Veille radio du 14 mai…

Jean-Pierre JOUYET, Président de l’AMF

ITélé, L’interview politique – 07h50

CHRISTOPHE BARBIER

Vous connaissez François HOLLANDE depuis plus de 30 ans, estce

qu’il est prêt à supporter la tâche qui l’attend à partir de demain ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Pour l’avoir côtoyé cette semaine dernière, assez souvent, j’ai vu

un homme qui était en train de graviter, qui savait quelles étaient ses

responsabilités, qui constitue ses équipes, et qui sait décider. Donc, je

pense qu’il est prêt.

CHRISTOPHE BARBIER

Est-ce que vous serez à ses côtés, soit comme responsable au

sein de son cabinet à l’Elysée, soit au gouvernement ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Non, je ne le crois pas. C’est… je crois que c’est une décision sage

qui a été prise en commun. J’aurai aimé travailler à ses côtés, je pense

qu’il l’aurait aimé aussi, mais il y a deux éléments. Le premier c’est qu’il

est toujours difficile de travailler avec quelqu’un avec lequel vous êtes très

proche sur le plan amical, et puis le second, c’est, compte tenu de mon

parcours, je ne voulait ni le gêner, ni, moi, être une sorte, à chaque fois,

de bouc-émissaire.

CHRISTOPHE BARBIER

C’est-à-dire, vous êtes trop pour la rigueur, par rapport à un

président qui lui veut dépenser un peu ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Non, ce n’est pas cela du tout, parce que je ne suis pas ennemi de

la croissance, je ne suis pas ennemi de la relance économique, ce n’est

pas cela, mais il peut y avoir des mesures qui soient difficiles à prendre, et

il vaut mieux qu’elles soient prises en toute indépendance et qu’on ne

suspecte pas telle ou telle influence.

CHRISTOPHE BARBIER

Pour vous, comme pour nous, pas de suspense, c’est Jean-Marc

AYRAULT qui ira à Matignon ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Alors, ça vous le dites pour vous, je pense qu’il y a une certaine

logique à cela, mais c’est bien évidemment au président de la République

qu’il incombe de le confirmer ou de le dire.

CHRISTOPHE BARBIER

Que doit dire, que va dire, demain, François HOLLANDE, l’après

midi, à Angela MERKEL ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Alors, moi, ce que je crois, c’est qu’il faut, dans la situation où est

l’Europe, maintenir un couple franco-allemand qui soit fort, mais il faut

passer de relations subordonnées à des relations équilibrées. Personne

n’a donné de leçon à personne. Chacun a ses contraintes politiques,

l’Allemagne a ses contraintes politiques, la France et François

HOLLANDE ont leurs propres contraintes politiques, et il faut juger sur

pièces de ce que seront les actions qui seront faites. J’ajoute, j’ajoute que

dans une Europe où la situation grecque, la situation espagnole, la

situation portugaise, sont quand même assez difficiles, la situation

grecque surtout, je veux dire, l’heure n’est peut-être pas aux

aménagements institutionnels… est moins aux aménagements

institutionnels, qu’à trouver des solutions d’urgence pour éviter l’implosion

de l’euro.

CHRISTOPHE BARBIER

Vous trouvez qu’aujourd’hui on est subordonné à l’Allemagne,

depuis quelques mois ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Ah, je trouve qu’il y a quand même un certain suivisme par rapport

à l’Allemagne, et que c’est tout juste si on a le droit de parler. Quand

j’écoute le gouverneur de la Banque centrale d’Allemagne, monsieur

WEIDMANN, donner telle ou telle leçon à la France, et telle ou telle leçon

d’un certain nombre de pays, ou quand je vois des titres disant : « Voilà,

les Grecs n’ont qu’à quitter la zone euro s’ils n’appliquent pas des

politiques d’austérité », moi, quand je regarde les réactions de marchés,

ce dont les marchés ont peur aujourd’hui, ce sont les réactions des

populations, ce sont les réactions de l’implosion. Je ne vois pas, au nom

de quoi, il y aurait à donner quelques leçons que ce soit, il faut s’écouter,

se respecter et voir quels sont les arguments et je le dis, il y a sans doute

des processus, des ratifications en cours, mais il n’y a pas d’urgence.

CHRISTOPHE BARBIER

Le SPIEGEL, Wolfgang SCHÄUBLE et bien d’autres responsables

en Allemagne le disent clairement aujourd’hui : il faut que la Grèce sorte

de l’euro. C’est votre sentiment ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Ce qui est vrai, c’est qu’il y a un problème difficile à résoudre en

Grèce, qui est un problème politique d’abord, c’est qu’il devait y avoir de

nouvelles élections au mois de juin…

CHRISTOPHE BARBIER

Le 17.

JEAN-PIERRE JOUYET

Le 17 juin. Avant le 17 juin, il y a une échéance importante à faire,

et qu’il faut qu’il y ait tout au moins une équipe politique organisée. Le

pire, dans le cadre de la zone euro, c’est un désordre politique, avec des

opinions publiques, qui ne veulent plus supporter l’austérité.

CHRISTOPHE BARBIER

On y est :

JEAN-PIERRE JOUYET

C’est ce qui fait le plus perdre aux marchés.

CHRISTOPHE BARBIER

On y est, en ce moment, dans cette situation.

JEAN-PIERRE JOUYET

Oui, ce n’est pas impossible, mais si la Grèce sortait de l’euro, qui

est une hypothèse qu’on ne peut plus aujourd’hui éviter, il faut voir les

conséquences en chaine que cela aurait, à la fois sur des systèmes de

compensation de passifs et d’actifs, qui s’appelle TARGET 2, à la fois sur

les banques qui détiennent un certain nombre de dette grecque. Je

signale d’ailleurs qu’il y a un certain nombre de… les banques les plus

proches sont les banques chypriotes et c’est Chypre qui va détenir la

présidence de l’Union européenne au second semestre. Ça ne va pas

simplifier les choses. Et, dernier point, vous avez bien évidemment ce que

va être la réaction des marchés, face à ces situations, à la situation que

vous décrivez si elle arrivait.

CHRISTOPHE BARBIER

C’est-à-dire, on pourrait passer à une catastrophe en chaine, avec

une sortie de l’euro de l’Espagne, du Portugal…

JEAN-PIERRE JOUYET

Eh bien vous avez toujours des risques de contagion. Le dilemme

aujourd’hui, européen, au lieu de savoir si on se prononce sur tel ou tel

traité, c’est pour ça que je dis qu’il y a des problèmes d’urgence, le

premier conseil informel annoncé par monsieur Van ROMPUY le 23 mai, il

risque de se passer uniquement sur l’analyse des mesures d’urgence,

c’est pour ça que nos amis allemands feraient bien de se concentrer

également là-dessus, au lieu de faire des points de fixation sur des

aspects, et sur les Français, et sur des aspects purement institutionnels.

CHRISTOPHE BARBIER

SCHÄUBLE vise la tête de l’Eurogroupe, il ne s’en cache plus. Estce

que c’est une bonne idée ou est-ce que ce serait un trop gros cadeau

fait à l’Allemagne ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Eh bien il faut… tout ça doit se regarder de manière équilibrée,

c’est-à-dire que vous devez avoir, au sein de l’Union européenne et de la

zone euro, des nominations, à l’Eurogroupe, à la Banque européenne

d’investissements, au Conseils des ministres et également à cette banque

qui est à Londres, qui s’occupe des pays d’Europe et centrale et orientale,

la BERN (sic ?). Ce que je trouve, c’est qu’il faudrait qu’il y ait un meilleur

équilibre entre les responsables allemands dans ces dispositions. Je n’ai

pas parlé, en plus, du Fonds européen de stabilité financière, il faut qu’il y

ait une bonne répartition géographique.

CHRISTOPHE BARBIER

Les Français doivent prendre des places dans ce jeu ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Alors-là, ça me parait clair.

CHRISTOPHE BARBIER

Mercredi, la France doit lever entre 7 et 9 milliards d’euros, sur les

marchés financiers. Est-ce qu’on va payer cher cet argent ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Là, moi je ne suis pas la Pythie de Delphes, puisque vous avez

repris des expressions grecques et des symboles grecs, je ne peux pas

vous le dire. Les dernières adjudications se sont passées calmement, je

pense que les marchés vont regarder deux choses : l’atmosphère de la

rencontre entre la chancelière et le président de la République française…

CHRISTOPHE BARBIER

Ça va jouer.

JEAN-PIERRE JOUYET

Je pense que l’atmosphère, ce n’est pas tant qu’on attende des

décisions concrètes, les marchés n’en attendent pas, mais…

CHRISTOPHE BARBIER

Il faut que ça se passe bien entre eux.

JEAN-PIERRE JOUYET

… il faut qu’il y ait une bonne atmosphère et que chacun s’explique

et explique ses contraintes politiques, je veux dire, sur un pied d’égalité.

Et puis, deuxièmement, les marchés vont regarder également ce qui se

passe au niveau de l’euro, mais ils vont attendre, ils vont attendre les

mesures qui seront prises par les nouveaux pouvoirs publics français.

CHRISTOPHE BARBIER

Et ça c’est pour la fin juin, après l’audit.

JEAN-PIERRE JOUYET

Et ça, c’est ce que j’explique à mes différents interlocuteurs, c’est

que la campagne électorale française, elle ne s’est pas arrêtée le 6 mai,

elle s’arrête le 17 juin, au soir du second tour des législatives. Donc il y a

un mois à attendre avant de savoir quelle est la déclaration de politique

générale, avant de savoir quelle est la politique française qui doit être

mise en oeuvre.

CHRISTOPHE BARBIER

Et à ce moment-là, il faudra choisir entre la voix de Berlin et la voix

d’Athènes, comme dit Jean-François COPE, entre la rigueur et la

dépense ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Non. Non, non, non, non, là c’est excessif, il y a toujours eu une

voix française en Europe, aux deux sens du terme, et la voix française est

celle, et il faut à la fois être responsable européen, mais répondre aussi

aux aspirations qui sont celles des Français et qui ont souhaité le

changement.

CHRISTOPHE BARBIER

Michel ROCARD est allé en visite à Téhéran, c’est inopportun à la

veille de la prise de pouvoir de François HOLLANDE ?

JEAN-PIERRE JOUYET

Ah, je pense que tout cela s’est fait sans que François HOLLANDE

en soit informé, c’est une initiative personnelle de Michel ROCARD.

CHRISTOPHE BARBIER

Il aurait pu s’en dispenser quand même.

JEAN-PIERRE JOUYET

Je pense que Michel ROCARD est un être indépendant, mais ce

n’était peut-être pas la priorité des priorités, même pour un voyage privé.

 

· Henri GUAINO, Conseiller spécial de l’Elysée

RMC Info, Bourdin 2012 – 08h35

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que je dois encore vous présenter comme conseiller de

Nicolas SARKOZY ?

HENRI GUAINO

Oui, au moins jusqu’à demain matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Jusqu’à demain matin, vous êtes encore à l’Elysée, vous avez

déménagé ou…

HENRI GUAINO

Oui, je suis en train.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous êtes en train de faire vos cartons.

HENRI GUAINO

Exactement, c’est la dure loi de la démocratie, de la République

mais elle est légitime.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Quelques mots sur Nicolas SARKOZY qui va quitter l’Elysée sans

amertume, sans regret, il vous a fait part de… qu’est-ce qu’il vous a dit

là…

HENRI GUAINO

Sans amertume…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ces dernières heures, ces derniers jours ?

HENRI GUAINO

Sans amertume, il l’a d’ailleurs dit à plusieurs reprises à tous ses

collaborateurs. Il a dit : vous pouvez avoir de la tristesse et c’est légitime,

mais surtout n’ayez pas d’amertume, l’amertume est un mauvais

sentiment, vous ne reconstruirez pas votre vie… une vie nouvelle sur

l’amertume. Et je crois qu’il a raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui. « J’arrêterai la politique », c’est ce qu’il a dit sur RMC – BFM

TV, vous vous souvenez…

HENRI GUAINO

Oui, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est confirmé, il va arrêter la politique, il ne jouera plus de rôle

majeur ?

HENRI GUAINO

Non, il ne jouera plus de rôle majeur, enfin il arrête la politique

active, il arrête de briguer des mandats, des responsabilités. Ça ne veut

pas dire qu’il se désintéresse de la vie politique, il ne peut pas – après 35

ans de combat et avoir été 5 ans à la tête de l’Etat – se désintéresser la

vie publique. Mais il l’a dit et confirmé, il ne briguera pas de responsabilité

ni de mandat.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Une dernière question, pendant la campagne électorale, est-ce

qu’il vous a confié à un moment donné ou à un autre son inquiétude : je

peux peut-être être battu, je…

HENRI GUAINO

Son inquiétude non mais il a toujours dit et très profondément

pensé qu’il pouvait perdre…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais entre vous, entre vous ?

HENRI GUAINO

Non, même entre nous…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Certains ont dit « il a sous-estimé François HOLLANDE ».

HENRI GUAINO

Non, je ne crois pas qu’il ait sous-estimé François HOLLANDE, je

crois qu’il ne s’est pas d’ailleurs posé cette question de François

HOLLANDE. Il a défendu ses idées, ses convictions, son bilan et…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je dis ça parce que j’ai lu une déclaration de Jean-Pierre

RAFFARIN, selon lui la présidentielle était gagnable par l’UMP, les

comportements dont celui de Nicolas SARKOZY ont été davantage

sanctionnés que la politique. Vous êtes d’accord avec cela ou pas ?

HENRI GUAINO

Ecoutez, moi je pense que ce genre de propos au lendemain d’une

défaite, une défaite très à courte majorité pour le gagnant, dans laquelle…

une campagne dans laquelle le président s’est investi aussi

profondément, après 5 années où il a gouverné la France en protégeant

les Français dans des conditions qui étaient des conditions terribles, que

personne n’avait connues, on peut se dispenser de ce genre de

remarque. En tout cas, moi je ne participerai pas à ce débat, je trouve que

ce ne serait pas digne, voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Donc ce n’est pas digne de dire ça ?

HENRI GUAINO

Oui, ce n’est pas digne, moi je trouve que participer à ce débat

n’est pas digne. Je ne sais pas ce qu’aurait fait l’UMP si les législatives

avaient été avant les présidentielles, mais je sais ce que la pente que

Nicolas SARKOZY a remontée pendant cette campagne et je sais ce qu’il

a accompli pour la France. Alors après viendra sans doute le moment de

réfléchir aux erreurs, aux défauts, aux faiblesses, bien entendu, bien

entendu mais franchement lui faire porter ainsi le poids d’une défaite à lui

tout seul, même si lui l’assume et c’est très bien de sa part, il dit

« j’assume complètement les résultats », et laisser entendre qu’il aurait

été l’artisan d’un fiasco, non ! Je… il a fait ce qu’il devait faire pour les

Français, pour la campagne, il l’a fait de tout son coeur, de toute son âme,

de toute son énergie et on ne peut que lui rendre hommage.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien ! Henri GUAINO…

HENRI GUAINO

Voilà ma position.

JEAN-JACQUES BOURDIN

On va parler de politique, de votre avenir en politique, mais je

voudrais que nous revenions quand même sur ce qui se passe en Europe,

avec cette défaite pour Angela MERKEL en Rhénanie Westphalie hier,

défaite importante puisque c’est le Land le plus peuplé d’Allemagne, 18

millions d’habitants. Est-ce que François HOLLANDE est chanceux, estce

que c’est un homme chanceux ?

HENRI GUAINO

Ça, je n’en sais rien, vous savez il faut…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non mais je vous dis ça parce que…

HENRI GUAINO

Non mais il faut de la chance, Napoléon disait… quand on lui

présentait un général, on lui disait « voilà, c’est un grand général, il a

gagné beaucoup de… mais a-t-il de la chance », voilà, il faut être

chanceux, est-ce qu’il est chanceux ? Ça, l’histoire le dira. Mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que ça pourrait infléchir…

HENRI GUAINO

Il ne faut pas parier sur la chance.

JEAN-JACQUES BOURDIN

La position allemande selon vous ?

HENRI GUAINO

Non, je crois que la position allemande, elle est très profondément

ancrée dans… d’abord ans la mentalité allemande, dans l’histoire

allemande et surtout dans la démographie allemande. Donc… elle peut

bouger mais il faut d’énormes efforts pour la faire bouger à la marge, ou

alors il faut des circonstances absolument exceptionnelles. Vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça veut dire que les Allemands ne bougeront pas ?

HENRI GUAINO

Pendant 5 ans… mais bouger sur quoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bouger sur… je ne sais pas moi, infléchir la politique conduite en

Europe sous la houlette de l’Allemagne.

HENRI GUAINO

Ça, ça ne veut rien dire, c’est quoi précisément…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Alors allez-y, concrètement ça veut dire quoi ?

HENRI GUAINO

Non mais ça veut dire quoi précisément, ça veut dire quoi, est-ce

que vous pensez que l’Allemagne va demain matin accepter un

changement des statuts de la Banque centrale européenne…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non, par exemple concrètement renégocier le traité qui a été…

HENRI GUAINO

Non, mais ce traité ce n’est pas la France et l’Allemagne, c’est…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui, oui, une partie…

HENRI GUAINO

Pratiquement tous les pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Il n’a pas été ratifié.

HENRI GUAINO

Non, il n’a pas été ratifié mais tous les pays s’y sont engagés. Si

l’un ne le ratifie pas, le traité ne sera pas mis en oeuvre et s’il n’est pas

mis en oeuvre, on rouvrira crise de confiance à laquelle il avait mis un

terme, et l’euro sera emporté par la crise. Voilà la vérité, donc personne

de toute façon n’a intérêt à pousser le bouchon jusqu’aux limites de la

crise, c’est tout, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais alors vous croyez que François HOLLANDE fait du bluff ?

HENRI GUAINO

Je pense…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce qu’il bluffe quand il dit « on va renégocier le traité » ?

HENRI GUAINO

Il faut le lui demander, je ne sais pas s’il bluffe…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non mais je vous pose la question, vous regardez la politique.

HENRI GUAINO

Je ne sais pas… je ne sais pas s’il ment, je ne sais pas s’il bluffe,

je ne sais pas s’il est aveugle mais je ne crois pas un instant – en dehors

d’une crise gigantesque – à la possibilité raisonnablement et froidement

de re… dans le sang-froid de renégocier le traité qui vient d’être signé par

tout le monde, encore une fois pour mettre fin à une crise de confiance.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Sauf 2 pays.

HENRI GUAINO

Oui, sauf 2 pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN

République Tchèque et Grande Bretagne.

HENRI GUAINO

Mais la Grande Bretagne n’est pas dans l’euro, donc ce n’est

pas… mais la question fondamentale elle est là, c’est : est-ce qu’on est

prêt à rouvrir la crise de l’euro ? On voit bien la fragilité de tout cela, on

voit bien les tensions énormes qui règnent aujourd’hui. S’il s’agit de dire

que l’austérité n’est pas la solution à tous les problèmes économiques de

l’Europe, c’est ce que nous n’avons cessé de dire, c’est ce que le

président SARKOZY n’a cessé de dire depuis le début de cette crise, mais

comment le fait-on ? D’abord on ne touchera probablement pas à ce

traité, peut-être peut-on – et c’était la position de la France – négocier un

autre volet, autre chose en plus. Mais cette autre chose en plus, je pense,

ne va pas dans l’immédiat pouvoir entrer en contradiction avec la

discipline budgétaire. Et s’il faut qu’elle soit légèrement assouplie, ça se

fera d’un commun accord. Mais on ne touchera pas à ce traité parce que

la difficulté à venir, c’est de trouver un équilibre ou une voie de passage

entre la réduction de nos déficits d’un côté et de l’autre côté la croissance

économique. Mais on ne peut laisser tomber ni l’un ni l’autre.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Henri GUAINO j’ai quelques questions précises. D’abord la

cohabitation…

HENRI GUAINO

Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous êtes Gaulliste ?

HENRI GUAINO

Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que vous pouvez aimer la cohabitation, franchement ?

HENRI GUAINO

Ah ! Je n’aime pas la cohabitation, mais je vais vous raconter une

petite histoire…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Allez-y ! Allez-y.

HENRI GUAINO

En 1988, entre les deux tours des Présidentielles, j’avais voulu

faire signer un appel en faveur de Jacques CHIRAC (il se présentait

contre François MITTERRAND) aux anciens Premiers ministres de la

Vème République et j’avais appelé Michel DEBRE…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Et je lui avais dit : « mais, quand même, on risque la cohabitation «

et il avait signé l’appel, mais il avait dit : « vous savez la cohabitation, elle

est inscrite dans les institutions, c’est quelque chose de normale ».

Donc… Voilà ! C’est normal dans une République qui est à la fois

présidentielle et parlementaire, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non ! Mais on peut trouver ça républicain et normal, on n’est pas

forcé d’y adhérer ?

HENRI GUAINO

Non ! Mais elle est dans la logique des institutions.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui

HENRI GUAINO

Moi j’aime les institutions de la Vème République, il se trouve quel

a possibilité de la cohabitation y est…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce…

HENRI GUAINO

Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce bon ? Parce que beaucoup disent : « laissons François

HOLLANDE – à l’UMP j’entends ça – gouverner…

HENRI GUAINO

Mais ça ne veut rien dire ! Quand…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Avoir tous les pouvoirs et nous verrons…

HENRI GUAINO

Mais… Mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et nous verrons dans 5 ans ce qui se passe ».

HENRI GUAINO

Mais, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Ca ne se pose pas comme ça le problème, pas du tout. Vous allez

aux Législatives, vous n’y allez pas en disant : « Donnez-moi la défaite, ne

votez pas pour moi, parce que la cohabitation ce n’est pas bon » vous y

allez pour gagner, vous y allez pour faire le plus de sièges possible et, si

les Français décident que…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais vous y allez aussi…

HENRI GUAINO

Voilà !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Pour ne pas bloquer la vie politique française ?

HENRI GUAINO

Mais après… Oui ! Mais ça ce sera l’attitude de chacun, mais c’est

le peuple souverain qui décide….

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est la manière de gouverner.

HENRI GUAINO

C’est le peuple souverain qui décide.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que c’est…

HENRI GUAINO

Attendez ! Quelle est l’alternative…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais s’il y a cohabitation…

HENRI GUAINO

Quelle est l’alternative ? Encore une fois, c’est de dire aux gens :

« ne votez pas pour moi «…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais alors, Henri GUAINO…

HENRI GUAINO

Donc, ça n’a pas de sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN

S’il y a cohabitation…

HENRI GUAINO

Ca n’a pas de sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Quel est le Premier ministre que François HOLLANDE pourrait

appeler, Jean-François COPE c’est le leader naturel aujourd’hui ?

HENRI GUAINO

Ecoutez ! C’est le choix du président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah !

HENRI GUAINO

Non ! Mais franchement, c’est le choix du président de la

République.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui ! Ca c’est évident, ça je le savais.

HENRI GUAINO

C’est lui qui verra, qui pèsera en fonction des résultats, en fonction

de son estimation de la situation politique, il appellera un Premier ministre

et puis après la majorité, si elle est d’un bord différent du sien, il faudra

savoir si elle trouve ce choix bon ou mauvais… Voilà ! C’est le…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais vous ça serait…

HENRI GUAINO

Vous savez.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est naturel, Jean-François COPE c’est le leader naturel ?

HENRI GUAINO

Ah ! Non, mais je… il y a beaucoup de leaders, Jean-François

COPE est le secrétaire général de l’UMP aujourd’hui, donc il a toute sa

place dans ce dispositif, mais… Voilà ! Ca appartiendra…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais… Mais…

HENRI GUAINO

Non ! Ca appartiendra au président de la République, voilà, c’est

tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bon ! Henri GUAINO…

HENRI GUAINO

Vous savez Edouard BALLADUR n’était pas le leader naturel non

plus de la majorité en 19…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui ! Quand il a été battu quoi.

HENRI GUAINO

Non ! Quand il a été…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah bon !

HENRI GUAINO

Quand il a été…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah oui ! Quand il a été choisi.

HENRI GUAINO

Désigné…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Désigné comme Premier ministre.

HENRI GUAINO

Comme Premier ministre, voilà…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bon ! Henri GUAINO, Dominique de VILLEPIN, ancien Premier

ministre…

HENRI GUAINO

1993 !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que vous lui avez proposé de rejoindre Nicolas SARKOZY ?

HENRI GUAINO

Ah non ! Moi je ne lui ai rien proposé.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Pas vous ! Pas vous, pas vous, mais franchement… et notamment

d’intervenir à La Concorde, j’ai lu ça, c’est vrai ou pas vrai ?

HENRI GUAINO

Oui ! C’est vrai. Oui ! C’est vrai qu’il y a eu des ouvertures auprès

de Dominique de VILLEPIN et que, eh bien, s’il …

JEAN-JACQUES BOURDIN

Il a refusé ?

HENRI GUAINO

Non ! Mais ce n’est pas…, ça ne se fait pas… c’est…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

S’il avait souhaité rejoindre le président de la République, eh bien il

aurait été accueilli à bras ouverts, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et il devait s’exprimer à La Concorde ?

HENRI GUAINO

Non ! Il ne devait pas. C’était… c’était son choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN

On lui avait proposé ?

HENRI GUAINO

On lui avait proposé, mais comme à tous les leaders, y compris à

Monsieur BAYROU, de ce qui ne pouvait…. n’apparait pas dans le camp

du Parti Socialiste, de rejoindre la candidature de Nicolas SARKOZY et de

la soutenir, voilà, pas plus, ni moins, que les autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bien !

HENRI GUAINO

Il a souhaité rester sur son… c’était son choix, voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Bon ! Henri GUAINO…

HENRI GUAINO

Oui !

JEAN-JACQUES BOURDIN

On va parler…

HENRI GUAINO

Oui ! Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Voilà ! Tiens un mot sur ce qui se passe, puisqu’on parle beaucoup

de parachutages, ce qui se passe dans le Pas de Calais. C’est quoi cette

volonté de Jean-Luc MELENCHON pour vous, c’est de l’attirance vers la

politique spectacle, c’est quoi ? Pourquoi allez défier, selon vous, Marine

LE PEN ?

HENRI GUAINO

Oh ! Je ne sais pas si c’est de la politique spectacle ou si c’est une

conception…

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est courageux ou c’est narcissique ?

HENRI GUAINO

Oh ! Eh bien c’est tou…. Vous savez, en politique, il y a toujours à

la fois du courage et du narcissisme forcément, puisque la politique c’est

de demander aux gens… ça consiste d’abord à demander aux gens de

vous aimer… Bon ! Vous approuvez, donc il y a une forme de narcissisme

toujours, pour tout le monde. Mais je pense que c’est plutôt une

conception romantique de la politique, oui pour lui c’est l’épopée, le héros

au milieu des tempêtes, voilà je crois que c’est ça, je crois qu’il s’est

construit un personnage, il va au bout de son personnage, non sans un

certain talent… Voilà ! Et… Bon ! Eh bien il a choisi, il a pensé…

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est une candidature que je le qualifierais de tardive mais

hasardeuse ?

HENRI GUAINO

Non ! Mais tardive… d’abord, avant, il y avait des élections

présidentielles, moi cette idée du tardif me laisse…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je vous dis ça parce que c’est Valérie PECRESSE qui a dit cela à

votre propos !

HENRI GUAINO

Oui ! Eh bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Tardif et hasardeux.

HENRI GUAINO

Oui ! Eh bien cela fait deux bonnes raisons de faire campagne

activement pour surmonter ces deux handicaps. Mais alors tardif est

quelque chose que je ne… est un argument que je ne comprends pas,

pour ce qui me concerne, je ne vous parle pas de Jean-Luc MELENCHON

qui fait ce qu’il veut…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui ! Oui. Non ! Mais vous avez compris…

HENRI GUAINO

Voilà ! Moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Que j’avais basculé là…

HENRI GUAINO

Voilà ! Vous avez basculé…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Vous avez basculé dans les Yvelines.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Bon ! Evidemment, c’est un autre univers.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Mais tardif pourquoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN

Plus privilégié…

HENRI GUAINO

Pourquoi tardif ?

JEAN-JACQUES BOURDIN

Le Pas de Calais.

HENRI GUAINO

Que pourrait-on me reprocher ? De m’être engagé trop à fond

dans la campagne de Nicolas SARKOZY, de mettre engagé trop à fond

pendant 5 auprès du président de la République ? Au point de n’avoir pas

une minute, une minute à moi ? Avoir travaillé le jour, la nuit, que fallait-il

que je fasse ? Qu’au lieu de m’occuper des affaires de la France, au lieu

de m’occuper de la campagne présidentielle, je m’occupe de moi, de mon

avenir et de ma carrière ? Voilà ! Ce n’était pas ma conception de… c’est

pas ma conception de la politique, c’est pas ma conception de

l’engagement, ce n’est pas ma conception de la dignité en politique…

Voilà ! J’avais – et vous-même m’aviez déjà posé la question – que je me

poserais la question de ce qu’allais faire de ma vie le lendemain des

élections présidentielles, c’est ce que j’ai fais.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui ! Oui.

HENRI GUAINO

Voilà ! Il restait une circonscription qui n’était pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Attribuée !

HENRI GUAINO

Qui n’était pas attribuée, dont je connais un peu la sociologie, je

connais beaucoup d’élus dans ce département, j’y suis souvent allé…

Voilà ! Et je me suis dit qu’avec les habitants des Yvelines il y avait

quelque chose à faire dans cette campagne. Parce qu’au fond je ne

voulais pas cesser le combat politique de cette manière, je voulais le

poursuivre, je voulais le prolonger, donc j’ai posé ma candidature, c’est-àdire

j’ai demandé l’investiture de ma famille politique qui me l’a accordée.

Voilà ! Il y a là aucun mystère. Imaginez qu’il y a 3 mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui ! Mais ça a fait grincer quelques dents quand même…

HENRI GUAINO

Imaginez qu’il y a 3 mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN

De Valérie PECRESSE, Gérard LARCHER…

HENRI GUAINO

Attendez ! Imaginez…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Aussi.

HENRI GUAINO

Imaginez qu’il y a 3 mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui

HENRI GUAINO

J’ai déclaré ma candidature et que pendant 3 mois je n’ai pas mis

un instant les pieds dans ma circonscription parce que j’aurais été

tellement pris par le reste, par ce que j’avais affaire, vous m’auriez dit :

« mais c’est scandaleux, il ne vient jamais »… Bon ! Tout ça est absurde.

Voilà ! Je… ça a fait grincer des dents, eh bien mon Dieu c’est possible,

c’est possible, les grincements de ces dents ne sont pas arrivés jusqu’à

moi, j’ai l’ouïe…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah bon ! Mais enfin vous avez lu…

HENRI GUAINO

J’ai l’ouïe sélective.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Pourquoi personne n’est venu vous dire…

HENRI GUAINO

J’ai l’ouïe sélective !

JEAN-JACQUES BOURDIN

Tu as tort de venir là quoi, tu as tort de…

HENRI GUAINO

Non ! Mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ah bon !

HENRI GUAINO

En général, je prends…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Vous avez l’ouïe sélective, c’est-à-dire que…

HENRI GUAINO

Je prends… d’abord je prends mes décisions tout seul…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Je les assume tout seul….

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui !

HENRI GUAINO

Ensuite, une fois que je les ai prises, eh bien je fais les démarches

qui sont nécessaires, qui sont légitimes : je respecte les règles, je suis allé

voir le président de la République, je suis ensuite allé voir le secrétaire

général de l’UMP, j’ai posé ma candidature à l’investiture tout à fait

normalement…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais est-ce que ces critiques sont légitimes selon vous ?

HENRI GUAINO

Mais elles sont sans doute légitimes dans l’esprit de leurs auteurs,

voilà, mais je ne comprends pas l’histoire… enfin les histoires de

parachutage sur des élections législatives qui sont des élections

nationales…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que vous pensez que…

HENRI GUAINO

Avec des enjeux nationaux. Le député c’est quelqu’un qui fait le

lien entre le local et le national, et son premier devoir c’est bien de voter la

loi. Et mon premier devoir demain, si les électeurs des Yvelines me font

confiance, ça sera d’apporter un certain nombre d’idées et de valeurs

dans le débat public national.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Et est-ce que vous pensez que Jean-François COPE joue francjeu

dans cette affaire ?

HENRI GUAINO

A mon égard certainement.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Oui ?

HENRI GUAINO

Oui, oui, il a été parfaitement… voilà, moi je…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Non, je vous dis ça parce que je vous parle de votre avenir, parce

que si vous voulez devenir député, c’est parce que vous avez envie de

jouer…

HENRI GUAINO

De jouer un rôle oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Peut-être de jouer un rôle futur.

HENRI GUAINO

Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Lequel vous pourriez jouer, au-delà de votre rôle à l’Assemblée

nationale éventuel ?

HENRI GUAINO

Ça, c’est les circonstances qui en décideront. Ce que je veux, c’est

peser dans le débat public, voilà, c’est peser dans le débat public, faire

bouger les lignes de ce débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce qu’un jour on peut imaginer Henri GUAINO candidat à la

présidence de la République ou en Henri GUAINO… je ne sais pas, je

vous pose la question.

HENRI GUAINO

Oh ! Nous verrons en fonction des circonstances.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Sincèrement et clairement.

HENRI GUAINO

Mais on peut tout imaginer, tous les députés ont vocation à être un

jour candidat à la présidence de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Mais c’est une idée qui…

HENRI GUAINO

Matignon…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Pourrait vous traverser l’esprit ?

HENRI GUAINO

Mais pour l’instant je n’en suis pas là Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Ça, on a compris mais enfin vous connaissez la présidence de la

République.

HENRI GUAINO

Oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN

C’est une idée qui pourrait vous traverser l’esprit ?

HENRI GUAINO

Jean-Jacques BOURDIN, ce genre d’idée est ridicule ou réaliste

selon les circonstances, voilà. Dans les circonstances où nous nous

trouvons aujourd’hui, vous dire « je pense à une candidature…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Je vous dis ça parce que…

HENRI GUAINO

A la présidence de la République serait parfaitement ridicule.

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’en connais d’autres, pardon, dans votre famille politique qui

pensent depuis longtemps à la présidence de la République et à être

candidats en 2017. Vous voyez de qui je veux parler ?

HENRI GUAINO

Oh ! Il y en a beaucoup, j’en connais beaucoup, mais enfin…

JEAN-JACQUES BOURDIN

J’en connais un qui l’a dit.

HENRI GUAINO

Oui, et puis il y en a qui ne l’ont pas dit mais ça s’entend, il y a des

silences qui valent de longs discours. Simplement ils sont sans doute

dans des positions, dans des situations qui ne sont pas la mienne

aujourd’hui. Aujourd’hui, ce serait ridicule.

JEAN-JACQUES BOURDIN

Est-ce que ça veut dire qu’ils pensent avant tout à 2017 avant de

penser à ce qui se passe aujourd’hui ou ce qui se passait hier ? Est-ce

qu’ils ont trop pensé à 2017 certains ?

HENRI GUAINO

Certains y ont peut-être beaucoup pensé mais moi, je… là

encore…

JEAN-JACQUES BOURDIN

Trop ?

HENRI GUAINO

Ça ne m’intéresse pas, voilà. Moi j’ai fait ce que j’avais à faire le

mieux possible, à côté d’un président de la République qui a fait tout ce

qu’il était humainement possible pour remplir son mandat, pour accomplir

son mandat. Il a pris des responsabilités considérables, il a fait une

campagne magnifique, j’étais à ses côtés, j’assume tout et je lui rends

encore une fois hommage pour ce qu’il a accompli, voilà. Maintenant une

autre vie commence, qui n’est pas forcé… je n’oublie rien du passé et

nous verrons comment elle se déroulera, voilà.

 

· Jean-Luc MELENCHON, Co-président du Parti de gauche

France Inter, L’invité d’Inter – 08h20

PATRICK COHEN

Quel est votre premier objectif en allant faire campagne dans le

Pas-de-Calais, vous faire élire député ou empêcher que Marine LE PEN le

soit ?

JEAN-LUC MELENCHON

Ce n’est pas du tout une affaire personnelle. J’espère que, en

allant à Hénin-Beaumont, eh bien, dans la 11ème circonscription du Pasde-

Calais, l’ancien bassin minier, berceau du mouvement ouvrier français,

envoie à l’Assemblée nationale quelqu’un qui parle la langue de

« l’Humain d’abord », qui est mon programme, c’est un programme de

rupture, radicale et concrète, avec l’ordre établi. Voilà, c’est ça. et je vais,

bien sûr, me confronter assez directement, puisqu’elle se trouve là, à

l’extrême droite, qui est en quelque sorte la forme la plus chimiquement

pure de ce qu’est aujourd’hui la ligne de la droite, puisque, comme vous le

savez, monsieur SARKOZY a tellement « extrême-droitisé » la ligne de

droite, que quand vous en tapez un, vous en tapez deux pour le même

prix.

PATRICK COHEN

Mais vous parlez comme si Marine LE PEN était députée sortante.

C’est une circonscription socialiste. D’ailleurs, ce qui hérisse la direction

du PS, c’est que vous ayez choisi une circonscription détenue par un PS,

plutôt que d’aller batailler contre la droite.

JEAN-LUC MELENCHON

Voilà, bien sûr, si j’avais été dans une autre circonscription ils

auraient trouvé autre chose à dire. Alors, puisque vous m’en donnez

l’occasion, je propose qu’il y ait une certaine… un peu de respect entre

nous, à gauche. Nous choisissons bien les candidats que nous voulons,

n’est-ce pas monsieur COHEN ? Et nous avions un candidat sur place,

Hervé POLY, le secrétaire départemental du Parti communiste. Nous

avons fait une évaluation, qui nous a conduits à penser que la bataille

politique, le débat politique qu’il y aurait là, pouvait être exemplaire pour

tout le pays, et que donc, c’est la raison pour laquelle je devais y aller,

mais, voilà. Les socialistes ont leur candidat, fort bien, et c’est le

souverain qui va trancher, ce n’est pas la chasse-gardée, la propriété du

Parti socialiste, et je pense qu’ils devraient me respecter, car sur place

leurs exploits ne sont pas si remarquables, qu’ils ne doivent pas tenir du

respect qu’ils doivent aux autres. Car, voyez-vous…

PATRICK COHEN

Vous parlez de quoi précisément ?

JEAN-LUC MELENCHON

Je parle du fait que, par exemple, la dernière municipale à Hénin-

Beaumont, à un cheveu près, nous la perdions, compte tenu des

comportements du Parti socialiste dans cette circonscription. Je parle du

fait qu’aujourd’hui encore, il y a deux candidats qui accusent le troisième,

qui a été investi par le Parti socialiste, d’avoir triché aux élections internes.

PATRICK COHEN

Philippe KEMEL le maire de Carvin. Ce n’est pas un candidat

honorable ?

JEAN-LUC MELENCHON

Je n’ai pas dit ça monsieur.

PATRICK COHEN

Je pose la question.

JEAN-LUC MELENCHON

Oui, mais si vous, vous avez le droit de vous la poser, j’ai le droit

de ne pas me la poser. Je ne porte pas d’appréciation sur les personnes,

je porte des appréciations sur le dispositif politique qui est en place, et qui

est très dangereux, donc j’y ai ma place en toute hypothèse, et la bataille

va avoir un sens pour tout le pays. Il faut l’accepter. C’est même la

noblesse de la politique que de donner à voir des enjeux. Quant à moi,

dans cette affaire, on voit bien que je n’y ai aucun intérêt personnel. Je

suis séparé par plus de 15 points de madame LE PEN, c’est elle qui est

devant dans la circonscription, et le socialiste est devant moi de plus de

10 points, donc j’y vais parce qu’il y a débat et que je veux, avec mes

camarades du Front de gauche, qu’il y ait débat. C’est ça la noblesse de

la politique, ce n’est pas les chefs vont dans des planques, dans des

endroits où ils sont assurés d’être élus d’avance. Moi je ne suis pas

nommé par Pierre MAUROY comme Martine AUBRY l’a été à Lille, je ne

suis pas nommé par la Rue de Solferino, tantôt dans la Somme, tantôt

dans le Grand Sud-est, comme l’a été Vincent PEILLON, qui me fait des

remarques et des observations sur le fait qu’il faut des élus de proximité

pour comprendre les dossiers.

PATRICK COHEN

Martine AUBRY a été élue. Exemplarité, dites-vous…

JEAN-LUC MELENCHON

Oui, Madame AUBRY, bien sûr qu’elle a été élue, et en cela elle

est totalement légitime, mais elle n’est pas venue ferrailler dans une terre

contre la droite, elle est venue ferrailler pour prendre la place à gauche

contre quelqu’un qui l’avait déjà. Donc j’ai le droit, moi, de demander un

peu de respect pour moi, j’ai le droit de le demander et j’estime que les

socialistes, compte tenu de ce qu’a été la magnifique bravoure du Front

de gauche pour le deuxième tour, qui a quand même fait la décision, si

vous voulez bien vous en souvenir, car sans les 4 millions de voix du

Front de gauche, quel qu’ait été le brillant niveau de François

HOLLANDE, il ne serait pas parvenu à la majorité. Nous avons droit à du

respect. Et je crois que dans le coin, Monsieur COHEN, pour être clair,

parce que je ne suis pas le plus mal informé de ce qui se passe dans

cette circonscription, beaucoup de socialistes sont très contents que je

sois là parce que, à l’élection législative, ils ne vont pas être pris entre le

Front national et l’obligation de voter pour tel ou tel, dont ils n’ont pas

envie d’aller porter, comment dire… d’en faire le Roi local. Il y a beaucoup

de socialistes qui n’ont pas envie que l’élection législative serve à

départager trois personnalités socialistes qui, sur place, se déchirent

comme des chiens. Donc je leur dis allez-y, venez avec moi, parce que

moi je ne suis candidat à aucune élection locale, et je ne me mêle pas de

vos affaires. Je me mêle que d’une chose, représenter cette

circonscription au Parlement pour savoir, est-ce que le mouvement

ouvrier, à cette heure, à cet âge de notre histoire, va porter une claire

parole de gauche comme la mienne, ou bien est-ce qu’il va porter une

parole d’extrême droite ? Voilà l’enjeu historique. Cette circonscription va

parler au pays entier, et le pauvre peuple qui pâtit va pouvoir parler d’une

voix claire. Eh bien il va choisir, et sa décision s’imposera à tout le…

PATRICK COHEN

Donc le premier résultat c’est bien le spectacle de votre combat,

puisque vous parlez d’exemplarité, d’une bataille qui va intéresser

l’ensemble du pays. Le spectacle de Marine LE PEN, ironisant sur votre

parachutage, le spectacle de Jean-Luc MELENCHON qui veut faire

barrage à Marine LE PEN. C’est efficace, cela, Jean-Luc MELENCHON ?

JEAN-LUC MELENCHON

Le spectacle, c’est vous qui en parlez, parce que vous-même vous

êtes un organisateur de spectacles…

PATRICK COHEN

Vous parlez d’exemplarité.

JEAN-LUC MELENCHON

Mais monsieur, est-ce que vous comprenez la différence entre

l’exemplarité et le spectacle ? Est-ce que vous la comprenez ? Je vous

demande intellectuellement d’y réfléchir un instant. Tout de même, à

l’éminente fonction que vous occupez, les mots ont un sens, n’est-ce

pas ?

PATRICK COHEN

Oui.

JEAN-LUC MELENCHON

Et être exemplaire cela signifie que vous montrez un exemple. Et

quel exemple vais-je montrer ? Il y a d’abord un débat exemplaire,

comment la France, l’Europe, va-t-elle sortir de la crise par le haut. Est-ce

que c’est par les solutions ethniques ou est-ce que c’est par les solutions

sociales ? Est-ce que le problème des usines qui ferment dans la 11ème

circonscription du Pas-de-Calais ce sont les immigrés, ou est-ce que ce

sont les banquiers ? Est-ce que le problème de la délinquance numéro 1

dans cette circonscription, ce sont les patrons voyous qui ont pillé

SAMSONITE, ou bien est-ce que le voleur de mobylette du coin ? On peut

dire c’est les deux, mais il y a quand même un ordre de priorité. Voyezvous…

PATRICK COHEN

Donc on va beaucoup voir et entendre Jean-Luc MELENCHON

dans cette bataille, et on va beaucoup voir et entendre Marine LE PEN.

JEAN-LUC MELENCHON

Je crois que l’un et l’autre n’avaient pas besoin de cet endroit et de

cette rencontre pour qu’on parle d’eux. Ce qui est important c’est qu’on va

beaucoup voir et entendre les problèmes qui nous mettent au pied du

mur, parce que là-bas, dans cette circonscription, vous ne pouvez pas

vous contentez d’à peu près ou de phrases, vous êtes obligé de répondre

de manière précise comment vous comptez vous y prendre pour

redresser le pays, ce ne sont pas des problèmes locaux. Quels que soient

les efforts des élus locaux, les problèmes qui se posent là-bas sont des

problèmes nationaux, si vous voulez davantage d’écoles, il faut

d’avantage de dépenses publiques, si vous voulez empêcher les patrons

voyous de fermer les entreprises, de les brader alors qu’elles sont

florissantes, vous devez avoir une loi qui interdit les licenciements

boursiers. Madame LE PEN est pour ou elle est contre, les socialistes

sont pour ou ils sont contre ? Voilà les questions que les électeurs vont

devoir trancher, ce n’est pas Jean-Luc MELENCHON ou madame LE

PEN, c’est comment sort-on de la crise, par le social ou par l’ethnique, par

la rupture radicale avec l’ordre établi, qui donne toutes les puissances à la

finance, ou bien, en donnant le pouvoir au peuple ? C’est ça les questions

qui vont venir. Et moi, je me réjouis de la médiatisation, parce que la

médiatisation sert à ça, la médiatisation n’est pas l’ennemie du débat

politique, il n’y a pas de débat au 21ème siècle visible sans médiatisation.

Alors, ils aimeraient bien que ça s’arrange entre eux leur petite popote, ils

seraient là à s’arranger comme d’habitude : madame LE PEN, tranquille,

embarrassée par personne, par des socialistes qui passent plus de temps

à se taper dessus qu’à s’occuper d’elle…

PATRICK COHEN

Il y a un vrai risque qu’elle gagne la circonscription, Marine LE

PEN ?

JEAN-LUC MELENCHON

Monsieur COHEN, la dernière fois que les socialistes ont dit d’un

air très prétentieux qu’ils n’avaient besoin de personne pour garder la

commune d’Hénin-Beaumont, il s’en est passé à un cheveu qu’on la

perde, donc j’estime que ma présence sur place, celle du Front de

gauche, permet de fortifier un rapport de force à gauche qui va nous

donner les meilleurs moyens pour battre la droite et l’extrême droite. Voilà

ce que je viens de faire. Et je demande que, est-ce que, pour une fois,

pour une fois, on fera une exception, après, on pourra recommencer, estce

qu’on ne peut pas avoir du respect pour des gens qui décident, en

quelque sorte, de prendre tous les risques dans une bataille, parce que je

sais très bien ce qui m’attend, si je gagne cette bataille, vous direz : ah,

c’était gagné d’avance ! Si je la perds, vous direz : c’est de sa faute !

Ecoutez…

PATRICK COHEN

Oui, si vous perdez, vous restez député européen.

JEAN-LUC MELENCHON

En effet, vous voyez donc bien que je ne vais pas à la recherche

d’un siège, vous le voyez ou pas ?

PATRICK COHEN

Non, mais on parlait de risques, donc…

JEAN-LUC MELENCHON

Très bien, non, mais attendez, c’est… j’ai lu ça dans la presse,

Monsieur COHEN, Monsieur COHEN, j’ai lu dans la presse que je prenais

des risques, je vois bien qu’il y a des gens qui n’attendent que ce

moment : de me voir trébucher. Si je ne gagne pas cette élection, en effet,

je reste député européen, donc je ne viens pas pour arracher un siège

pour ma petite personne, si je vais là-bas, on me dit : vous augmentez

votre notoriété, vous venez pour la notoriété, c’est déjà fait, vous venez

pour l’autorité, c’est déjà fait. Monsieur COHEN, je suis sûr que vous

seriez heureux d’avoir ce matin autant d’auditeurs que j’ai eu d’électeurs à

l’élection présidentielle, qu’est-ce que vous en dites ?

PATRICK COHEN

C’est à peu près équivalent.

JEAN-LUC MELENCHON

Eh ben vous voyez ! Nous parlons donc de puissance à puissance.

PATRICK COHEN

A peu près quatre millions d’auditeurs pour la matinale de

FRANCE INTER tous les matins…

JEAN-LUC MELENCHON

Eh ben, moi, j’ai eu à peu près quatre millions de voix, vous et moi,

au moins, nous sommes dans une meilleure situation que tous ceux qui

m’égratignent dans leurs journaux, qui n’ont pas le dixième de ces

électeurs.

PATRICK COHEN

Un précédent, Jean-Luc MELENCHON, un précédent politique, et

ce que je vais vous dire va sans doute vous faire bondir…

JEAN-LUC MELENCHON

Non, je ne crois pas.

PATRICK COHEN

Bernard TAPIE qui, en 92, choisit d’aller défier Jean-Marie LE PEN

aux élections régionales de Provence-Alpes-Côte d’Azur, avec à peu près

le même raisonnement que vous : il faut aller porter le combat là où ça se

passe, etc., faire trébucher Jean-Marie LE PEN, vous connaissez le

résultat, la droite conserve la région, la gauche est au plus bas, et le FN

au plus haut, après cette campagne de Bernard TAPIE, 34 sièges.

JEAN-LUC MELENCHON

Et alors, je ne suis pas Bernard TAPIE, nous ne sommes pas dans

les Bouches-du-Rhône, je vous signale qu’à l’époque, la droite avait fait

alliance avec l’extrême droite, vous avez le droit de le recommander, mais

ça n’est pas mon avis. Quant à moi, je ne suis pas…

PATRICK COHEN

Il n’y avait pas d’alliance…

JEAN-LUC MELENCHON

Je ne suis pas Bernard TAPIE, Monsieur COHEN, je comprends

bien que votre intention est de me nuire mais – et de me salir –…

PATRICK COHEN

Non, je ne veux ni vous nuire ni vous salir…

JEAN-LUC MELENCHON

Non, bien sûr, oui, oui, oui…

PATRICK COHEN

Je dis simplement qu’il y a un précédent à votre démarche…

JEAN-LUC MELENCHON

Non, mais j’ai compris Monsieur COHEN, oui, bien sûr, bien sûr,

oui, oui, Monsieur COHEN…

PATRICK COHEN

Qui s’est passé en 92…

JEAN-LUC MELENCHON

On a compris, vous êtes très intelligent, vous avez fait la bonne

comparaison, vous avez raison. Et maintenant, je m’en vais vous montrer

la différence, vous savez qu’elle est la différence, les années ont passé,

vous avez remarqué que le Front national et l’extrême droite ne cessent

de progresser dans le pays et dans toute l’Europe, il faut donc bien se

poser la question de savoir comment on peut le faire reculer. Les

tentatives qui ont été faites par Bernard TAPIE et par tout le reste de la

gauche, c’est-à-dire de faire des discours moraux par des gens qui euxmêmes

ne brillaient pas par la morale ont échoué. Moi, j’ai choisi une

autre méthode, qui consiste à dire aux gens : regardez concrètement ce

qui vous est proposé, voilà ce que vous dit madame LE PEN pour

augmenter vos salaires, elle propose de prendre vos cotisations sociales,

de vous les donner et de vous les faire payer par les impôts. Je propose

l’augmentation du Smic. Voyez par exemple, lorsque moi, je propose

d’interdire les licenciements boursiers ou donner un droit de veto aux

comités d’entreprise, aux délégués d’entreprise, qu’est-ce qu’elle répond,

elle, elle répond : on n’est pas en Union soviétique. Donc les gens… moi,

je ne viens pas vous faire des leçons de morale, je viens vous dire : à

votre avis, qu’est-ce qui est le plus efficace pour répondre aux problèmes

que vous vous posez, voilà comment je traite le problème, ce n’est pas ce

que faisait monsieur Bernard TAPIE, mais je vous remercie. Vous avez

d’autres comparaisons ? Voulez-vous que je vous parle…

PATRICK COHEN

Non, non, pour l’instant, c’est tout…

JEAN-LUC MELENCHON

Des exploits des sociaux-démocrates…

PATRICK COHEN

Eh bien, on en parlera…

JEAN-LUC MELENCHON

Dans la lutte…

PATRICK COHEN

On va en parler…

JEAN-LUC MELENCHON

Dans la lutte contre l’extrême droite, oui, mais ça vous éveillerait et

ça vous donnerait quelques leçons d’histoire qui montreraient l’efficacité

de ce que j’entreprends, et le courage de ce que je fais avec mes amis,

parce que, voyez-vous, Monsieur COHEN, on peut nous montrer du doigt,

s’amuser, rigoler, mais ce n’est pas un jeu en ce moment, la démocratie

joue sa peau dans toute l’Europe face à la montée de l’extrême droite. Et

nous, nous marchons devant pour résister. En Grèce, s’il n’y avait pas

mes amis de Syriza, s’ils n’étaient pas passés de 4,5 à 18, eh bien, ce

sont les fascistes que vous auriez en deuxième position, donc nous avons

fait bravement notre travail, et nous allons continuer à le faire.

 

· Bernard THIBAULT, Secrétaire général de la CGT

RTL, L’invité d’RTL – 07h50

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous souhaitiez la défaite de Nicolas SARKOZY ; vous avez

débouché le champagne dimanche dernier ?

BERNARD THIBAULT

Non, je ne suis pas un adepte du champagne, mais enfin ça

s’arrose.

JEAN-MICHEL APHATIE

Ou autre chose.

BERNARD THIBAULT

Oui, ça s’arrose.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous avez fêté ça ?

BERNARD THIBAULT

Bien sûr, évidemment. Comme des millions de Français, je

suppose.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous étiez heureux ?

BERNARD THIBAULT

Attendez. On a suffisamment été repéré, on a suffisamment soit

été acclamé, soit critiqué – je pense aux meetings du président de la

République – pour ne pas manifester une certaine satisfaction vu le

verdict prononcé par les électeurs.

JEAN-MICHEL APHATIE

« La CGT a commis un faux pas », c’est Laurence PARISOT qui

disait ça jeudi dans Les Echos.

BERNARD THIBAULT

Oui. Enfin peut-être qu’elle a elle-même commis un faux pas en

considérant que le quinquennat de monsieur SARKOZY avait été cinq

années de bonheur pour le patronat. Ça n’a manifestement pas contribué

à sa réélection.

JEAN-MICHEL APHATIE

Première réforme attendue de François HOLLANDE : la retraite à

soixante ans pour les personnes qui ont cotisé quarante et un ans. Un

décret devrait être pris assez rapidement. Souhaitez-vous, Bernard

THIBAULT, membre de la CGT, être consulté avant que ce décret ne soit

pris ?

BERNARD THIBAULT

Oui. Oui, oui. Mais ça, j’imagine que ce sera dans le cours des

choses puisque le président de la République désormais élu à maintes

reprises a affirmé que sur les questions sociales, en termes de dialogue

social, il souhaitait renouer quelque part le dialogue avec les organisations

syndicales. Donc je suppose…

JEAN-MICHEL APHATIE

Est-ce que justement sur cette réforme vous demandez à être

consulté avant qu’elle ne soit…

BERNARD THIBAULT

Oui. J’espère bien que c’est dans le cycle naturel de préparation

des premiers textes. Dès lors qu’il s’agit d’un décret permettant de revenir

sur des dispositions concernant la retraite, autrement dit réinstaurer le

droit au départ à soixante ans pour une certaine catégorie de Français, il

est indispensable de discuter des modalités d’application. Chacun a

repéré qu’il y avait certaines zones de flou. Je vais le dire comme ça pour

l’instant.

JEAN-MICHEL APHATIE

Pas forcément de flou. François HOLLANDE a dit – c’était ici

d’ailleurs, il l’avait précisé lors de la question d’un auditeur sur RTL ; les

auditeurs de RTL sont très bons, vous allez voir ça tout à l’heure…

BERNARD THIBAULT

Bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE

Oui. François HOLLANDE avait dit : « On prendra en compte les

trimestres cotisés et pas les trimestres validés. » C’est-à-dire on

n’intègrera pas chômage, maladie, maternité. Il y a un point de désaccord

là avec vous.

BERNARD THIBAULT

Oui. Mais ça sous-entendrait qu’on ait une forte discrimination sur

les règles applicables en matière de départ en retraite en fonction des

générations de salariés. Ça soulève toute une série de questions.

JEAN-MICHEL APHATIE

De problème constitutionnel peut-être.

BERNARD THIBAULT

Moi, je ne désespère pas et j’espère même qu’au vu de ces

échanges, puisque je souhaite qu’il y ait échange sur ces premiers

décrets, nous réussissions à convaincre que les modalités d’application

doivent être plus larges que celles qui ont été annoncées jusqu’à présent.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et plus largement, vous espérez un retour à la retraite à soixante

ans pour tous les salariés ?

BERNARD THIBAULT

Nous l’avons réaffirmé à l’occasion d’un meeting national en début

d’année.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais vous y croyez ? On a les moyens financiers de faire ça ?

BERNARD THIBAULT

Mais ce n’est pas qu’une question de moyens financiers.

JEAN-MICHEL APHATIE

Pas « que », mais « aussi ».

BERNARD THIBAULT

Bien sûr, évidemment. Mais on a des propositions, on a apporté

des propositions à l’époque. Si 70 % des Français désapprouvaient la

réforme de Nicolas SARKOZY sur les retraites au moment où le

parlement en a été saisi, c’est que chacun avait bien conscience que tout

n’avait pas été examiné, y compris sur des mécanismes de financement

autres, évitant d’allonger la durée de travail de ceux en activité. On ne

peut pas, dans un pays à fort taux de chômage chez les jeunes, fort taux

de chômage chez les séniors, accroître sans cesse, reculer sans cesse

l’âge de départ en retraite. En ce sens, le premier décret du

gouvernement de monsieur HOLLANDE sera un événement en Europe.

Ce sera la première fois depuis très longtemps qu’un gouvernement

reviendra en arrière sur ce cycle infernal d’un recul sans cesse de l’âge de

départ en retraite. Donc il y a pour nous d’autres voies possibles, le tout

étant d’obtenir un cadre de négociations, de véritables négociations

permettant d’examiner toutes les pistes possibles en présence. Mais nous

sommes, je le redis, favorables à un retour du droit au départ en retraite à

60 ans et surtout – et surtout – une reconnaissance des métiers pénibles.

JEAN-MICHEL APHATIE

On ne peut pas non plus négliger les difficultés financières

importantes dans lesquelles nous nous trouvons et dans lesquelles se

trouve notamment l’Europe. Vous n’en parlez jamais mais elles existent.

BERNARD THIBAULT

Oui, elles reposent surtout ces difficultés financières sur le taux de

chômage.

JEAN-MICHEL APHATIE

Elles reposent sur l’endettement des Etats et sur leurs difficultés à

faire face à leurs engagements, ce qui crée…

BERNARD THIBAULT

Bien sûr, mais dès lors qu’on est sur des taux de chômage pour

les plus jeunes ou les plus anciens à ce niveau-là, qu’on est sur des taux

de précarité du nombre de personnes qui est à temps partiel, si on ne

s’attaque pas à tous ces sujets-là effectivement le système de protection

sociale, notre modèle social est menacé. C’est évident.

JEAN-MICHEL APHATIE

Sur le SMIC, qu’est-ce que vous demandez au gouvernement ?

BERNARD THIBAULT

Notre référence, c’est 1 700 euros de SMIC par mois.

JEAN-MICHEL APHATIE

Bruts que vous n’aurez pas. 1 400 aujourd’hui, 1 700 que vous

demandez.

BERNARD THIBAULT

« que vous n’aurez pas »…

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous pensez que vous l’aurez ? Vous le pensez ?

BERNARD THIBAULT

On disait qu’on n’était pas sûr de changer de président de la

République puis on a changé de président de la République. Comme quoi

il faut éviter les paris, vous voyez.

JEAN-MICHEL APHATIE

SMIC à 1 700 euros, vous y croyez ?

BERNARD THIBAULT

Il y a aujourd’hui un salarié sur deux qui ne gagne pas 1 500. Pas

1 500 euros.

JEAN-MICHEL APHATIE

Nets, nets.

BERNARD THIBAULT

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais là, 1 700 euros. Pour qu’il n’y ait pas de confusion pour ceux

qui nous écoutent : votre demande, c’est SMIC à 1 700 euros bruts.

BERNARD THIBAULT

Oui, bruts. Et nous pensons que c’est le minimum décemment

pour faire face…

JEAN-MICHEL APHATIE

Et vous pensez que vous allez être entendu par le gouvernement ?

BERNARD THIBAULT

Ah mais nous ne pensons pas qu’il suffit de demander au

gouvernement, pas plus à celui-ci qu’aux autres, pour obtenir satisfaction.

Il y a place à l’intervention syndicale. Il y a place à la mobilisation

syndicale. Ce qui est important, puisque nous sommes dans un pays où il

y a un salaire minimum (ça n’est pas le cas dans tous les pays d’Europe),

donc là il y a un acte politique possible de la part du gouvernement, déjà

sur le montant du SMIC mais plus largement sur les conditions

d’application parce qu’il se trouve qu’au-delà de la décision politique, il n’y

a pas forcément une application immédiate dans les différentes branches

professionnelles. Donc il y a aussi au-delà du montant du SMIC à fixer

des mécanismes plus automatiques qui fassent qu’aucune entreprise ne

rémunère ses salariés en dessous du SMIC. Ça se pratique encore

aujourd’hui.

JEAN-MICHEL APHATIE

Ce n’est pas vous qui nommerez le Premier ministre, Bernard

THIBAULT.

BERNARD THIBAULT

Non…

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous êtes indifférent…

BERNARD THIBAULT

Et je ne le revendique pas.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous êtes indifférent au choix du Premier ministre ou vous avez

une préférence ? Une envie ? Quelque chose ?

BERNARD THIBAULT

Non, je n’ai pas de préférence.

JEAN-MICHEL APHATIE

On attendra.

BERNARD THIBAULT

Je sais d’expérience que dans les différents profils, ce sera en

partie au président de la République. On fera avec le gouvernement qui,

je l’espère, occupera une place plus importante que dans la manière de

fonctionner de l’ancien président de la République. Mais là aussi, j’ai cru

comprendre que François HOLLANDE avait le souhait de rééquilibrer les

pouvoirs des différents acteurs dans nos institutions.

JEAN-MICHEL APHATIE

On verra ça, on suivra ça attentivement.

BERNARD THIBAULT

Bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE

En revanche, vous avez peut-être votre mot à dire sur votre

succession, Bernard THIBAULT. Votre mandat se termine en mars de

l’année prochaine.

BERNARD THIBAULT

Oui. Et ça, ce n’est pas le président de la République qui va le

décider.

JEAN-MICHEL APHATIE

Voilà, c’est plutôt vous. Il faut dire que c’est assez opaque, la

succession. Alors j’ai une ou deux questions.

BERNARD THIBAULT

Si vous étiez adhérent de la CGT, monsieur APHATIE, peut-être

que vous en sauriez plus.

JEAN-MICHEL APHATIE

Si j’étais adhérent ou si j’étais membre des instances

supérieures ?

BERNARD THIBAULT

Si vous étiez effectivement parmi les dirigeants habilités dans nos

instances à voter sur cette question.

JEAN-MICHEL APHATIE

Ah, c’est ça. C’est ça. Eric AUBIN, monsieur Retraite de la CGT,

est-il candidat à votre succession ?

BERNARD THIBAULT

Il n’y a pas de candidat déclaré mais je pense qu’il est dans une

attitude de postulant. On peut le dire comme ça.

JEAN-MICHEL APHATIE

Nadine PRIGENT, qui dirige la fédération de la santé, elle l’est

aussi ?

BERNARD THIBAULT

Oui, mais on a cinquante quatre dirigeants. On ne va pas tous les

évoquer ce matin.

JEAN-MICHEL APHATIE

Oui, mais il n’y aura pas cinquante quatre candidats. Alors qui ?

BERNARD THIBAULT

Il y a une procédure de consultation interne et vous comprenez

que je réserve à la fois mes appréciations et mes propositions pour les

instances internes.

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est vous qui choisissez votre successeur ?

BERNARD THIBAULT

Non, ce n’est pas moi. C’est le comité confédéral national. C’est-àdire

les représentants des fédérations professionnelles et des unions

départementales.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous avez un préféré ?

BERNARD THIBAULT

Nous avons une procédure de consultation et je donnerai mon

opinion et j’émettrai ma proposition à la fin du mois de mai. Vous

connaîtrez la décision de la CGT le 31 mai.

JEAN-MICHEL APHATIE

Elle est faite votre opinion ?

BERNARD THIBAULT

Elle est en cours. Elle se construit progressivement.

JEAN-MICHEL APHATIE

Donc elle est faite. Juste une dernière question. Vous avez

témoigné d’une certaine sympathie pour Jean-Luc MELENCHON pendant

la campagne présidentielle. Vous pensez quoi de son affrontement ? sa

décision d’aller à Hénin-Beaumont ?

BERNARD THIBAULT

Moi, je n’ai pas à apprécier l’opportunité de tel ou tel candidat et

les choix qu’il peut faire quant à la localisation…

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous le faites parfois.

BERNARD THIBAULT

Non, non. Vous ne me verrez pas commenter le choix de

responsable politique de se présenter dans se présenter dans telle ou

telle circonscription. Ce n’est pas l’objet du syndicat.

 

· François CHEREQUE, Secrétaire général de la CFDT

LCI, L’invité du matin – 07h50

JULIEN ARNAUD

Nicolas SARKOZY va quitter l’Elysée demain, est-ce qu’il va vous

manquer ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Eh bien écoutez, le discours qu’il a eu pendant la campagne

électorale antisyndical, tel qu’on l’avait rarement eu fait que, on savait très

bien que ça aurait été difficile s’il était resté, donc il n’est pas là,

maintenant, il faut se tourner vers l’avenir.

JULIEN ARNAUD

Ça veut dire que vous regardez le nouveau pouvoir qui arrive avec

bienveillance ou avec une part de méfiance quand même ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Le candidat qui a fait du dialogue social un des éléments de sa

gouvernance du pays a été élu, donc j’espère que ce ne sera pas que des

discours de campagne, que ce sera la réalité, c’est la raison pour laquelle

d’ailleurs, je propose, la CFDT souhaite pouvoir le rencontrer dès ce mois

de mai pour se mettre d’accord sur la méthode de travail que nous aurons

à voir avec lui.

JULIEN ARNAUD

Une demande que vous avez lancée la semaine dernière, il vous a

répondu ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Pas encore, pas encore, mais je pense que c’est normal, il est

président demain…

JULIEN ARNAUD

Vous aurez l’occasion peut-être de lui demander personnellement,

vous êtes invité demain ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Je suis invité, oui, je serai donc demain à cette passation de

pouvoir.

JULIEN ARNAUD

Il y a une grosse attente sociale, est-ce que… souhaitez-vous qu’il

y ait des manifestations, des grèves pour mettre un peu la pression au

nouveau pouvoir ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Moi, je crois que, aujourd’hui, la France est dans une situation très

difficile, 10% de chômeurs, des difficultés de pouvoir d’achat, l’Europe en

crise, ce n’est pas le moment de rajouter des difficultés aux difficultés.

Maintenant, il y a un nouveau gouvernement, j’espère qu’il y aura une

majorité qui permettra de gouverner. On verra ensuite si le gouvernement

fait des démarches, des propositions qui vont dans notre sens. La CFDT

n’ayant pas appelé à voter garde toute sa légitimité pour pouvoir soutenir

si c’est des bonnes réformes ou contester si c’est de mauvaises réformes.

JULIEN ARNAUD

Contrairement à la CGT.

FRANÇOIS CHEREQUE

Ça, ils ont fait leur choix, je pense que ce n’était pas un bon choix.

Aujourd’hui, nous sommes tranquilles, nous sommes autonomes. Donc

nous aurons notre capacité d’action, mais avant d’envisager des

manifestations, regardons ce que le gouvernement doit faire, c’est la

raison pour laquelle il faut vite qu’on puisse se rencontrer.

JULIEN ARNAUD

Alors, vous vous rencontrerez de toute façon certainement à la mijuillet

pour une grande conférence sur l’emploi notamment, et sur la

croissance. C’est quoi la mesure urgente, vous, que vous attendez, s’il

fallait en sortir une de cette conférence ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Eh bien, c’est la méthode, ça va vous surprendre, on voit bien que

de la façon dont on travaille, il y a un élément essentiel pour pouvoir

prendre des décisions, donc décider tout de suite quelle est la

responsabilité du gouvernement, quelle est la responsabilité des

syndicats, quelle responsabilité des partenaires sociaux. Nous avons

engagé des négociations avec le patronat sur le partage de la valeur

ajoutée, c’est un élément important, c’est un élément de… sur les salaires

par exemple, nous avons engagé une négociation sur les conditions de

travail, nous avons engagé une négociation sur la sauvegarde de l’emploi

des entreprises en difficulté, nous voulons savoir si le gouvernement est

prêt à nous laisser négocier sur ces sujets-là ou s’il a d’autres sujets.

Donc il faut qu’on débatte de ces sujets-là, en particulier comment on met

le problème de l’emploi au coeur de cette problématique, en particulier de

l’emploi des jeunes. Donc allons vite pour donner des réponses le plus

rapidement possible à ces jeunes qui sont en difficulté.

JULIEN ARNAUD

Est-ce que vous demandez un nouveau montant pour le Smic,

combien ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Mais le débat sur le coup de pouce du Smic est posé, mais il faut

aller plus loin que ce problème-là, il y a deux sujets qui sont des sujets

importants, l’Etat donne trente milliards d’euros aux entreprises pour

aider, en particulier sur les bas salaires, donc nous voulons débattre avec

le gouvernement des contreparties, c’est bien d’aider les entreprises, mais

si les entreprises n’augmentent jamais leurs salariés, ils restent au Smic

toute leur vie. Donc ça ne sert à rien d’augmenter des salariés qui sont au

Smic toute leur vie. Le deuxième sujet, c’est qu’est-ce que l’Etat peut faire

sur ce qu’on appelle le pouvoir d’achat, mais les charges fixes : les loyers,

l’énergie, les transports, et en maîtrisant ces dépenses-là, c’est aussi un

élément de pouvoir d’achat. Donc ne pensons pas uniquement :

augmentation du Smic, parce que, augmenter le Smic tout en augmentant

les loyers, ça ne sert à rien. Donc maîtrisons les dépenses qui pèsent

beaucoup sur ces salariés, sur ces ménages, et je pense que ce sera une

politique plus efficace.

JULIEN ARNAUD

La réforme importante de ce début de mandat, ce sera aussi le

retour partiel sur la réforme des retraites, est-ce que vous demandez,

vous, à ce que les 41 années de cotisations, qui seront prises en compte,

soient des annuités cotisées ou validées, autrement dit, est-ce qu’il faut

intégrer les congés maternité et les périodes de chômage ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Là, nous sommes dans la complexité. D’abord, je voudrais

rappeler…

JULIEN ARNAUD

Oui, mais c’est la marge de négociation…

FRANÇOIS CHEREQUE

Attendez, oui, la marge de négociation, je voudrais rappeler une

chose qui est quelque chose de très important pour la CFDT, cette

réforme des carrières longues, ceux qui ont commencé à travailler jeunes,

c’était la réforme de 2003, 2003, négociée par la CFDT avec le

gouvernement RAFFARIN, le ministre, avec monsieur FILLON, rappelezvous

les insultes, les attaques que nous avons subies par la CGT, par

Force ouvrière, les critiques, y compris parfois par le Parti socialiste.

Aujourd’hui, tout le monde veut appliquer cette réforme. Donc j’ai envie de

dire, aujourd’hui, il est quand même temps qu’on se rende compte que

c’était une bonne réforme, que la CFDT a fait une bonne chose. Nicolas

SARKOZY est revenu. Donc nous allons revenir avec François

HOLLANDE sur ce que nous avions décidé en 2003, sur ce que la CFDT,

toute seule, je dis bien « toute seule », avait obtenu en 2003.

JULIEN ARNAUD

Mais vous ne répondez pas sur les périodes de chômage…

FRANÇOIS CHEREQUE

Si, je réponds à ce que vous allez dire, les périodes, quand elles

sont cotisées par l’assurance chômage ou cotisées pour les congés

maternité, je pense que c’est un élément qu’il va falloir réfléchir pour

prendre en compte (sic), mais pas uniquement pour ceux qui ont travaillé

à partir de 18 ans, c’est pour les autres, donc est-ce que nous avons les

moyens aujourd’hui de le financer, comment on le finance, ça va être

d’abord ça le sujet.

JULIEN ARNAUD

C’est bien le problème.

FRANÇOIS CHEREQUE

Donc ça, c’est un élément important. Mais je me félicite, et je crois

que vous pourrez quand même reconnaître que la CFDT était précurseur,

que Jean-Claude MAILLY, que Bernard THIBAULT, aujourd’hui,

défendent la réforme qu’ils ont tellement critiquée en 2003, je crois que

c’est une bonne chose qui montre que c’est une bonne voie, et c’est la

voie de la justice, de toute façon, ce que propose le gouvernement, c’est

revenir sur un élément de justice.

JULIEN ARNAUD

Mais il y a un problème de marge de manoeuvre budgétaire,

François CHEREQUE, vous le savez bien, c’est le grand sujet de friction

avec l’Allemagne, est-ce que le revers électoral subi par Angela MERKEL

hier vous permet d’espérer peut-être une ouverture des cordons de la

bourse ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Evidemment, les cordons de la bourse…

JULIEN ARNAUD

C’est une bonne nouvelle pour vous ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Je pense qu’il ne faut pas le voir comme ça, mais madame

MERKEL se rend compte maintenant que la relance au niveau européen

est indispensable, nous ne pouvons pas laisser la Grèce s’écrouler, même

s’ils ont des responsabilités, nous ne pouvons pas les laisser dans cet

état-là, il faut soutenir les autres pays, il faut faire en sorte qu’ensemble,

les pays européens fassent une vraie politique de relance pour investir

dans l’emploi, faire…

JULIEN ARNAUD

Mais ça coûte cher, où on trouve l’argent ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Attendez, où on trouve l’argent, c’est en mettant en commun et la

possibilité de mettre des moyens, un emprunt important au niveau

européen, pour relancer la dynamique, autrement, autrement, je dirais, le

blocage de l’économie, mais aussi un blocage en Allemagne, l’évolution

de l’économie allemande est aujourd’hui bloquée, regardez, aujourd’hui,

ils augmentent les salaires en Allemagne, 6%, les salaires dans la

Fonction publique allemande, donc les Allemands sont en train de se

rendre compte qu’ils ne peuvent pas rester dans cette situation-là.

JULIEN ARNAUD

Dernière chose, François HOLLANDE a dit qu’il inscrirait dans la

Constitution l’obligation de consulter les partenaires sociaux avant toute

loi qui vous concerne, est-ce que c’est une bonne idée ou pas, Jean-

Claude MAILLY dit : on n’a pas besoin de mettre ça dans la Constitution

pour discuter, vous êtes d’accord avec lui ?

FRANÇOIS CHEREQUE

Ecoutez, on a vu pendant cinq ans que cette référence n’était pas

dans la Constitution, on avait un président de la République qui n’arrêtait

pas de marcher sur le dialogue social, alors…

JULIEN ARNAUD

Donc vous êtes pour…

FRANÇOIS CHEREQUE

Jean-Claude MAILLY s’en plaignait aussi, donc je suis pour. C’est

de faire en sorte qu’une loi qui n’ait pas été soumise à la négociation entre

les partenaires sociaux soit anticonstitutionnelle, tout simplement, ensuite,

les députés feront ce qu’ils veulent, mais faire en sorte que la négociation,

comme dans tous les pays européens, comme l’Allemagne, comme les

pays du Nord, comme tous les pays qui réussissent soit un élément de la

dynamique de notre Constitution.

JULIEN ARNAUD

François CHEREQUE, qui tentera de coincer François HOLLANDE

demain entre deux petits fours pour lui arracher…

FRANÇOIS CHEREQUE

Ça sera peut-être difficile…

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