’émotion bien sûr, une forme de tristesse, mais aussi le message
que nous adresserons tous je pense à Nicolas SARKOZY qui sera un
message de gratitude. Parce qu’il aura été un grand président, il ne faudra
pas beaucoup de temps d’ailleurs pour qu’on le reconnaisse, il aura
protégé la France et les Français dans une période exceptionnellement
difficile, il aura surtout mené à bien une série de réformes très profondes
qui ont vraiment modernisé la France et, donc, je pense que c’est un
grand merci que nous lui dirons.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et combien de temps faut-il pour se remettre d’une émotion, de ce
que vous avez appelé une défaite dans l’honneur ?
ALAIN JUPPÉ
On serait très vite, vous savez Jean-Pierre ELKABBACH, on
remonte sur le cheval – c’est ce que fait l’UMP aujourd’hui – et nos 577
candidats sont déjà au travail dans toutes les circonscriptions législatives.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et s’il y avait un testament politique de Nicolas SARKOZY
président de la République, quel serait-il ?
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Je crois qu’il l’a délivré, si je puis dire, dimanche soir avec
beaucoup de dignité. Je crois que ce qui restera essentiellement de ce
message c’est la nécessité pour la France de tenir son rang, d’être à la
hauteur de son histoire, d’être en initiative sur la scène internationale, et
puis c’est aussi un message adressé aux Français : rien ne se fera sans
effort, rien ne se fera sans travail, rien ne se fera sans reconnaissance du
mérite, c’était un message fort.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pensez que l’histoire dira que Nicolas SARKOZY
est en train de réussir mieux son départ que son arrivée ?
ALAIN JUPPÉ
Je ne sais pas ! Je ne suis pas l’histoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, devant l’Arc de triomphe…
ALAIN JUPPÉ
En tout cas, il réussit son départ.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les 2 combattants ont offert un moment plutôt sincère
d’apaisement et de réconciliation, comme si la France était en effet plus
grande que nous tous et qu’eux-mêmes, vous étiez là, qu’est-ce que vous
avez ressenti ?
ALAIN JUPPÉ
Bien sûr ! Eh bien vous savez la France est une démocratie solide,
avec des institutions solides. C’était effectivement très émouvant, d’abord
parce qu’à l’Arc de triomphe, sous le drapeau tricolore, devant la flamme
du Soldat inconnu, c’est toujours très émouvant et je crois que les
responsables politiques – à commencer par Nicolas SARKOZY et
François HOLLANDE – ont donné un bel exemple de respect des valeurs
républicaines.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez là il y a 17 ans, quand il y avait MITTERRAND et
CHIRAC…
ALAIN JUPPÉ
Oui ! C’est vrai, oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui.
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Eh bien j’étais un peu plus joyeux ce jour là.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le nouveau président de la République s’installe, jusqu’ici est-ce
que vous pensez qu’il a fait un sans faute et que la transition est en train
de réussir…
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Eh bien, écoutez, je considère…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A ce stade ?
ALAIN JUPPÉ
A ce stade, c’est un peu prématuré pour parler de réussite. On est
à J + combien ? 3 ! On va voir la mise en place du gouvernement, les
premières initiatives, il ne faut pas trop se précipiter, je sais qu’il y a un
très grand enthousiasme partout pour dire que c’est extraordinaire, on
jugera aux actes, pour l’instant il n’y a pas eu beaucoup d’actes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain JUPPE vous ne sera donc pas candidat à Bordeaux pour les
Législatives du mois de juin, sur place il parait que ça a créé un choc, si
ce n’est, ni un forfait, ni une désertion de votre part, qu’est-ce que c’est ?
ALAIN JUPPÉ
C’est un choix ! C’est un choix. J’ai bien reçu le message que les
Bordelais m’avaient d’ailleurs déjà adressé en 2007, ils souhaitent que je
me consacre à 1 mandat et pas à 2 et d’ailleurs, avec la victoire de
François HOLLANDE, c’est un peu bizarre de se présenter pour une
fonction qu’on sait qu’on ne pourra pas exercer puisqu’il y aura non cumul
des mandats, donc j’ai choisi d’emblée de me consacrer totalement à mon
mandat municipal. Je ne sais pas si vous avez vu ce petit reportage hier à
la télévision…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
J’ai vu ! J’ai vu.
ALAIN JUPPÉ
Bordeaux est aujourd’hui la ville de France la plus attractive,
notamment sur le marché immobilier, parce qu’on y a fait un travail
formidable, et j’ai bien l’intention de continuer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Ce qui était intéressant dans ce reportage c’est que
Bordeaux, dans le classement, passe juste devant Nantes.
ALAIN JUPPÉ
Enfin juste devant, oui, nous sommes numéro 1. Voilà !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C’est peut-être un signe pour Jean-Marc AYRAULT ! Et devant
Lyon et Paris.
Au passage, si Nicolas SARKOZY avait gagné et non le Parti
Socialiste, vous seriez resté à Bordeaux ou vous auriez été candidat à la
députation ?
ALAIN JUPPÉ
Je ne sais pas ! C’est une hypothèse qui ne s’est pas vérifiée,
donc je ne peux pas vous répondre aujourd’hui, ne refaisons pas l’histoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, et l’UMP que vous avez fondé en 2002, elle a besoin
apparemment qu’on s’occupe d’elle, vous avez même servi – d’après ce
qu’on nous dit – de sage, de médiateur entre Jean-François COPE et
François FILLON…
ALAIN JUPPÉ
Eh bien…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu’ils en sont là déjà…
ALAIN JUPPÉ
Vous savez ce n’est pas la première fois…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou encore ?
ALAIN JUPPÉ
Ce n’est pas la première fois que je ressens un profond décalage
entre le commentaire et la réalité – je ne parle pas de ce que vous dites,
Jean Pierre, bien sûr – mais j’étais hier, avant-hier plus exactement, lundi,
au siège de l’UMP et je n’ai absolument pas senti de menace, de fracture
et d’explosion, au contraire l’expression d’une volonté d’unité très forte et
de retour au combat, parce que, après tout, il est tout à fait possible que
nous gagnions ces élections législatives et c’est ça qui anime aujourd’hui
l’UMP autour de ses dirigeants et dans un esprit très collectif.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour Claude GUEANT, que je viens d’entendre, il serait préférable
que la majorité sortante reste la majorité pour appliquer plutôt son
programme – autrement dit la cohabitation – et vous venez d’exprimer le
même sentiment, ce n’est pas un rêve fou de la part de la majorité qui
s’en va ?
ALAIN JUPPÉ
Ce n’est jamais un rêve fou de se battre pour gagner, c’est même
le B.A BA en politique ! Et nous allons nous battre dans ces élections
législatives pour gagner, je vais, moi-même, aller soutenir un grand
nombre de candidats sur le terrain et nous sommes tous mobilisés dans
cet esprit.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on voit bien que le président François HOLLANDE va
réclamer – et c’est logique – pour sa propre majorité et pour appliquer son
programme une majorité absolue ou confortable, qu’est-ce qu’il resterait
de vos 310 députés ?
ALAIN JUPPÉ
Eh bien peut-être une majorité, Jean-Pierre.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Merci de m’appeler par mon prénom.
ALAIN JUPPÉ
Pardon ! Pardon.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain, hein, oui.
ALAIN JUPPÉ
Pardon de cette…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
François HOLLANDE est…
ALAIN JUPPÉ
Je déroge à mes habitudes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà !
ALAIN JUPPÉ
C’est peut-être l’émotion vous savez.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Oui, oui. François HOLLANDE…
ALAIN JUPPÉ
… un peu particulière.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C’est peut-être un jour d’émotion, effectivement…
ALAIN JUPPÉ
Voilà !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça se traduit comme ça.
Mais François HOLLANDE est arrivé en tête dans 333
circonscriptions, Nicolas SARKOZY dans 244, la majorité est de 289,
autrement dit avant la campagne le PS a déjà la majorité de députés ?
ALAIN JUPPÉ
Ah ! Non, non, non. Avant la campagne il n’a pas la majorité de
députés, il l’aura peut-être après la campagne, mais on ne peut pas
anticiper sur le vote et vous savez très bien que dans un vote législatif les
personnalités comptent, on ne voter plus pour HOLLANDE et SARKOZY
mais pour des candidats dans chacune des circonscriptions et ça peut
changer complètement les données des problèmes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous considérez…
ALAIN JUPPÉ
Je rappelle d’ailleurs que… Voilà ! 48 virgule je ne sais plus
combien, 5, ou un petit peu plus, et 51,5, donc la marge n’est pas
considérable.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alain JUPPE, pour vous est-ce que François BAYROU est dans la
majorité présidentielle de François HOLLANDE ?
ALAIN JUPPÉ
Oh ! Moi je suis un être simple, quand on vote pour HOLLANDE,
on est avec HOLLANDE.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc l’UMP va lui opposer à Bordeaux… Euh ! A Pau, à Pau, à
Pau, un bon candidat pour l’empêcher d’être élu…
ALAIN JUPPÉ
Eh bien la commission d’investiture…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comme une punition quoi ?
ALAIN JUPPÉ
Mais pourquoi ça serait une punition ? Si c’est le cas, si c’est ce
que décide la commission d’investiture, ça sera une clarification, il y a des
moments où il faut être clair et conforme à ses déclarations.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors est-ce que vous craignez sur le plan international un rebond,
un redémarrage de la crise en Europe à cause de l’état de la Grèce, on dit
qu’elle pourrait quitter même la Zone Euro ?
ALAIN JUPPÉ
Oui ! La situation est extrêmement difficile, extrêmement tendue.
Les résultats des élections en Grèce ont montré un recul très fort des « 2
parties de gouvernement », entre guillemets, et une progression des
extrêmes, et donc c’est extrêmement préoccupant, il va falloir suivre au
jour le jour l’évolution de la Grèce. Je rappelle que l’Espagne n’est pas
tirée d’affaires non plus et que l’Italie a également des problèmes, donc la
Zone Euro est dans une situation très difficile et toute remise en cause
des traités qui ont été si difficilement négociés et signés à la fin du mois
de janvier risquerait de provoquer des turbulences difficilement
contrôlables, c’est d’ailleurs le message que la Chancelière MERKEL a
adressé dès hier, elle ne renégociera pas ce traité.
Alors je vois qu’on nous dit aujourd’hui croissance, croissance,
mais on découvre l’Amérique si je puis dire à nouveau, la croissance elle
est à l’ordre du jour depuis des mois – et d’ailleurs Monsieur VON
ROMPUY…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais plus seulement l’austérité ?
ALAIN JUPPÉ
Non ! Non, mais jamais seulement l’austérité. Dans le traité, je ne
veux pas revenir sur l’analyse de ce traité, dans l’un des deux traités qui a
été signés il y a un chapitre entier sur la croissance et Monsieur VON
ROMPUY vient de convoquer un conseil européen extraordinaire pour
examiner les propositions de soutien à la croissance qui ont été élaborées
par la Commission depuis plusieurs mois à la demande des 27.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les mois de mai et de juin seront sans arrêt consacrés à
l’international… Pardon ! Quels seront les dossiers les plus brûlants et les
plus dangereux et qu’est-ce que vous allez dire bientôt, dans 5 jour, à
votre successeur au Quai d’Orsay ?
ALAIN JUPPÉ
Eh bien, écoutez, je lui transmettrai, conformément à la tradition
républicaine le flambeau et les dossiers. Pour moi, il y a 2 rendez-vous
majeurs : celui de l’OTAN à Chicago le 20 et le 21, on parlera de
l’Afghanistan et notamment du calendrier de retrait des groupes, mais
aussi de l’avenir de l’Alliance ; et puis le deuxième rendez-vous majeur,
on vient de l’évoquer, c’est évidemment le Conseil européen et l’adoption
de mesures, comme nous l’avons souhaité depuis des mois, de soutien à
la croissance, parce qu’il faut avancer sur 2 pieds, la stabilité mais aussi la
croissance .
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous lui direz bonne chance pour la France ?
BRUCE TOUSSAINT
Merci !
ALAIN JUPPÉ
Bonne chance ! Je souhaite que la France réussisse.
Gérard LONGUET
France Inter, L’invité d’Inter – 07h50
PASCALE CLARK
Vous étiez à l’Arc de Triomphe hier pour les cérémonies du 8 mai,
vous avez apprécié cet esprit républicain à deux têtes ?
GERARD LONGUET
Totalement et compte tenu de l’enjeu qui est la commémoration de
la capitulation nazie, il était bon que la France se retrouve et que la
République, après l’élection, soit en effet une République apaisée. Il y a
des rendez-vous internationaux majeurs pour notre pays, comme ministre
de la Défense j’en parle d’expérience, notamment l’Afghanistan et nous
avons besoin de Français qui se parlent.
PASCALE CLARK
Comment vous est apparu Nicolas SARKOZY ? Abattu ?
GERARD LONGUET
Apaisé !
PASCALE CLARK
Apaisé par la défaite alors.
GERARD LONGUET
Apaisé par le sentiment d’avoir un mandat de responsabilités où il
a donné, je le pense profondément, tout ce qu’il pouvait apporter en terme
d’énergie et en terme d’initiatives, il n’a pas été suivi par les électeurs, il
est parti d’assez bas dans les sondages, il est arrivé très haut dans les
résultats, il n’a pas eu la majorité, il n’a, à aucun moment dans cette
campagne démérité ou déçu ses partisans, votre serviteur au premier
rang.
PASCALE CLARK
A-t-il perdu, Nicolas SARKOZY, à cause de la droitisation de sa
campagne ?
GERARD LONGUET
Je ne le pense pas profondément, je pense que nous avons en
Europe de l’ouest des gouvernements en responsabilité qui affrontent une
crise considérable et cette crise les épuise. Nous avons en France une
particularité, vous l’avez évoquée d’ailleurs, trois victoires successives de
la droite, pour un électeur de moins de 40 ans, toujours un président de
droite, il y a un phénomène d’usure dont malheureusement Nicolas
SARKOZY porte en quelque sorte la facture alors qu’il n’a fait évidemment
qu’exercer ses responsabilités pendant cinq ans dans une période
extraordinairement difficile. Je crois que c’est profondément ces deux
raisons qui expliquent cela. La crise et trois victoires successives, la
quatrième était difficile.
PASCALE CLARK
Vous êtes au maximum de l’autocritique là ?
GERARD LONGUET
Le temps de l’analyse plus exactement viendra, on a un pays qui
est confronté à un rendez-vous majeur qui est celui de, comme d’ailleurs
tous les pays des 17 pays de l’euro, sauver l’euro. Nous avons à réfléchir,
moi ce qui m’intéresse c’est de me projeter dans l’avenir. Comment
sauver l’euro, comment sauver justement le 8 mai, cette formidable
réussite qu’est la construction européenne et dont l’aboutissement est une
monnaie commune, une économie commune et je le pense profondément,
une société de convergence.
PASCALE CLARK
Gérard LONGUET pas de droitisation de la campagne, pas de clin
d’oeil envoyé au Front National entre les deux tours ?
GERARD LONGUET
Mais il y a des sujets dans la société française dont le Front
National a fait évidemment ses choux gras, je pense à la sécurité en
particulier, mais ce sont des sujets que tout gouvernement a le devoir de
traiter et que tout candidat a le devoir d’évoquer. Je constate d’ailleurs
que les deux candidats ont évoqué ces sujets parce que ce sont des
sujets de la société, ce ne sont pas des propriétés de telle ou telle famille
politique, ce sont des sujets de la société.
PASCALE CLARK
C’est allé bien au-delà.
GERARD LONGUET
Non, non, vous avez de vrais sujets de société dans notre pays qui
sont liés par exemple à la place du travail par rapport à la solidarité ou à
l’assistanat. Nous avons l’ouverture de la France dans le monde, nous
avons quelles frontières accepter, le thème de la frontière qui est un
thème qui a été mis, réactualisé par Régis DEBRE, à tout seigneur tout
honneur, est un thème qui mérite d’être débattu, moi je pense que le
monde est ouvert et que s’il y a une frontière elle est aux limites de
l’Europe elle n’est certainement pas aux limites de la France.
PASCALE CLARK
Vous aviez vous-mêmes contribué Gérard LONGUET entre les
deux tours à envoyer des signaux au FN, vous regrettez cette interview
dans MINUTE ?
GERARD LONGUET
Je ne regrette pas l’interview à MINUTE pour deux raisons. La
première : d’abord il faut la lire complètement et ce que je dis sur le Front
National c’est de marquer une différence notamment sur ces thèmes
d’avenir que sont la construction européenne et la réussite de l’euro. Je
pense que Marine LE PEN a perdu ses chances en proposant de sortir de
l’Europe et en proposant de sortir de l’euro. C’était une erreur manifeste.
Mais je voudrais simplement vous dire…
PASCALE CLARK
Et vous est-ce que vous avez commis une erreur ?
GERARD LONGUET
Je pense qu’on ne commet jamais une erreur en indiquant la
réalité des faits. En revanche…
PASCALE CLARK
La réalité des faits c’est qu’elle est devenue, Marine LE PEN, une
interlocutrice.
GERARD LONGUET
Non, une interlocutrice, forcément vous l’inviterez vous-même
j’imagine à un moment ou à un autre, donc je ne vois pas pourquoi…
PASCALE CLARK
Oui mais nous nous posons des questions, en politique il y a des
éventuelles alliances…
GERARD LONGUET
On a le droit de poser des questions… non, d’alliance ce n’est pas
le sujet…
PASCALE CLARK
Jamais question ?
GERARD LONGUET
Ce n’est pas le sujet, il n’a jamais été évoqué. En revanche, quand
18% des Français expriment un vote, nous avons le devoir, à gauche
comme à droite, de nous poser les questions des raisons de ce vote. Et
se refuser de se poser les questions, c’est assurément mépriser ces
électeurs-là. Je m’interroge sur les électeurs de MELENCHON, je me
pose la question de savoir pourquoi il y a toujours deux candidats
trotskistes, je voudrais qu’on explique un jour pourquoi il y en a deux et
pourquoi pas un seul. Eh bien c’est le devoir absolu d’un citoyen de se
poser les questions sur les autres citoyens.
PASCALE CLARK
Quand même Gérard LONGUET, accorder une interview à
MINUTE entre les deux tours, c’est envoyer un signal, est-ce que Nicolas
SARKOZY était au courant ? Vous l’aviez prévenu par exemple ?
GERARD LONGUET
Pas du tout, c’est proprio motu, je considère que je suis majeur et
vacciné et si un journal me dit : je souhaite prendre position contre
François HOLLANDE, acceptez-vous de répondre à mes questions ? J’ai
pris mes responsabilités, j’ai accepté de répondre à MINUTE dont
j’ignorais d’ailleurs même l’existence parce que pour moi MINUTE c’est
les années…
PASCALE CLARK
Vous ne connaissez pas MINUTE ?
GERARD LONGUET
Attendez, MINUTE pour moi c’est les années 60, nous sommes en
2012.
PASCALE CLARK
Mais à l’époque vous connaissiez bien.
GERARD LONGUET
Oui je l’ai lu beaucoup quand j’avais 15 ans en effet madame, mais
c’était il y a 50 ans quand j’avais 15 ans.
PASCALE CLARK
Gérard LONGUET pour les législatives en cas de duel FN – PS au
second tour, que préconisez-vous ?
GERARD LONGUET
D’arriver en tête, d’être…
PASCALE CLARK
Non, non, d’accord, mais si ça se pose…
GERARD LONGUET
C’est exactement cela, d’arriver en tête parce que pourquoi voulezvous
que je m’enferme…
PASCALE CLARK
C’est une non réponse.
GERARD LONGUET
Pourquoi voulez-vous que je m’enferme dans la réponse, dans une
réponse que nous pouvons éviter si nous avons en effet, un UMP qui est
premier ou second et à ce moment-là je renverrai la question au Parti
socialiste et je suis persuadé que vous aurez à coeur de poser au Parti
socialiste la même question car je vous rappelle…
PASCALE CLARK
Donc vous ne répondez pas, vous ne choisissez pas ?
GERARD LONGUET
…j’ai une singularité, c’est qu’en 1997 j’ai été battu à la demande
de Jean-Marie LE PEN parce que j’avais dénoncé sa supercherie qui était
en 92 l’alliance socialiste et Front National pour tenir la région lorraine,
merci de le rappeler.
PASCALE CLARK
En 2012 vous ne choisissez pas ?
GERARD LONGUET
En 2012 le moment venu, je m’exprimerai. Mais le moment n’est
pas venu, le moment ce sera à la veille du deuxième tour des législatives.
PASCALE CLARK
Donc vous ne le dites pas aujourd’hui. En sortant du studio vous
allez vous dirigez vers le dernier conseil des ministres, avez-vous préparé
un message, rapidement, un geste pour Nicolas SARKOZY ?
GERARD LONGUET
De reconnaissance et de gratitude. J’ai passé quand même
ministre de la Défense, les moments les plus passionnants de mon
existence politique et je lui suis très reconnaissant de m’avoir nommé et
surtout, d’avoir dirigé les armées avec dignité, courage, de les avoir
engagés avec succès en Libye et en Côte d’Ivoire.
Claude GUEANT
RTL, L’invité d’RTL – 07h50
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez participer tout à l’heure au dernier Conseil des
ministres, présidé par Nicolas SARKOZY. Quel est votre état d’esprit ?
CLAUDE GUEANT
C’est un moment particulièrement émouvant, bien entendu, parce
que le Conseil des ministres est le lieu où se prennent les grandes
décisions, où s’arrêtent les projets de loi, par exemple, et chaque Conseil
des ministres est émaillé, de la part du président, de considérations, tout à
fait passionnantes, d’ailleurs, sur sa vision du monde de la France, et ce
sera l’occasion de se remémorer tout ce qui a été fait, qui est
considérable, parce que depuis 5 ans, il y a eu énormément de réformes,
mais le mot réforme est un peu galvaudé et je préfèrerais dire
énormément de mesures d’adaptation au monde moderne, et je pense
que l’histoire en fera crédit à Nicolas SARKOZY.
JEAN-MICHEL APHATIE
Terminer sur un échec, c’est difficile ?
CLAUDE GUEANT
Eh bien, évidemment, d’autant que j’ai un rôle particulièrement
délicat, ce matin, puisque je vais avoir la tâche douloureuse de présenter
le résultat des élections présidentielles. C’est vrai, ceci dit le président a
fait une magnifique campagne, il faut savoir que par rapport au stock de
droite qui était rassemblé a premier tour, il a gagné 21 points entre les
deux tours, je crois que ça montre la pugnacité qui a été la sienne et sa
force de persuasion à l’égard de l’opinion.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c’est un échec, pourquoi cet échec Claude GUEANT ?
CLAUDE GUEANT
Mais c’est un échec, parce que c’est la règle démocratique comme
ça. Si vous voulez mon interprétation…
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, c’est ce que je veux.
CLAUDE GUEANT
C’est que… Mon interprétation, c’est que, dans la crise, et nous ne
sommes pas sortis de la crise, et les Français ont vécu la crise, quand il y
a un taux de chômage tel que celui que nous connaissons, un
gouvernement sortant ne peut pas gagner les élections, et c’est ce que
nous avons observé partout en Europe.
JEAN-MICHEL APHATIE
La personnalité de Nicolas SARKOZY est en cause, on l’a décrit
comme trop clivant, on a parlé d’erreur de comportement, d’un début de
quinquennat manqué. C’est aussi dans la facture, tout cela, Claude
GUEANT ?
CLAUDE GUEANT
C’est vrai que Nicolas SARKOZY est moins aimé, ou était moins
aimé, au moment de l’élection, qu’il ne l’était au début de son
quinquennat, lorsqu’il a été élu en 2007, c’est vrai qu’il a commis quelques
erreurs, les Français restent attachés à une conception très monarchique,
très formelle, du rôle du président de la République, c’est quelqu’un qui
est profondément moderne, qui a voulu dépoussiérer l’institution, vivre
comme les autres, se comporter comme les autres, et c’était sans doute
prématuré.
JEAN-MICHEL APHATIE
Depuis la défaite de dimanche soir, vous avez sans doute eu
l’occasion de parler avec Nicolas SARKOZY.
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Qu’est-ce qui l’emporte, chez lui ? La tristesse d’avoir perdu, une
forme de peur devant l’inactivité qui l’attend…
CLAUDE GUEANT
Non, je pense…
JEAN-MICHEL APHATIE
… de soulagement, disent certains ?
CLAUDE GUEANT
Non, je n’ai pas du tout cette impression de soulagement. Bon,
c’est vrai que je sens qu’il est triste, bien qu’il n’exprime pas de sentiment
de cette nature, mais je crois qu’il a le sentiment du devoir accompli, la
conviction de s’être bien battu, d’avoir porté ses idées, et par conséquent,
c’est une vraie sérénité qui l’habite.
JEAN-MICHEL APHATIE
Pas la peur du vide ?
CLAUDE GUEANT
Elle n’est pas perceptible.
JEAN-MICHEL APHATIE
Elle peut exister.
CLAUDE GUEANT
Elle peut exister, parce que c’est quelqu’un que je connais bien, il
accepte de se reposer trois jours, mais enfin, au bout de trois jours, il
bouillonne et il a envie de faire plein de choses. Ceci dit, il n’y a pas que la
politique dans la vie, il a dit qu’il prendrait du champ par rapport à la vie
politique, qu’il resterait partie de sa famille, mais sans chercher à
conquérir un autre mandat ni à jouer un rôle actif, et je pense qu’il y a bien
d’autres choses, voyager, lire, rencontrer des gens, parler, exercer un
métier peut-être, ça occupe son homme, ainsi.
JEAN-MICHEL APHATIE
Croyez-vous à un retrait temporaire ou définitif, de l’activité
politique pour Nicolas SARKOZY ?
CLAUDE GUEANT
Il a dit clairement qu’il resterait dans la famille, c’est-à-dire qu’il
participerait à des réunions, mais pas avant la rentrée, après l’été, mais
enfin il ne jouera pas de rôle actif. Je crois qu’il est absolument déterminé
à cet égard. Je le regrette pour ma part, mais c’est ainsi.
JEAN-MICHEL APHATIE
C’est-à-dire que, ce matin, Claude GUEANT, vous diriez plutôt que
Nicolas SARKOZY va se retirer à peu près définitivement de la vie
politique.
CLAUDE GUEANT
Je pense, oui, je pense.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous le regrettez un peu.
CLAUDE GUEANT
Et je le regrette.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et il n’y a pas de solution.
CLAUDE GUEANT
Mais non, puisque c’est sa décision à lui. Non, je pense qu’il aurait
encore beaucoup à apporter à notre famille, compte tenu de son
expérience, qui est considérable, à apporter à notre famille, à la réflexion
de la famille, parce qu’il sent bien la société française, avec toutes ses
fibres, puisqu’il a sillonné la France, rencontré des centaines de milliers de
Français au cours de ces années, mais enfin, c’est son choix. Il veut
tourner la page.
JEAN-MICHEL APHATIE
Nous sommes le 9 mai 2012, ce qui est devant nous, Claude
GUEANT, ce sont des élections législatives.
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Nicolas SARKOZY a un successeur à l’UMP, aujourd’hui ?
CLAUDE GUEANT
Eh bien, il y a un patron à l’UMP, Jean-François COPE est le
secrétaire général, Nicolas SARKOZY … était le président, mais il n’a pas
été remplacé dans son poste de président, et il va mener pour l’UMP, la
bataille aux législatives. Il y a eu un bureau politique dès lundi, il y en a un
autre jeudi matin, qui sera précédé d’un comité stratégique pour actualiser
un tout petit peu, sans doute, le programme présidentiel, et c’est sur ce
programme que nous irons à la bataille des législatives.
JEAN-MICHEL APHATIE
Dans les faits, Jean-François COPE aujourd’hui est le successeur
de Nicolas SARKOZY, on peut le dire comme ça.
CLAUDE GUEANT
Ecoutez, aujourd’hui, Jean-François COPE est à la tête de l’UMP,
personne ne lui conteste son rôle, le bureau politique qui s’est tenu lundi,
était parfaitement unitaire, nous irons, unis, sur un même programme.
JEAN-MICHEL APHATIE
Si l’UMP gagne les élections législatives, c’est Jean-François
COPE qui devient le chef du gouvernement.
CLAUDE GUEANT
Ça, je ne sais pas…
JEAN-MICHEL APHATIE
C’est ça la question de la succession !
CLAUDE GUEANT
Non non mais… oui oui, enfin, je ne peux pas lire dans le marc de
café, d’autant que j’appelle l’attention sur le fait que c’est le président de la
République qui choisit le Premier ministre, même si dans un cas de
cohabitation, que vous évoquez, il faut bien sûr un dialogue entre le
président et la majorité.
JEAN-MICHEL APHATIE
Elections législatives 10/17 juin.
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Une cohabitation, c’est souhaitable pour le pays, ou pas ?
CLAUDE GUEANT
Bon, moi je pense que, institutionnellement, au regard de ce qui
fonde la Vème République, ce n’est pas logique, mais il n’empêche que,
très franchement, je crois que ce serait bien pour la France, que la
majorité sortante puisse appliquer son programme, plutôt que ce soit le
Parti socialiste qui applique son programme. Nous ne pouvons pas aller à
nouveau vers la dépense publique, vers les déficits, vers les impôts, vers
les diminutions de compétitivité.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais, cela, vous l’avez expliqué…
CLAUDE GUEANT
Donc, pour l’intérêt de la France… pour l’intérêt de la France, je
pense que ce serait bien que la majorité sortante reste à l’Assemblée
nationale, la majorité.
JEAN-MICHEL APHATIE
Cela, vous l’avez expliqué à l’occasion de l’élection présidentielle,
aux citoyens, qui ne vous ont pas suivi.
CLAUDE GUEANT
Oui, bien sûr. Mais enfin…
JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, ce serait paradoxal qu’ils vous suivent maintenant.
CLAUDE GUEANT
Mais, écoutez, le citoyen peut changer d’avis en l’espace de
quelques semaines, nous aurons aussi, le citoyen aura l’occasion de se
faire une appréciation sur les quelques semaines de gouvernement de
monsieur HOLLANDE.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes, vous-même, Claude GUEANT, candidat aux élections
législatives à Boulogne…
CLAUDE GUEANT
Oui.
JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous figurez, c’est Bruno GOLLNISCH, le numéro 2 du Front
national, qui l’a rendu public hier, sur une liste de personnalités, que le
Front national désire voir battues. Vous figurez sur cette liste parce qu’ici
même, le 24 avril, vous avez dit qu’en cas de duel aux élections
législatives, au 2ème tour, entre un candidat du Front national et un
candidat du Parti socialiste, vous ne voteriez jamais, avez-vous dit, pour le
candidat du Front national. Maintenez-vous cela, ce matin, Claude
GUEANT ?
CLAUDE GUEANT
Oui, je maintiens cela, effectivement, ce qui me permet d’ailleurs
de dire que, ce que j’ai dit, c’est exactement ce que vous venez de
rappeler, Jean-Michel APHATIE, et je n’ai pas dit que je voterais pour le
candidat socialiste non plus, hein, mais je…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous avez dit « je ne voterai jamais pour un candidat du Front
national ».
CLAUDE GUEANT
Vous me permettrez de remarquer que, faire des listes, que
monsieur GOLLNISCH qualifie de « listes noires », dans une démocratie
comme la nôtre, c’est quand même quelque chose d’inquiétant.
JEAN-MICHEL APHATIE
C’est pas républicain.
CLAUDE GUEANT
Je trouve que c’est inquiétant.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes triste ce matin ?
CLAUDE GUEANT
Oui, bien sûr, bien sûr, oui, c’est une époque qui a été absolument
passionnante, autour de Nicolas SARKOZY nous avons tous la conviction
que nous avons fait beaucoup, pour adapter la France au XXIème siècle,
elle avait besoin de l’être, elle a besoin de l’être encore, ne serait-ce que
parce que le monde bouge très vite, il faut toujours s’adapter, donc nous
sommes tristes d’abandonner une oeuvre qui n’est pas achevée, c’est vrai.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c’est la loi de la démocratie.
CLAUDE GUEANT
Mais c’est la loi de la démocratie.
Xavier BERTRAND
Canal+, La Matinale – 07h50
CAROLINE ROUX
C’est vrai, c’est votre dernier conseil des ministres, la dernière fois
que vous allez entrer vous asseoir aux côtés du président salon Murat.
Est-ce que, pour parler un peu de vous…
XAVIER BERTRAND
Jusqu’aux élections législatives.
CAROLINE ROUX
Jusqu’aux élections législatives…
XAVIER BERTRAND
Gagner aussi les élections législatives.
CAROLINE ROUX
On y viendra après si vous le voulez bien – est-ce que vous y allez
un peu avec le noeud au ventre ?
XAVIER BERTRAND
Oui, avec un sentiment particulier. Oui, c’est vrai. J’ai une histoire
un peu particulière parce que je n’ai pas le profil-type du ministre comme
on a pu le penser voilà quelques années. Je n’ai pas fait les grandes
écoles type l’ENA, je suis provincial, je n’ai jamais été dans un cabinet
ministériel et comme ça n’avait jamais dû commencer, j’ai toujours pensé
qu’un jour ça s’arrêterait. Bien, il n’empêche, il n’empêche que ce n’est
pas un matin comme les autres et, pour ne rien vous cacher, ce n’est pas
par rapport à mes fonctions. On n’est pas propriétaire de ses fonctions
ministérielles, à peine locataire mais pas propriétaire, et surtout moi j’ai
déjà quitté mes fonctions ministérielles volontairement à deux reprises.
C’est par rapport à Nicolas SARKOZY aussi, ce conseil des ministres
avec lui, avec la suite de ce résultat, de cette défaite aux élections
présidentielles, surtout par rapport à lui.
CAROLINE ROUX
Pourquoi ? Il vous fait de la peine ?
XAVIER BERTRAND
Oui. Je vois aussi la dignité, la force qui est la sienne en ce
moment et on voit bien que ça ne doit pas être intérieurement,
personnellement aussi simple. Donc il y a un sentiment un peu mêlé.
Vous l’avez dit : oui, on repart pour ces élections législatives pour les
gagner. Et puis en même temps, j’ai conscience que les Français ont
choisi, n’ont pas choisi mon candidat, et comme il y a le président qui est
là, c’est un sentiment très particulier. J’ai peut-être un peu de mal à
l’expliquer mais oui, ce n’est pas un matin comme les autres.
CAROLINE ROUX
Non, non, vous l’avez très bien expliqué. Nous assistons depuis
dimanche aux premiers pas de François HOLLANDE président de la
République élu. Alors travail, concentration, pas de jour de repos, pas
d’escapade en bateau. Est-ce que vous considérez que François
HOLLANDE a réussi son arrivée, peut-être mieux que Nicolas SARKOZY
il y a cinq ans ?
XAVIER BERTRAND
Attendez, il est très tôt pour le dire, il est trop tôt pour le dire. Par
contre, je trouve que la République française a donné une très belle
image avec François HOLLANDE et Nicolas SARKOZY hier. C’est ce que
je retiens surtout, et qu’un président aussitôt soit au travail pour constituer
ses équipes, ça avait été le cas en 2007. Mais quand même, la dignité, la
dignité de cette journée je trouve, la République qui sait montrer surtout
un 8 mai qu’elle est unie, ça fait du bien et ça montre aussi à la politique
qu’elle n’est pas obligée d’être aussi violente pendant une campagne. Pas
obligée. La crise est violente, la vie des Français est difficile. Je le dis,
c’est un peu un message : on verra quelle est la tonalité de la campagne.
Oui, mais on n’est pas obligé d’être agressif, notamment je pense à tout
ce qui s’est passé ces cinq dernières années, par rapport à toutes les
outrances. Si on pouvait retenir la leçon de la soirée électorale et de cette
journée d’hier, ça ferait du bien. Combattif, on a le droit.
CAROLINE ROUX
Alors, il vous faudrait envoyer un petit message à Maryse
JOISSAINS, vous la connaissez.
XAVIER BERTRAND
Oui, je la connais.
CAROLINE ROUX
Elle est maire UMP d’Aix-en-Provence. Elle, elle conteste tout
simplement la légitimité de François HOLLANDE, président élu. Elle
trouve qu’il n’a pas la carrure, qu’il ne ressemble pas à un président, qu’il
agite ses petits bras dit-elle. Est-ce qu’elle dépasse les bornes ? Est-ce
qu’il faut qu’elle soit recadrée ?
XAVIER BERTRAND
Les Français ont choisi, les Français ont élu François HOLLANDE.
Voilà. La légitimité, elle est claire et je retiens une image de la journée
d’hier. Plus que les propos de Maryse JOISSAINS, c’est cette image de
Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE, très clairement.
CAROLINE ROUX
Oui.
XAVIER BERTRAND
C’est le président, c’est le président.
CAROLINE ROUX
Il a réussi sa sortie Nicolas SARKOZY ? C’est important de réussir
sa sortie.
XAVIER BERTRAND
Oui. Oui, oui. Mais il y a aussi la transition la semaine prochaine.
Le président nous l’a dit : il met un point d’honneur à montrer que les
choses peuvent se passer de façon apaisée. Et oui, je pense – je suis très
surpris par le nombre de personnes qui disent : « Franchement, le
discours à la Mutualité, chapeau. Cette image hier, ça grandit. Ça grandit
l’image de notre pays. » Oui, je pense que les Français…
CAROLINE ROUX
Et est-ce que ça vous donne un coup de main pour les législatives
justement, cette façon de quitter le pouvoir qu’a Nicolas SARKOZY ?
d’être un président rassembleur ? C’est peut-être ce qu’il aurait dû être
pendant la campagne, en tous cas c’est ce qu’il est au lendemain de sa
défaite. Est-ce que c’est un atout pour conduire la nouvelle bataille pour
vous qui est celle des législatives ?
XAVIER BERTRAND
Je pense que c’est surtout le regard des Français qui change – qui
change – notamment celles et ceux qui n’ont pas voté pour lui, en se
disant : « Toutes les critiques n’étaient peut-être pas aussi justifiées que
ça. » Je pense que c’est surtout ça. Ensuite, une élection législative, ça
n’est pas cela. C’est François HOLLANDE est élu : est-ce qu’on veut qu’il
ait les pleins pouvoirs dans tout le pays ? Donc pas seulement pour son
programme.
CAROLINE ROUX
Est-ce qu’il faut une cohabitation ?
XAVIER BERTRAND
Je ne suis pas le seul à penser que oui.
CAROLINE ROUX
Pourquoi il faudrait une cohabitation alors qu’on est dans un
moment de crise ? On voit bien que la Grèce pourrait presque sortir de la
zone euro. Pourquoi est-ce qu’il faudrait une cohabitation ?
XAVIER BERTRAND
Parce que les Français ne veulent pas, comme on dit, mettre tous
leurs oeufs dans le même panier et, on le voit, il y a deux sondages, deuxtrois
sondages qui sont sortis qui disent : « On préfèrerait qu’il y ait une
victoire de la droite et du centre. » Pourquoi ? Parce que les Français
voient bien aussi aujourd’hui que pour la première fois depuis le Second
empire, la gauche, le Parti socialiste, aurait tous les pouvoirs en France,
du haut – la présidence de la République, le Sénat – ça serait l’Assemblée
nationale, ce serait les régions, ça serait les départements, les grandes
communes : ça serait du jamais vu. Et les Français aiment bien l’équilibre.
Moi, je demande qu’il y ait un vote d’équilibre, d’équilibre des pouvoirs.
CAROLINE ROUX
Quel est le leader naturel de la droite, Xavier BERTRAND,
aujourd’hui ? À l’heure où nous parlons ?
XAVIER BERTRAND
Aujourd’hui, ça a été dit tout à l’heure – je sais qu’il va sourire -
dans le reportage de Cyrille ELDIN, mais ça va vraiment un collectif qui va
être mis en place. François FILLON a toute sa place au premier plan.
CAROLINE ROUX
Alors donc, la réponse à c’est qui le leader naturel de la droite ?
C’est François FILLON.
XAVIER BERTRAND
Je finis ma phrase. Je finis ma phrase : il y a Alain JUPPE, Jean-
François COPE, moi-même je prendrai toute ma part dans cette
campagne des législatives en expliquant notamment ce que l’on veut faire
dans cette campagne des législatives. Hier pendant ce jour férié du 8 mai,
j’ai été surpris par le nombre de personnes qui m’ont dit : « Les heures
supplémentaires, ça va se passer comment pour des ouvriers ? » Moi je le
dis, je prends l’engagement de mettre toutes mes forces pour qu’on
puisse éviter que ces neuf millions de salariés soient punis par l’une des
premières mesures de la gauche qui consisterait à leur enlever l’avantage
fiscal et social. Ils ne volent pas cet argent, ils ne prennent le travail de
personne. Pour moi, ce sera l’un des enjeux prioritaires de protéger ces
salariés.
MAITENA BIRABEN
On va passer au j’aime/j’aime pas. Vous allez nous dire si vous
aimez ou si vous n’aimez pas les félicitations de Jacques CHIRAC à
François HOLLANDE ?
XAVIER BERTRAND
C’est républicain.
MAITENA BIRABEN
Oui.
XAVIER BERTRAND
C’est républicain.
MAITENA BIRABEN
C’est fair play.
XAVIER BERTRAND
C’est fair play.
MAITENA BIRABEN
Donc on aime.
CAROLINE ROUX
J’aime/j’aime pas la droite populaire qui défend une investiture
pour Christian VANNESTE, député UMP qui avait été… pour des propos
homophobes.
XAVIER BERTRAND
Il ne faut pas que Christian VANNESTE soit réinvesti. Il y avait une
première position de l’UMP. C’est quelqu’un qui est Gérald DARMANIN,
qui est un très bon candidat, qui sera candidat, mais il ne faut pas que
Christian VANNESTE soit réinvesti. Les choses étaient claires pour moi,
elles doivent être clarifiées de façon à ce qu’on ne parle plus de ce sujet,
de cette élection législative là-bas à Tourcoing.
MAITENA BIRABEN
Vous aimez/vous n’aimez pas Eric BESSON qui ferme son compte
Twitter ?
XAVIER BERTRAND
J’aime Eric BESSON.
MAITENA BIRABEN
Mais le compte Twitter qui ferme ?
XAVIER BERTRAND
Comme je le connais, je n’ai pas besoin d’aller voir sur Twitter pour
avoir de ses nouvelles, mais j’aime Eric BESSON.
MAITENA BIRABEN
C’est un peu genre : « Bon, c’est fini. J’arrête. »
XAVIER BERTRAND
Il tourne une page. Il tourne une page.
CAROLINE ROUX
J’aime/j’aime pas : la candidate PS qui refuse de retirer sa
candidature dans la circonscription de François BAYROU ?
XAVIER BERTRAND
Ah ! J’aime bien le cirque qui se prépare au niveau de ces
élections législatives, parce que ce n’est pas le seul endroit où ils disent :
« Non, non. Nous, on ne suivra pas les consignes. » Ça montre bien que
tout ça, ça fait quand même comme une manipulation électorale, c’est le
moins qu’on puisse dire. Il appelle à voter pour François HOLLANDE,
mais donc en contrepartie on ne lui met personne, mais il n’a pas…
CAROLINE ROUX
C’est le jeu. Vous, vous n’aviez mis personne en attendant qu’il
appelle à voter pour Nicolas SARKOZY.
XAVIER BERTRAND
Pardon ?
CAROLINE ROUX
Vous n’aviez mis personne.
XAVIER BERTRAND
Ce n’est pas la seule circonscription. Il y a d’ailleurs, cet après-midi
une commission d’investiture pour régler plusieurs dizaines de cas. Ce
n’était pas le seul.
MAITENA BIRABEN
Vous allez vous arrêter un peu ou pas ? Vous allez repartir direct ?
XAVIER BERTRAND
Il y a des élections législatives.
MAITENA BIRABEN
Ça ne m’avait pas échappé. La question était : allez-vous vous
arrêter un peu avant ou vous repartez direct ?
XAVIER BERTRAND
Non. On va prendre un petit peu plus le temps quand il y a un
week-end, des longs week-ends qui se dessinent pour profiter de la
famille, des enfants, mais la campagne des législatives reprend ses droits
tout de suite.
· Roselyne BACHELOT
RMC Info, Bourdin & Co – 07h40
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, Roselyne BACHELOT, est-il vrai – c’est une petite
information que j’ai… je ne sais plus où j’ai glané cela – que vos enfants
habiteraient dans la même résidence que celle de François HOLLANDE ?
ROSELYNE BACHELOT
Ils habitent juste à côté et justement ils… c’est-à-dire ils essaient,
parce que les gens sont un peu énervés par tout le déploiement de cars
de radios, Valérie TRIERWEILER elle-même a appelé, vous a appelés,
les journalistes, à les laisser un peu tranquilles, et les déploiements de
cars de radios, de télés, et de cars de police, en leur expliquant – mes
enfants expliquent à leurs voisins, qui sont exaspérés, que ça ne va pas
durer très longtemps et que, voilà, c’est normal que dans un changement
républicain il y ait quelques… il y a un peu quelques troubles, ça ne va
pas durer.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça ne va pas durer, vous pensez qu’il ne va pas pouvoir rester
là, Roselyne BACHELOT.
ROSELYNE BACHELOT
Je n’en sais rien moi… je me déploie sur des sujets quand même
un petit peu plus importants que de savoir où dort le président de la
République.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais ça on est bien d’accord Roselyne BACHELOT. Tiens…
mais enfin, pour vos enfants ça… j’imagine que pour la résidence ça
change la vie quand même !
ROSELYNE BACHELOT
Ça change la vie, oui bien sûr… c’est évidemment un peu
compliqué, il faut prévoir de partir un peu plus tôt le matin, parce qu’on
risque d’être un peu embouteillé, mais enfin je ne sais pas ce que fera le
président de la République, il fera au mieux sur ce sujet.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Belle image hier ! Tout le monde l’a dit, reconnu…
ROSELYNE BACHELOT
Ah, écoutez, j’ai été très, comme beaucoup de Français, quelle
que soit leur sensibilité politique d’ailleurs, des amis de gauche m’ont
envoyé des petits messages, des SMS, en disant « chapeau », et je crois
que ça a donné le ton de cette passation de pouvoir. Le président de la
République l’avait dit dimanche soir, il l’a redit par son attitude hier, pas de
revanche, pas d’amertume, donc je vais à ce dernier Conseil des
ministres dans une grande sérénité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans une grande sérénité. Roselyne BACHELOT, votre cas
personnel, vous allez arrêter la politique ou vous allez continuer ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah non, je n’arrête pas la politique, du tout, du tout, certainement
pas. Vous savez, j’ai ça un peu dans les gènes, j’ai servi mon pays au
plus haut niveau pendant ces cinq années, d’ailleurs les Français n’en
n’ont rien à faire des sentiments d’émotion ou de nostalgie des uns et des
autres…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
ROSELYNE BACHELOT
Ce service du pays, eh bien je le continuerai d’une autre façon,
dans l’opposition politique bien entendu. Après le moment de passation de
pouvoir qui doit être respecté avec la nouvelle équipe, le combat va
reprendre. Je l’ai toujours mené, je crois, avec fairplay, sans jamais
atteindre aux personnes, à leur intimité, et je continuerai le combat
politique comme je l’ai toujours fait, en pouvant d’ailleurs aussi se
retrouver sur un certain nombre de dossiers, je n’estime pas qu’il y a le
mal d’un côté et le bien de l’autre, il y a des combats qu’il faut mener
parfois ensemble. Et, sur un certain nombre de sujets, d’ailleurs, qui
attendent notre pays, comme le retour à l’équilibre des finances publiques,
ou certains autres sujets de société, on peut se retrouver.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, qui est, selon vous, le leader naturel
maintenant à l’UMP ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah mais le leader naturel c’est Jean-François COPE, qui est
secrétaire général de l’UMP, mais l’opposition à François HOLLANDE est
évidemment beaucoup plus large que l’UMP. Il y a des radicaux, des
démocrates-chrétiens, il y a la gauche moderne, et pour moi, l’homme le
plus rassembleur de cette opposition, maintenant diverse, c’est
évidemment François FILLON.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour vous c’est clair, le plus rassembleur c’est François FILLON ?
ROSELYNE BACHELOT
Voilà, mais chacun est dans son rôle, c’est tout à fait normal.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non mais bien sûr. Est-ce lui qui doit prendre la tête de
l’opposition ?
ROSELYNE BACHELOT
Ecoutez, il y a deux phases. Il y a d’abord le combat des
législatives, et le combat des législatives il est mené par un collectif,
puisque nous n’allons pas passer, j’allais dire, du statut de l’organisation
d’une majorité parlementaire, d’une majorité gouvernementale, à ce statut
d’opposition, d’un seul coup d’un seul. Donc, jusqu’aux législatives, nous
menons un combat, avec nos idées, sur nos idées, avec un collectif. Puis
viendra le temps de la réorganisation de l’opposition, il est encore trop tôt
pour dire la façon dont cela va s’organiser, mais je serai, de toute façon,
aux côtés de François FILLON, dans la place qu’il voudra prendre dans ce
domaine, je serai évidemment à ses côtés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Roselyne BACHELOT, j’ai deux questions à propos de cette
réorganisation. J’ai déjà lu que, par exemple, Jean-Paul GARRAUD,
député UMP, était prêt à discuter avec le Front national, Roselyne
BACHELOT. Que lui répondez-vous ?
ROSELYNE BACHELOT
S’il veut s’occuper des thèmes qui sont les thèmes, les inquiétudes
qui ont été exprimées par les électeurs du Front national, qui représentent
18% des électeurs, j’espère que tout le monde s’en occupera, et qu’en
particulier le nouveau président de la République tiendra compte des
craintes exprimées par ces personnes qui doivent être respectées. Par
contre, ouvrir des négociations avec le Front national, le président de la
République sortant l’avait d’ailleurs indiqué tout à fait clairement, s’il était
élu il n’y aurait aucune négociation avec le Front national, le Front national
n’aurait pas participé au nouveau gouvernement qu’il aurait constitué, et il
n’est pas question de négociations pour les élections législatives. Donc le
discours est parfaitement clair, et j’aurai l’occasion de le redire, et de le
dire d’ailleurs, comme je l’ai dit au dernier bureau exécutif de l’UMP lundi
dernier, donc il n’y a pas de souci.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais Roselyne BACHELOT, c’est ni PS, ni Front national ?
ROSELYNE BACHELOT
Mais, attendez, ni PS, ni Front national, le Parti socialiste est au
pouvoir.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça parce que hier matin j’avais Thierry MARIANI…
j’avais Thierry MARIANI hier matin qui me disait « c’est ni PS, ni Front
national. » En cas de second tour aux législatives, dans une
circonscription, c’est ni PS, ni Front national. Vous aussi Roselyne
BACHELOT ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah non, moi mes positions sont parfaitement connues, je les ai
exprimées à de nombreuses fois, mais je vous redis, Jean-Jacques
BOURDIN, que la question ne va pas se poser, on est en train d’essayer
de nous mettre dans une situation qui ne va pas se poser. Les candidats
de l’UMP…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça peut se poser dans certaines circonscriptions.
ROSELYNE BACHELOT
Les candidats de l’UMP vont se trouver en situation d’être partout
au deuxième tour, et c’est ça qui est important, nous allons pouvoir
exprimer nos idées de façon tout à fait claire, et voilà, c’est ça qu’il faut
redire maintenant.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc maintien au deuxième tour ?
ROSELYNE BACHELOT
Ah mais absolument, maintien au deuxième tour, il n’est pas
question de négociations.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles que soient les circonstances ?
ROSELYNE BACHELOT
Quelles que soient les… maintien au deuxième tour, bien sûr.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Roselyne BACHELOT, la cohabitation, franchement, est-ce une
chance pour la France ? S’il y a une cohabitation, ça peut arriver, est-ce
que c’est une chance pour la France ?
ROSELYNE BACHELOT
La question n’est pas celle de la cohabitation, elle est celle des
programmes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
D’accord, mais enfin !
ROSELYNE BACHELOT
Et, je suis désolée…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Cohabitation avec un président…
ROSELYNE BACHELOT
Je sors d’une campagne électorale, et je l’ai dit aux côtés de
Nicolas SARKOZY, les solutions proposées par monsieur HOLLANDE ne
sont pas les bonnes solutions, ne sont pas les solutions à la hauteur du
pays…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que pour la France…
ROSELYNE BACHELOT
Donc si demain il y a une victoire, ce que je souhaite, une victoire
de notre parti politique, et de notre famille politique, la droite et le Centre,
aux élections législatives, eh bien le Premier ministre gouvernera et il
gouvernera en continuant les réformes dont notre pays a besoin.
Regardez ce qui se passe en Grèce, nous voyons bien que nos sociétés
occidentales sont menacées, et nous, ce que nous voulons, c’est
continuer à préserver notre modèle social, comme nous l’avons fait
pendant ce quinquennat, tout en ramenant les finances à l’équilibre, les
finances de l’Etat, les finances de la sécurité sociale, mais bien sûr en
continuant les réformes. Voilà ce que nous voulons faire, et nous le ferons
si nous sommes… notre majorité gagne les législatives. Donc ce n’est pas
important la cohabitation, la cohabitation ça se passe toujours très bien. Il
y a eu des périodes de cohabitation, c’est le Premier ministre qui
gouverne, et voilà.
· Bernard ACCOYER, Président de l’Assemblée nationale
France Info, L’invité d’Info – 08h15
OLIVIER EMOND
Vous êtes président de l’Assemblée nationale, et vous êtes aussi
l’un des membres du désormais fameux comité stratégique de campagne
de l’UMP, cette direction collégiale pendant la campagne des législatives ;
comment dirige-t-on un parti à quarante personnes, on imagine que c’est
plus compliqué que d’avoir un chef et une ligne de conduite ?
BERNARD ACCOYER
Non, parce que, il y a d’abord ce qui est la continuité de la
campagne de Nicolas SARKOZY, ce qui est l’élan de cette magnifique
cérémonie commémorative du 8 mai hier, avec un grand homme d’Etat,
Nicolas SARKOZY, qui tend la main à celui que les Français ont choisi au
deuxième tour des élections présidentielles, tout ça…
OLIVIER EMOND
Vous, vous y étiez, d’ailleurs hier, vous savez ce qu’ils se sont dit ?
BERNARD ACCOYER
Je n’ai pas entendu, j’étais tout près, mais on voyait bien à leur
visage que c’était des propos tout à fait cordiaux.
OLIVIER EMOND
Bien. Alors, sur cette campagne des législatives, et cette manière
de diriger un parti en campagne avec une direction qui va comprendre
une quarantaine de personnes…
BERNARD ACCOYER
La direction, elle est simple, le programme est déjà écrit, il suffit de
l’adapter à une campagne législative, et ensuite, chacun va faire
campagne. Le fait qu’il y ait de nombreux talents à l’UMP est un atout
évident, qui permettra de démultiplier la parole. Et, croyez-moi, il n’y aura
pas de divergences entre ce qui sera avancé, d’autant plus que nous
avons dans ce comité stratégique des rencontres de travail pour régler ce
qui pourrait devoir l’être.
OLIVIER EMOND
Alors, des rencontres, des débats forcément, ensuite, il va falloir
faire des choix, qui va trancher ?
BERNARD ACCOYER
Mais c’est une direction collégiale, il n’y a aucun problème pour…
mais trancher, vous savez, c’est vite vu, les investitures ont déjà été
données, le programme est essentiellement celui de Nicolas SARKOZY,
qui devra être quelque peu ajusté, et puis, cela est sur les rails, les
candidats sont d’ailleurs déjà en campagne.
OLIVIER EMOND
Alors, vous dites, Bernard ACCOYER, que la ligne est a priori
claire et qu’il n’y a pas de divergences, tout de même, sur la stratégie par
exemple à adopter vis-à-vis du Front national, on sait qu’il y a des
opinions différentes au sein de l’UMP, que faut-il faire par exemple,
d’après vous, alliance ou pas alliance ?
BERNARD ACCOYER
Alors, il n’y a pas de divergences à l’UMP, la ligne est d’une clarté
absolue, il n’y aura pas d’accords politiques, pas d’accords électoraux,
voilà, c’est tout, la ligne, elle est claire et il n’y a aucune divergence,
aucune des personnalités du comité de campagne qui est en train de se
former n’a émis la moindre réserve vis-à-vis de cette ligne, ça suffit, après,
il n’y a plus de questions qui se posent.
OLIVIER EMOND
Mais d’autres le disent, le député UMP Jean-Paul GARRAUD par
exemple…
BERNARD ACCOYER
Il peut y avoir un individu qui émet un avis personnel…
OLIVIER EMOND
Il n’est pas contre un rapprochement, dit-il…
BERNARD ACCOYER
Ça n’engage que lui, et encore une fois, la ligne, elle est très
connue, donc nous n’allons pas… si vous voulez, cette question de
l’extrême droite, qui arrange bien la gauche, parce que, elle ne peut
gagner que grâce à l’extrême droite, et d’ailleurs, voter extrême droite,
c’est voter à gauche, cette question, je voudrais la remettre à ce qu’elle a
été dans le passé, rappelez-vous de 2002 ; 2002, l’extrême droite est au
second tour, la presse annonce 237 triangulaires, il y en a eu 9. Bon,
alors, écoutez, attendons de voir ce que les Français voteront au premier
tour, attendons de voir ce qu’ils décideront et ce qu’ils choisiront. C’est
eux qui décident…
OLIVIER EMOND
Mais quand un député UMP dit qu’il n’est pas défavorable à un
rapprochement avec le Front national, que faut-il faire, il faut le garder, il
faut l’exclure ?
BERNARD ACCOYER
Mais, écoutez, on ne va pas passer tout notre échange sur ce
point…
OLIVIER EMOND
C’est un point important…
BERNARD ACCOYER
Il y a une personne qui dit ça, et il y a 310 députés UMP…
OLIVIER EMOND
Il y a aussi Gérard LONGUET qui…
BERNARD ACCOYER
La ligne de l’UMP est très claire…
OLIVIER EMOND
Gérard LONGUET, ministre de la Défense, qui…
BERNARD ACCOYER
Oui, parlons du fond, si vous voulez bien…
OLIVIER EMOND
Qui disait que Marine LE PEN était un interlocuteur possible, c’est
du fond, c’est un problème vraiment qui se pose…
BERNARD ACCOYER
Mais je vous ai déjà répondu, mais, on peut peut-être parler aussi
des questions de fond, c’est-à-dire quelle politique va être conduite, parce
que, en réalité, la politique qui sera conduite par le gouvernement – qui
sera nommé par le président François HOLLANDE – dépend de la
majorité de l’Assemblée nationale. Et dans cette majorité, il y a des
différences, et le projet de cette majorité portera… il y a des différences
entre ce que François HOLLANDE veut et ce que la droite et le centre font
comme analyses. Nous faisons comme analyse que si – comme l’a dit
François HOLLANDE – on augmente la dépense publique, eh bien, on a
une perspective qui est tout simplement celle de la Grèce, et ça, nous
n’en voulons pas. Et donc, c’est ce que nous allons expliquer aux
Français, parce que la réalité, elle est là, nous sommes à une époque où
tout va très vite, où les déficits s’accumulent très vite, la perte de
confiance d’un pays qui dépense, j’entendais les premières mesures, eh
bien, les premières mesures de François HOLLANDE, ce sont des
mesures qui creusent les déficits, qui sont à financer avec de l’argent que
l’on n’a pas, que l’on met sur le dos de nos enfants et de nos petitsenfants
; telle est la réalité.
OLIVIER EMOND
Bernard ACCOYER, vous ne voulez pas parler du Front national,
mais le Front national…
BERNARD ACCOYER
Je vous en ai parlé, je vous dis : pas d’accord politique, pas
d’accord électoral…
OLIVIER EMOND
Le Front national parle, lui, beaucoup de vous, il déclare
littéralement la guerre à l’UMP.
BERNARD ACCOYER
Mais ça n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie de la France, un
parti, c’est un parti politique…
OLIVIER EMOND
Mais ça pourrait mettre en danger l’UMP, non, vous n’y croyez pas
du tout, ça ne vous inquiète pas ?
BERNARD ACCOYER
Mais attendez, nous, on va au combat politique pour gagner les
élections, en convainquant les électeurs, et quels que soient nos
adversaires, ils veulent évidemment nous faire trébucher, mais, et
j’observe simplement que finalement, nous sommes, la droite et le centre,
nous sommes les adversaires communs de la gauche et de l’extrême
droite.
OLIVIER EMOND
Entre un candidat FN et un candidat de gauche, vous votez pour
qui, vous, Bernard ACCOYER ?
BERNARD ACCOYER
Je vous ai déjà répondu, nous ne parlons que de ce sujet depuis
que vous m’interviewez…
OLIVIER EMOND
C’est le sujet, c’est un des sujets du jour…
BERNARD ACCOYER
Je vous ai déjà répondu…
OLIVIER EMOND
Il y a une liste noire qui circule…
BERNARD ACCOYER
Je vous ai dit : pas d’accord politique, pas d’accord électoral, c’est
tout, je n’ai rien à ajouter. Parlons du fond, si vous le voulez bien.
OLIVIER EMOND
Si on parle beaucoup de cette question, vous comprenez que c’est
aussi une conséquence de la campagne présidentielle qui vient de se
jouer, des sujets qui ont été émis.
BERNARD ACCOYER
Mais, l’avenir de la France, ça n’est pas cela. L’avenir de la
France, c’est va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire casser la réforme des
retraites, va-t-on faire des bêtises, c’est-à-dire emprunter pour essayer de
bloquer illusoirement le prix des carburants, ce qui coûte déjà la mesure
sur le carburant annoncée par HOLLANDE coûte la bagatelle pour trois
mois de 750 millions d’euros. L’augmentation des diverses allocations
nous conduit déjà à des déficits de plusieurs milliards avant d’avoir
commencé, un argent que nous n’avons pas, que nous empruntons.
OLIVIER EMOND
Avec les législatives, certains à l’UMP rêvent de cohabitation. Vous
pensez que c’est possible, Bernard ACCOYER ?
BERNARD ACCOYER
Encore une fois, tout est possible, c’est les Français qui décident,
mais encore une fois, ce qui est important, c’est la ligne politique, que la
majorité de l’Assemblée nationale votera. C’est-à-dire : allons-nous voter
des dépenses supplémentaires dont nous n’avons pas le financement,
c’est-à-dire : allons-nous creuser les trous, les dettes et nous diriger vers
une situation extrêmement dangereuse, telle qu’on la connaît dans
plusieurs pays d’Europe, avec le paroxysme qui est la situation de la
Grèce, c’est cette ligne que nous souhaitons, allons-nous avoir le vote des
étrangers aux élections locales, allons-nous démanteler notre excellence
nucléaire ? Ce sont les questions qu’il faudra débattre et dont j’espère que
la majorité à l’Assemblée nationale empêchera que l’on commette ces
erreurs, que la France paierait très, très longtemps.
OLIVIER EMOND
Il n’y a donc que cela qui compte pour vous, à l’heure qu’il est…
BERNARD ACCOYER
Ce qui compte…
OLIVIER EMOND
La perspective de la campagne, des élections, comment vont se
passer les duels, les triangulaires, etc., c’est secondaire ?
BERNARD ACCOYER
Mais nous allons parler du fond, et nous allons convaincre avec ce
que je suis en train d’essayer de vous expliquer dans la difficulté.
· Cécile DUFLOT, Secrétaire nationale d’EE-LV
RMC Info, Bourdin 2012 – 08h35
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et nous recevons ce matin, Cécile DUFLOT, ministre de
l’Environnement, des Transports et de, je ne sais pas, moi, de
l’Aménagement du territoire !
CECILE DUFLOT
Vous n’allez pas m’avoir comme ça !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Du Développement durable ! Non ?
CECILE DUFLOT
Eh non ! Cécile DUFLOT, secrétaire nationale d’Europe Ecologie
Les Verts, candidate aux législatives.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, jusqu’au 22 juin.
CECILE DUFLOT
Jusqu’au 22 juin.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu’au 22 juin. Euh… non, ministre un jour ?
CECILE DUFLOT
Peut-être et peut-être pas.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, vous aimeriez ou pas ? Non, soyons sincères. Alors, c’est
François HOLLANDE qui décidera pour vous, déjà.
CECILE DUFLOT
Alors, d’abord, effectivement, dans la Vème République, c’est le
président de la République et le Premier ministre qui décident, et je pense
qu’il y a beaucoup de gens qui devraient ne pas l’oublier, parce que tout le
monde a plein d’idées…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qui ?
CECILE DUFLOT
Chez nous, ça veut dire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi, Daniel COHN-BENDIT par exemple ?
CECILE DUFLOT
Oui, ou plein de gens qui se disent disponibles, etc.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Daniel COHN-BENDIT, qui hier l’avait un peu oublié ?
CECILE DUFLOT
Je pense que, comment dire, d’abord, il y a une chose, c’est que
moi, dans mon mouvement, j’aime bien qu’on respecte les gens, et je
trouve qu’il a eu des mots un peu durs à l’égard d’Eva JOLY, voilà, je ne
fais pas partie des gens qui avaient poussé à ce qu’elle soit candidate, je
fais partie des gens qui ont fait sa campagne avec acharnement…
JEAN-JACQUES BOURDIN
« Une mauvaise campagne », il a dit.
CECILE DUFLOT
Oui, mais voilà, donc moi j’ai du respect et de l’affection pour Eva
JOLY, et je pense qu’il n’y a pas d’utilité dans la période, à être
désagréable, les uns avec les autres. Ça, c’est le premier élément. Le
deuxième élément, c’est qu’hier, les écologistes ont décidé, ont décidé
d’une chose simple, qui était de dire que, eux, ils souhaitaient passer à
l’action et participer, si les conditions étaient réunies, et surtout si comme
vous l’avez dit, le président de la République et le Premier ministre le
décidaient, à cette histoire-là. Ce n’est pas une question individuelle, et ce
n’est même pas une question de nombre, c’est une question surtout de
volonté politique, est-ce que oui ou non on veut aujourd’hui mettre en
oeuvre des politiques écologistes, parce que, qui que ce soit d’entre nous,
il ne va pas se transformer en ce qu’il n’est pas, donc ce n’est pas une
évidence, voilà.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, nous allons regarder ce qui vous rassemble et ce qui vous
éloigne du Parti socialiste, Cécile DUFLOT, mais si on vous le propose,
est-ce que vous acceptez ?
CECILE DUFLOT
Mais, ce n’est pas… ce n’est pas binaire, mais ça dépend si on me
propose quoi, et si on propose quoi à d’autres, et qu’est-ce que ça signifie
en termes politiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’oublie « à d’autres », Cécile DUFLOT.
CECILE DUFLOT
Non, eh bien vous avez tort.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai tort ? A bon.
CECILE DUFLOT
Vous avez tort, pour une raison simple, c’est que je ne crois pas
aujourd’hui qu’on puisse dire : chacun gère…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais si on vous propose un grand ministère, comme ça,
élargit, écologie, aménagement du territoire, développement durable, je
ne sais pas, moi, transports, est-ce que…
CECILE DUFLOT
Et pour faire quoi ? Et pour faire quoi, et avec qui d’autre ? Dans
quel périmètre politique, dans quel état d’esprit politique ? Franchement…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si les conditions sont réunies, est-ce que vous acceptez ?
CECILE DUFLOT
Ce n’est pas, je vais vous dire un truc qui va peut-être vous
paraitre désagréable, ça n’est pas de la langue de bois, parce que je n’ai
jamais considéré…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si.
CECILE DUFLOT
Non.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si.
CECILE DUFLOT
Non, pas du tout…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que si, si les conditions sont acceptables, à vos yeux, est-ce
que vous acceptez ?
CECILE DUFLOT
Eh bien justement, la question c’est de savoir dans quel cadre,
dans quel état d’esprit. Moi, ce qui m’intéresse…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et éventuellement, vous pouvez accepter.
CECILE DUFLOT
Ce qui m’intéresse et ce qui intéresse…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eventuellement vous pouvez accepter.
CECILE DUFLOT
Ah, mais j’ai…quand on a voté hier à 84 % en faveur de la
participation gouvernementale, ça veut dire que l’on est susceptible
d’accepter, oui, sinon on aurait voté que l’on n’était pas d’accord.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, voilà.
CECILE DUFLOT
Et d’ailleurs, si on avait voté qu’on n’était pas d’accord, on aurait
expliqué qu’on était sectaire…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement.
CECILE DUFLOT
… et que la crise était grave et qu’il fallait agir, donc la réalité c’est
celle-là. Les écologistes, ils sont assez sereins, ils disent une chose très
simple : nous avons voulu que François HOLLANDE gagne, nous avons
fait tout ce que nous pouvions pour que François HOLLANDE gagne, ça
c’est le premier point. Le deuxième point, c’est qu’on a décidé depuis
maintenant le mois de novembre, c’est comme ça que nous avons conclu
cet accord de majorité parlementaire, qu’on participerait à une majorité
avec les socialistes, et je sais que cette méthode a été beaucoup
critiquée, on a dit : « gna gna gna, les écologistes font des accords, etc.
etc. » sauf que ce que je constate, c’est que ceux qui n’avaient pas voulu
faire des accords, maintenant souhaitent y participer. Moi, je préfère que
les choses soient claires avec les électeurs. Et pourquoi on veut faire ça ?
Parce qu’il nous semble que maintenant, maintenant, là, au mois de mai
2012, c’est nécessaire d’engager un grand plan d’économies d’énergie,
de faire en sorte que les Français et en particulier les personnes âgées,
qui vivent dans des situations de précarité énergétique, c’est-à-dire qui
n’ont pas eu les moyens de se chauffer cet hiver, puissent diminuer, faire
diminuer peut-être jusqu’à les diviser par deux, leurs charges de
chauffage. Qu’il faut faire en sorte que la situation dans laquelle on se
trouve, d’une essence qui va bientôt coûter 2 € le litre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en reparler.
CECILE DUFLOT
… eh bien on se mette en situation, pas seulement de bloquer le
prix de l’essence, parce que ça ne peut pas durer, à partir du moment où
le pétrole augmente…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
CECILE DUFLOT
Mais de se sortir d’une dépendance au pétrole qui est très
importante, c’est ça qui intéresse les écologistes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, Cécile DUFLOT, avec 2,3 % à la présidentielle, est-ce qu’on
peut être exigeant, sincèrement ?
CECILE DUFLOT
Le problème, c’est que ce n’est pas la question de savoir, si le
score des écologistes était faible ou élevé, tout le monde le sait,
maintenant, que beaucoup de gens qui sont sensibles à ces questions-là,
avaient comme priorité numéro 1, sur leur calendrier, et je les comprends,
de se débarrasser de Nicolas SARKOZY. La bonne nouvelle, c’est qu’ils
ont les moyens de mettre en oeuvre leur priorité numéro 2, c’est-à-dire de
faire en sorte qu’à l’agenda de la politique menée par ce futur
gouvernement, il y ait l’écologie, en votant pour les candidat écologistes le
10 juin, puisqu’il y a les élections législatives, parce qu’au final, c’est
quand même la composition de la majorité, au Parlement, qui déterminera
la suite des politiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, nouvelle majorité, vous souhaitez une nouvelle majorité, au
parlement et au gouvernement. Participation au gouvernement, vous avez
dit oui. Combien de ministres ? Deux, trois ? Vous souhaiteriez quoi ?
CECILE DUFLOT
Mais justement, mais c’est désagréable de répondre à cette
question….
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pouvez émettre des souhaits, quand même, non ? Ev…
CECILE DUFLOT
Voilà, je vais vous émettre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
… j’allais vous dire Eva JOLY.
CECILE DUFLOT
Je vais vous émettre un souhait très simple…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eva JOLY, tiens, pourrait être ministre.
CECILE DUFLOT
Oui, je l’ai déjà dit.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Bon.
CECILE DUFLOT
Et il y a beaucoup de gens qui
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, alors, combien de ministères ? Deux, trois ?
CECILE DUFLOT
Eh bien, le truc c’est que ce n’est pas de dire « c’est combien ». Si
vous avez…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu’est-ce que vous souhaitez alors ?
CECILE DUFLOT
Je vais vous répondre franchement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
CECILE DUFLOT
Si vous savez deux secrétariats d’Etat, où on explique qu’en vérité,
la politique qui va être menée, c’est une politique qui ressemble purement
à une politique socialiste, à l’ancienne, du XXème siècle, la place des
écologistes ça ne sera pas d’être au gouvernement. Ça peut exister de
faire ce choix-là, de faire un gouvernement purement socialiste, François
HOLLANDE il a cette possibilité-là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans un premier temps peut-être.
CECILE DUFLOT
Eh bien on verra, à ce moment-là, ça ne sera pas la place des
écologistes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant les législatives.
CECILE DUFLOT
Donc c’est pour ça que je vous dis que ça ne se résume pas en,
voilà, on veut avoir deux, trois, quatre postes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, imaginons un gouvernement purement socialiste avant les
législatives, vous diriez quoi ?
CECILE DUFLOT
Moi je pense que c’est une erreur politique, mais c’est la
responsabilité du président de la République, et si c’est ça sa volonté, eh
bien on ne sera pas dans ce gouvernement, c’est pour vous dire que les
choses ne sont pas automatiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, si c’est sa volonté, vous ne serez pas dans ce gouvernement,
ça c’est sûr, oui.
CECILE DUFLOT
Et voilà, et je pense, moi, que, c’est pour ça, ce n’est pas les
écologistes pour les écologistes, ce n’est pas parce qu’on a bonne mine
ou qu’on est sympathique, ou qu’on ne le serait pas, ou qu’on est pénible,
c’est qu’aujourd’hui on a besoin de répondre à une réalité, la réalité c’est
que ce n’est pas parce qu’on en a pas parlé pendant la campagne
électorale, que le dérèglement climatique s’arrête. La réalité c’est qu’il va y
avoir, parmi les rendez-vous internationaux, ce président de la
République, le sommet de Rio + 20, 20 ans après le sommet de Rio en
1992, qui est une échéance essentielle pour l’avenir de notre planète et
c’est beaucoup plus important pour nous, que de mesurer au trébuchet,
les ambitions personnelles de X ou Y.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La réalité, c’est que vous faites aussi de la politique, Cécile
DUFLOT.
CECILE DUFLOT
Oui !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que oui, oui, parce que vous voulez devenir députée…
CECILE DUFLOT
Non, non !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?
CECILE DUFLOT
Je fais de la politique parce que j’ai envie de changer les choses,
monsieur BOURDIN, et j’en ai marre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d’accord, mais vous voulez devenir députée !
CECILE DUFLOT
Non mais j’en ai marre qu’on considère que les questions
politiques, c’est simplement qui va avoir quel poste. Je considère que la
politique, c’est de savoir qu’est-ce qu’on fait changer dans cette société,
est-ce que oui ou non on va engager une vraie règlementation des loyers.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais on peut changer en participant à une majorité
parlementaire et en participant à un gouvernement, c’est comme ça qu’on
peut changer les choses, non ?
CECILE DUFLOT
Pour faire des choses, pas justes…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est votre optique de la politique.
CECILE DUFLOT
Pour faire des choses, mon optique de la politique, c’est
l’écologie…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous voulez être députée…
CECILE DUFLOT
C’est l’écologie de l’action.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d’accord.
CECILE DUFLOT
Oui, bien sûr, parce que je pense que quand il y aura…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu’on peut être député et ministre par exemple ? Oui,
c’est compatible ou pas ?
CECILE DUFLOT
Simultanément, ce n’est pas possible, simplement, ce que l’on sait
maintenant, c’est quand un ministre, précédemment était député, quand il
ne l’est plus, il redevient député, donc moi je suis candidate aux
législatives, parce que je veux une chose qui va faire changer la politique
en France. S’il y a un groupe écologiste, le 17 juin, à l’Assemblée
nationale, ça sera la première fois dans l’histoire de la République, pas de
la Vème République, de la République française, et ça changera beaucoup
les choses, d’ailleurs ça fera très longtemps qu’il n’y aura pas une
nouvelle formation politique qui aura émergé dans le paysage politique,
avec un groupe au Sénat et un groupe à l’Assemblée nationale. Les
débats seront différents, les amendements qui seront apportés à un
certain nombre de projets de loi seront différents.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d’accord, on va en parler, d’ailleurs, d’écologie, Cécile
DUFLOT, mais je me souviens, c’était il y a 8 jours, le débat, Nicolas
SARKOZY a titillé François HOLLANDE, « j’ai dit que dans mon projet, je
ne retiendrai qu’une seule fermeture de centrale, Fessenheim. L’accord
avec Europe Ecologie Les Verts ne m’engage pas », c’est ce qu’a dit
François HOLLANDE.
CECILE DUFLOT
Et d’ailleurs, Eva JOLY, elle, a porté pendant sa campagne, le
projet des écologistes, donc c’est un accord parlementaire, c’est un
accord pour ce qui se passera à l’Assemblée nationale, et cet accord il
engage deux formations politiques, je l’ai signé en tant que secrétaire
nationale d’Europe Ecologie Les Verts et Martine AUBRY l’a signée en
tant que première secrétaire du Parti socialiste.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c’est une façon de se dégager de cet accord signé avec
Europe Ecologie Les Verts.
CECILE DUFLOT
Je vais vous dire une chose qui me semble pertinente.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y.
CECILE DUFLOT
Que le président de la République préside et que le Parlement
fasse son travail législatif, ça sera une bonne nouvelle pour la démocratie,
parce que ce que Nicolas SARKOZY avait fait, de concentrer l’intégralité
des pouvoirs, d’ailleurs ça ne lui a pas porté bonheur, c’est pas une bonne
chose pour la démocratie, il faut laisser la démocratie vivre, et moi je
souhaite que les électeurs de ce pays, Françaises et Français, aient la
possibilité de voter pour les écologistes, parce que quand il y aura des
écologistes à l’Assemblée nationale, ça changera les choses. On ne peut
pas demander à François HOLLANDE de devenir écologiste, il est
socialiste. Moi, ça ne me choque pas, c’est une orientation politique, c’est
issu de son parcours, on va dire que ce sont ses convictions. Moi, ce que
je souhaite, c’est qu’il puisse écouter les écologistes, parce que je pense
que dans la période, on a des choses qui sont des choses utiles à dire,
parce qu’on pouvait dire, dans les années 70/80, « oh, les écologistes ils
nous fatiguent, avec le dérèglement climatique, avec l’épuisement des
ressources naturelles, avec les conséquences de la pollution sur la santé,
avec les dangers que peuvent représenter, le sujet est actuel sur… »
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, la température mondiale augmenterait de 2° en 40 ans.
CECILE DUFLOT
Sauf que ça c’est une réalité, ce n’est pas pour faire plaisir ou pour
embêter qui que ce soit, c’est une réalité. Donc, moi je ne me défausse
pas, moi j’aime ça, la politique, j’ai envie de faire de la politique, parce que
je pense que si on renonce à considérer qu’on peut changer les choses,
démocratiquement, c’est-à-dire avec des élus, avec les citoyens qui
décident, alors ça ne sert plus à grand-chose de pouvoir s’exprimer sur la
marche du monde.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien.
CECILE DUFLOT
Donc, on ne va pas se cacher, oui les écologistes font de la
politique, dans le bon sens du terme, ils veulent le pouvoir, pour avoir le
pouvoir d’agir. Et voilà, c’est comme ça.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Cécile DUFLOT, vous avez regardé les cérémonies du 8 mai hier ?
CECILE DUFLOT
Oui ! Oui, j’ai même vu un bout sur BFM TV.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ces deux présidents réunis sous l’Arc de triomphe pour célébrer la
République, c’était beau ?
CECILE DUFLOT
Beau, je ne sais pas, c’était… Moi je pense que c’était assez
naturel.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’était émouvant, non ?
CECILE DUFLOT
C’était assez naturel. Et la question…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça vous a ému ?
CECILE DUFLOT
Je ne peux pas dire que ça m’ait émue ! Je trouve ça bien…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !
CECILE DUFLOT
Et moi je pense qu’il est important, dans un pays qui ne va pas
forcément toujours très bien, de montrer qu’il y a une forme de continuité
et surtout qu’il y a une volonté d’apaisement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça ne vous a pas ému ?
CECILE DUFLOT
Il faudrait que réponde oui, là ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! Non, non, mais il ne faudrait rien du tout, je vous pose la
question moi, oui ou non ?
CECILE DUFLOT
Vous savez moi j’ai…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je…
CECILE DUFLOT
Ces cérémonies là et surtout la cérémonie du 8 mai, parce
qu’aujourd’hui c’est la Journée de l’Europe, moi j’aimerais beaucoup
maintenant qu’on puisse avoir… et d’ailleurs je crois que François
HOLLANDE l’a annoncé dans la campagne, c’est une annonce qui est
passée totalement inaperçue, en disant qu’il voulait faire du prochain 11
novembre un grand moment sur la paix en Europe, je pense que c’est
important de se souvenir de ceux qui sont effectivement morts dans des
combats…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Mais c’est important d’être capable de se souvenir qu’on a
dépassé cette période là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous rejoignez Eva JOLY pour le 14 juillet, vous vous
rappelez ce qu’elle a dit ?
CECILE DUFLOT
Oui ! Je me rappelle très bien. Moi je…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes d’accord avec elle ou pas ?
CECILE DUFLOT
En tout cas je trouve qu’elle a eu raison de pouvoir mettre les
pieds dans le plat…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est-à-dire ?
CECILE DUFLOT
Parce qu’on voit souvent les choses par le petit bout de la
lorgnette. On est le seul pays en Europe…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Qui fait défiler des chars sur la plus grande avenue du monde…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez qu’il faut cesser ?
CECILE DUFLOT
Non ! Mais…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut cesser ?
CECILE DUFLOT
Je demande simplement qu’on se pose la question : pourquoi ça
n’existe pas dans les autres pays ? La seule autre cérémonie un peu
équivalente, mais qui n’a rien à voir, pour ceux qui la connaissent c’est
« Trooping the colour » en Grande Bretagne, c’est l’anniversaire de la
Reine, où il y a effectivement l’armée qui défile…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Et je pense que c’est bien aussi d’avoir des moments d’unité
nationale qui ne soient pas des moments exclusivement autour des forces
armées… Voilà !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc…
CECILE DUFLOT
Et donc quand elle a dit ça…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voudriez…
CECILE DUFLOT
En tout cas le tollé…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Mais…
CECILE DUFLOT
Que Eva a déclenché sur cette question là était intéressant parce
qu’il montrait qu’on n’ose pas se poser la question.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes d’accord avec ce qu’elle a dit ? Vous êtes d’accord
pour un nouveau 14 juillet avec un défilé qui ne serait plus militaire ?
CECILE DUFLOT
Moi je pense qu’on peut… et d’ailleurs c’est ce qu’a fait la
République quand elle a inventé le 14 juillet, ça n’existait pas avant, je
pense que l’histoire évolue, on peut aussi inventer des nouvelles histoires
et que le défilé militaire il ne date pas de la Révolution, il date de 1870…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc…
CECILE DUFLOT
Au moment…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, Cécile DUFLOT allez jusqu’au bout.
CECILE DUFLOT
Au moment, Monsieur BOURDIN, où il fallait mobiliser tout le
monde après la défaite face à l’Allemagne pour essayer de resserrer les
rangs, ce qui a donné les millions de morts de la Première guerre
mondiale. Et on a le droit…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, il faut aller jusqu’au bout ?
CECILE DUFLOT
Non ! Non, non, moi je veux qu’on pose ce débat là et qu’on se
dise qu’en 2012 on peut avoir… trouvé des nouveaux moments d’unité
nationale, de rassemblement, et moi j’ai bien aimé…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un défilé du 14 juillet qui ne soit pas uniquement militaire, on
est d’accord ?
CECILE DUFLOT
Exactement ! Parce que…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Parce que ce n’est pas obligatoire de considérer que l’unité d’un
pays se fait uniquement autour de son armée. Mais moi je respecte les
militaires…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui pourrait défiler alors ?
CECILE DUFLOT
Je respecte ceux…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui pourrait défiler alors, qui pourrait ?
CECILE DUFLOT
Et d’ailleurs je vais vous dire une chose intéressante, c’est que
c’est avec les militaires et avec un certain nombre de militaires que j’ai eu
les discussions les plus intéressantes, il se trouve que mon beau-père est
un ancien parachutiste qui a vraiment fait la guerre, qui a été détenu à
Dien Bien Phu, et c’est avec lui que j’ai eu des discussions très
intéressantes sur ces questions là, sur le fait que les militaires eux-mêmes
sont tout à fait capables de pouvoir penser que l’unité d’un pays ne se fait
pas exclusivement autour de l’armée. Voilà !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Revenons sur votre éventuelle participation au
gouvernement. Vous souhaiteriez pour Europe Ecologie – Les Verts, vous
ou quelqu’un d’autre, un ministère qui ressemble à celui de Nathalie
KOSCIUSKO-MORIZET…
CECILE DUFLOT
Alors…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Au moins ?
CECILE DUFLOT
Je vais vous expliquer…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Au moins.
CECILE DUFLOT
Pour le coup ce que ça veut dire faire de la politique…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
Moi je fais partie de ceux qui ont… qui étaient un petit peu
étonnés, on va dire les choses franchement, par le fait que ce soit Nicolas
SARKOZY qui lance le Grenelle de l’environnement, mais qui a un
moment…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Etonnés et ravis !
CECILE DUFLOT
Euh !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien dites-le !
CECILE DUFLOT
Non ! Pas ravis, quand…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous êtes ravie, il faut le dire.
CECILE DUFLOT
Non ! Quand on est écologiste et qu’on voit effectivement à quel
point ça a été difficile pour Dominique VOYNET, seul ministre dans un
gouvernement de Gauche plurielle, de faire avancer un certain nombre de
choses, il y avait un petit moment de déception, oui de voir que c’était la
Droite et le président SARKOZY qui faisaient avancer des choses. Du
coup, on est passés à une autre étape…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui !
CECILE DUFLOT
L’étape d’après ça été la trahison absolue, l’environnement ça
commence à bien faire, le démolissage des conclusions du Grenelle, cela
ça été très triste. En même temps on ne peut pas, maintenant, faire
marche arrière, considérer que l‘environnement c’est une question qui,
comme dans les années 80 – 90, se cantonne à part, on sait très bien
aujourd’hui que la transition écologique ça veut dire s’attaquer à beaucoup
de chantiers simultanément, et je vais vous dire une chose ça n’est pas
pour faire plaisir ou pas plaisir aux écologistes, engager la transition
écologique ça se fait dans d’autres pays européens, c’est une nécessité
par rapport à la réalité actuelle.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un ministère au moins aussi large que celui de Nathalie
KOSCIUSKO MORIZET ?
CECILE DUFLOT
C’est marrant ! En fait, Monsieur BOURDIN, vous êtes vachement
plus politicien que moi finalement ce matin.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Je ne suis pas politicien, je vous pose des questions moi.
CECILE DUFLOT
Je… Je… Non ! Je dis qu’on ne peut plus reculer…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ! Mais, Cécile DUFLOT, vous êtes extraordinaire…
CECILE DUFLOT
Non ! Je ne…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je pose des questions et, vous, vous répondez ou pas…
CECILE DUFLOT
Non ! Vous posez des questions sur…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous choisissez.
CECILE DUFLOT
Alors c’est vous, c’est machine, c’est truc, c’est quoi, enfin…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question : est-ce un ministère qui doit être aussi
large et élargi que celui de Nathalie KOSCIUSKO MORIZET ?
CECILE DUFLOT
En tout cas, ce que je vous réponds, c’est qu’on ne peut pas faire
marche arrière par rapport à ce qui a…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, on ne peut pas faire moins ?
CECILE DUFLOT
Mais ce n’est pas pour Cécile DUFLOT ou pour je ne sais pas
qui…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non ! Mais on est d’accord.
CECILE DUFLOT
C’est un point de vue politique, c’est qu’on ne…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien voilà ! Alors…
CECILE DUFLOT
C’est qu’il y a eu des trahisons de la part de Nicolas SARKOZY,
mais il y avait eu de vraies avancées auparavant qui étaient de considérer
aujourd’hui qu’on ne peut pas se dégager de la réalité de la crise
écologique. Et que c’est aussi comme ça qu’on répond à la question du
chômage, que quand Eva JOLY a dit la campagne électorale, quand les
écologistes expliquent qu’engager la transition énergétique c’est créateur
d’emplois, créateur d’emplois comme en Allemagne, ce n’est pas
simplement un voeu pieu, c’est une réalité dans d’autres pays, Que quand
on va avoir un vrai programme d’isolation des logements, qu’aux
organismes d’HLM plutôt que faire – comme l’a fait Nicolas SARKOZY – de
leur piquer une partie de leur argent pour les faire rentrer dans les caisses
de l’Etat, on dit : « Maintenant, votre obligation, c’est de faire diviser par
deux les charges des locataires de tous les logements HLM », ça c’est un
vrai acte politique mais ça montre bien que la question de la transition
écologique, elle porte sur le logement. Elle ne porte pas, en l’occurrence
quand j’en parle là, elle ne porte pas sur la question de l’environnement
même s’il est extrêmement essentiel de s’intéresser par exemple à une
ressource qui est toujours menacée qui est la ressource en eau. Il se
trouve que ça fait quatre semaines qu’il pleut, donc ça c’est une bonne
chose parce que sinon, on risquait de vivre une des sécheresses les plus
graves qu’on ait connues depuis des dizaines d’années. Mais on sait
aujourd’hui que la ressource est menacée et qu’on ne peut pas vivre sans
une eau de qualité, même dans un pays aussi développé que le nôtre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai une question précise. Faut-il abandonner le projet de l’aéroport
nantais de Notre-Dame-des-Landes ?
CECILE DUFLOT
Notre position sur cette question, elle est connue et vous voyez,
dans l’accord que nous avons passé avec le Parti socialiste, nous avons
constaté que nous étions en désaccord. Oui, je pense que oui : il faut…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous pouvez participer à un gouvernement qui va
construire un aéroport ?
CECILE DUFLOT
Je vais vous expliquer. On a une histoire très concrète. Moi je
rends hommage aux grévistes de la faim qui ont fait plus de vingt-cinq
jours de grève de la faim, qui ont arrêté leur grève de la faim parce qu’il y
a eu un accord qui a été passé entre eux et les dirigeants des différentes
collectivités locales.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Suspension des expulsions des propriétaires, des expropriations.
CECILE DUFLOT
Sur la base des propos équilibrés et responsables de François
HOLLANDE. Et moi, je suis très heureuse qu’il ait trouvé une position qui
au moins permette de faire avancer le dialogue. Parce que la question qui
se pose sur cet aéroport, c’est dans un moment où on va devoir à la fois
faire des économies, choisir les investissements de l’Etat dont on sait que
les caisses sont quand même largement vides, est-ce que la priorité c’est
de détruire les terres agricoles pour construire un nouvel aéroport alors
qu’on peut moderniser si c’est nécessaire l’aéroport existant ? Les
écologistes ont une réponse, mais ont une réponse qui aussi va permettre
de faire avancer les choses sur le terrain de la conviction. Je suis bien
certaine, d’ailleurs la commission du Parti socialiste, la commission
agriculture du Parti socialiste du département a fait évoluer sa position.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Cécile DUFLOT, comment pourriez-vous participer à un
gouvernement par exemple dirigé par Jean-Marc AYRAULT qui est
favorable, qui est plus que favorable à la construction de cet aéroport ?
CECILE DUFLOT
Mais je vais vous mettre tranquille. S’il fallait que les socialistes
deviennent écologistes pour qu’on puisse travailler ensemble, là je pense
qu’on pourra attendre quelques années. Donc le principe que nous avons
choisi, c’est de dire : « On ne peut pas attendre que tout le monde soit
d’accord avec les écologistes, sinon on ne fera jamais rien. » Simplement,
on veut faire en sorte de faire avancer un certain nombre de projets par à
la fois la conviction, par aussi le moment où les électeurs font le choix.
Quand les électeurs aux régionales ont voté pour les candidats
écologistes, pour les listes écologistes dont celle que je conduisais en Ilede-
France, je peux vous dire que depuis deux ans ça a fait changer les
choses dans une relative discrétion mais au quotidien. C’est-à-dire que
dans le dialogue aussi avec les socialistes et avec les autres partis de
gauche, on fait avancer certains sujets parce que je pense que les
écologistes ont de bons arguments et peuvent apporter au débat et
apporter des solutions. On prend ça sur un mode qui peut être de temps
en temps un peu brutal.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Conflictuel.
CECILE DUFLOT
Conflictuel, ce n’est pas grave, mais qui la plupart du temps est
une démarche qui est une démarche de conviction. Les écologistes ont eu
raison sur le constat, sur la crise écologique. Maintenant, ils sont prêts à
passer à l’action et à démontrer que leurs solutions sont pertinentes.
· Jean-Claude MAILLY, Secrétaire général de Force Ouvrière
France 2, Les 4 vérités – 07h50
ROLAND SICARD
C’est aujourd’hui le dernier conseil des ministres de Nicolas
SARKOZY. Quel bilan vous tirez de ce quinquennat ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ecoutez, sur le plan social il y a eu quelques contre-réformes que
nous avons fortement contestées, que nous contestons toujours d’ailleurs.
Exemple : celle sur les retraites de 2010, ou les réformes sur la
représentativité où on aurait souhaité faire autrement. Ceci étant, il y a eu
une période où le dialogue a été assez nourri ; ça ne veut pas dire que les
résultats étaient là mais…
ROLAND SICARD
Au début.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui. Il n’avait pas été encore été investi président de la République
qu’il avait déjà reçu tout le monde. Ça aurait été en ce moment, par
exemple.
ROLAND SICARD
Ce qui n’est pas le cas de François HOLLANDE.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Pas encore. Ça viendra peut-être, mais pas encore. Donc il y a eu
du dialogue social nourri mais à la fin, ça a été un peu hard quand même,
y compris quand il a lancé des anathèmes contre les syndicats considérés
comme corps intermédiaires. Il y a eu une tension entre lui et les
organisations syndicales à la fin, y compris dans le verbe dans la
campagne qui était assez forte.
ROLAND SICARD
Est-ce qu’il s’est fait des ennemis des syndicats à la fin ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ecoutez, vous savez…
ROLAND SICARD
Est-ce que ça a pu jouer dans le déroulement de la campagne ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Je ne sais pas si ça a pu jouer sur le vote des citoyennes et des
citoyens, mais il est clair que s’il avait été réélu, il aurait fallu recoller les
morceaux et ça n’aurait pas été simple quand même, compte tenu de la
dernière période.
ROLAND SICARD
Un syndicat, la CGT, avait donné une consigne de vote.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, mais ça c’est leur responsabilité.
ROLAND SICARD
Contre Nicolas SARKOZY.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, c’est leur responsabilité. Moi je ne considère pas que c’est du
rôle du mouvement syndical. Si on veut être libre aujourd’hui face à un
nouveau président, à un nouveau gouvernement, il a fallu être libre
pendant la campagne. Moi je me sens, en tant que secrétaire général de
FO, complètement libre face au nouveau gouvernement puisqu’on n’a pas
donné de consigne de vote. Le rôle d’un syndicat en démocratie, c’est
d’être indépendant.
ROLAND SICARD
Vous disiez que François HOLLANDE ne vous a pas encore
consulté. Vous le regrettez ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ecoutez, non.
ROLAND SICARD
Ça vous aurait paru normal ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ça aurait pu se faire ou ça pourrait se faire rapidement. Vous
savez que moi, je commence à vieillir. Je me souviens qu’en 81, quand
MITTERRAND avait été élu, il y avait eu comme une antenne
présidentielle qui s’était mis en place avant la formation du gouvernement
pour avoir des premiers contacts non pas avec le président
obligatoirement mais avec l’entourage. Je pense que ça va venir.
ROLAND SICARD
Mais pourquoi il ne le fait pas, là ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ça, c’est à lui qu’il faut poser la question. Ça, je n’en sais rien. Je
pense qu’il y a eu beaucoup de contacts diplomatiques, si j’ai bien
compris, depuis deux jours. Bon, eh bien viendra un moment où il y aura
le contact avec les organisations syndicales et patronales d’ailleurs. Je
pense que le plus rapide sera le mieux.
ROLAND SICARD
Est-ce qu’il y a eu des contacts avec le MEDEF en revanche ?
entre vous et le MEDEF ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui. Moi j’ai vu madame PARISOT il n’y a pas très longtemps mais
ça fait partie des contacts réguliers que nous avons pour faire le point sur
les dossiers parce qu’on a toute une série de négociations en cours et qui
vont se poursuivre d’ailleurs. On a un agenda social avec le patronat,
donc cet agenda va se poursuivre.
ROLAND SICARD
Sur quels dossiers justement ça peut être difficile ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Il y a un premier dossier qu’on va avoir avec le gouvernement :
c’est celui des retraites par exemple.
ROLAND SICARD
Alors ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
François HOLLANDE a pris l’engagement pendant la campagne
qu’il rétablirait le droit à partir à 60 ans pour ceux qui auront la durée de
cotisation. Alors nous, notre revendication elle est beaucoup plus large
que ça, bien entendu, mais dans un premier temps est-ce que le départ à
60 ans sera uniquement sur les périodes réellement travaillées, ce qu’on
appelle les périodes cotisées ? ou est-ce que ce sera sur les périodes
cotisées et validées ? La différence est de taille. Nous, nous demandons
cotisées et validées.
ROLAND SICARD
Prenez un exemple précis.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui. Par exemple, quelqu’un qui a été au chômage, si c’est des
périodes cotisées, la période de chômage ne sera pas prise en
considération. Une femme dans le secteur privé qui a eu un enfant, qui a
le droit à deux ans de validation : si c’est cotisé, ce ne sera pas pris en
compte. Quelqu’un qui aurait été en congé parental d’éducation ;
quelqu’un qui aura été malade plus d’un an ou en accident du travail plus
d’un an : toutes ces périodes-là sauteraient, ça veut dire que le champ
serait très restreint. Donc est-ce que ce sera du cotisé – auquel cas, on ne
sera pas satisfait – ou est-ce que ce sera du cotisé ou du validé, ce que
nous demandons ?
ROLAND SICARD
Est-ce que vous diriez qu’il y a une ambiguïté, là, chez François
HOLLANDE ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
L’ambigüit. a été un peu levée la semaine dernière mais pas dans
le bon sens, puisque je l’ai entendu dire la semaine dernière – il n’était
pas encore élu – que ce serait du cotisé puis on verrait plus tard pour le
validé. Non ! C’est maintenant qu’il faut décider. C’est un décret, c’est
quelque chose qui va se décider très rapidement.
ROLAND SICARDIl a annoncé un coup de pouce sur le SMIC. Ça vous paraît
suffisant ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Un coup de pouce, il n’y en a pas eu depuis six ans. Alors qu’il y
ait un coup de pouce, après on discutera. C’est le gouvernement qui
décide. Mais ce n’est pas que le SMIC. Nous, on a une revendication qui
sera progressive, mais il faut qu’il y ait un coup de pouce mais il faut
aussi, et je le demanderai, que le gouvernement réunisse très rapidement
les branches là où il y a des premiers niveaux de salaire inférieurs au
SMIC. Ça existe dans beaucoup de branches aujourd’hui. Donc le
gouvernement peut réunir ce qu’on appelle des commissions mixtes
paritaires pour que dès l’augmentation du SMIC, il y ait des négociations
dans toutes les branches. Ça, c’est une demande que je formulerai, bien
entendu.
ROLAND SICARD
On a beaucoup parlé pendant la campagne de plans sociaux
cachés et qui seraient révélés après l’élection. Est-ce que vous pensez
que c’est réel ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, je pense que c’est réel. Je ne peux pas vous donner un timing
mais on sait que dans le secteur de la métallurgie, il y a des plans sociaux
qui peuvent arriver, dans le secteur du commerce, dans le secteur
financier. Donc il y a effectivement des risques de plans sociaux
importants qui risquent, dans les semaines à venir, de sortir. C’est lié
aussi pas obligatoirement à la campagne électorale. C’est lié aussi au fait
qu’on est en quasi récession. On est proche de la croissance zéro. Ça a
obligatoirement des effets sur l’emploi dans les grandes entreprises et
aussi dans la sous-traitance. Ça, ce sera un des dossiers lourds
également.
ROLAND SICARD
Alors autre dossier : le salaire des patrons. François HOLLANDE a
dit qu’il ferait un écart de un à vingt dans le public. Ça vous paraît
suffisant ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
C’est une revendication qu’on a au niveau européen qui est de
limiter l’écart entre le plus bas salaire et le plus haut salaire de un à vingt.
Donc ça, s’il y a une décision dans ce sens, ça va dans le bon sens – en
tous les cas, pour les entreprises publiques, c’est ce qu’il a annoncé, donc
on verra la décision. Mais ça, ça va plutôt dans le bon sens.
ROLAND SICARD
Mais ça peut être difficile parce qu’il y a des entreprises où l’Etat
n’est qu’actionnaire.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui mais ça – alors, je ne sais pas comment ils vont faire les
choses, parce que là où l’actionnaire majoritaire, où là l’Etat est en
situation de décider ou pas. Je prends un exemple : AREVA, où
l’actionnaire est majoritaire. Donc ça peut être, ça peut faire partie des
réductions des inégalités qui sont nécessaires dans notre pays.
ROLAND SICARD
Et dans le privé ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ah, dans le privé c’est un peu plus difficile pour l’Etat de décider
mais vous savez, il y a à la fois le salaire et puis il y a tout le reste. Il y a
les bonus, il y a les stock-options, ça fait parfois beaucoup plus élevé pour
un patron – rappelez-vous dernièrement monsieur LEVY par exemple, ce
qu’il a pu toucher en bonus.
ROLAND SICARD
Maurice LEVY.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, Maurice LEVY. Donc il n’y a pas que le salaire, il y a aussi
tout le reste.
ROLAND SICARD
Alors on parlait de la compétitivité des entreprises tout à l’heure.
Laurence PARISOT est inquiète. Est-ce que vous aussi vous êtes inquiet
de ce point de vue là ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Non, je ne suis pas particulièrement inquiet.
ROLAND SICARD
Est-ce qu’il y aura un problème de coût du salaire ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Ah non, écoutez. Moi j’ai déjà expliqué – je n’ai pas changé de
position avant et après l’élection. Vous savez que le président, monsieur
SARKOZY, avait annoncé et avait voulu qu’on négocie sur des accords
compétitivité emploi. C’est une négociation qui a démarré. Moi je l’ai dit :
nous ne rentrerons pas, Force Ouvrière, dans cette démarche. Si on
commence à…
ROLAND SICARD
Cet accord-là, ça veut dire que si on se met d’accord dans une
entreprise, ça prévaut sur la loi.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, ça prévaut sur la loi mais c’est travailler…
ROLAND SICARD
Vous êtes contre ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Bien sûr ! C’est rentrer dans une logique économique qui est une
logique fausse. On rejoint d’ailleurs le débat qui va avoir lieu très
rapidement au niveau européen. Est-ce qu’il faut faire – moi je pense qu’il
faut renégocier complètement les traités. Si on veut casser la logique
d’austérité, il ne faut pas simplement faire : « On va faire un petit ajout
avec de la croissance », ce n’est pas suffisant.
ROLAND SICARD
Vous pensez que François HOLLANDE le fera comme il a dit ?
JEAN-CLAUDE MAILLY
Je ne sais pas. Est-ce qu’il fera une renégociation ? Est-ce qu’il
fera un ajout avec madame MERKEL ?
ROLAND SICARD
Les Allemands continuent à dire non.
JEAN-CLAUDE MAILLY
Oui, ils continuent à dire non. Eh bien, à nous de taper du poing
sur la table. Vous voyez bien ce qui se passe en Grèce, vous voyez bien
ce qui se passe au Portugal, ce qui se passe en Italie. Si on ne sort pas
de cette logique d’austérité, ce qui suppose de renégocier complètement
les traités, on va dans le mur en France comme ailleurs : on va dans le
mur. Donc ça, ça va être un des points-clé. Vous savez, l’état de grâce –
je crois que je ne suis pas le seul à le dire, je crois que même monsieur
SAPIN l’a dit – mais en fait il dure, il a duré le 6 mai au soir parce que
l’ampleur des dossiers, l’ampleur de la crise, y compris les dossiers qui
arrivent dont le dossier européen, font que c’est tout de suite sur des
dossiers lourds que ça va porter.
lleurs : on va dans le
mur. Donc ça, ça va être un des points-clé. Vous savez, l’état de grâce –
je crois que je ne suis pas le seul à le dire, je crois que même monsieur
SAPIN l’a dit – mais en fait il dure, il a duré le 6 mai au soir parce que
l’ampleur des dossiers, l’ampleur de la crise, y compris les dossiers qui
arrivent dont le dossier européen, font que c’est tout de suite sur des
dossiers lourds que ça va porter.

