Retour sur l’enquête PISA: un verdict préoccupant

PISA-2012-OCDE-Mathématiques

L’enquête PISA instruite par l’OCDE a rendu ses conclusions le 3 décembre dernier. Elle intervient désormais de manière traditionnelle et régulière, depuis plus d’une dizaine d’années. Les résultats portent en l’occurrence sur la période, s’écoulant de 2009 à juin 2012.

Ainsi, nous relevons que c’est bien l’action de la droite, conduite en France en matière d’éducation et de formation qui est directement l’objet de cette évaluation, dans le cadre du Programme International pour le suivi des acquis des élèves.

Une décennie d’errements.

Il est vrai que des décisions lourdes et négatives ont été prises depuis 2002 et, plus particulièrement, depuis 2007, vis-à-vis de l ’école publique par les gouvernements de droite successifs.
La chute des effectifs enseignants a été non seulement programmée, mais revendiquée au cours du dernier quinquennat, au point d’atteindre le rythme annuel de 17 000 suppressions de postes, de 2009 à 2011, compris. Simultanément, la grande majorité des personnels d’accompagnement et d’encadrement des élèves a également été visée par ces mesures restrictives aveugles. Cela a valu, notamment, pour les emplois jeunes, créés par le gouvernement Jospin dans l’éducation nationale, et finalement sacrifiés dès le retour de la droite ; d’où un regain d’insécurité et d’incivilités dans beaucoup d’établissements
scolaires, assorti d’un climat de tension, peu propice à l’apprentissage et au développement de connaissances.

Le mépris affiché dans le discours politique officiel de la droite, vis-à-vis du beau métier d’enseigner, a considérablement altéré la confiance, dont devraient toujours bénéficier les maîtres et professeurs, tant dans leurs classes respectives, qu’auprès de l’opinion, et dans l’esprit des familles.

La mise en place de la semaine de 4 jours, en 2009, à l’école primaire, sans aucune concertation, et contre l’avis et les recommandations des pédagogues, des pédiatres, des enseignants et même des parents d’élèves, a contribué à fragiliser le parcours scolaire de nombre d’élèves, tout en nous isolant au sein de
l’Europe.
L’abandon du principe d’une vraie formation initiale et permanente, dispensée aux enseignants a coûté cher à la crédibilité et à la qualité du service rendu, de surcroît en rupture avec tous les souhaits formulés par le monde éducatif.
Le mépris affiché dans le discours politique officiel de l’époque, vis-à-vis du beau métier d’enseigner, a considérablement altéré la confiance, dont devraient toujours bénéficier les maîtres et professeurs, tant dans leurs classes respectives, qu’auprès de l’opinion, et dans l’esprit des familles.

La tendance à la mise en concurrence des établissements et l’édulcoration, dans la pratique, de la carte scolaire, ont approfondi les inégalités et creusé les injustices sociales, au lieu de les réduire. L’absence notoire d’effort consenti en direction de l’école primaire et de la préscolarisation dès l’âge de 3 ans, gage de socialisation, a aussi pesé lourd dans l’aggravation de la situation face aux apprentissages fondamentaux.

En fait, les résultats de l’enquête menée par l’OCDE, à travers PISA, dressent un bilan sans complaisance de la gestion libérale de l’école, de 2002 à 2012.

Une enquête qui sonne comme une alerte.

Les conclusions apparaissent sans ambiguïté. En France, l’école subit un décrochage important et préoccupant, notamment dans l’enseignement des matières fondamentales, comme les mathématiques ou les disciplines littéraires. Désormais, notre pays se situe seulement dans la moyenne des pays européens et de l’OCDE, et derrière la plupart des nations comparables par leur démographie et leur niveau de développement. Le recul est très sensible au regard de la situation observée à la fin des années 1990 ou au début des années 2000. En neuf ans, le système scolaire perd neuf places, au terme de l’évaluation. À ce constat d’ensemble, s’ajoute l’observation d’un réel creusement des inégalités sociales dans la réussite scolaire. En clair, l’écart entre les élèves qui réussissent bien, et ceux qui échouent et souvent sur une longue période, s’approfondit toujours davantage.
Le nombre d’échecs scolaires progresse. Le poids des déterminismes sociaux se manifeste de manière de plus en plus décisive, pour expliquer l’ampleur et la gravité de l’échec scolaire.

Au lieu de les limiter ou de les compenser, il semble que l’école conforte et accentue les mécanismes de  reproduction sociale. Elle joue, sans contestation, contre l’ascenseur et la mobilité sociale, depuis plusieurs années.

À telle enseigne que les résultats de 25 % des élèves les plus à l’aise maintiennent notre pays à la 13ème place du classement établi par l’OCDE, tandis que ceux des élèves les plus en difficulté ou les plus fragiles, socialement et économiquement, se situent désormais, en 33ème position, en net retrait par rapport aux enquêtes antérieures.
En 2012, l’école, initialement conçue au nom des principes de l’égalité des chances et des droits, pour réduire les injustices sociales face à l’accès au savoir, et pour assurer l’émancipation de tous par la connaissance et la culture, était manifestement sur le point d’échouer dans sa vocation première, celle qui rassemble notre pays.
D’après cette étude conclue en juin 2012, les enfants issus des milieux favorisés parviennent collectivement à « s’en sortir ». Les autres échouent de plus en plus et de plus en plus nettement ; en contradiction avec les objectifs initialement proclamés, toutes les promesses avancées par le discours républicain.

En rupture aussi, avec tout ce qui portait et a porté le sens et l’ambition de l’école publique, depuis près d’un siècle et demi. Au mépris des valeurs d’émancipation et de libération par le savoir, qui ont érigé la notion d’élitisme républicain, c’està- dire la recherche de la réussite de tous par la promotion des meilleurs, la possibilité donnée à chacune et à chacun d’aller jusqu’au bout de ses capacités et de ses talents.

Le constat pratiqué par l’enquête PISA semble décidément cruel. D’autant que cette étude souligne également le poids toujours croissant d’un déterminisme lié à l’origine ethnique, l’incapacité de l’école à intégrer véritablement, comme elle a a pourtant su l’accomplir pendant des décennies.

La tentative d’esquive de la droite.

L’interprétation du résultat de cette enquête, donnée par la droite, mérite que l’on s’y arrête. Celle-ci a d’abord tenté d’instruire un procès contre Vincent Peillon et le gouvernement. Comme si les résultats portaient sur la période actuelle, ou en feignant de le croire.
L’argument a fait longs feux. Car l’enquête a bien été menée à propos de la deuxième partie du quinquennat de Nicolas Sarkozy, après sept années de gestion exclusive et continue de l’UMP. Et c’est bien ainsi, son bilan qui est examiné à la loupe, et se retrouve
sur la sellette.
Puis, la droite s’est rabattue sur la sempiternelle stigmatisation du service public et de ses agents, présentés comme inefficaces, surprotégés et dépassés; ce même discours a pourtant conduit à la déconsidération du métier d’enseigner et à la crise de confiance qui en résulte. La droite oublie au passage qu’elle a impulsé la suppression de 70 000 postes sur les cinq dernières années de sa gestion, et décidé l’abandon de la formation initiale et permanente des enseignants.

Bref, elle essaie de dissimuler sa large responsabilité dans le recul observé et use de la diversion, pour se disculper.

Certains ont cru utile d’entonner l’hymne du déclin. Le décrochage scolaire s’inscrirait, à leurs yeux, dans un processus de déclin plus général, dont l’arrivée au pouvoir de la gauche, en 2012, ne constituerait que le dernier avatar.

En fait, l’horizon serait à ce point obstrué, l’avenir à ce point compromis, que l’ambition même de « vivre ensemble » dans une collectivité tournée vers le progrès par l’égalité des chances et des droits, serait au mieux une chimère, et plus vraisemblablement, encore, un anachronisme.
Après avoir transformé l’ambition éducative en une sorte de figure obligée et a minima, la droite tente finalement de convoquer et de solliciter les leçons de cette enquête, pour mieux convaincre et peut être se persuader elle-même, que, décidément, rien n’est possible dans une société cherchant à concilier réussite de tous et promotion de l’excellence.

Inverser la tendance.

Les conclusions de l’enquête menée sous l’égide de l’OCDE sanctionnent l’échec d’une décennie d’abandons et de renoncements, de mépris et de partis pris, contre les enseignants, le service public, la jeunesse. Elles justifient, surtout, le bienfondé et l’urgence d’une refondation de l’école, comme celle entreprise par l’actuel gouvernement. Seule une réforme profonde et audacieuse peut, à l’évidence, permettre de redonner confiance aux éducateurs et aux pédagogues, de réhabiliter l’égalité des chances et des droits, aujourd’hui mise à mal, d’inverser une tendance lourde au décrochage, notamment dans les apprentissages fondamentaux. L’école doit redevenir pleinement une chance, un atout pour le pays.
Il s’agit d’abord de renouer avec des moyens à la hauteur des buts. La création de 60 000 postes supplémentaires, d’ici à 2017, semble indispensable pour combler les effets de la baisse des effectifs subie lors du dernier quinquennat, pour faire face à l’augmentation de la population scolaire liée à notre dynamisme démographique, pour accompagner et réussir les réformes qualitatives et pédagogiques.

Cette priorité est à juste titre clairement assumée, en dépit des contraintes financières.
Il convient aussi de reconnaître le métier d’enseignant et donc de rompre avec un discours dévalorisant, dévastateur, pour toute la communauté éducative, pour la soif d’apprendre et de comprendre, de transmettre et d’expliquer.

L’école se trouve au coeur de la marche vers le progrès, elle en est à la fois l’élan et le ressort, en littérature comme en mathématiques, en sciences humaines comme dans des disciplines scientifiques et techniques.

La réalisation de ce changement de cap passe par un préalable : la vigoureuse relance de l’effort de formation initiale et permanente des enseignants.
L’acte d’enseigner une ou des disciplines à des élèves ne va pas de soi. Il suppose à la fois des connaissances, sans cesse actualisées et réévaluées, et une capacité pédagogique, autant dire une faculté de transmettre des savoirs, en même temps que le goût d’apprendre. Il importe aussi d’accorder une priorité absolue à l’école primaire et à l’école maternelle.
C’est dans cette séquence, dans ce moment entre 3 et 11 ans, que beaucoup se joue, qu’il s’agisse des apprentissages fondamentaux, comme de la socialisation de l’enfant. Il en va de la prévention concrète de l’échec scolaire et de ses conséquences,
la reproduction des inégalités par la ségrégation sociale.
Il revient enfin de réussir deux réformes cruciales pour la transformation d’ensemble : celle des rythmes scolaires, en particulier à l’école primaire, afin de nous inspirer des modèles européens qui fonctionnent, et celle des politiques éducatives prioritaires, pour casser la spirale de l’échec, source de toutes les injustices et de tous les gâchis, pour les enfants comme pour la société.

La réussite de l’école et la réussite à l’école

Le décrochage scolaire aboutit à l’impasse collective, produit des trajectoires individuelles et familiales brisées. Il conduit à l’impuissance et à l’amertume.
De ce point de vue, la réussite de l’école et la réussite à l’école ont partie liée. Elles sont l’une et l’autre au centre du jeu et de l’enjeu, d’une société qui croit en
elle-même.
L’école est indispensable pour l’apprentissage de la citoyenneté, du jugement critique, du sens de l’engagement et de la responsabilité, pour la prise de conscience de l’importance du lien social, et du savoir. Elle reste déterminante par le développement des compétences et des connaissances, par l’éclosion de la curiosité par l’affirmation du sentiment
d’appartenance à une collectivité ouverte sur l’universel.
Elle représente naturellement un cadre d’intégration sociale et citoyenne ; elle est l’actrice de l’égalité et de la mobilité sociale. Seule l’école peut respecter la promesse, selon laquelle ses enfants vivront mieux que leurs parents. Elle remplit sa mission, non seulement quand elle élève le niveau général de formation, de savoir-faire et de compétences, mais plus encore quand elle parvient à transmettre à chacun, le goût d’apprendre celui de connaître, tout au long de la vie, et donc à faire progresser,
sans jamais se satisfaire de l’étape franchie, aussi positive soit elle.

Une refondation bienvenue

À ce titre, l’école se trouve au coeur de la marche vers le progrès, elle en est à la fois l’élan et le ressort, en littérature comme en mathématiques, en sciences humaines comme dans des disciplines scientifiques et techniques.
Le décrochage constaté et confirmé au seuil de l’année 2012 par l’enquête PISA, appelle un sursaut collectif pour rendre à ce grand service public, qu’est l’école, constitutif du pari démocratique et de l’aventure républicaine, à la fois son efficacité, son lustre et son attractivité. Le métier d’enseigner doit non seulement être respecté, mais attirer les vocations des jeunes. Il n’est plus permis de tergiverser, de
composer, d’attendre.
De ce point de vue, la détermination manifestée par le gouvernement, depuis dix-huit mois, et son accès au pouvoir, est fondée et légitime. Elle montre que le décrochage n’est pas une fatalité et que cette tendance peut s’inverser, dès lors que la formation cesse d’être une variable d’ajustement budgétaire.
Notre pays a droit à un avenir. Lequel passe par la réussite scolaire de ses jeunes générations. L’intuition exprimée par la gauche, pendant toute la campagne présidentielle, et suivie avec courage, depuis le 6 mai 2012, est juste. Car, rien ne s’avère possible
sans une jeunesse formée, éclairée, mise en capacité d’aller jusqu’au bout de ses possibilités et de ses promesses. L’école et elle seule, peut donner des clés.

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