Les chroniques du 1er juin 2012

L’ACTION DU GOUVERNEMENT

RMC – 7h20 – Christophe Jakubyszyn – J-16 pour dire la vérité aux Français

Jean-Jacques BOURDIN

Chut, chut, Christophe, ne parlons pas des sujets qui fâchent. Encore 15 jours à tenir avant le second tour des élections législatives, vous nous dites que le gouvernement fait profile bas.

Christophe JAKUBYSZYN

Oui, J-16, je vois bien François HOLLANDE et Jean-Marc AYRAULT cocher chaque jour le nombre de jours qu’ils leur restent avant de dire la vérité aux Français, que les déficits laissés par la droite sont plus lourds que prévu, que les promesses du candidat HOLLANDE nécessiteront plus d’efforts de la part des contribuables, mais pour l’instant, vous avez raison, le mot d’ordre c’est « tout va bien. Le président et ses ministres font des efforts, baissent leurs salaires, voyagent en train. Le gouvernement, lui, tient ses promesses, hausse de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, coup de pouce au SMIC, et l’Etat actionnaire ose jouer son rôle en diminuant le salaire des dirigeants dans les entreprises nationales, ou même en prenant la main, dans les entreprises où il dispose d’une minorité comme AIR-FRANCE ou SAFRAN. » Bref, jusqu’aux législatives, la France c’est – (musique « oui, vas-y Oui-Oui ») – le pays de Oui-Oui. Malheureusement Jean- Jacques, je crains que ça ne dure pas très longtemps.

Jean-Jacques BOURDIN

Eh oui, eh oui, alors que nous prépare le gouvernement ?

Christophe JAKUBYSZYN

Un rapport spécial, vous le savez, a été demandé à la Cour des comptes, présidée par l’ancien député socialiste Didier MIGAUD, un rapport qui devrait remettre les pendules à l’heure, et notamment expliquer que la droite a fait plus de dépenses et a gonflé les prévisions de recettes fiscales, bref, que les déficits, Jean-Jacques, seront plus grands que prévu.

Jean-Jacques BOURDIN

Et donc le gouvernement va expliquer qu’il ne pourra pas tenir toutes ses promesses ?

Christophe JAKUBYSZYN

Raté.

Jean-Jacques BOURDIN

Ah bon, il ment ?

Christophe JAKUBYSZYN

François HOLLANDE a redit cette semaine qu’il tiendrait toutes ses promesses, le retour de la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, la création de 60 000 postes supplémentaires dans l’Education, de 10 000 dans la police et la justice, ou encore, on vient de le dire, la revalorisation de la prime de rentrée scolaire. Mais, en même temps, François HOLLANDE veut aussi tenir nos engagements en matière de redressement des comptes, et notamment l’objectif de ramener le déficit à 3% du PIB dès 2013. Alors attendez Jean-Jacques, plus de dépenses, moins de déficit, il n’y a pas 36 solutions, ça veut dire plus d’impôts.

Jean-Jacques BOURDIN

Alors, vous nous parlez d’un plan secret du gouvernement, un big-bang fiscal pendant l’été.

Christophe JAKUBYSZYN

Oui, et même le président de la République, François HOLLANDE, a vendu la mèche mardi soir sur FRANCE 2.

François HOLLANDE

Je veux dire aux Français que nous n’allons pas baisser les bras, qu’il va falloir faire un effort, c’est certain, que cet effort sera justement réparti, qu’il y aura des décisions fiscales qui s’adresseront à ceux qui ont le plus, et donc nous aurons ces décisions-là au mois de juillet et au mois d’août.

Christophe JAKUBYSZYN

Et voilà, et le voilà le plan secret juillet/ août. Les débats font rage en ce moment entre les partisans du rabot et ceux de la hache. Voyez, il va falloir choisir. Alors le rabot, c’est la poursuite de la diminution des niches fiscales, elles représentent, encore, près de 70 milliards d’euros, mais attention Jean-Jacques, les niches ce n’est pas seulement la défiscalisation des investissements dans les collectivités d’Outre-mer, c’est aussi le quotient familial, qui permet de calculer l’impôt sur le revenu, à partir du nombre d’enfants, du nombre de parts, il va être plafonné. Alors, les partisans de la hache, ça c’est les plus radicaux, ce sont ceux qui veulent aller encore plus loin et appliquer dès le début du quinquennat le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, ça veut dire qu’on vous enlève tous les mois sur votre fiche de paie votre impôt sur le revenu. Ça devient un impôt indolore, le rêve de tout ministre de l’Economie, comme Pierre MOSCOVICI, qui fait en ce moment du forcing pour obtenir le feu vert du président. Le rêve, car il suffirait ensuite de jouer tous les mois sur le curseur de l’impôt sur le revenu pour faire rentrer pratiquement sans douleur des milliards supplémentaires dans les caisses. Mais chut, chut Jean-Jacques, on ne vous parlera de tout ça qu’après les élections, sauf si vous cuisinez Jean-Marc AYRAULT dans 1 heure.

 

RTL – 7h45 – Alain Duhamel – Des mesures dans l’esprit d’égalité

Vincent PARIZOT

Alors, deux semaines après l’arrivée à l’Elysée de François HOLLANDE, on est frappé, quand même, par l’esprit des premières mesures annoncées, parce que toutes relèvent d’un même principe, celui de l’égalité, ou en tout cas de l’équité.

Alain DUHAMEL

De l’égalité, l’équité c’est plutôt une idée de droite, ou en tout cas libérale, là il s’agit d’égalité, et l’égalité non seulement c’est une idée de gauche, mais en plus c’est une vraie particularité française. Les Français sont amoureux de l’égalité, bien plus que de la liberté. Effectivement, de ce point de vue, ils peuvent être comblés. Si vous faites la liste de ce qui a été affiché en deux semaines, la réduction des traitements du président et des membres du gouvernement, l’affaire des primes des chefs d’entreprises du secteur public, l’annonce et la confirmation de ce que 1 à 20 dans une entreprise publique c’est le maximum de différence qui sera acceptée, les membres des cabinets ministériels qui seront moins bien payés, les transports, même les missions de télévision. Je crois qu’on n’a jamais assisté à autant d’affichages en si peu de temps sur un seul sujet.

Vincent PARIZOT

Il faut quand même reconnaître que certaines mesures sont symboliques.

Alain DUHAMEL

Oui, bien sûr. Il est évident que ce n’est pas parce que François HOLLANDE a remonté les Champs-Elysées sur une voiture plus courte que celle qui était utilisée d’ordinaire, que la face du monde est changée, ça va de soi. Et même, le fait d’aller en train à Bruxelles, c’est sympathique, mais évidemment ce n’est pas essentiel. Mais, d’abord il y a la question de l’exemplarité, en ce moment on demande aux Français beaucoup de patience, voire de stoïcisme, et de ce point de vue c’est vrai que c’est aux dirigeants de donner l’exemple. Ensuite c’est populaire, on sait que les Français adorent que leurs voisins soient obligés de faire des sacrifices, d’une manière ou d’une autre, ça fait partie des particularités nationales. Et puis tout n’est pas symbolique, parce que par exemple, ce qui a été également confirmé, et qui est l’essentiel, qui est les mesures fiscales, donc qui seront adoptées entre le mois de juillet et le mois d’août, c’est-à-dire très vite, dont certaines, peut-être, s’appliqueront – en ce qui concerne par exemple l’impôt sur la fortune – ça, pour le coup, c’est de la vraie alternative, ce n’est pas simplement de l’alternance.

Vincent PARIZOT

Mais, est-ce que d’après vous, Alain, ça relève quand même de la stratégie ?

Alain DUHAMEL

Ça ne fait aucun doute. Alors, entendons-nous, la stratégie et la sincérité ce n’est pas incompatible. Que ce soit la conviction de François HOLLANDE et de Jean-Marc AYRAULT, c’est infiniment probable, mais en même temps c’est leur intérêt, en ce qui concerne leur image personnelle – on revient à l’exemplarité – deuxièmement, ce n’est pas un hasard si tout ça est annoncé pendant la période de la campagne législative, évidemment. Ça évite de parler d’autre chose, de parler de choses désagréables par exemple. Et puis, derrière ça, évidemment, en période de crise le déploiement de symboles c’est quelque chose qui peut être très utile pour montrer que la marge réelle dont dispose le pouvoir est en fait extraordinairement modeste.

Vincent PARIZOT

Donc une stratégie qui viserait finalement à masquer cette étroitesse des marges de manœuvre, c’est ça ?

Alain DUHAMEL

A la faire accepter.

Vincent PARIZOT

Mais l’étroitesse de ces marges de manœuvre, Alain, elle va quand même vite réapparaître au grand jour.

Alain DUHAMEL

Oui, mais c’est inévitable. Alors, d’abord, il faut reconnaître que François HOLLANDE n’a pas promis monts et merveilles pendant la campagne présidentielle, donc de ce point de vue les désillusions seront plus faibles que dans d’autres circonstances. Ensuite, que ça correspond, bien entendu, à une réalité, les Français le savent et ils ne découvrent pas la crise. Et puis derrière ça, si face à la crise ils ont le sentiment qu’il y a des décisions désagréables mais qui sont efficaces, qui sont prises, eh bien disons que les symboles de l’égalité aideront à faire passer la pilule.

 

LES LEGISLATIVES 2012

RTL – 6h50 – Jérôme Florin – A chaque Front son vilain petit canard

Philippe CORBE

On retrouve Jérôme FLORIN, le premier tour des législatives, c’est dans une semaine, à chaque front son vilain petit canard, on commence avec le Front de Gauche qui vient de faire une drôle de découverte parmi ses candidats.

Jérôme FLORIN

Oui en la personne de René BALME, le maire de Grigny dans le Rhône, anime un site qui semble cautionner à travers certains textes des thèses antisémites. On peut aussi lire une apologie du régime iranien. Le site s’appelle « oulala.net », « oulala », c’est ce que ce sont dits hier les proches de Jean-Luc MELENCHON qui refuse pour l’instant de sanctionner ce candidat qui se défend de tout antisémitisme. On va se donner le temps de vérifier tout ça dit-on au Front de Gauche. Ce n’est pas la première fois que le Front de Gauche fait ce genre de découverte, il y a quelques mois, un de ses candidats en Meurthe et Moselle qui faisait de la pub pour l’humoriste antisémite DIEUDONNE se voyait supprimer son investiture.

Philippe CORBE

J’imagine que Marine LE PEN se frotte les mains, elle est le principal adversaire de Jean-Luc MELENCHON.

Jérôme FLORIN

Et pourtant elle aussi doit faire face au même genre de petit cactus, l’hiver dernier elle promettait de ne pas investir un de ses militants qui s’était fait remarquer en dessinant des caricatures xénophobes, mais l’homme est bien candidat. Ca m’a échappé a reconnu Marine LE PEN, elle est en train d’envoyer des messages à la frange radicale du FN dont elle a besoin décrypte un connaisseur du parti. Il y a un an des militants extrémistes avaient été bruyamment exclus du Front National, il fallait tourner la page du FN à papa, aujourd’hui ils ont l’air d’être au moins toléré.

Philippe CORBE

Le 6 juin 1944 quand les alliés débarquaient en Normandie, c’est une information RTL, François HOLLANDE se rendra sur place mercredi 6 juin prochain.

Jérôme FLORIN

A Ranville exactement, c’est le premier village libéré de France, sur place, on se prépare. Alors l’Elysée et la préfecture ne confirment rien mais le correspondant de RTL en Normandie, Frédéric VEILLE a réussi à faire parler le maire, Jean-Luc ADELAIDE.

Jean-Luc ADELAIDE

Donc arrivée du président à 14h30 et puis environ 30 à 45 minutes sur la commune. Le souhait du maire, mais j’attends l’accord de l’Elysée, c’est que le président vienne saluer la foule après parce que je pense que sur cette place il y aura peut-être 2 000 personnes.

Jérôme FLORIN

Alors François HOLLANDE pourrait ensuite se rendre au Mémorial de Caen qui fut inauguré par François MITTERRAND, ce serait un double symbole.

Philippe CORBE

On en parlait hier Alain JUPPE a affiché dans Paris Match ses ambitions pour la présidence de l’UMP, eh bien apparemment il le regrette.

Jérôme FLORIN

Oui, hier matin il a démenti avoir tenu ces propos qui étaient, « Je vais me lancer et je suis le plus capé », alors démenti le matin, mais regret le soir. Ce qui n’est pas tout à fait pareil, en meeting près de Tours, il laissait entendre qu’il avait peut-être parlé trop vite.

Alain JUPPE

J’ai un peu d’expérience mais il m’arrive de me faire piéger quand même. Voilà. Alors j’ai parlé avec le journaliste de Paris Match qui m’a fait dire des choses que je n’ai pas dites et c’est de ma faute, j’avais qu’à fermer ma gueule.

Jérôme FLORIN

J’avais qu’à fermer ma gueule dit Alain JUPPE, c’était au micro de Christian PANVERT.

 

France Inter – 7h45 – Thomas Legrand– Les ministres candidats aux législatives

Patrick COHEN

Ce matin, vous évoquez les ministres candidats aux élections législatives.

Thomas LEGRAND

Oui et cette idée selon laquelle, les ministres fraîchement désignés peuvent être candidats aux législatives, entraînent, comme nous l’a expliqué Jean-François ACHILLI, hier, une première bizarrerie. Les ministres qui ont été élus, ne pourront être remplacés à l’Assemblée par leurs suppléants, qu’après un délai d’un mois, selon la règle en vigueur, depuis 2008. Donc pendant un mois, il manquera peut-être une vingtaine de députés à la majorité, si la gauche gagne. Ce qui peut bloquer le travail parlementaire pendant ce mois. Mais bon ! Ca, c’est un tracas, certes, embarrassant ! Mais ce n’est pas un problème politique. En revanche, à y regarder de plus près, le fait qu’un ministre fasse campagne pour les législatives est devenu une incongruité politique, à laquelle on s’est habitué. Sous le prétexte louable, de confronter les ministres au suffrage universel, on favorise une forme de confusion démocratique. Le fait de dire qu’un ministre battu aux législatives ne pourra pas rester ministre, alors qu’un ministre victorieux ne sera pas député, puisqu’il sera ministre, n’est pas d’une clarté limpide ! Rien qu’en l’énonçant, on s’en aperçoit. L’argument de la légitimité populaire, dans ce cas-là est assez étrange. Si Cécile DUFLOT représentante d’un parti qui a fait 2,3 % à la présidentielle, triomphe dans la circonscription la plus facile, la plus à gauche de France, offerte par le PS, en quoi serait-elle auréolée d’une légitimité populaire supérieure à celle d’un ministre qui se ferait battre dans une circonscription de droite !

Patrick COHEN

D’ailleurs ceux qui n’ont aucune chance de gagner comme Najat VALLAUD-BELKACEM, ont décidé de ne pas se présenter ?

Thomas LEGRAND

Oui, et c’est bien normal. La circonscription dans laquelle la porte-parole du gouvernement devait se présenter est un quartier bourgeois de Lyon, bien ancré à droite. Ce serait ridicule d’y considérer un échec de la jeune ministre comme un désaveu populaire propre à lui barrer la route du gouvernement. Cette règle tacite qui veut qu’un ministre qui perd les élections ne soient plus ministre, date de l’époque où l’on cumulait allègrement. Un ministre qui était en plus maire ou/et président d’un exécutif local, devait démissionner du gouvernement, selon une tradition héritée du gaullisme plébiscitaire. S’il était battu dans son fief, lors d’élections intermédiaires. Ca se tenait ! Là, que voit-on ? Des ministres tout neufs, qui représentent donc l’exécutif, faire campagne sur le terrain pour un mandat législatif. Pierre MOSCOVICI en arrivait à appeler, hier, à notre micro, les électeurs de sa circonscription de Montbéliard à voter pour lui, parce que ça ne peut pas faire de mal à d’avoir un représentant de la circonscription au gouvernement. Voilà, qui favorise une forme de gouvernement des notables locaux, et qui suggère que, même si MOSCOVICI s’en est défendu, le ministre issu d’un département sera un bon ministre pour ce département. Les ministres ne tirent pas leur légitimité du suffrage unviersel, ils sont nommés par le président de la République. D’ailleurs, ils ne sont pas responsables devant le peuple, mais devant l’Assemblée. Ce serait normal, que les ministres soient ministres, dès leur nomination ! Pendant que d’autres, sont candidats aux législatives. Ce serait normal et simple ! Normal et simple, il va falloir s’habituer à ce que ces deux exigences soient resservies régulièrement à la nouvelle majorité.

 

LA VIE DES ENTREPRISES

 I Télé – 7h05 – Christophe Barbier – Les rémunérations des grands patrons du public

Denis GIROLAMI

Le gouvernement passe à l’acte contre les rémunérations des grands patrons du public, est-ce que c’est une bonne chose ?

Christophe BARBIER

Oui, c’est une bonne chose. C’est une bonne chose pour tous les cadeaux bonus qui entourent souvent la rémunération des patrons, ces primes, ces parachutes dorés, chers à Alain SOUCHON qui les a si bien décrié dans sa chanson et surtout, surtout les fameuses retraites chapeau. Les retraites chapeau qui engagent l’entreprise pour des années, voire des décennies quand il y a des reversions vers les veuves de grands patrons et qui peuvent plomber les comptes, tout cela c’est injuste, tout cela, c’était à supprimer, c’est en cours de l’être, très bien. Mais attention, attention il y a aussi le dogme de l’écart 1/20 et là on est sur un terrain beaucoup plus glissant. D’abord qu’est- ce que ça veut dire 1, c’est quoi le plus petit salaire d’une entreprise ? C’est l’ouvrier en CDI, c’est l’ouvrier en CDD ? Il y a les sous traitants, il y a les filiales, est-ce qu’il faut prendre la moyenne des 10 %, des 20 % les moins bien payés ? Calculer le 1 n’est pas facile. Calculer le 20 n’est pas facile non plus, on ne prend que le salaire du patron, on prend en compte ses primes, son variable en plus de son fixe ? Est-ce que l’on prend en compte cette fourchette 1/20 avant impôt, après impôt ? Est-ce qu’on met les avantages en nature dedans, c’est assez compliqué. Attention du côté du gouvernement à ne pas accoucher soit d’une usine à gaz incompréhensible, soit si ce n’est pas une usine à gaz, d’un dogme un peu bolchévique qui serait rétrograde, ce serait stupide.

Maya LAUQUE

Jusqu’où peut-il modifier les habitudes du capitalisme français ?

Christophe BARBIER

D’un capitalisme public, on peut modifier beaucoup d’habitudes, notamment éviter les pratiques de pantouflage. J’ai été directeur de cabinet dans une branche auprès d’un ministre, je vais m’occuper des entreprises et je me sucre au passage. Ca, c’est fini. Faire comprendre aux patrons du public qu’ils sont là pour l’intérêt général, l’intérêt général n’est pas que celui de leur entreprise, c’est aussi celui de l’Etat, c’est aussi celui des Français. On représente parfois l’Etat, regardez Arnaud LAGARDERE qui au sein d’EADS représente l’Etat français, qui ne va pas hier à Amsterdam rendre des comptes devant ses actionnaires, ce n’est pas bien. Les patrons du public ou ceux qui font office doivent se dire qu’ils sont là un peu comme des ambassadeurs de France, cet esprit, cette éthique là, elle doit changer, elle peut changer.

Denis GIROLAMI

Est-ce que ça va faire évoluer le débat sur les salaires en général ?

Christophe BARBIER

Il faut espérer. Il faut espérer parce qu’on a d’un côté le débat sur le Smic, qu’est-ce qu’un Smic ? Est-ce qu’un coup de pouce ça suffit ? Syndicats et patronats sont en train de discuter de ce que ça veut dire un salaire minimum, et puis on a ce débat sur les salaires les plus hauts. Eh bien allons au bout, regardons ce que c’est qu’un salaire juste, qu’est ce que l’on rémunère, regardons qu’est ce que c’est un salaire performant pour avoir les meilleurs patrons, les meilleurs cadres, les meilleurs ouvriers, éviter les fuites, éviter les découragements, éviter que le travail soit perçu comme une contrainte et qu’on y aille aussi avec plaisir. Regardons tout cela pour voir aussi qu’elle est la part dans la compétitivité de l’économie française des salaires. Mieux payer les gens, c’est avoir les meilleurs et les plus motivés, moins les payer, c’est avoir des produits plus compétitifs, comment on fait entre les deux ? Ca c’est un beau séminaire de réflexions pour Pierre MOSCOVICI, Arnaud MONTEBOURG et tous les autres.

 

RTL – 7h25 – Christian Menanteau – Les temps sont durs pour les grands patrons

Vincent PARIZOT

Les temps sont durs pour les grands patrons, bonjour Christian MENANTEAU.

Christian MENANTEAU

Bonjour à tous.

Vincent PARIZOT

Je pense à cette séance très houleuse hier lors de l’Assemblée générale d’AIR FRANCE où les actionnaires ont haussé le ton, se sont même rebellés au sujet de cette prime de départ de l’ancien directeur général. Tout d’abord est-ce que cela vous surprend ?

Christian MENANTEAU

Eh bien écoutez, absolument pas, parce que ce qui m’a finalement toujours étonné, c’est la passivité des actionnaires dans de telles situations. On va prendre le sujet du jour, les 400 000 euros versés à Pierre-Henri GOURGEON. Alors avec ce chèque il aurait perçu 2 200 000 euros pour avoir pris en solo les commandes entre avril et octobre 2011. Durant ces sept mois, la valeur de l’ancien fleuron du transport aérien français a plongé de plus de 50 %, au point de déclencher dans l’urgence un plan d’économie de deux milliards, un gel des investissements, et des salaires bien sûr et ouvert la voie à de fortes réductions de personnel. Alors finalement ce qui est vraiment intéressant dans cet exemple précis, c’est la révolte des petits actionnaires, parce qu’ils avalent quand même des couleuvres depuis des décennies, ils se font spolier à chaque parachute doré, à chaque retraite chapeau, à chaque distribution d’action gratuite qui leur pompe des millions d’euros au profit des dirigeants. Ces pertes de substance finalement ce sont autant de dividendes qui échappent à tous ceux qui ont investi leurs économies dans l’entreprise dont ils sont quand même les copropriétaires.

Vincent PARIZOT

D’accord mais ce vent de rébellion qu’on a connu quand même hier au CREDIT AGRICOLE, donc aujourd’hui à AIR FRANCE, est-ce qu’il peut annuler les chèques qui ont déjà été perçus ?

Christian MENANTEAU

Non, ça légalement c’est impossible. Il est impossible de contraindre les bénéficiaires à faire une croix sur ces primes dites de non concurrence et ça c’est le nouveau canal pour maquiller des primes de départ comme le reconnait d’ailleurs très justement madame PARISOT. Alors je vous explique la mécanique, elle est simple. Vous êtes plutôt manchot, sous votre direction l’entreprise va dans le mur, donc du coup on vous vire et là miracle, pas question de tout ce savoir faire, ce talent brut profite à un concurrent, donc on va vous donner un gros chèque pour faire semblant de vous interdire de travailler dans un secteur où vous êtes définitivement grillé. C’est un peu comme si le Barça offrait une prime à un gardien de but qui a les mains percées pour ne pas aller exercer sa maladresse au Réal de Madrid. Ce dispositif, eh bien c’est le dernier truc à la mode, la patronne d’AREVA, celui de GROUPAMA, le PDG de CARREFOUR, la liste est longue de tous ceux qui ont vu leur mauvais résultat récompensés par ce biais. Là encore, c’est tout simple, pourquoi ce dispositif ? Eh bien parce qu’à l’inverse des parachutes en or, il échappe à l’impôt jusqu’à un million d’euros et surtout cette prime, eh bien elle est incluse dans le contrat de travail, il est donc impossible de ne pas la payer et surtout impossible de la reprendre.

Vincent PARIZOT

Ca veut dire donc que toute cette agitation ne sert à rien ?

Christian MENANTEAU

Ah non parce que ce ne sont pas les… bien sûr ce ne sont pas les 400 000 euros qui vont redresser la France qui a quand même perdu 800 millions l’an dernier, en revanche ces manifestations montrent que le vent est en train de tourner. Les actionnaires, les salariés et finalement aussi les dirigeants ont d’ores et déjà intégré que la tempête arrive et qu’il va falloir réduire la toile et prendre des ris. Alors après le gouvernement, après les dirigeants des entreprises publiques, eh bien ça va être le tour du secteur privé et des conseils d’administration de faire preuve de plus de retenues.

Vincent PARIZOT

Justement, on vous pose la question ce matin sur RTL, est-ce qu’il faut limiter l’écart des salaires dans toutes les entreprises du public comme du privé, on vous attend au 3210. Le bloc-notes ?

Christian MENANTEAU

SHELL et TOTAL vont forer au large de la Guyane pour confirmer une possible découverte majeure de pétrole dans les eaux profondes de ce département d’Outre Mer. Et pis Cécile DUFLOT a finalement définitivement confirmé que le plafond du LIVRET A sera relevé à 30 600 euros.

Vincent PARIZOT

Et la note du jour ?

Christian MENANTEAU

3/20 à monsieur Arnaud LAGARDERE, parce que c’est le représentant des intérêts français dans EADS, dont il est par ailleurs le nouveau président du conseil d’administration. Eh bien il n’a pas pu se rendre disponible pour l’assemblée générale qui a d’abord célébré son arrivée, le départ de Louis GALLOIS et l’intronisation de son successeur. Il n’a pas eu le temps, voilà.

Vincent PARIZOT

Il a sans doute des choses à faire.

Christian MENANTEAU

Certainement importantes oui.

 

Europe 1 – 7h45 – Pascal Berthelot – Le recours généralisé aux routiers étrangers

Bruce TOUSSAINT

Avant de retrouver Rachida DATI, notre invitée ce matin sur Europe 1, retour sur cette révélation d’Europe 1 dès mercredi soir d’ailleurs, le transporteur NORBERT DENTRESSANGLE, c’est le premier transporteur privé en France, vous savez ce sont ces camions rouges qu’on voit sur les routes. Perquisition géante sur quatre sites cette semaine, à cause d’un soupçon de travail dissimulé. NORBERT DENTRESSANGLE accusé de faire venir illégalement en France des conducteurs roumains et polonais, en lieu et place des chauffeurs français. Vous avez enquêté, pascal BERTHELOT, bonjour.

Pascal BERTHELOT

Bonjour.

Bruce TOUSSAINT

Qu’est-ce que vous avez découvert ?

Pascal BERTHELOT

Que NORBERT DENTRESSANGLE n’est pas un cas isolé, loin de là. Le recours à des chauffeurs routiers polonais ou roumains est une pratique généralisée. Pourquoi ? Eh bien parce que ces chauffeurs d’Europe de l’Est sont payés 1 000 euros par mois là où un chauffeur français perçoit 2500 euros. Ce qui fait que ces conducteurs, on les retrouve quasiment partout, chez DENTRESSANGLE bien sûr où on les fait venir en minibus bondé toutes les trois semaines, mais aussi dans de plus petites entreprises de transport, chez GENTET en Franche Comté ou chez MAURY dans le territoire de Belfort, là on emploie des Slovaques pour conduire les camions.

Bruce TOUSSAINT

Mais l’Europe a abolie les frontières, qu’est-ce qu’il y a d’illégal à employer des travailleurs roumains ou polonais ?

Pascal BERTHELOT

Eh bien parce que la règle européenne n’est pas la liberté absolue en la matière, du moins pas encore. La règle, c’est qu’un camion qui fait un transport international, qui traverse une frontière a le droit de faire trois arrêts, pour charger ou décharger dans un pays étranger, donc dans ces conditions, c’est autorisé, ce qui fait que normalement les trajets purement nationaux entre un point en France et un autre point en France, sont protégés, réservés aux chauffeurs français. En réalité et c’est tout l’objet de l’enquête qui vise NORBERT DENTRESSANGLE, la règle est difficile à contrôler et dans cette zone grise, beaucoup d’entreprises, il faut bien le dire, profitent du système pour employer des conducteurs qui coutent deux fois et demi moins cher.

Bruce TOUSSAINT

Quel impact pour les routiers français ?

Pascal BERTHELOT

Terrible, la bataille de l’international est d’ores et déjà perdue, il n’y a quasiment plus de chauffeurs français sur ces trajets, et la bataille de France est bien mal engagée, savez-vous Bruce, que sur les routes de France aujourd’hui 40 % des poids lourds qui circulent sont immatriculés à l’étranger.

 

LA VIE POLITIQUE

Europe 1 – 7h20 – Thierry Guerrier – F. Bayrou fâché avec la loi de financement des partis politiques

Bruce TOUSSAINT

Le buzz du jour, c’est François BAYROU, fâché avec la loi de financement des partis politiques.

Thierry GUERRIER

Eh oui, François BAYROU est en colère et il profite de sa campagne législative, pour pointer du doigt la loi de financement de la vie politique et ses travers. Une loi mystérieuse, dit-il, de façon ironique évidemment, qui créait des situations aberrantes, avec 11, 12, 14, 15 et jusqu’à 16 candidats dans certaines circonscriptions. Et ce qui inquiète le chef du parti centriste, c’est que cette inflation du nombre de candidature, provoque la dilution des voix et affaiblit bien sûr, les formations moyennes comme la sienne.

Bruce TOUSSAINT

Sur le fond, est-ce que François BAYROU a raison ?

Thierry GUERRIER

C’est-à-dire qu’il faut bien reconnaître qu’au premier tour, dimanche 10 juin, dimanche prochain, un peu plus d’une semaine, il y aura très exactement, 6603 candidats députés dans les 577 circonscriptions représentées à l’Assemblée nationale. C’est moins qu’en 2007, et surtout qu’il y a 10 ans, mais cela reste quand même considérable ! Songez Bruce, que cela fait plus de 10 candidats en moyenne par circonscription. Ca fait de la France d’ailleurs, un des pays d’Europe, où le nombre de prétendants à la députation est le plus élevé. Alors le grand responsable de cette aberration, pour reprendre la formule de BAYROU, c’est bien sûr notre système de financement des partis.

Bruce TOUSSAINT

Alors ça mérite quelques explications, Thierry !

Thierry GUERRIER

Eh bien, depuis la fin des années 80, depuis que l’argent public essentiellement fait vivre les partis, certains petits malins contournent la loi. Car il suffit de présenter au moins 50 candidats pour toucher 1,60 euro par voix obtenue, dès lors que vos 50 prétendants ont décroché chacun au moins 1 % des suffrages. Je ne sais pas, si j’ai été clair ! 50 candidats…

Bruce TOUSSAINT

Si ! Si !

Thierry GUERRIER

1,60 euro par voix, 1 % des suffrages. Et parfois, ça fait une belle somme versée de surcroît à l’association concernée, tous les ans pendant 5 ans, jusqu’aux élections suivantes. Il y a des professionnels de ça, certains petits malins ont donc crée des coquilles vides, des partis politiques bidons, mais qui récoltent sans scrupule cette manne publique.

Bruce TOUSSAINT

Le PS a peur d’une forte abstention aux législatives.

Thierry GUERRIER

Eh oui, et pour éviter ça, le PS a réactivé le site Internet, qu’il avait ouvert pour la présidentielle : « procuration2012.fr » pour aider les gens à aller, les pousser à aller faire leur procuration. Les socialistes redoutent que la mobilisation dans 10 jours, soit beaucoup moins solide qu’en avril et mai. L’enjeu n’est plus le même, et beaucoup d’électeurs surtout, s’il fait beau, risquent évidemment de choisir d’aller à la pêche.

 

Radio Classique – 8h10 – Guillaume Tabard – A quoi joue la droite ?

Guillaume DURAND

Mon cher Guillaume, vous avez bien choisi votre éditorial ce matin face à Henri GUAINO, le thème général c’est « A quoi joue la droite ? » A peine François FILLON et Jean-François COPE ont-ils décidé de mettre leur rivalité en veilleuse, le temps de la campagne, voici les mots, puis les confidences niées, puis les regrets d’Alain JUPPE exprimés. Que se passe-t-il exactement ?

Guillaume TABARD

En se positionnant pour la suite, ce qui est légitime, et en préparant leurs matchs futurs, ce qui est aussi naturel, les dirigeants de la droite montrent d’abord qu’ils ont fait une croix sur les législatives. C’est d’ailleurs finalement la raison pour laquelle cette campagne est si peu passionnante, c’est que d’un côté la gauche ne fait pas d’efforts démesurés pour décrocher une majorité, et que de son côté la droite ne se bat pas non plus de manière acharnée pour créer la surprise le 17 juin. Souvenez-vous, à la présidentielle Nicolas SARKOZY avait été quasiment le seul à y croire et à se battre, même si ça n’a pas suffi, eh bien pour les législatives, personne à droite semble vraiment y croire, ou plus exactement chacun cherche à se sauver lui-même. Difficile alors de faire campagne en réclamant une cohabitation – vous avez remarqué que le mot « cohabitation » est le mot tabou de cette campagne – alors que si une victoire de la droite était envisagée, eh bien tout le monde devrait se passionner pour ce qui serait une figure institutionnelle inédite, puisqu’on a déjà connu trois cohabitations, mais ce serait la première où un président serait désavoué 1 mois après son élection. Et puis, autre signe que l’UMP n’y croit pas vraiment, personne ne se demande qui serait Premier ministre en cas de victoire de la droite, et on imagine finalement la stupéfaction de la majorité sortante si le 17 juin au soir, eh bien elle était contrainte de trouver en quelques heures un occupant pour Matignon, acceptable par le tout le monde. François FILLON n’accepterait sans doute pas que Jean-François COPE soit ainsi promu, l’inverse non plus. Et puis, jusqu’à hier on aurait pu imaginer qu’Alain JUPPE soit une solution consensuelle pour Matignon, comme elle l’aurait été d’ailleurs en cas de réélection de Nicolas SARKOZY, mais puisque involontairement, ou maladroitement, le maire de Bordeaux est devenu un acteur de cette guerre à droite, eh bien ce scénario-là, aussi, est aujourd’hui très compliqué.

Guillaume DURAND

Alain JUPPE a démenti les propos que lui a prêté PARIS-MATCH, et puis il les a regrettés dans une réunion publique. L’homme qui boue face à vous, puisqu’il vous écoute avec attention, c’est Henri GUAINO, on l’entend maugréer dans un coin, il sera en direct avec nous dans un instant, mais quel est exactement le but d’Alain JUPPE dans cette affaire ?

Guillaume TABARD

Alors, ce qui est sûr c’est que, Alain JUPPE ne voulait pas se dévoiler aussi explicitement, ou en tout cas aussi rapidement. Mais, à la limite, peu importe qu’il ait dit ou non qu’il était « le plus capé », d’abord c’est un fait, qu’il est aujourd’hui le plus ancien dans le grade le plus élevé à droite. Alors, rêve-t-il toujours d’être enfin un jour candidat à l’élection présidentielle ? Vous savez qu’un homme politique, de ce niveau, ne renonce jamais. Mais, ce qui est certain c’est que, ni Jean-François COPE, 47 ans, ni François FILLON, 58 ans, ne laisseront Alain JUPPE, 67 ans au mois d’août, occuper le terrain en 2017, aucun ne s’effacera à son profit. Alors en revanche, l’un comme l’autre, FILLON comme COPE, voient dans le fondateur de l’UMP une sorte de caution morale, un sage respecté, dont le soutien pourrait etre décisif. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, il y a quelques semaines dans LE FIGARO, Alain JUPPE avait suggéré que le futur président de l’UMP ne soit pas le futur candidat à la présidentielle, une manière de dire « battez-vous pour 2017, moi je suis prêt à garder la boutique pendant ce temps. » Bref, dans cette compétition en deux temps, pour la présidence de l’UMP à l’automne, puis pour l’investiture présidentielle en 2017, chacun entretient le flou. Tout cela sent le jeu de dupe et le poker menteur.

 

BILLET D’HUMEUR

RTL – 7h15 – Eric Zemmour – Le scandale qui secoue l’église catholique

Vincent PARIZOT

Alors, Benoit XVI a dénoncé hier la couverture médiatique du scandale qui secoue l’église catholique depuis plus d’une semaine. « Elle donne une fausse image du Saint-Siège », dit le Pape, au sujet, donc, de ce scandale qui a pris de l’ampleur, avec l’arrestation de son Majordome, Paolo GABRIELE, pour possession illégale de documents secrets, il faut dire qu’il était en possession d’un grand nombre de documents personnels, appartenant au Pape.

Eric ZEMMOUR

Révélations, émotion, confusion, médiatisation, hypermédiatisation, excessive médiatisation, comme tout ce qui touche au Vatican. On croyait le Vatican géré au carré, à l’Allemande, on le découvre gouverné, enfin, mal gouverné, à l’italienne. On songe irrésistiblement à la célèbre tirade du Général de GAULLE : « La vieillesse est un naufrage ». Mais c’est aussi une tempête dans un verre d’eau. Des documents personnels ont été volés au Pape, la belle affaire. Les papiers ne révèlent pas de scandales tonitruants, pas de cadavre exquis, pas de pédophile à l’appel, pas de banque mafieuse, on a connu bien pire. Le plus intéressant et le plus fourni, concerne les négociations entre Rome et les traditionnalistes, les fameux émules du cardinal LEFEBVRE. Leur retour dans le sein de l’église, se révèle laborieux. Les dissidents ont pris l’habitude de l’indépendance et l’église de France résiste, de façon sourde, à la volonté du Pape de les réintégrer. A tel point que certains esprits, avides de romans noirs, imaginent que ces vols à scandales ont été opérés justement pour affaiblir et empêcher l’heureuse conclusion de cette trop longue négociation. On songe au coup d’Etat manqué de 1991, à Moscou, pour arrêter le cours de la perestroïka de GORBATCHEV et rétablir le communisme à l’ancienne.

Vincent PARIZOT

Ah bon ? Ecoutez, ce n’est peut-être qu’une hypothèse, mais en tout cas, la bande annonce est alléchante.

Eric ZEMMOUR

Oui, car cette histoire est avant tout politique. Les lefebvristes sont plutôt à droite ou même très à droite. L’église de France, elle, en tout cas la hiérarchie des évêques, penche plutôt à gauche. Certes, le gauchisme hérité de mai 68, incarné par un monseigneur GAILLOT, est devenu marginal, mais les modérés centre-gauche dominent. François HOLLANDE serait très à l’aise au sein de l’évêché français. Ceux-ci ont très bien compris le sens idéologique du retour des traditionnalistes, c’est Vatican II ou en tout cas sa lecture la plus moderniste, qui est remise en cause. Cela va bien au-delà du retour de la messe en latin. Ainsi, l’église de France ne devrait protester que mollement, contre l’adoption prochaine par la gauche, du mariage homosexuel. Les traditionnalistes seront plus raides. En porte-à-faux par rapport à la une du Vatican, les évêques de France sont aussi, en France même, une citadelle assiégée. Leurs ouailles, le dernier carré de catholiques pratiquants, a voté SARKOZY à 80 %. Un bon tiers des jeunes, qui se déclarent catholiques pratiquants, a opté pour Marine LE PEN. La pénurie de curés dans l’hexagone, oblige l’église à faire venir des prêtres d’Afrique, ceux-ci venus de contrées où la religion demeure importante dans la vie de la société, et où le conflit entre christianisme et islam est vif, souvent violent, ont des positions très traditionnelles, voire réactionnaires. Le retour dans l’église de France de nombreux jeunes prêtes, issus des formations lefebvristes, accentuerait encore le virage à droite de la base, ce qui ravirait le Vatican et consolerait sans doute le Pape d’avoir été dépouillé.

 

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