Les sujets radio du 21 novembre…

Gouvernement

Vincent PEILLON, ministre de l’Education nationale

Pierre MOSCOVICI, ministre de l’Economie et des Finances

Stéphane LE FOLL, Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt

Bernard CAZENEUVE, Ministre délégué, chargé des Affaires européennes

Invités politiques

Harlem DESIR, Premier secrétaire du PS

GOUVERNEMENT

Vincent PEILLON, ministre de l’Education nationale

France Info, L’invité – 08h15

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Bonjour Vincent PEILLON.

VINCENT PEILLON

Bonjour.

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Ministre de l’Education nationale et invité politique de FRANCE INFO ce matin.

Finalement, la réforme des rythmes scolaires va donc s’étaler sur deux ans. Vous êtes

déçu ?

VINCENT PEILLON

Ah non, je suis très content, vous savez, on est dans un curieux pays, on va

avancer, et tout le monde a l’air de dire : on recule. Aujourd’hui, les…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Mais on avance plus lentement que prévu.

VINCENT PEILLON

Non, on avance très vite, c’est une réforme que certains voulaient faire d’ailleurs

avant nous, parce que tout le monde est pour. C’est une réforme très importante, c’est

l’intérêt des élèves, pourquoi fait-on cette réforme, on ne pose même plus la question,

on pose cette réforme parce que le président HOLLANDE a dit : il faut donner la priorité

au primaire, et pourquoi, parce que beaucoup trop d’enfants sont en difficulté lorsqu’ils

entrent au collège. On l’entend toute la journée. Comment résoudre ça, il y a plusieurs

leviers, d’abord, il faut reformer les professeurs, vous savez qu’on va le faire, aussi, dès

2013, comme la réforme des rythmes, deuxièmement…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Et vous leur donnerez la prime de 1.000 euros qu’ils réclament ?

VINCENT PEILLON

Non, mais ce n’est pas une question, voyez où on en est, là, je suis en train de

parler de l’intérêt des élèves, et vous voulez que…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Mais eux, ça les intéresse cette question…

VINCENT PEILLON

Il y a des grands leviers, en France – je continue, si vous le permettez – les

élèves n’ont que 144 jours de classe, tous les autres pays, c’est 180 ou 190. Ils en sont

les premières victimes. Donc il fallait changer cela. C’est la réforme des quatre jours et

demi. Vous noterez d’ailleurs que ça ne concerne pour l’instant que les maternelles et

les primaires. Il faudra aussi traiter la question du collège et du lycée après. Ça ne

concerne que la semaine, elle était totalement déséquilibrée, et la journée, beaucoup

trop lourde, car il faut dire aussi que les journées vont être, du coup, aujourd’hui plus

légères, organisées différemment. Mais il faudra traiter la question de l’année. Donc

c’est une très grande réforme. Et moi, je vais vous dire, je trouve que la décision de

François HOLLANDE est à la fois courageuse – la droite n’a pas osé le faire, tout était

préparé, parce qu’on voit bien comment la France a du mal à faire les grandes réformes

de structure dont on parle – et sage, parce qu’elle associe tout le monde. Quel est notre

but, que ce soit utile aux élèves, et comme ça, ça le sera.

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Mais Vincent PEILLON, il y a encore tout juste une semaine, à Lille, la semaine

dernière, vous assuriez que cette réforme, elle allait s’appliquer partout, dès 2013.

VINCENT PEILLON

Non, non, d’abord, ça n’est pas exact. Et deuxièmement, quand même, elle

s’applique en 2013, c’est bien ce qu’a dit le président hier…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Mais pas partout…

VINCENT PEILLON

Mais il faut donner du temps, et les 250 millions d’euros, pour faire qu’il y ait

l’égalité et la possibilité de bien faire les choses dans l’intérêt des élèves, les 250

millions d’euros, j’ai bien écouté, seront pour ceux qui s’engagent le plus rapidement

possible. Donc en 2013, le plus grand nombre possible doit être engagé dans cette

réforme, et elle sera terminée en 2014. Vous pensez – j’ai été l’élu de la Somme, d’un

territoire à 155 communes rurales – que je ne sais pas que c’est difficile pour les petites

communes pauvres, je n’ai pas écouté le maire de Sevran et les difficultés ! Il fallait – et

je l’ai toujours dit – ne pas faire la réforme des rythmes scolaires si c’est pour accroître

les inégalités, ça doit être l’inverse, c’est la réussite de tous les élèves, je l’ai dit, je serai

le ministre des élèves et de leur réussite. Cette réforme va le permettre, et moi, je vous

le dis franchement, parce que je ne porte que le sujet de l’école, c’est ma passion. Je

veux que, on sorte de l’état de délabrement de l’école où on est. J’ai proposé la

refondation républicaine de l’école. C’est un axe très important, personne n’avait eu le

courage et la sagesse de le faire, et dans la position qui est la mienne, défendre ce

dossier, défendre les intérêts des élèves français, je suis très heureux de la décision qui

a été annoncée hier. Et je voudrais aussi vous dire quelque chose…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Et vous étiez au courant de ça, vous saviez que le président allait dire ça hier ?

VINCENT PEILLON

Il se peut que j’aie certains liens avec le président, surtout, sur les questions

d’Education quand même, mais…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Parce que vous ne l’aviez jamais laissé entendre que cette réforme pouvait être

appliquée en 2014…

VINCENT PEILLON

Mais je la négocie depuis des semaines et des semaines, et je l’ai préparée

depuis des années, mais permettez-moi de vous dire, car là encore, beaucoup de

confusion, c’est un des aspects seulement de la refondation de l’école, d’abord,

première affirmation, la réforme des rythmes, elle va être faite, là, pour le primaire, sur la

semaine et la journée, mais nous allons traiter le collège et le lycée et les autres

questions. C’est important, et vous verrez, ce sera repris. Deuxièmement, c’est un

élément seulement de la refondation de l’école, on ne parle que de ça, mais tout le

reste, la formation des professeurs…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Mais c’est l’élément du jour…

VINCENT PEILLON

Non, tout ce qui se discute actuellement et qui est dans la loi, c’est tous les

autres sujets, c’est-à-dire l’Internet, le changement des méthodes, l’accueil des petits à

la maternelle, la redéfinition du plus de maîtres que de classes pour nos enfants. Nous

portons un très grand projet pour l’école, l’avenir de la France, l’avenir des enfants.

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Et que répondez-vous à l’inquiétude des parents, qui disent : avec cette réforme

étalée sur deux ans, on va mettre en place un système à deux vitesses, et tous les

élèves ne seront pas logés à la même enseigne, puisque vous le dites, cette réforme,

c’est pour le bien-être des enfants. Donc il y a des enfants qui seront dans de meilleures

conditions que d’autres l’année prochaine.

VINCENT PEILLON

On ne peut pas vouloir la même chose et son contraire en même temps, et sous

le même rapport, et ça va faire la vertu de la France. On nous a demandé, dans l’intérêt

des élèves, de pouvoir mieux adapter aux situations locales, et donner un peu de temps

et des moyens, vous savez que la France a aujourd’hui une situation budgétaire difficile,

le président vient de décider : 250 millions d’euros pour aider les communes dans

l’intérêt des enfants. Alors, on a décidé de le faire comme ça, pour qu’on puisse

trouver… qu’est-ce qu’on va faire à partir de trois heures et demie, quatre heures moins

le quart, il ne faut pas que ça soit de la garderie, il faut qu’il y ait – et aujourd’hui, nous

en parlerons au Conseil des ministres – des activités culturelles, des activités sportives,

qu’on puisse aider aux devoirs. Tout ça mérite un peu d’intelligence, et c’est pour ça que

je vous dis deux choses : c’est courageux, parce que personne ne voulait le faire, parce

que tout le monde grogne tout le temps, c’est courageux, et c’est sage, parce que ça

me permettra, avec les collectivités locales, avec aussi les enseignants, qui sont

pleinement impliqués dans cette réforme, de la réussir pour nos enfants et poru les

élèves. Donc banco, allons-y, top départ !

RAPHAËLLE DUCHEMIN

François HOLLANDE a également déclaré hier, à propos du mariage gay, qu’il

laissait aux maires leur liberté de conscience ; est-ce que vous êtes d’accord avec le

chef de l’Etat ou vous pensez que c’est un recul ?

VINCENT PEILLON

Encore un recul, alors qu’on va conquérir un nouveau droit, d’ailleurs quand je

regarde sur un siècle, à part l’IVG avec madame VEIL, toutes les grandes nouvelles

libertés ont été données par la gauche. Nous avons…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Enfin, j’imagine que vous avez entendu les critiques des associations gays qui…

VINCENT PEILLON

Mais je n’entends que les critiques et je vois ceux

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Qui sont plutôt vexées…

VINCENT PEILLON

Je vois ceux qui avancent. Le président de la République propose le mariage

gay, nous allons le voter, sans diviser la société française, en donnant le temps aux uns

et aux autres de s’exprimer, de comprendre, de progresser. C’est de la pédagogie ça. Et

moi, j’aime la pédagogie, parce que c’est le respect des uns et des autres. Alors, on peut

toujours grogner, on peut dire : on recule quand on avance, mais on ne fait pas du bien

au pays, et soi-même, on n’est pas totalement clair. Donc moi, je soutiens profondément

cette avancée. Je crois que ça fait aussi partie de l’identité républicaine d’être capable

de conquérir de nouveaux droits, et de réaliser toujours plus finement l’égalité, le

mariage gay, c’est ça.

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Et si tout le monde refuse dans une mairie, il se passe quoi ?

VINCENT PEILLON

Ecoutez, vous savez bien que ça ne sera pas la situation, on peut aussi avoir

demain aucune mairie qui veut passer aux quatre jours et demi, on peut avoir des

gens… franchement, quelle vision de la France ? Nous sommes en train d’avancer,

nous avons à nous redresser, nous avons d’ailleurs – vous voyez bien la situation et le

contexte dans lesquels on est – des efforts à faire. Les efforts, c’est chacun d’entre nous

à essayer d’être quand même un petit peu au-dessus du niveau et de l’abaissement

permanent. Donc je ne crois pas du tout à ce que vous dites, je crois que beaucoup de

gens comprennent que c’est un nouveau droit, et que ça réalise entre nous tous, et les

gens ont leur orientation, eh bien, une égalité supplémentaire. Tous ces droits, quand on

regarde d’ailleurs, beaucoup ont été conquis très récemment. Donc c’est une belle

avancée, et je crois qu’il faut voir l’essentiel.

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Et est-ce que ces deux déclarations d’hier de François HOLLANDE, c’était pour

faire passer la pilule de la rigueur aux collectivités locales, parce que dans le même

temps, il leur a dit : il va falloir faire attention et faire de nouvelles économies.

VINCENT PEILLON

Non, je crois que la méthode…

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Parce que c’est quand même deux déclarations qu’attendaient les maires de

France hier…

VINCENT PEILLON

Oui, mais vous savez, dans le fond, je prends mon sujet, quand on est passé aux

quatre jours, on n’a pas consulté les professeurs, on n’a pas consulté les collectivités

locales, on n’a pas pensé à l’intérêt des enfants. Notre démarche, elle est l’inverse,

effectivement, il faut être très ferme sur ses principes, et par exemple, sur la priorité à

l’école, ça a été réaffirmé hier, les moyens qu’on y donne, les grandes réformes qu’on

propose, mais il faut quand même être capable d’entraîner tout le monde, parce que

vous ne faites pas une réforme contre les gens, vous ne faites pas une réforme de

l’école contre les professeurs, vous ne faites pas une réforme de l’école contre les

collectivités locales, qui investissent 25% de l’effort éducatif. Donc il faut qu’il y ait une

entente, une compréhension et une façon d’avancer, qui n’opposent pas les uns et les

autres, mais qui essaient de les rassembler. Donc c’est la reconnaissance, le respect,

l’estime de soi, on dit que c’est très important pour chacun, et je crois que la méthode du

président HOLLANDE, c’est pour ça que je vous ai dit : elle est à la fois courageuse,

parce que là, ce ne sont pas des mots, c’est : on avance ; en 2013, il va y avoir déjà,

j’espère, plus de 50% des enfants aux quatre jours et demi, et puis, au-delà, et tout le

monde en 2014, donc on avance, et en même temps, c’est sage, parce que ça permet,

d’abord de donner à ceux qui ont moins, les communes pauvres, les moyens de réaliser

ça dans l’intérêt des élèves, et puis, de laisser du temps pour certains pour s’organiser

pour ces activités culturelles, sportives. Donc c’est une méthode aussi.

RAPHAËLLE DUCHEMIN

Merci beaucoup Vincent PEILLON, ministre de l’Education nationale. Merci

d’avoir été en direct sur FRANCE INFO.

VINCENT PEILLON

Merci à vous.

Pierre MOSCOVICI, ministre de l’Economie et des Finances

Europe 1, L’invité – 8h20

CAROLINE ROUX

Bonjour Pierre MOSCOVICI.

PIERRE MOSCOVICI

Bonjour.

CAROLINE ROUX

Merci d’être là après cette courte nuit que vous avez passée, puisque vous

rentrez tout juste de Bruxelles, sans accord en vu du déblocage de l’aide financière pour

la Grèce, et une déclaration ce matin : la stabilité de la zone euro est menacée par

l’absence d’accord sur la Grèce, dit le Premier ministre grec. Il a raison ?

PIERRE MOSCOVICI

Absence de nuit en vérité, parce que nous avons terminé cette discussion à 5

heures, tout près d’un accord, très près d’un accord, avec encore quelques problèmes à

régler. Il s’agit de parvenir à débourser un montant d’aide significatif pour la Grèce. Nous

devons le faire. Nous pouvons le faire. Nous allons le faire. Il reste encore quelques

paramètres techniques à régler, comment faire en sorte d’abaisser les taux d’intérêt sur

les prêts que les bailleurs internationaux ont consenti à la Grèce, ou comment faire en

sorte de réduire les profits que les banques centrales tirent des titres grecs qu’elles

détiennent ?

CAROLINE ROUX

Mais qui bloque Pierre MOSCOVICI ?

PIERRE MOSCOVICI

Ca, permettez-moi de le garder pour la salle de discussion qui se déroule à huis

clos, mais ce que je peux vous dire c’est que vraiment nous sommes à un cheveu d’un

accord, et que je suis très confiant dans le fait que nous parviendrons à cela lundi,

puisqu’il y a une nouvelle réunion des ministres de l’Eurogroupe, des ministres de

l’Economie et des Finances.

CAROLINE ROUX

La stabilité de la zone euro est menacée par l’absence d’accord ?

PIERRE MOSCOVICI

Serait menacée si nous n’y parvenions pas. Mais encore une fois nous avons

constaté hier, un, que la Grèce avait des efforts considérables, deux, nous avons mis en

place des mécanismes de contrôle des engagements de la Grèce, et donc encore une

fois nous sommes tout près d’un accord. Nous parviendrons à cet accord lundi.

CAROLINE ROUX

Vous vous souvenez ce que vous disiez en fin d’après-midi hier ? Vous disiez la

même chose. En fin d’après midi vous avez dit : nous sommes tout près d’un accord !

PIERRE MOSCOVICI

Mais je le pensais, en effet.

CAROLINE ROUX

Comme aujourd’hui.

PIERRE MOSCOVICI

Non, non mais ce ne sont pas des sujets qu’il faut prendre avec ironie parce que

ce sont…

CAROLINE ROUX

C’est bien pour cela que je vous pose la question.

PIERRE MOSCOVICI

C’est en effet l’avenir de la zone euro qui est en cause. C’est la deuxième

réunion de suite de l’Eurogroupe. Nous avons considérablement progressé en une

semaine, et cette fois-ci, franchement, il nous reste à mettre la dernière touche, nous

allons le faire lundi. Ce que j’exprimais hier c’était une volonté, c’était une détermination.

Nous avons tout fait, tout fait, et voilà.

CAROLINE ROUX

La France a été dégradée par l’agence MOODY’S. Vous dites, vous avez dit hier,

que ça ne change rien, c’est la faute des errements du passé. Le président HOLLANDE

dit : on maintient le cap. Est-ce que vous considérez qu’il y a urgence désormais à

rassurer les agences de notation ?

PIERRE MOSCOVICI

Je voudrais revenir sur la dégradation de MOODY’S parce que peut-être certains

n’y comprennent pas exactement de quoi il s’agit. C’est une agence de notation qui

porte un jugement sur le pays et qui l’a dégradé d’un cran…

CAROLINE ROUX

Sévère justement.

PIERRE MOSCOVICI

Il y a, il y a, attendez, il y a 21 crans sur l’échelle de MOODY’S, comme sur

l’échelle d’une autre agence qui s’appelle STANDARD & POOR’S, nous avons été

dégradés d’un cran, nous restons quand même à un niveau de qualité très élevé en

termes de notation. Deuxièmement cette agence note que la France est une économie

solide, une économie diversifiée, qui a des atouts très puissants, ses services publics,

ses infrastructures, la taille de son économie, sa productivité, sa recherche, et donc il y a

une confiance à avoir dans l’économie française. Confiance tellement forte que…

observez ce qui s’est passé hier, nos emprunts restent servis à un taux d’intérêt

extrêmement bas, il y a une crédibilité française. Mais je ne veux pas en rester là. Je

dirais que c’est à la fois une sanction pour le passé, c’est une reconnaissance pour le

présent et c’est un encouragement à agir. Sanction pour le passé parce qu’en effet nous

n’avons pas amélioré suffisamment la crédibilité, reconnaissance pour ce que nous

faisons en matière de déficit budgétaire haute compétitivité, et encouragement à aller

plus loin et nous irons plus loin dans les réformes poursuivies.

CAROLINE ROUX

Alors on ne peut pas imaginer ce matin que le ministre de l’Economie considère

que c’est un non-évènement.

PIERRE MOSCOVICI

Ce n’est pas un non-évènement, mais je vais vous dire ce que je pense très

franchement. D’abord j’accepte cette notation évidemment. Je considère qu’elle est un

peu décalée à certains égards. Par exemple le jugement qui est porté sur les banques

françaises est erroné, elles se portent mieux aujourd’hui qu’il y a un an. Et puis la

deuxième chose, pardonnez moi de vous le dire Caroline ROUX, c’est que les

fondamentaux de l’économie française n’ont pas changé entre avant-hier soir et hier

matin. Donc si vous voulez, les choses…

CAROLINE ROUX

Est-ce qu’il faut tenir compte de cette dégradation notamment sur la question du

calendrier ? Est-ce que, puisqu’on parle du pacte de compétitivité et du crédit d’impôt

compétitivité, est-ce qu’il faut par exemple accélérer un petit peu la mise en oeuvre du

crédit d’impôt…

PIERRE MOSCOVICI

Non, non, non.

CAROLINE ROUX

Par exemple, est-ce qu’il pourrait être débattu le 3 décembre dans le cadre du

collectif budgétaire ?

PIERRE MOSCOVICI

Non, non, non.

CAROLINE ROUX

Non.

PIERRE MOSCOVICI

Je vais reprendre ça. Ce dont il faut tenir compte, ce n’est pas de la dégradation

elle-même, elle est faite, c’est d’autre chose, c’est du diagnostic qui est porté, et ce dont

il faut tenir compte c’est de la perte de compétitivité de la France. Et donc nous avons un

agenda de réformes. Nous n’avons pas attendu MOODY’S. Nous n’agissons pas parce

qu’il y a une pression extérieure. Nous agissons pour une raison simple, c’est parce qu’il

faut redresser l’économie française. Et donc nous allons vite, nous allons fort, nous irons

vite et nous irons fort. Nous avons notre rythme, il est soutenu…

PIERRE MOSCOVICI

Le calendrier c’est que nous allons, maintenant, c’est ce que fait Michel SAPIN,

nouer la négociation sur le marché du travail, sur la sécurisation de l’emploi, qui est une

négo…

CAROLINE ROUX

Je parle du crédit d’impôt compétitivité.

PIERRE MOSCOVICI

Vous me permettez de dire les choses comme…

CAROLINE ROUX

C’est attendu par les entreprises.

PIERRE MOSCOVICI

Mais ne me parlez pas de ça, Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX

Ah bon !

PIERRE MOSCOVICI

Moi je passe ma vie de ministre, je suis le ministre des entreprises aussi, j’ai été

à Lyon, j’ai été à Dijon, je sais ce qu’elles attendent, et elles n’attendent pas que ça soit

voté demain matin, elles attendent que ça soit mis en place, au début de l’année 2013,

pour pouvoir commencer, et je les incite à le faire, à accumuler des créances sur l’Etat,

pour que le crédit d’impôt elles puissent le toucher en 2014 sur la base des emplois

créés. Et je le souhaite aussi. Et donc nous allons vite, mais nous allons aussi à un

rythme qui est un rythme logique, dans l’action politique, il est soutenu, mais il est

logique.

CAROLINE ROUX

Est-ce que vous tenez un discours de vérité sur les hypothèses de croissance ? Il

y a eu la Commission européenne, il y a eu le FMI, il y a maintenant MOODY’S qui met

en doute vos hypothèses de croissance. Est-ce que la confiance repose sur la vérité ?

Est-ce que vous avez un discours de vérité ?

PIERRE MOSCOVICI

Totalement.

CAROLINE ROUX

Sur les objectifs et sur la trajectoire du redressement de la France ?

PIERRE MOSCOVICI

J’ai toujours dit la même chose sur cet objectif de croissance, c’est qu’il était

réaliste, nous sommes dans la fourchette, certains disent que nous pouvons être en

récession l’an prochain, d’autres que nous ferons 1% de croissance. Nous sommes

plutôt vers le haut de la fourchette, donc j’ai toujours dit aussi que cet objectif était

volontariste. Mais je maintiens ici, sur votre antenne ce matin, que si nous sommes

capables d’apporter des remèdes au déséquilibre dans la zone euro, et c’est ça que

pointait MOODY’S en réalité, ce n’est pas tant la situation de l’économie française, si

nous sommes capables, en effet, de trouver une solution au problème de la Grèce, si

nous sommes capables d’apporter une aide à l’Espagne, si elle le demande, si nous

sommes capables de mettre en place, d’ici à la fin de l’année, un texte important sur la

supervision bancaire, et donc à ce moment là de retrouver la confiance dans la zone

euro, et si nous mettons en oeuvre notre politique de compétitivité avec vigueur et que

les entreprises y répondent, oui nous ferons 0,8% l’an prochain, et nous ferons 2% en

2014. Je maintiens, moi, que c’est volontariste, que c’est réaliste, et ça c’est,

honnêtement, le cap des réformes que nous tenons et le rythme des réformes que nous

soutenons.

CAROLINE ROUX

Quand est-ce qu’on sera fixé sur la procédure, la marche à suivre, le plan de

réduction de la dépense de l’Etat ? Les 60 milliards d’économies, on ne sait pas toujours

pas où vous allez les trouver. Est-ce que là-dessus il y a un calendrier, il y a une

échéance ?

PIERRE MOSCOVICI

Il y a quand même un paradoxe dans tout ça, c’est qu’on nous dit : où sontelles

? Mais le projet de loi de Finances est actuellement en discussion, il a été voté déjà

par l’Assemblée Nationale, et dans ce projet de loi de Finances vous avez 10 milliards

d’euros de réduction pour 2013. Et je vais vous donner un exemple, je suis ministre des

Finances, dans mon ministère on supprime 2350 emplois budgétaires, voilà, il y a du

concret, et c’est prévu sur trois ans, et nous irons plus loin. Et donc ces engagements

seront tenus, là aussi.

CAROLINE ROUX

Deux questions…

PIERRE MOSCOVICI

Oui nous ferons des économies.

CAROLINE ROUX

Deux questions très rapides, c’est dans l’actualité, tous les moyens sont bons

pour trouver des fonds. Un député socialiste propose une taxe sur les jeux de hasard à

partir de 30.000 euros de gains. Il dit que ça pourrait rapporter 1 milliard d’euros. Vous

êtes pour, vous êtes contre ?

PIERRE MOSCOVICI

Je n’improvise pas des réponses à des députés, mais je pense que sur les taxes,

voilà, il ne faut pas abuser.

CAROLINE ROUX

Une information EUROPE 1 ce matin, le principal syndicat du monde de la

restauration envisage de mettre fin au système du service compris dans l’addition. Estce

que vous y seriez favorable ?

PIERRE MOSCOVICI

On va examiner ça, si c’est confirmé, avec Benoit HAMON, le ministre délégué à

la Consommation, mais vous savez, faisons attention tout de même à la précarité, à la

perte du pouvoir d’achat, et donc la restauration ne doit pas devenir un précariat

généralisé.

CAROLINE ROUX

Merci beaucoup Pierre MOSCOVICI.

Stéphane LE FOLL, Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt

France 2, Les 4 vérités – 07h50

ROLAND SICARD

Bonjour à tous. Bonjour Stéphane LE FOLL.

STÉPHANE LE FOLL

Bonjour.

ROLAND SICARD

Avant de parler d’agriculture je voudrais m’adresser à l’ami fidèle de François

HOLLANDE. Hier le président a dit que les maires auraient la liberté de conscience pour

prononcer les mariages homosexuels, autrement dit, ils pourront dire non, qu’ils ne

veulent pas le prononcer. Les associations parlent de recul par rapport au texte initial,

c’est le cas ?

STEPHANE LE FOLL

Moi je pense qu’il faut avoir une analyse avec beaucoup de sagesse dans ce

domaine. Qui peut imaginer qu’un mariage puisse être fait par quelqu’un qui ne veut pas

le célébrer, et surtout comment peut-on imaginer que les mariés, non respectés par celui

qui normalement est censé leur demander de dire « oui », pourraient l’accepter euxmêmes

? Donc je pense qu’il y a une forme de sagesse dans la décision, dans ce qui a

été évoqué par le président de la République…

ROLAND SICARD

Mais est-ce que c’est la conséquence des manifestations du week-end ?

STEPHANE LE FOLL

Je ne crois pas. Je ne crois pas. il y a simplement un constat de sagesse à faire

par rapport à un sujet comme celui-là, il faut que cette loi soit discutée, il faut prendre le

temps de la discussion, il faut essayer de faire en sorte que cette avancée soit un vrai

progrès pour ceux qui s’aiment, qui ont envie de se marier, et donc sur cette question il y

aura… il y a un objectif, il y a un projet, et puis en même temps il y a la nécessité de

l’écoute, et puis, je le dis, de la sagesse. Personne ne peut imaginer qu’on obligera un

maire, et deuxièmement je ne vois pas comment les mariés pourraient se dire « oui »

devant quelqu’un qui serait là sans aucune conviction, sans aucune envie, et surtout

sans respect.

ROLAND SICARD

Autre sujet. Nicolas SARKOZY sera donc convoqué devant la justice demain. Ça

vous paraît normal ?

STEPHANE LE FOLL

Ecoutez, je ne suis pas là pour faire, ni juger, ni un jugement, ni prendre une

position. Il est convoqué, il y a cette affaire BETTENCOURT qui dure depuis longtemps,

laissons la justice faire, et je pense que ce sera aussi l’objet d’une réforme

constitutionnelle. Le président de la République, c’est ce qu’a proposé François

HOLLANDE, aura aussi, dans le cadre, hors les missions et les responsabilités qui sont

les siennes en tant que président de la République, à répondre aux convocations de la

justice, même dans l’exercice de ses fonctions.

ROLAND SICARD

Alors, sur l’agriculture. Il y a demain un sommet européen qui doit décider du

budget de l’Europe pour les sept prochaines années à venir. La Politique Agricole

Commune devrait perdre 29 milliards selon ce projet…

STEPHANE LE FOLL

Oui, c’est des propositions…

ROLAND SICARD

Est-ce que la France est prête à accepter ça ?

STEPHANE LE FOLL

Non, la France n’est pas prête à accepter ça. la France n’est pas prête à

accepter l’idée que, en Europe, dans la crise que nous traversons, le budget européen

des deux grandes politiques qui s’adressent aux citoyens, la politique agricole et la

politique de cohésion, se voient réduites, pour l’une de 29 milliards d’euros, pour l’autre

de 24 milliards d’euros. Ce n’est pas acceptable. Ça serait un message envoyé à tous

les européens, qui serait extrêmement négatif. En période de crise l’Europe se réduit,

recule, et ne s’adresse plus à tous ceux qui justement, au contraire, ont besoin d’une

aide. Deuxièmement, ces politiques peuvent être des politiques avec lesquelles on

innove et on prépare demain. La politique agricole, c’est un enjeu majeur, avec la

durabilité de l’agriculture, qui touche d’ailleurs l’ensemble de la société, et les politiques

de cohésion, de la même manière, sont des politiques…

ROLAND SICARD

Les politiques de cohésion c’est les politiques d’aide aux régions en difficulté.

STEPHANE LE FOLL

D’aide, c’est-à-dire aux territoires, c’est ce qui permet de compenser les

territoires qui ont des difficultés, et surtout de venir aider les collectivités locales pour

faire des investissements. On a là des outils pour faire des choses fantastiques.

ROLAND SICARD

Restons sur l’agriculture. Si le projet était adopté, ça se traduirait comment pour

les agriculteurs français ?

STEPHANE LE FOLL

Ça se traduirait, s’il est adopté tel qu’il est là, autour de 900 millions d’euros de

moins pour la France par an, voilà les conséquences. Donc ce n’est pas acceptable…

ROLAND SICARD

Ça veut dire des faillites d’exploitations ?

STEPHANE LE FOLL

Cela veut dire… ça dépend de la situation des prix, je veux dire, on ne peut pas

savoir non plus… on ne peut pas annoncer des faillites, mais ça voudrait dire des

difficultés, et ça on n’est pas prêt de l’accepter. C’est ce qui a été dit par le président de

la République. La négociation commence. On sait très bien comment débute une

négociation, à l’échelle européenne, il y a la pression de ceux qui veulent baisser le

budget, je note d’ailleurs que ceux qui veulent baisser le budget sont ceux qui veulent

baisser le budget de la PAC, c’est les mêmes. Donc résister, à la fois pour défendre la

politique agricole, et la politique de cohésion, c’est porter l’idée d’un budget européen à

la hauteur des enjeux.

ROLAND SICARD

Qu’est-ce que la France va proposer ?

STEPHANE LE FOLL

Elle va proposer un rééquilibrage, un budget mieux équilibré, en prenant en

compte…

ROLAND SICARD

Sans toucher à la PAC ?

STEPHANE LE FOLL

Sans toucher à la PAC, en prenant en compte, je l’ai dit, les deux grandes

politiques. On n’a pas fait le choix, qui avait été fait d’ailleurs par le gouvernement

précédent, de privilégier une des deux politiques, parce qu’on a besoin de tous les pays

pour trouver un accord, et pour défendre la PAC il faut qu’on ait des alliés, et pour avoir

des alliés il faut, je le dis, que les deux grandes politiques européennes soient

considérées comme le coeur de la politique budgétaire de l’Europe, c’est ça l’enjeu.

ROLAND SICARD

Mais comment on peut à la fois à Paris dire « il faut faire des économies », et à

Bruxelles dire « on ne change rien » ?

STEPHANE LE FOLL

Alors, à Bruxelles a déjà été dit et acté l’idée qu’il faudrait faire des économies

sur le budget de l’Europe. Les propositions qui ont été faites…

ROLAND SICARD

Sauf sur la PAC.

STEPHANE LE FOLL

Mais si, déjà, près de 6% de baisse de la PAC. Dans la proposition de la

Commission, aujourd’hui il y a 386 milliards d’euros sur 7 ans, on était, dans les

précédentes perspectives financières, celles qui ont été adoptées en 2006, on était

autour de 420 milliards, c’est déjà baissé, on a déjà baissé. Bien sûr que tout le monde

prend en compte le fait qu’on n’est pas dans une situation florissante et facile, et qu’il

faut donc faire des efforts, au niveau national, au niveau européen, mais là le problème

c’est qu’on en rajoute, on vient en rajouter, et on vient en rajouter en particulier sur une

politique qui, je le dis, pour la France est importante, mais la PAC, comme la cohésion,

toutes ces politiques sont des politiques très importantes. Donc, nous ne sommes pas

d’accord, et nous n’acceptons pas la proposition qui a été faite par monsieur Van

ROMPUY, qui devrait d’ailleurs en faire une autre aujourd’hui ou demain.

ROLAND SICARD

Certains agriculteurs demandent le relèvement des droits de douane, est-ce que

c’est une solution ?

STEPHANE LE FOLL

Alors, oui, c’est une solution qui consiste à dire on revient à la préférence

communautaire, on met des droits de douane. Le problème aujourd’hui c’est ne pas

baisser la préférence communautaire qui existe, ça c’est déjà le principe sur lequel il faut

s’appuyer. Le deuxième c’est, il faut demander des réciprocités, en termes commercial.

On ne peut pas accepter que, en particulier dans les normes sociales et

environnementales, ceux qui exportent en Europe n’aient pas à appliquer les mêmes

normes que nous. Ça c’est le deuxième point. Troisième point, il faut faire attention,

parce que l’Europe est un grand pays exportateur de produits agricoles, et la France en

particulier. Toute politique qui consisterait à relever les droits de douane aurait comme

conséquence toute simple, c’est que les pays, vers qui on exporte, feraient de même, et

à ce moment-là le bilan, il faudrait bien qu’on regarde. Donc moi je ne suis pas favorable

à ces solutions qui apparaissent très simples, très faciles, comme ça quand on les dit,

mais qui ont des conséquences beaucoup plus difficiles à assumer, en particulier pour

les agriculteurs.

ROLAND SICARD

Dans l’actualité il y a la création d’un nouvel aéroport à Nantes, projet soutenu

par Jean-Marc AYRAULT, ça mettrait des agriculteurs dehors, est-ce que vous soutenez

ce projet ?

STEPHANE LE FOLL

Ce projet est un projet qui a été soutenu, conçu, par quatre grandes collectivités,

soutenu par le maire et Nantes, qui a un aéroport juste au bord de la zone urbaine, par

Rennes, qui est une autre ville, par la Bretagne, par les Pays-de-Loire, pour favoriser un

aéroport dans ce Grand ouest de la France et permettre des liaisons internationales

directes. Ce projet est bien sûr un projet d’infrastructure, et comme à chaque fois, en

particulier lorsqu’on est dans le monde rural, on touche un certain nombre d’exploitations

agricoles.

ROLAND SICARD

Mais vous le soutenez ou pas ?

STEPHANE LE FOLL

Il y a aujourd’hui 40 exploitations qui sont concernées, et une trentaine à trouver

un accord à la fois pour des compensations et un accord amiable. Je soutiens ce projet,

puisque c’est un projet, je l’ai dit, qui est soutenu par l’ensemble des collectivités au

niveau local, et au niveau du gouvernement, la position est claire, donc moi je ne reviens

pas sur ce projet. J’essaye de considérer qu’il faut trouver des solutions, il y a déjà

beaucoup de solutions qui ont été trouvées, pour les agriculteurs, il reste une dizaine

d’exploitations, il faut qu’on soit capable aussi d’offrir des solutions à tout le monde.

ROLAND SICARD

Les Verts ont manifesté contre ce projet, y compris des élus, est-ce qu’ils ont

encore leur place dans la majorité, dans le gouvernement ?

STEPHANE LE FOLL

Chacun doit se poser la question de manière très simple, sur la cohérence

gouvernementale. Il y a des projets, alors ce projet en particulier, n’était pas dans

l’accord Verts/ PS, je me souviens pour l’avoir négocié au moment de la présidentielle,

mais il faut garder, lorsqu’on est au gouvernement, une cohérence avec l’ensemble de la

politique gouvernementale.

ROLAND SICARD

Merci.

STÉPHANE LE FOLL

Merci.

Bernard CAZENEUVE, Ministre délégué, chargé des Affaires européennes

RTL, L’invité d’RTL – 07h50

JEAN-MICHEL APHATIE

Bonjour Bernard CAZENEUVE.

BERNARD CAZENEUVE

Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE

Les dirigeants européens se retrouvent demain à Bruxelles pour un sommet

consacré au budget des années 2014 à 2020, mais au moment où nous aurions tous

besoin d’une Europe unie, c’est le désordre qui menace puisqu’on constate des

désaccords importants entre les grands pays européens, sur ces questions budgétaires

l’échec est-il probable Bernard CAZENEUVE ?

BERNARD CAZENEUVE

Nous souhaitons un compromis, il est possible parce que lorsqu’il y a des

désaccords, l’échec est toujours possible, mais nous allons travailler de façon

constructive à un compromis. Pour qu’il y ait ce compromis, il faut que plusieurs

conditions soient réunies.

JEAN-MICHEL APHATIE

Que les Britanniques ne soient pas dans la salle.

BERNARD CAZENEUVE

Non, d’abord faire prévaloir les intérêts de l’Europe, faire prévaloir les intérêts de

l’Europe c’est ne pas réduire la négociation à des coupes et des rabais. Il faut des bons

budgets pour faire de bonnes politiques de croissance. La deuxième condition c’est qu’il

faut qu’il y ait un bon équilibre entre ces politiques, politique agricole commune, la

politique de cohésion et les politiques destinées à financer la recherche, l’innovation et le

grand programme Connecty Europe qui est destiné à faire de la connexion en matière

de politique énergétique de transport ou d’économie numérique.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais si on est honnête, tout le monde est très pessimiste sur les possibilités d’un

accord.

BERNARD CAZENEUVE

Non c’est difficile parce que…

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous n’êtes pas pessimiste ?

BERNARD CAZENEUVE

Non je pense que c’est difficile…

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous feriez notre métier si vous étiez pessimiste.

BERNARD CAZENEUVE

Absolument, mais de toute façon je vois comment maintenant fonctionne l’Union

européenne, je constate que parfois le compromis n’ai jamais aussi près que lorsque les

tensions sont grandes parce que parfois la dynamique européenne fait que ce sont les

tensions qui font le compromis…

JEAN-MICHEL APHATIE

… proche du compromis parce que les tensions…

BERNARD CAZENEUVE

…ou alors on peut aussi être proche de difficultés supplémentaires, mais je

pense que nous pouvons trouver un compromis si chacun est raisonnable…

JEAN-MICHEL APHATIE

On… des responsables…

BERNARD CAZENEUVE

…encore une fois qu’il n’y ait pas une focalisation de la négociation sur les

coupes et les rabais.

JEAN-MICHEL APHATIE

Pourquoi ça marche aussi mal, pourquoi c’est aussi difficile, pourquoi à un

moment où il faudrait que l’Europe serre les coudes chaque pays, Alain le disait, nous

aussi d’une certaine manière, étale son égoïsme ?

BERNARD CAZENEUVE

D’abord ça a toujours été difficile, toutes les négociations sur les budgets

européens ont été des moments difficiles de tensions et les compromis ont toujours été

construits dans des conditions où les pays ont commencé par faire prévaloir leurs

intérêts avant de faire prévaloir l’intérêt de l’Europe, ce sera le cas vraisemblablement

en fin de semaine comme auparavant. Mais nous sommes aujourd’hui dans une

situation où le budget est plus contraint qu’il ne l’était auparavant pour des raisons qui

tiennent au fait que nous sommes dans une situation de contraintes budgétaires et

lorsque la contrainte budgétaire est plus forte, les choix sont plus difficiles à opérer.

JEAN-MICHEL APHATIE

Sans vouloir vous en faire dire du mal, les Britanniques sont en grande partie

responsables, ils veulent 200 milliards de baisses ou enfin, on ne veut pas leur en

donner en tout cas autant qu’ils en demandent et ils veulent garder la ristourne dont ils

bénéficient depuis 25 ans, ils sont en grande partie responsables de ce mauvais climat

en Europe ?

BERNARD CAZENEUVE

Je dirai deux choses, il y a sans doute une manière plus européenne de

construire un compromis que de demander des coupes et des rabais pour soi-même et

ensuite il doit y avoir une manière plus flexible d’exprimer ses attentes dès lors qu’on

veut un compromis. Mais nous allons essayer de le construire malgré tout.

JEAN-MICHEL APHATIE

Bon tout ça est très bien dit, la Grèce redevient un problème pour l’Europe, on

croyait que le problème était réglé, il ne l’est évidemment pas du tout. Il faut annuler une

partie de la dette grecque pour essayer de sortir les Grecs de la difficulté dans laquelle

ils sont ?

BERNARD CAZENEUVE

C’est exactement la question sur laquelle se penchent les ministres de

l’Economie et des finances au sein de l’euro, il y aura une nouvelle réunion lundi.

D’abord il y a eu des progrès sur la Grèce…

JEAN-MICHEL APHATIE

Ah bon ?

BERNARD CAZENEUVE

Oui je prends des exemples très concrets. Il y a de cela quelques mois, à la fin

de l’été, la question se posait de savoir si notamment la France et l’Allemagne tomberait

d’accord sur la nécessité de sauver la Grèce. Aujourd’hui il y a une démarche commune

de la chancelière et du président de la République, de la France et de l’Allemagne pour

dire il faut garder la Grèce dans la zone euro…

JEAN-MICHEL APHATIE

Quel qu’en soit le coût ? Quel qu’en soit le prix ?

BERNARD CAZENEUVE

Je vais répondre à cette question. On s’est posé la question ensuite de savoir si

avec la troïka il y aurait une possibilité de dialogue avec le gouvernement grec et si la

troïka constaterait des progrès, elle en a constatés. On se posait la question de savoir si

le gouvernement grec, sorti des élections après les tumultes que l’on sait, parviendrait à

poser des actes clairs concernant le rétablissement de ses comptes. Le Parlement grec

vient de proposer des économies significatives de 18 milliards, dont 9 milliards au cours

de l’année 2013. Ensuite il y a des questions techniques à régler, le désaccord n’est pas

politique sur la nécessité de sauver la Grèce, ce sont des ajustements techniques

auxquels il faut procéder. Est-ce que l’on décide de donner deux années

supplémentaires, est-ce que l’on décide, c’est le sujet entre le FMI et l’Union

européenne, est-ce que l’on décide de permettre le rachat par la Grèce de sa propre

dette avec une décote, est-ce qu’on décide de diminuer les taux d’intérêts acquittés par

la Grèce au titre de l’emprunt qu’elle a contracté en 2010. Est-ce que l’on décide de

prendre d’autres dispositifs, c’est ça la question.

JEAN-MICHEL APHATIE

Le FMI dit, aux Etats européennes, abandonnez…

BERNARD CAZENEUVE

Donc vous voyez, le problème est technique.

JEAN-MICHEL APHATIE

Le FMI dit… pas seulement, le FMI dit aux Etats européens, abandonnez une

partie de vos créances, sinon la Grèce n’y arrivera pas, il faudra se résoudre à ça

Bernard CAZENEUVE ? Abandonner une partie des créances que l’on a aujourd’hui sur

la Grèce ?

BERNARD CAZENEUVE

Il y a plusieurs solutions techniques, je viens de les évoquer, dont celle-ci…

JEAN-MICHEL APHATIE

Elle n’est pas technique celle-là.

BERNARD CAZENEUVE

Oui enfin c’est une solution…

JEAN-MICHEL APHATIE

Et puis elle va nous coûter cher.

BERNARD CAZENEUVE

C’est une solution politique qui doit pouvoir trouver une modalité technique

faisant consensus entre les pays de l’Union européenne, c’est ce que je vous disais tout

à l’heure, est-ce que c’est une décote, est-ce que c’est une diminution des taux

d’intérêts ? Ce sont sur ces sujets que porte la discussion entre les pays de l’Union

européenne.

JEAN-MICHEL APHATIE

Pas d’abandon de la dette ? Parce que ça, vous ne le citez pas.

BERNARD CAZENEUVE

Je ne vais pas présager aujourd’hui de ce qu’est l’issue de discussion en cours

au sein de l’Eurogroupe.

JEAN-MICHEL APHATIE

Le président de la République était en Pologne vendredi, vous étiez à ses

côtés ?

BERNARD CAZENEUVE

Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE

C’était un voyage amusant ?

BERNARD CAZENEUVE

C’était un voyage surtout important. On voyage rarement pour s’amuser vous

savez.

JEAN-MICHEL APHATIE

Mais alors il avait un petit aspect tout de même assez drôle, c’est que la France

veut fermer les réacteurs nucléaires sur son territoire au motif que c’est dangereux, que

ce n’est pas bien et on veut vendre quatre réacteurs EPR aux polonais.

BERNARD CAZENEUVE

Je sentais venir la question !

JEAN-MICHEL APHATIE

Belle contradiction !

BERNARD CAZENEUVE

Non !

JEAN-MICHEL APHATIE

Ah bon ? C’est vrai ?

BERNARD CAZENEUVE

Et vous connaissez…

JEAN-MICHEL APHATIE

On les ferme ici, on en ouvre là-bas !

BERNARD CAZENEUVE

Vous connaissez mon attachement à l’industrie nucléaire que j’assume…

JEAN-MICHEL APHATIE

C’est un peu pour ça que je vous pose la question.

BERNARD CAZENEUVE

Je considère que c’est une industrie qui produit de l’énergie décarbonée qui

permet d’avoir un haut niveau technologique, nous sommes engagés en France dans

une stratégie de transition énergétique. Qu’est-ce que ça veut dire ?

JEAN-MICHEL APHATIE

Donc de fermetures de centrales.

BERNARD CAZENEUVE

Je m’explique. Nous avons la volonté de faire en sorte que des centrales qui

arrivent en fin de vie soient fermées et d’ailleurs, celle qui sera fermée sera remplacée

par un réacteur moderne qui s’appelle le réacteur EPR, technologiquement plus

performant. Et cette technologie performante…

JEAN-MICHEL APHATIE

On la vend en Pologne.

BERNARD CAZENEUVE

Nous pouvons la proposer à des pays qui souhaitent l’acquérir effectivement.

JEAN-MICHEL APHATIE

Vous avez essayé de convaincre Cécile DUFLOT de la justesse de votre

raisonnement ?

BERNARD CAZENEUVE

Mais Cécile DUFLOT comme moi sommes attachés à la réussite de la transition

énergétique.

JEAN-MICHEL APHATIE

Et vous êtes d’accord avec Cécile DUFLOT, on ferme ici, on vend en Pologne ?

BERNARD CAZENEUVE

Mais nous avons des intérêts industriels, ces intérêts industriels ne sont pas

orthogonaux de la stratégie de transition énergétique en France, n’essayez pas de

mettre de la zizanie entre des ministres qui ne s’entendent pas nécessairement mal.

JEAN-MICHEL APHATIE

Oh je n’essaie pas ! Et pas nécessairement mal, tiens. Bernard CAZENEUVE

collègue de Cécile DUFLOT et ministre des Affaires européennes était l’invité de RTL.

LAURENT BAZIN

Entre le gouvernement, le président et les Verts, ça ne va pas toujours aussi bien

que le décrit Bernard CAZENEUVE ce matin, on en parlera tout à l’heure avec Noël

MAMERE qui n’est pas très content de ce qu’a décidé hier le président de la République

sur le mariage homosexuel. Merci Bernard CAZENEUVE d’avoir été notre invité.

BERNARD CAZENEUVE

Merci beaucoup.

INVITES POLITIQUES

Harlem DESIR, Premier secrétaire du PS

Radio classique, émission – 08h15

ANNE-LAURE JUMET

Nous recevons ce matin Harlem DESIR…

HARLEM DESIR

Bonjour.

ANNE-LAURE JUMET

Premier secrétaire du Parti socialiste. Alors François HOLLANDE hier a reconnu

la liberté de conscience des maires à propos du mariage homosexuel. Est-ce que c’est

un recul de la part du président de la République.

HARLEM DESIR

Non, le président de la République a rappelé hier que le droit au mariage pour

tous serait garanti partout, dans toutes les communes, quel que soit le lieu du territoire

où l’on réside. Et il a donc rappelé simplement que les maires ont la possibilité de

déléguer, comme ils le font déjà, à leurs adjoints ou à d’autres membres du Conseil

municipal, la célébration d’un mariage. Il a donc voulu à la fois dire que la loi devrait

s’appliquer, d’une façon universelle, il défend ce droit au mariage pour tous, c’est un

progrès de l’égalité, c’est une protection pour toutes les familles, pour tous les enfants

qui vivent dans des couples hétérosexuels ou avec des parents qui sont des couples

homosexuels ; et simplement il a voulu aussi faire en sorte que les conditions dans les

mairies soient mises en oeuvre partout. Il s’adresse à l’association des maires, et il veut

s’assurer que partout, dans toutes les municipalités ce droit au mariage soit effectif.

L’Etat en est le garant, la loi sera bien appliquée partout.

MICHAEL SZAMES

Noël MAMERE dit que c’est une victoire idéologique de la droite.

HARLEM DESIR

Non, je crois que Noël MAMERE fait une mauvaise interprétation, il y a de la part

du président de la République une volonté de mettre en oeuvre cet engagement qu’il a

défendu avec ténacité, avec courage, pendant sa campagne électorale, devant les

Français. C’est un choix qui a été soutenu par les Français au moment du vote …

MICHAEL SZAMES

Le droit de conscience on comprend…

HARLEM DESIR

François HOLLANDE est donc allé plaider, le fait que toutes les communes

devront mettre en oeuvre ce droit, il a rappelé qu’il y avait la possibilité pour un maire,

pour des raisons personnelles, comme il peut déjà le faire aujourd’hui de déléguer son

pouvoir à l’un de ces adjoints, mais que toutes municipalités avaient l’obligation et aura

l’obligation de marier, conformément à la loi, tous les couples dans le cadre de ce

nouveau droit, du droit au mariage pour tous.

ANNE-LAURE JUMET

Apparemment ce message n’a pas été entendu clairement par la gauche, vous

avez entendu le concert de critiques. Pourquoi finalement la position de François

HOLLANDE s’apparente à un recul ce matin quand on lit les journaux, quand on lit les

déclarations des uns et des autres à gauche.

HARLEM DESIR

Eh bien c’est pour cela que je suis là ce matin, c’est pour vous expliquer, pour

rassurer, pour confirmer que ….

ANNE-LAURE JUMET

C’est amender un peu comme position….

HARLEM DESIR

Non, la position du président de la République est absolument claire, et il a

commencé hier par le rappeler, ce droit il devra être appliqué puisque les mairies

marient… les maires marient en tant qu’officiers d’Etat civil au nom de l’Etat…

ANNE-LAURE JUMET

Ce ne sera pas à la carte ?

HARLEM DESIR

Non, absolument, c’est un devoir qu’ils ont à exercer. Il y a aujourd’hui des

possibilités de délégation, il a rappelé qu’elles pourraient continuer à mettre en oeuvre, il

a voulu faire en sorte de faciliter la mise en oeuvre en répondant à l’Association des

maires, mais pour garantir que sur tout le territoire, dans toutes les communes, toutes

personnes qui voudraient se marier pourront bénéficier de cette loi, donc il n’y aura pas

de recul….

MICHAEL SZAMES

Si tout un conseil municipal décide d’exercer ce droit de conscience eh bien il n’y

aura pas d’application de la loi tout simplement.

HARLEM DESIR

L’Etat veillera encore une fois à ce que les communes appliquent …

MICHAEL SZAMES

Il ouvre une brèche quand même.

HARLEM DESIR

Cette obligation, elles en ont l’impératif devoir, aujourd’hui, comme demain, dans

le cadre de cette nouvelle loi.

MICHAEL SZAMES

Encore une question, vous étiez pour le droit à la procréation médicalement

assistée, elle ne sera pas appliquée dans la loi, visiblement en tout cas, vous le

regrettez ?

HARLEM DESIR

Vous savez que le Parti socialiste et le groupe socialiste à l’Assemblée nationale

a proposé, depuis longtemps, effectivement que le droit à la procréation médicalement

assistée puisse également demain être ouvert pour les couples du même sexe. Pour

l’instant ça ne l’est pas dans le projet de loi présenté par le gouvernement, donc il y a un

débat qui aura lieu normalement pendant la procédure parlementaire pour enrichir ce

projet.

ANNE-LAURE JUMET

Il y aura un amendement socialiste ?

HARLEM DESIR

Il y aura soit l’amendement socialiste sera maintenu à l’occasion de l’examen de

ce projet de loi…

ANNE-LAURE JUMET

Vous n’en êtes pas sur ?

MICHAEL SZAMES

Contre le choix du gouvernement.

HARLEM DESIR

On verra, le débat entre le Parlement et le gouvernement fait partie du

fonctionnement normal de la démocratie… soit au moment de l’examen des

dispositions sur la famille, mais il est normal que parfois le groupe parlementaire et le

Parti socialiste essayent d’enrichir un texte du gouvernement et d’aller au-delà dans la

conquête de l’égalité puisque ce droit existe pour les couples hétérosexuels, droit à la

procréation médicalement assistée qui évidemment concernerait des couples

homosexuels femmes. Mais ce que je veux vous dire c’est que ‘l’essentiel c’est bien cet

engagement du droit au mariage et à l’adoption pour tous, et là-dessus le Parti

socialiste, comme le président de la République tiennent fermement à ce qu’il devienne

une réalité. Il a été adopté en tant que projet de loi au Conseil des Ministres, il sera

demain adopté par l’Assemblée.

ANNE-LAURE JUMET

Harlem DESIR, un autre sujet de société, le droit de vote des étrangers. Il faut la

majorité des 3/5ème au parlement pour faire voter cette disposition. Ca parait mission

impossible, il manque 51 voix aujourd’hui à la gauche pour obtenir cet objectif.

HARLEM DESIR

Il faut pour faire passer cette réforme une modification de la constitution, et donc

une majorité qualifiée des 3/5ème à l’Assemblée nationale. Cette majorité nous ne

l’avons pas, même si la gauche est très majoritaire, pas à l’Assemblée nationale,

pardon, au congrès qui réunit le Sénat et l’Assemblée nationale. Cette majorité nous ne

l’avons pas malgré la majorité absolue à l’Assemblée nationale, et la majorité de

gauche, mais qui est plus serrée au Sénat, et donc nous devons maintenant conquérir

cette majorité.

ANNE-LAURE JUMET

Ca semble impossible !!

HARLEM DESIR

Il faut aller chercher cette majorité. Eh bien moi je vais m’adresser à l’ensemble

des parlementaires, je l’ai dit, et de toutes les formations républicaines qui sont

représentées dans les deux Chambres, à l’Assemblée nationale et au Sénat. Pourquoi ?

Parce que sur tous les bancs, dans toutes les familles politiques républicaines, il y a eu

des personnalités pour dire qu’elles étaient à un moment favorables à ce droit de vote,

ça a été le cas du président SARKOZY dans un livre il y a quelques années, de l’ancien

président ; ça a été le cas de Jean-Louis BORLOO ; ça a été le cas de beaucoup

d’humanistes, bseaucoup de centristes, beaucoup de républicains de bonne volonté. Et

donc je vais leur dire : « écoutez, pour ce progrès de l’égalité, de la fraternité, de la

démocratie locale, allons au-delà du clivage partisan ». Tous les arguments qui sont

avancés eh bien je suis prêt à en débattre, je suis prêt à y répondre. L’argument du

communautarisme, quand on donne dans la République un droit de citoyenneté eh

bien on ne part pas du principe que celui qui va le recevoir va se comporter d’une façon

communautaire, sinon cet argument pourrait même être opposé vis à vis de citoyens.

L’argument de la réciprocité, c’est vrai qu’avec les résidents qui viennent d’autres pays

de l’Union européenne, il y a la réciprocité, mais nous ne traitons pas tous les résidents

étrangers dans notre pays en fonction d’une réciprocité, beaucoup viennent de pays qui

ne sont pas démocratiques. Et puis il y a surtout le vivre ensemble, il y a la confiance

dans la fraternité et dans les valeurs de la République.

MICHAEL SZAMES

Vous avez peut-être entendu aussi ceux de Jean-Louis BORLOO qui à cette

même place ici il y a une semaine disait : « qu’il aille au bout de son idée François

HOLLANDE, qu’il aille au bout du référendum », c’est ce qu’il avait proposé pendant la

campagne présidentielle et non pas sur l’histoire des 3/5ème finalement. Donc

référendum ou pas ?

HARLEM DESIR

Ecoutez, sur ce sujet, il ne s’agit pas d’avoir un débat qui divise, qui mette

l’immigration comme un sujet de confrontation entre les Français, il s’agit d’avoir une

avancée. Et cette avancée, je pense que c’est par la majorité qualifiée et nécessaire au

congrès …

MICHAEL SZAMES

Et si vous ne l’avez pas il n’y a pas de loi.

HARLEM DESIR

Eh bien il faut donc que nous soyons capables de convaincre, de rassembler, et

moi je n’aurais de cesse que de convaincre ceux qui hier d’ailleurs souvent ont dit

qu’ils en étaient d’accord, mais peut-être aujourd’hui sous la pression des ailes les plus

extrémistes de la droite sont tétanisés ; je veux leur dire une avancée de l’égalité dans

la République c’est quelque chose que nous devons être capable de faire aujourd’hui.

ANNE-LAURE JUMET

Alors Harlem DESIR justement c’est une mission qui parait d’autant plus

compliquée qu’aujourd’hui l’UMP a un nouveau président Jean-François COPE qui

incarne une droite « décomplexée », est-ce que c’est une ligne politique aujourd’hui qui

vous fait peur ?

HARLEM DESIR

D’abord je crois que cette UMP elle incarne surtout une droite divisée,

profondément fracturée et aujourd’hui coupée en deux et coupée des Français, coupée

de leurs réalités, coupée de leurs préoccupations, totalement centrée sur ses batailles

internes ; je le regrette parce que je crois que la démocratie, pour bien fonctionner, a

besoin du dialogue entre une majorité et une opposition républicaine qui soit

constructive et qui ne soit pas dans la surenchère, dans la dérive dangereuse d’ailleurs

sur le plan idéologique, dans une sorte de course poursuite derrière l’extrême droite…

ANNE-LAURE JUMET

Vous craignez une radicalisation de l’UMP ?

HARLEM DESIR

Je crois qu’il y a aujourd’hui une UMP « extrémisée » sous la coupe de monsieur

COPE et que finalement cette ligne, qui a été déjà celle de Nicolas SARKOZY, qui a

divisé les Français, a aujourd’hui divisé l’UMP, est une ligne qui ne permet pas le

dialogue républicain, constructif dont notre pays a besoin. D’autant que les enjeux de la

situation, et ce à quoi le gouvernement se consacre et à quoi nous nous consacrons,

c’est apporter une réponse à une situation de crise, en particulier de surendettement,

dont la droite a quand même la plus grande responsabilité. Et donc aujourd’hui je crois

que la droite n’a pas tiré les leçons de son échec, de l’attente de la part des Français

d’un dialogue qui rassemble dans le pays sur les réponses à apporter à la

compétitivité, au redressement des finances publiques, à la préparation de l’avenir, à la

cohésion sociale, elle agite des peurs, elle agite des thèmes caricaturaux…

ANNE-LAURE JUMET

Et ça favorise le Front national ?

HARLEM DESIR

J’espère que Jean-François COPE, maintenant qu’il a été proclamé à la tête de

l’UMP, dans les conditions contestées que l’on sait, passera à une forme de dialogue

en particulier à l’Assemblée nationale, qui relèvera moins de vocifération et plus de la

proposition.

ANNE-LAURE JUMET

Ca favorise le Front national, selon vous ?

HARLEM DESIR

Je crois que tout ce qui nuit à la qualité du débat démocratique, tout ce qui

pousse à la caricature, à l’excès, à la surenchère, à la désignation artificielle de boucs

émissaires, n’est pas favorable à la qualité du débat républicain. Et donc moi j’appelle

encore une fois la droite à plutôt tirer les leçons des conditions qui ont amené à son

échec, peut-être précisément parce qu’elle a trop voulu fracturer, diviser les Français, et

elle continue à se fracturer et à se diviser elle-même et que les Français ont besoin

d’apaisement, de réponse concrète ; c’est ce que fait le gouvernement quand il

propose le pacte de compétitivité, le redressement de notre industrie, la priorité à

l’emploi, les emplois d’avenir, les contrats de génération, une négociation avec les

partenaires sociaux sur la sécurisation du travail, parce que nous sommes dans une

économie mobile mais que nous voulons protéger les droits des travailleurs dans cette

économie. C’est sur ces sujets que nous devons avoir un dialogue constructif entre la

majorité et l’opposition.

MICHAEL SZAMES

Question également sur l’économie, sur la perte du AAA, on a entendu le

gouvernement qui a remis tout de suite en fait la faute sur le gouvernement précédent,

mais vous en avez parlé également. S’il n’y a pas d’accord sur la loi en ce moment qui

est en train de se négocier, sur le marché du travail, ça ne sera pas la faute de l’ancien

gouvernement mais de la votre, de votre gouvernement.

HARLEM DESIR

D’abord cette dégradation elle est la suite d’une mise sous surveillance négative

qui avait été annoncée par cette agence en janvier 2012. Et l’analyse qui a été

présentée par cette annonce, qui rejoint d’ailleurs en grande partie le rapport GALLOIS,

mais aussi la situation des finances publiques dont nous avons hérité lorsque nous

sommes arrivés, confirme que la situation de la France, telle qu’elle résulte des dix

dernières années de gestion dans notre pays, est une situation à laquelle il faut apporter

des réponses fortes… Il y a aussi une deuxième chose c’est que … Moody’s dit une

deuxième chose c’est que ….

MICHAEL SZAMES

Le plan compétitivité n’est pas suffisant Harlem DESIR.

HARLEM DESIR

Ce n’est pas ce que dit Moodys. Moodys dit…

ANNE-LAURE JUMET

Si, si. Que les efforts ne sont pas suffisants.

HARLEM DESIR

Moodys dit qu’il faut une réponse en terme de compétitivité, mais qu’il faut aussi

c’est vrai traiter d’autres sujets comme le bon fonctionnement du marché du travail, et

surtout la crise de la zone euro. C’est d’ailleurs en fait l’élément essentiel qui est pointé

par l’agence et c’est pourquoi François HOLLANDE, vous l’avez vu, dès son arrivée

s’est battu pour qu’il y ait à la fois la stabilisation de la crise de la zone euro avec l’union

bancaire contre les risques d’effondrement du système bancaire dans les pays du sud,

et qu’il y ait un pacte de relance, qu’il y ait une taxe sur les transactions financières, qu’il

y ait un contrôle des marchés financiers ; et c’est cela qui préoccupe l’agence et c’est

pourquoi nous déployons tous nos efforts pour … je l’ai dit cette négociation moi je fais

confiance aux partenaires sociaux, je pense qu’elle va déboucher, parce qu’il y a une

volonté très très forte du côté des syndicats d’obtenir – c’est une des contreparties

d’ailleurs qu’il faut obtenir à l’aide à la compétitivité qui va être accordée aux entreprises

– il faut obtenir des droits et une protection pour les salariés, des droits à la formation.

Le rapport GALLOIS insiste sur le fait que comparer à des pays comme l’Allemagne ou

des pays d’Europe du Nord qui ont réussi à redresser leur industrie, nous devons

beaucoup plus investir dans la formation tout au long de la carrière professionnelle,

l’élévation des niveaux de qualification, la formation des jeunes aussi en matière

professionnelle, et donc dans tous ces domaines la négociation je crois doit déboucher

dans les semaines qui viennent.

ANNE-LAURE JUMET

A l’Elysée on dit que le sujet même de la réforme du CDI n’est pas tabou. Vous

avez des tabous sur ce thème du marché du travail ?

HARLEM DESIR

Le but de cette discussion c’est de renforcer les droits des travailleurs quand ils

sont confrontés à des évolutions de leur carrière professionnelle, soit dans la même

entreprise, soit qu’ils aient à changer d’entreprise. C’est précisément parce que nous

sommes dans une période d’évolution technologique accélérée, et où d’ailleurs il faut

aller chercher la compétitivité et la croissance dans l’innovation technologique, dans les

tecyhnologies vertes qu’il faut …

MICHAEL SZAMES

… Appuyer le gouvernement sur ce point… Supprimer le CDI ?

HARLEM DESIR

Non, pas du tout, qu’il faut renforcer la portabilité des droits, les droits à la

qualification et à la formation tout au long de la vie, qu’il faut élever le niveau de

formation dans notre pays.

ANNE-LAURE JUMET

Ce qu’on appelle la flexi-sécurité.

HARLEM DESIR

Je crois qu’il ne faut pas utiliser ce terme, parce qu’il relève d’un contexte

différent, celui de pays nordiques et que, en tout cas le contenu c’est que si on doit

avoir à changer de métier au cours de sa carrière, et ça peut arriver plus souvent, de

changer d’entreprise, on doit avoir la garantie de garder ses droits, la rémunération,

l’accès à une formation.

ANNE-LAURE JUMET

Merci beaucoup Harlem DESIR, Premier secrétaire du PS de nous en avoir parlé

ce matin sur Radio Classique.

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